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Les armées du Hesse-Cassel durant la guerre de 30 ans (1631-1648)

Les armées du Hesse-Cassel durant la guerre de 30 ans (1631-1648)

Les Hessois feront partie des alliés les plus fidèles de la Suède puis de la France. Ils décideront notamment de la victoire de Condé et Turenne, en 1645, à Nördlingen. En 1632, l’armée hessoise compte 5 régiments d’infanterie, 6 régiments de cavalerie dont un Leib régiment (Gardes du corps), un régiment de dragons et trois compagnies franches, dont une de jaegers à cheval. Des six régiments d’infanterie, les quatre premiers sont « colorés » : vert pour le premier, rouge pour le second, blanc pour le troisième, bleu & blanc pour le quatrième. Le corps qui fait partie de l’armée de Turenne à Allerheim (ou seconde bataille de Nördlingen, en 1645), compte 6 régiments d’infanterie formant chacun un bataillon de 500 hommes en moyenne, 6 régiments de cavalerie formant 10 escadrons de 300 chevaux en moyenne, et 27 pièces d’artillerie principalement de calibre 4 à 8 livres.

Les six régiments d’infanterie en 1631 sont les régiments Leib (régiment vert), Dalgwigt (régiment rouge), Geiso (régiment blanc), Uffeln (régiment bleu et blanc), Riese et Uslar. Les six régiments de cavalerie sont les régiments de cavalerie Leib, F. Dalwigt, K. Dalwigt, Seekirch, Uslar et Mercier, auxquels s’ajoutent le régiment de dragons Scharrkopf, un régiment de chasseurs montés et deux compagnies franches.

En 1645, les sept régiments d’infanterie sont les régiments Ros (régiment vert), Stauff (régiment rouge), Kotz (régiment blanc), Uffeln (régiment bleu et blanc), Wrede, Franc et Lopez. Les six régiments de cavalerie sont les régiments de cavalerie Leib, Groot, Barcourt/Bruckhurst, Schwert, Geiso, Rauchhaupt et Ohm (ex-régiment weimarien).

En 1648, les régiments d’infanterie, maintenant au nombre de 13, sont ceux de Wartenburg (régiment vert), Stauff (régiment rouge), Geiso (régiment blanc), Uffeln (régiment bleu et blanc), Gunterade, Thungen, Willich, Wurtemberg, Saint-Andreas, Benthon, Stemfels, Motz et Ahlfeld, auxquels s’ajoutent 14 compagnies franches. Les régiments de cavalerie sont les régiments Leib, Groot, Ernst, Wied, et Tarent, auxquels s’ajoutent une compagnie supplémentaire de gardes (Leib) et la compagnie de gardes (Leib) de Geiso.

Stéphane Thion

Source principale : Guthrie (2003), The later Thirty Years War, Greenwood Press.

L’armée suédoise à Lützen (16 novembre 1632) selon Guthrie et Brzezinski

L’armée suédoise à Lützen (16 novembre 1632) selon Guthrie et Brzezinski

1- OdB suédois selon Guthrie (Battles of the Thirty Years War – Greenwood Press)

Effectif : 19,150 hommes (12,950 fantassins et 6,210 cavaliers, 60 canons).

Aile gauche (2980 chevaux, 1000 fantassins, 10 canons)

Première ligne : Bernard de Weimar CR (500 en 2 esc), Carberg CR (220), Domhoff/Courlande CR (230), Tiesenhausen-Livoniens CR (300), Courville CR (300), 5 détachements de mousquetaires (200) avec 2 canons par détachement.

Deuxième ligne : Hoffkirch CR (350), Anhalt CR (300), Lowenstein CR (200), Brandenstein CR (300), Steinbach CR (200), Stechenitz CR (80).

Centre (10950 fantassins, 20 canons lourds, 24 canons légers).

Première ligne (de droite à gauche) : Brigade suédoise (1287), brigade jaune (1221), brigade bleue (1110), brigade verte  (1748), 4 batteries de 5 canons, Henderson IR (228)

Deuxième ligne : Brigade Bose (1438), brigade Knyphausen (1120), brigade Thurn (1252), brigade Mitzlaff (1546), Ohm CR (300).

Aile droite (2930 chevaux, 1000 fantassins, 10 canons).

Première ligne : Stalhansk CR (500), Stoop CR (400), Sack CR (200), Silversparre CR (250), Sperreuter CR (100), Stenbock CR (400), 5 détachements de mousquetaires (200 chacun) avec 2 canons par détachement.

Seconde ligne : Wilhelm Leib CR (120), Goldstein CR (150), Bulach CR (120), Beckermann CR (150), Hessois 4 CR (380), G. Uslar-hessois CR (160)

 

2- OdB suédois selon Brzezinski (Lützen 1632 – Osprey Military – Campaign)

Effectif : 20,900 hommes (14,700 fantassins et 6,210 cavaliers, 50 canons).

Aile gauche (2980 chevaux, 1000 fantassins, 10 canons)

Première ligne (de droite à gauche) : Bernard de Weimar CR (500 en 2 esc), Carberg CR (220), Courlande CR (230), Tiesenhausen-Livoniens CR (300), Courville CR (300), 5 détachements de mousquetaires (200) avec 2 canons par détachement.

Deuxième ligne (de droite à gauche) : Hoffkirch CR (350), Anhalt CR (300), Lowenstein CR (200), Brandenstein CR (300), Steinbach CR (200), Stechenitz CR (80).

Centre (12,700 fantassins).

Première ligne (de droite à gauche) : Brigade suédoise (1581), brigade jaune (1221), brigade bleue (1110), brigade verte Weimar (2036), 4 batteries de 5 canons, Henderson IR (228)

Deuxième ligne (de droite à gauche) : Brigade duc Wilhelm/Bose (1726), brigade Knyphausen blanche (1120), brigade Thurn (1832), brigade Mitzlaff (1834). En réserve, derrière : Ohm CR (300).

Aile droite (2930 chevaux, 1000 fantassins, 10 canons).

Première ligne (de droite à gauche) : Stalhansk (finnois) CR (500), Västgota CR (400), Södermanland CR (200), Uppland CR (250), Östagota CR (100), Smäland CR (400), 5 détachements de mousquetaires (200 chacun) avec 2 canons par détachement.

Seconde ligne (de droite à gauche) : duc Wilhelm Leib CR (120), Goldstein CR (150), Bulach CR (120), Beckermann CR (150), Hessois 4 CR (380), G. Uslar-hessois CR (160).

Artillerie : 20 canons = 10 pièces de 3 livres sur chaque aile avec les mousquetaires commandés).

L’armée transylvaine de Gábor Bethlen (1618-1628)

L’armée transylvaine de Gábor Bethlen (1618-1628)

Gábor Bethlen succéda à Gábor  Bathory comme prince de Transylvanie. Calviniste, il mettra tout en oeuvre pour faire prospérer la nation hongroise et la protéger à la fois contre les Turcs et l’Empire des Habsbourg. Il interviendra ainsi dans la première phase de la Guerre de Trente Ans, jusqu’à sa mort, en 1629. Il combattra notamment au côté des états protestants révoltés contre Ferdinand II, empereur germanique mais aussi roi de Hongrie. Gábor Bethlen commencera ainsi à assiéger Vienne en 1619, avant de lever le camp par manque de soutien protestant. Il repartira en campagne en 1622, guerroyant en Haute-Hongrie, jusqu’à la paix de Presbourg, en 1626.

L’armée de Gábor Bethlen consistait en de la cavalerie, de l’infanterie et de l’artillerie mais avec une forte dominante de cavalerie. La cavalerie était armée de la lance, de l’épée, du poignard et du pistolet. L’arme principale de l’infanterie était le mousquet et le sabre. L’infanterie transylvaine de Bethlen n’était pas armée de piques. Ses troupes légères, cavaliers et piétons, étaient recrutées parmi les Hongrois (haiduks, hadjùs et Hussars), mais aussi les Turcs, Tartares, Moldaves et Valaques. Les mercenaires turques, tatares, moldaves et valaques pouvaient être nombreux. Ainsi, en 1623, Gábor Bethlen, ayant négocié avec la Porte, reçu le renfort des Turcs, qui joint avec ses troupes hongroises, transylvaines et valaques, faisait une armée de 40 000 hommes.

Les hadjùs libres étaient des bergers hongrois équipés et armés, recrutés comme mercenaires. Il servaient comme cavalerie ou infanterie légère. L’infanterie légère hadjù, privilégiait les embuscades. Leur armement était composé d’un mousquet court ou d’une carabine, d’un sabre et d’une hache. Les cavaliers hadjùs ajoutaient la lance à cette armement. Les haiduks étaient des arquebusiers hongrois. Les Hussars étaient des cavaliers hongrois réputés pour leur habileté. Les hussards hongrois privilégiait la lance et le sabre ou la hache au combat. Les hussards les mieux équipés étaient équipés d’un casque de type capeline, d’une cuirasse, d’un haubert de maille et de protège-bras.

Le prince de Transylvanie avait aussi accès au recrutement de troupes hongroises, de cosaques polonais, ainsi que de mercenaires occidentaux, notamment allemands, tchèques, moraves et silésiens. Ce sont ces derniers qui fournissaient les régiments de piquiers et mousquetaires, de dragons ou mousquetaires montés et de cuirassiers. Gábor Bethlen avait aussi l’habitude de recruter les mercenaires de son adversaire. Ce fut notamment le cas avec les troupes hongroises de Ferdinand, qui sont volontairement passées au service du prince de Transylvanie à plusieurs reprises. Les mercenaires allemands étaient les plus réputés. Lors de ses premières campagnes, ceux-ci étaient néanmoins peu nombreux, ne comptant que 4000 fantassins et 2000 cavaliers.

 

Les mercenaires de Gábor Bethlen était suppléés par le recrutement de nobles hongrois et de levées transylvaines du Comté, notamment des Székely. Les Székely formaient une grande part des armées transylvaines. Les plus riches servaient comme cavaliers alors que l’homme commun servait dans l’infanterie comme mousquetaire. Cette infanterie était vêtue de rouge, ce qui les faisaient désignés comme Trabants rouges. Les Trabants rouges devaient répondre à l’appel aux armes de leur prince et se présenter avec un mousquet et un sabre.

En termes d’organisation, les soldats transylvains étaient regroupés en  század. Mais à l’époque,  les  unités et les subdivisions n’avaient pas d’effectif stable pour l’infanterie comme pour la cavalerie. Un corps ou régiment d’infanterie pouvait compter de 2 à 3000 hommes, et était composé de 8 à 24 század. Les corps de cavalerie pouvaient compter de 5 à 8 000 cavaliers,  divisés en század de 50 à 100 hommes. Les termes század et zászló (Compagnie, Fähnlein) désignaient ainsi les subdivisions des régiments, l’équivalent de nos compagnies. Des unités de 300 et 500 hommes pour la cavalerie, et de 500 hommes pour l’infanterie, semblent constituer l’échelon supérieur au század . Le terme banderi, issu de l’ancienne noblesse, semblait encore utilisé. Il désignait peut-être des unités de cavalerie lourde. Les unités de mercenaires et les troupes permanentes du Comté étaient périodiquement soumises à des « monstres» mensuelles, au cours desquels la tenue, l’armement, et l’entrainement, étaient contrôlés.

Ci-dessus et ci-dessous : gardes de Gábor Bethlen et hadjùs hongrois/transylvaniens

En Hongrie, la cavalerie dominait largement en termes d’effectifs : le rapport entre cavaliers et fantassins était souvent de 3 ou 2 pour 1, exceptionnellement 1 pour 2.  Gábor Bethlen se reposait donc principalement sur sa cavalerie, et c’est avec elle qu’il connaitra ses plus beaux succès. Contre des positions défensives, il faisait démonter sa cavalerie lorsque nécessaire pour combattre par le feu. Mais le manque d’infanterie se faisait souvent ressentir. Ce qui lui faisait dire : S’il y a des centaines de milliers de cavaliers dans une guerre, mais pas de piétons, on ne peut faire que peu de choses, quand l’ennemi se retranche. Il reconnaissait ainsi que le fantassin pouvait combattre là où la cavalerie ne le pouvait.

Ci-dessous : cavalerie légère hongroise et croate

L’artillerie était peu nombreuse au sein de l’armée transylvaine. Les canons lourds suivaient l’armée, leur présence étant indispensable lors des sièges de places fortes. En 1623, le prince Transylvain alignera tout de même quatre batteries de 16 canons pour un siège. L’artillerie de campagne se limitait cependant en général à une vingtaine de canons. Les canons étaient tractés par des chevaux, ou par des bœufs.

L’approvisionnement des troupes était assuré grâce aux chariots du train. Ces chariots étaient tractés par des bœufs, ce qui ralentissait l’armée. Gábor Bethlen demandait à ce qu’il y ait 50 charrettes à bœufs pour 1000 hommes. Il fallait donc compter un énorme train de 1000 chariots pour une armée de 20000 hommes.

Stéphane Thion

(Aquarelles de K.A. Wilke)

 

Les armées de l’Union Protestante (1618-1628)

Les armées de l’Union Protestante (1618-1628)

En 1608, furieux de la nouvelle interprétation des stipulations d’Augsbourg proposée par le parti catholique au Reichstag, les représentants des états protestants quittent l’assemblée. Ils constituent alors, le 14 mai 1608, une union défensive, appelée Union protestante, ou Union évangélique. Christian d’Anhalt pousse alors un calviniste, l’électeur palatin Frédéric V, à prendre la tête de cette Union. Suite à la défaite de l’Union protestante à la bataille de la Montagne Blanche, en 1620, Frédéric V sera surnommé le Roi d’un hiver.

En réalité, il n’existait pas une mais plusieurs armées protestantes. Matthias Thurn commanda la première armée, en 1619, mais Frédéric V en confia le commandement à son favori, Christian d’Anhalt, début 1620. Après la Montagne Blanche, Ernst von Mansfeld prit le commandement de l’armée de Frédéric V alors que Christian de Brunswick vint renforcer l’Union avec une nouvelle armée.

L’armée du Roi d’un Hiver en 1620

Les régiments bohémiens sont théoriquement à 2 000 hommes, en 10 compagnies de 200 hommes et les régiments de cavalerie à 4-5 compagnies de 100 chevaux. À la bataille de la Montagne Blanche, l’armée bohémienne de Christian d’Anhalt compte de l’ordre de 11 600 fantassins en 14 bataillons, 11 400 cavaliers en 28 escadrons et 10 canons. Cette armée a été réorganisée sur les principes hollandais, en bataillons de 1 000 hommes sur 10 rangs de profondeur et en escadrons de 400 chevaux.

Armée bohémienne de Christian d’Anhalt à la bataille de la Montagne Blanche (1620) :

Avant-Garde (1ère ligne)                  (5 bataillons et 6 escadrons)

Sthrum                                                 4 compagnies en 1 escadron

Infanterie mährisches (morave)     4 enseignes en 1 bataillon (Bierek)

Cavalerie silésienne                           4 compagnies en 1 escadron

Infanterie mährisches                       4 enseignes en 1 bataillon (Bierek)

Cavalerie autrichienne                      8 compagnies en 1 escadron

Infanterie d’Hohenlohe                    4 enseignes en 1 bataillon

Cavalerie d’Hohenlohe                     5 compagnies en 1 escadron

Infanterie d’Hohenlohe                    4 enseignes en 1 bataillon

Cavalerie bohémienne                      3 compagnies plus 1 compagnie royale en 1 escadron

Cavalerie de Bubna & Solms            9 compagnies en 1 escadron

Infanterie de Thurn                           6 enseignes en 1 bataillon

Bataille (2nd ligne), dans les intervalles     (6 bataillons et 6 escadrons)

Cavalerie hongroise                            300 cavaliers en 1 escadron

Cavalerie de Stubenvolls märische   5 compagnies en 1 escadron

Infanterie oberennsisches                 2 enseignes en 1 bataillon

Cavalerie du prince d’Anhalt             4 compagnies en 1 escadron

Infanterie oberennsisches                 3 enseignes en 1 bataillon

Cavalerie du prince d’Anhalt             3 compagnies en 1 escadron

Infanterie de Capliers                         3 enseignes en 1 bataillon

Cavalerie mährische de Borsida       4 compagnies en 1 escadron

Infanterie de Capliers                        3 enseignes en 1 bataillon

Cavalerie mährische de Künen        4 compagnies en 1 escadron

Infanterie de Capliers                        3 enseignes en 1 bataillon

Infanterie de Thurn                           4 enseignes en 1 bataillon

La 3e ligne, 1000 pas derrière

Réserve :                                             6000 Hongrois en 9 escadrons

Aile gauche :                                      1600 Hongrois

En 6 unités en avant du front (à 5 “sauts”) disposés en trois échelons.

Au milieu de la première ligne sont disposées 4 compagnies “extraordinaires” de cavaliers de l’avant-garde.

La relation officielle bavaroise donne 4 bataillons et 12 escadrons en première ligne, 3 bataillons et 5 escadrons en seconde ligne et 6000 hongrois en réserve, sur les ailes, pour un total de 21 000 hommes.

Ci-dessus : couleurs de frédéric de Bohême ; ci-dessous : arquebusier à cheval et infanterie (régiment du margrave de Jagendorf)

Ci-dessus : infanterie morave ; ci-dessous : cuirassiers d’Anhalt, bourguignottes et cabassets

Ci-dessous : infanterie de la ligue protestante.

Ci-dessous : étendards de compagnies d’un régiment de Frédéric de Palatinat, roi de Bohême, en 1616

L’armée de Ernst von Mansfeldt de 1620 à 1626

L’infanterie et la cavalerie de Mansfeld suivent la même organisation que celle d’Anhalt & de Thurn. Certains régiments de cavalerie, comme le Leib régiment, étaient à 1000 chevaux, en 10 compagnies de 100 chevaux, formant probablement 2 escadrons. En 1625, les escadrons ne sont plus qu’à 300 chevaux. Certains régiments d’infanterie de Mansfeld avaient des couleurs distinctives (principalement l’étendard) : en 1622, il y a ainsi les régiments blanc, bleu & blanc, rouge, bleu, jaune, et vert.

Armée de Ernest de Mansfeld en 1620 :

Régiment                                      Infanterie         Cavalerie

Ernest de Mansfeldt                      2,000

Guillaume de Saxe-Weimar         3,000                     1,000

Casimir de Loewenstein                2,000

Joachim Carpezan                          2,000

Poeblitz                                            2,000

Balthazar de Schlammersdorf      2,000

Sigismond de Brandebourg                                         1,000

Frédéric de Saxe-Altenbourg                                       500

______            ______

13,000                  2,500

Source : document des archives de Vienne cité par hurter (Ferd.III, t.IX, page 52).

En mars 1622, le comte Ernest de Mansfeldt offre à l’Infante « de conduire douze régiments d’infanterie et 5,000 chevaux, le régiment à 3,000 hommes, selon le traitement des Pays-Bas. » L’Infante répond à Mansfeldt qu’il consent « à accepter au service de Sa Majesté outre les 6,000 hommes de pied et les 1,000 chevaux, déjà précédemment agréés, encore 4,000 hommes de pied et 1,000 chevaux, soit en tout 10,000 hommes de pied et 2,000 chevaux. »

Vers 1610, jean-Jacques Walhausen prescrivait effectivement des régiments d’infanterie de 3,000 hommes, en 10 compagnies de 300 hommes.

Ci-dessous : cornette de cuirassier de Mansfeldt

Ci-dessus : infanterie de Mansfeldt (anglais, écossais, allemands)

 

L’armée de Georg Friederich von Baden-Durlach de 1620 à 1622

L’infanterie du Margrave de Bade en 1622 (bataille de Wimpfen) est organisée sur le modèle hollandais. Les régiments d’infanterie sont à 10 compagnies de 200 hommes et les régiments de cavalerie en 3-10 compagnies de 100 chevaux. À Wimpfen, les bataillons étaient de 1 400 hommes sur 10 rangs de profondeur, deux seulement étant à 800 hommes. Sa cavalerie combat en escadrons de 3 à 600 chevaux sur 6 rangs de profondeur. La spécificité de cette armée repose sur ses 70 wagons de combats, à l’image de ceux des hussites, équipés de mortiers tirant à mitraille.

L’armée du Margrave comptait, à Wimpfen (1622), 13 000 fantassins et 3000 cavaliers. L’armée de Tilly prendra à l’armée protestante de Baden-Durlach, à l’issue de la bataille de Wimpfen (1622), plus de 1200 chariots et charrettes (dont 4 chariots chargés d’échelles), 2 grands canons de 60 livres, 20 canons moyens (dont 15 de 40 livres), et 85 pièces de plus petit calibre.

Ci-dessous : infanterie et arquebusier à cheval badois

Drapeaux

Pour compléter, une série d’étendards de compagnies de l’Union Protestante (armées de Mansfeldt, Brunswick et Baden-Durlach) :

Stéphane Thion

(Aquarelles de K.A. Wilke)

Les armées françaises de la guerre de Trente Ans (1610-1648)

Les armées françaises de la guerre de Trente Ans (1610-1648)

 

Henri IV, père de Louis XIII, avait utilisé toute son énergie à rétablir la paix à l’intérieur et à l’extérieur du royaume. Les conséquences s’en feront lourdement sentir : en 1600, la France est ruinée. Mais l’énergie conjuguée du Roi et de Sully, son surintendant des finances, va relever le pays. Depuis 1599, l’Europe est en paix, à l’exception de la guerre entre les Provinces-Unies et l’Espagne, mais celle-ci est fragile. En Allemagne et en France, l’équilibre entre catholiques et protestants est précaire. Alors que les Habsbourg règnent de Madrid à Vienne, les principautés protestantes tissent un réseau d’alliance, recherchant le soutien de la Hollande, de l’Angleterre ou de la France d’Henri IV.

C’est durant la première décennie du XVIIe siècle qu’entre en scène un jeune évêque, Armand-Jean du Plessis de Richelieu. Il a 25 ans en 1610, lorsque Henri IV est assassiné. C’est Concini, favori de Marie de Médicis qui le fait entrer au conseil du Roi, en 1616, comme ministre chargé des affaires étrangères. Luynes succède à Concini, assassiné le 24 avril 1617. À la mort de ce favori, le 15 décembre 1621, les entreprises espagnoles aux Provinces-Unies et l’occupation du Palatinat par les Impériaux en 1622 vont marquer le retour à une politique anti-Habsbourg de la France. Car Richelieu, voulant préserver les frontières du pays, va se révéler un ennemi implacable de l’Espagne et de l’Empire.

La bataille de Lützen, le 16 novembre 1632, voit la victoire de Gustave Adolphe sur le généralissime impérial. Cette seconde victoire sera chèrement payée puisque le « lion du nord » y trouve la mort. Poussés par la France et le chancelier suédois Oxenstierna, les généraux suédois Baner, Horn, Torstensson et l’allemand Bernard de Saxe Weimar continuent la guerre, malgré la lassitude des populations. Mais la défaite des Suédois à Nördlingen (1634) va redistribuer les cartes. Le 30 mai 1635, l’Empereur et l’Electeur de Saxe signent un traité de paix avec l’Empereur Ferdinand II  qui sera bientôt étendu à tous les princes allemands qui le souhaitent. La coalition montée par la Suède de Gustave Adolphe et la France de Richelieu mise à mal, l’Allemagne est maintenant sur le point de retrouver la paix, même si de nombreux princes protestants et villes libres d’Empire y restent hostiles. Mais le chancelier Oxenstierra n’a pas intérêt à une paix en Allemagne : son objectif est de prendre le contrôle de la côte continentale de la Baltique en instaurant un protectorat sur les états protestants d’Allemagne du nord. Le cardinal Richelieu, craignant que l’Espagne de Philippe IV puisse utiliser les troupes impériales ainsi libérées par la fin du conflit pour menacer les intérêts français, n’a pas plus d’intérêt à une fin des hostilités.

La situation est pourtant plus compliquée qu’elle n’y parait. L’Alsace était occupée depuis août 1632 par les suédois de Horn. Les cités Alsaciennes, lasses des déprédations, demandent alors l’aide de Louis XIII. Une convention négociée le 9 octobre 1634 entre Français et Suédois, suivie par un traité, autorise la France à occuper la région. Alors que les maréchaux Brézé et de La Force y affrontent les Impériaux, le Prince Thomas de Savoie, à la tête d’une armée espagnole, envahit l’Electorat de Trèves en mars 1635, faisant prisonnier l’Archevêque Electeur, protégé de Louis XIII. Les dés sont jetés. Le 8 février 1635, Richelieu, sentant la guerre inévitable, avait renforcé son alliance avec les Provinces Unies et avec la Suède. Le 19 mai, il déclare la guerre à l’Espagne. Cette entrée en guerre est suivie d’une première victoire française à Avins, en Wallonie, le lendemain même.

L’infanterie française avant 1635

A la mort d’Henri IV, la France est une des rares nations d’Europe à disposer d’une armée permanente. En 1613, l’infanterie française se constitue ainsi de cinq vieux régiments de 20 compagnies (Gardes Françaises, Picardie, Piémont, Champagne, Navarre) – Normandie ne sera créé qu’en 1616 – et deux petits-vieux, Bourg et Chappes (ancien Nerestang), de 10 compagnies chacun, le tout faisant 15 000 hommes.

De 1600 à 1615, les compagnies d’infanterie comptent, en temps de guerre, une centaine d’hommes, et la moitié en temps de paix. Les Gardes-françaises ont des compagnies plus importantes. Ses 20 compagnies sont à 300 hommes chacune en 1600, puis 120 hommes en 1606. Elles seront à 200 hommes en 1614 et enfin à 300 hommes en 1629. Les autres vieux corps sont à 20 compagnies de 100 hommes, ou 50 hommes les années de paix. En 1613, le régiment Bourg de l’Espinasse, envoyé pour secourir le duc de Mantoue contre le duc de Savoie, a ordre lui ai fait de faire recrue pour passer à 200 hommes par compagnie. L’effectif des compagnies des régiments étrangers au service de la France diffère notablement, 300 hommes pour les compagnies suisses et 200 hommes pour les compagnies liégeoises ou irlandaises. En pratique, les régiments français, autres que les vieux corps, dépasseront rarement 1 000 hommes, en dix compagnies de 100 hommes. Ainsi, des 14 régiments à la disposition de Lesdiguières, en Savoie, seulement deux ont 10 compagnies, les autres en ayant de 2 à 9.

Les troubles religieux reprennent en 1615. Les vieilles bandes qui forment les garnisons sont alors enrégimentées et des commissions sont données pour lever de nouveaux régiments. Mais pour différencier anciens et nouveaux régiments, le colonel général de l’infanterie ne possédera une compagnie colonelle, celle au drapeau blanc, que dans les anciens régiments. Début 1616, la régente à 16 régiments d’infanterie à son service, dont 3 étrangers : les Gardes françaises et Gardes suisses, les 4 vieux corps (Picardie, Piémont, Navarre et Champagne), les 5 petits-vieux (Nerestang, Rambures, Portes, Vaubecourt et Sault), Boniface, Ancre, Chastellier-Barlot, Ornano-Corse et Nesmond-Lorrain. Les Gardes-Suisses ont aussi été rétablis et resteront entretenues. En 1622, pour la campagne de Languedoc contre les rebelles protestants, les compagnies des petits vieux sont à 100 hommes, dont 36 piquiers. Mais  l’ordonnance royale du 14 août 1623 augmente dorénavant les compagnies des vieux régiments à 200 hommes. Ce sera le cas pour les régiments de Normandie, de Vaubecourt et de Coeuvres qui sont envoyés en Valteline.

Une compagnie d’infanterie française comprend vers 1600-1610, un capitaine, un commissaire, un lieutenant, un enseigne, deux sergents, des caporaux, ou cap d’escadre, des lanspessades et appointés pour soulager le camp d’escadre, et des soldats. Le caporal doit avoir un rôle (ou liste d’enrôlement) de ses soldats et il doit leur répartir les vivres, les balles, la mèche et la poudre. Le sergent doit savoir écrire, lire et compter, pour tenir compte de ses soldats, combien de piquiers & combien de mousquetaires, & mettre au premier rang les mieux armés, & les plus courageux. Au sein de sa compagnie, il doit faire observer la discipline aux soldats et les instruire à se tenir en rang et en file. C’est lui qui distribue la mèche & la poudre aux caporaux et qui pose postes de gardes et sentinelles. L’enseigne porte le drapeau de la compagnie partout où est son capitaine et il commande la compagnie en l’absence des deux autres officiers. Le lieutenant commande la compagnie en l’absence du capitaine. On trouve aussi, dans chaque compagnie, un ou deux tambours, un fourrier et un barbier, qui fait office de chirurgien.

L’état-major de chaque régiment compte un prévôt, un maréchal des logis et un sergent major. C’est ce dernier qui organise la marche du régiment, l’informe de sa place au sein du dispositif (à l’avant-garde, à la bataille ou à l’arrière-garde). C’est à lui que revient la tâche délicate d’ordonner le bataillon : former un bataillon parfait, est une préoccupation majeure des officiers du parti catholique. Et s’il se trouve des sergents majors qui ignorent la mathématique bien qu’elle leur soit du tout nécessaire – de nombreux traités possèdent des tables de racines carrées toutes prêtes ! Le sergent major doit aussi être équipé d’un bâton de trois pied qui lui permettra de former un bataillon carré de piques, pour lequel chaque soldat doit occuper un espace de trois pied par trois pieds.

Quant à l’apparence d’un régiment, voilà ce que nous dit Souvigny, de son régiment : Environ la fin de juin de l’année 1613, ledit régiment de Bourg (de l’Espinasse) partit de Sainte-Colombe en fort bon état : les mousquetaires armés de beaux mousquets avec des bandoulières de velours, moitié couvertes de clinquants ; les piquiers, de piques de Biscaye, fer doré et le bout de bâton, avec des corselets de Milan, bourguignotte, hausse-col, tassette et brassal. L’infanterie n’est pas encore, à cette époque, habillée d’uniformes. Mai en 1627, Louis XIII demandera à plusieurs villes de lui fournir une grande quantité d’habits complets pour vêtir tous les soldats de son armée. L’armée reçoit ainsi, le 11 janvier 1628, 5 329 habits et 5 198 paires de souliers envoyés par l’un des échevins de Paris dont 2 400 habits de bure grise (une étoffe grossière et de peu de prix, faite de laine), et 100 autres de serge (la serge est une étoffe de laine légère) rouge cramoisi. Déjà, le 27 octobre 1627, Louis XIII avait frappé les parisiens d’une réquisition d’habits pour les Gardes françaises. Ces habits consistent alors en un pourpoint, jupe à longues basques, haut & bas-de-chausses, de bure minime, teinte en laine. Les moines de l’ordre des Minimes portaient une bure de couleur noire mais l’habit est ici teint en laine donc probablement de couleur écru ou gris. Début décembre 1629, le cardinal de Richelieu aura soin de faire partir avec lui, en Italie, 20 000 habits que le roy a ordonné de faire faire pour vêtir les soldats de son armée cet hiver.

L’infanterie française à partir de 1635

En 1635, un régiment d’infanterie française nouvellement levé compte 10 à 12 compagnies de 120 hommes,  parfois 200 hommes pour quelques régiments étrangers. Les vieux corps, régiments permanents sont à 20 compagnies, voire 30 compagnies pour les Gardes françaises. Au sein de la compagnie, les hommes sont 60% de mousquets et 40% de piques. Ainsi, le 16 février 1635, une capitulation, équivalent aux commissions données pour la levée des régiments français, est signée avec le colonel Batilly pour la levée d’un régiment allemand à 8 enseignes, qu’il sera par la suite possible d’augmenter à 10 compagnies, de 100 hommes chacune. L’État-Major devra être composé d’un Colonel, d’un Lieutenant Colonel, d’un Commissaire, d’un Sergent-Major, d’un Adjudant ou Aide-Major, d’un Maréchal des Logis, d’un Secrétaire du régiment, d’un Aumônier, d’un Prévôt, d’un Chirurgien et d’un Tambour Major. Chaque compagnie devra compter un capitaine, un lieutenant, un enseigne, deux sergents, un capitaine d’armes, un caporal des appointés, un secrétaire, un fourrier, un chirurgien, un tambour et 89 hommes dont il y aura 3 caporaux, 3 anspessades, 36 piquiers armés de corselets, et 43 mousquetaires. L’ordonnance du 14 juillet 1636 oblige les gens de guerre à prendre leurs armes allants au combat savoir pour l’infanterie le corset. Ce n’est qu’à partir de 1642 que les ordonnances préciseront que les capitaines d’infanterie seront obligés d’avoir les deux tiers de leurs soldats armés de mousquets & le tiers de piques. Les piquiers, tout au moins ceux des vieux corps, garderont leurs cuirasses avec tassettes jusque vers 1641. C’est en tous cas ce que rapporte Puysegur dans ses Mémoires : En l’année 1636, l’armée du Roy venant de Hollande, débarqua à Calais dans le mois de mai. On la fit marcher dans des quartiers de rafraîchissement. Le régiment de Piémont qui était beau & fort, eut les deux Andilly dans la Généralité de Rouen, & était payé par les Èlections. Il n’y en avait point de compagnie au-dessous de 90 hommes, & j’en avais 130 dans la mienne. Ils étaient armés de bons mousquets & bandoulières de Hollande, les piquiers avaient des corselets de même que les Gardes, & dans tout le régiment, aussi bien que dans les autres vieux corps, on en a porté jusqu’après la bataille de Sedan. Mais dès juin 1639, le maréchal de Châtillon note que pour l’infanterie, il y a d’assez bons hommes, mais mal armés : car excepté le régiment des Gardes, tous les piquiers sont sans corselet. Par contre, les mousquetaires sont bien armés, ils ont de bons mousquets & de bonnes bandoulières.

L’équipement de cette infanterie s’use rapidement et Richelieu devra continuellement veiller à son remplacement. Nos Français sont tous nuds, il y a un an qu’ils roulent ; ils ne peuvent (vu leur nécessité) s’habiller, écrit le duc de Rohan à Servien, en octobre 1635. Si on les veut conserver, il faudrait envoyer quatre mille paires d’habits pour habiller les plus mal vêtus. Servien lui répond alors qu’il a donné ordre de délivrer à Lyon tous les habits qui y sont, pour être distribués dans votre armée. Cette pratique semble être courante. Ainsi, en 1644, alors qu’il prenait en charge le commandement de  l’armée d’Allemagne, le vicomte de Turenne fit remonter à ses dépends 5 000 cavaliers & habiller 4 000 fantassins (Histoire du Vicomte de Turenne par Ramsay).

En 1635, Louis XIII et Richelieu ont 118 régiments d’infanterie à leur service, dont 16 étrangers, pour un effectif supposé de 156 000 hommes. Mais Richelieu doute de ce chiffre lorsqu’il écrit à son intendant Servien, le 23 mars 1635 : Quand je considère les troupes que le Roy doit avoir sur le papier j’en trouve plus qu’il ne faut pour composer les armées qu’il fait état de mettre en campagne dans un mois ; mais tant plus je pense à ce qu’il a d’effectif, et ce qu’il  aura sur pied dans un mois, je ne vois point comme de tout cela on peut composer 25 000 hommes pour l’Allemagne, 25 000 pour la Flandre, 6 000 auprès du Roy, 10 000 pour la Lorraine, 8 000 pour la Valteline et 12 000 pour l’Italie. D’ailleurs, il écrit un mois plus tard à ce même Servien que le régiment de La Bloquerie, qui devait avoir 2 400 hommes, n’en ayant que 700, il ne faut plus faire état, à mon avis, de compter les compagnies qu’à 100 hommes chacune, tant parce que nous ne le donnons que pour cela, que par ce aussi je ne crois pas qu’il en puisse avoir davantage. Dans ses hypothèses, Richelieu ne compte donc pas systématiquement les compagnies au chiffre théorique de 120 hommes par compagnie, comme il le fait en janvier 1636 : 86 compagnies faisant 80 hommes à quoi je les réduis, y compris les 10 pour 100, 6 880 hommes. Mais il s’efforcera, entre deux campagnes, à porter ces compagnies à 100 hommes. Dans les années 1640, l’effectif théorique de la compagnie passera à des chiffres compris entre 50 et 70 hommes, selon l’année.

À côté des six prestigieux vieux corps que sont les Gardes françaises, Piémont, Picardie, Champagne, Navarre, Normandie puis, à partir de 1636, La Marine, sept régiments permanents appelés petits vieux, bénéficient aussi du drapeau blanc de la compagnie colonelle : Rambure, Maugiron, Nerestang, Sault, Vaubecourt, Chamblay et Bellenave. Les régiments à drapeau blanc sont alors tenus de compter 20 compagnies. Mais le Roi propose par ailleurs, le 11 juillet 1636, que l’on donne le drapeau blanc à tous les régiments qui ont 20 compagnies, augmentant de ce fait le nombre des régiments permanents. Ce sera par exemple le cas du régiment Hebron, régiment écossais ayant combattu sous Gustave Adolphe. Quelques mois plutôt (décembre 1635), Louis XIII avait souhaité que cinq des vieux régiments soient transformés en régiments de provinces : Nettancourt, Turenne, Rebé, Tonneins et Castelmoron deviennent les régiments des Trois-Évêchés, de Quercy, de Foix, de Vivarais et d’Armagnac. Puis, en janvier 1636, le Cardinal demande la création des régiments de Guyenne, de Béarn, de Bourbonnais, de Poitou, de Beauce, de Bourgogne, du Maine, et de Berry à partir de ceux de la Valette, Toulonjon, La Baume, Chastelier-Barlot, Aluye, Chalancé, Lavardin et Courtenay, ainsi que celui de Bretagne. Puis les régiments de Maugiron, de Chamblay, d’Alincourt, de Montausier et de Saint-Ossange sont transformés en régiments d’Auvergne, de Lorraine, de Lyonnais, d’Angoumois et de Touraine. Enfin, le 10 juillet 1636, le duc d’Halluin reçoit commission pour lever le régiment de Languedoc et, le 27 novembre de cette même année, Richelieu demande à la Valette de lever le régiment de Guyenne.

Lorsque Louis XIII disparaît, le 14 mai 1643, l’infanterie française compte 166 régiments dont 25 étrangers pour un total de 192 860 hommes, hors garnisons : les Gardes françaises sont à 30 compagnies de 200 hommes, 16 vieux régiments sont à 30 compagnies de 50 hommes, et 106 régiments sont à 20 compagnies de 50 hommes. Mais on compte aussi un régiment à 18 compagnies de 50 hommes, un régiment à 15 compagnies et 6 régiments à 12 compagnies de 80 hommes, 10 régiments à 10 compagnies de 80 hommes. L’infanterie étrangère comprend 7 régiments suisses en 83 compagnies de 200 hommes, 4 régiments irlandais en 50 compagnies de 100 hommes, 4 régiments écossais en 62 compagnies de 100 hommes, 8 régiments allemands en 107 compagnies de 100 hommes, un régiment liégeois à 20 compagnies de 100 hommes, et un régiment italien à 10 compagnies de 50 hommes. Sur le champ de bataille, chaque régiment à 30 compagnies forme 2 bataillons de 8 à 900 hommes et chaque régiment de 20 compagnies forme un bataillon de 1 000 à 1 200 hommes. Les régiments de 10 et 12 compagnies sont réunis ensemble pour former un bataillon.

Au début des années 1630, selon le duc de Rohan, les bataillons sont sur 10 rangs de profondeur et les escadrons sur 5 de profondeur. Selon Gamaliel de la Tour, qui écrit à la même époque, le bataillon ordinaire doit être sur 10 ou 12 rangs, les demi-files en auront 5 ou 6. Les bataillons ne doivent plus surpasser 400 ou 600 hommes, et rarement viennent jusqu’à 800 ou 1 000 hommes. Chaque homme tient environ 2 pieds de front en largeur et un pied et demi d’épaisseur. En réalité, en 1635, le bataillon français ne se déploie plus que sur 8 rangs, et ce probablement depuis 1632 ou 1633. En 1638, Louis XIII demandera à son régiment des Gardes, dans un règlement du mois d’avril, que les bataillons se forment sur 6 ou 8 de hauteur, car s’ils sont davantage, il y a la moitié des hommes inutiles, et le roi affectionne le plus la hauteur de 6. La Vallière, qui écrit vers 1644-45, prescrit des bataillons de 1 000 hommes à 6 de hauteur pour toute l’infanterie, mais les vieux corps avaient suivis les pratiques des Gardes françaises bien avant, tout au moins lorsque l’effectif du bataillon était réduit à moins de 1 000 hommes. C’est ce que témoigne Henri Campion, évoquant des files de 6 hommes au régiment de Normandie, lors de cette terrible attaque des lignes espagnoles, en 1639, du côté de Salces : Notre bataillon était de huit cents bons soldats et de trente-cinq officiers, desquels on commanda les deux capitaines, lieutenants et enseignes de tour pour la garde de fatigue de se tenir à la queue de la troupe pour empêcher que nul soldat se débandât. L’on détacha deux capitaines, deux lieutenants et deux enseignes, pour donner à notre gauche et à notre droite un peu avant nous, avec chacun cent hommes. En cet ordre nous descendîmes la montagne, et les autres régiments à peu-près de même. (…) Sitôt que nous fûmes au bas de la montagne, les Espagnols commencèrent à tirer et nous à marcher droit à eux, dans un terrain uni comme une salle. Ils nous tuèrent quelques soldats pendant cette marche, que nous exécutâmes, ainsi que le virent et le dirent après le Prince et toute l’armée, avec le même calme que s’il eût été question de faire l’exercice, observant les distances des rangs des files, enfin d’une manière qui marquait la résolution de tout le corps, quoiqu’il tombât toujours du monde. Quand nous fûmes au milieu de la plaine, quasi à la portée du pistolet, les ennemis tirèrent tous leurs canons chargés à balles, et firent en même temps une salve du premier rang de leurs mousquetaires. Un de leurs boulets donna dans le milieu de notre bataillon, et le coup, joint aux mousquetades, nous emporta six files ou trente-six hommes. Les autres régiments reçurent aussi un grand échec, et prirent tellement l’épouvante, qu’ils firent demi-tour à droite, et regagnèrent la montagne, malgré les efforts des officiers, dont la plupart de ceux qui combattaient près de notre régiment se vinrent mettre avec nous.

De 1629 à 1645, les ordonnances s’enchaînent pour réglementer le comportement des gens de guerre. Il y eut le code Michau de 1629, très complet mais qui ne suffira pas. Le règlement du cardinal de la Valette, datant d’avril 1638, codifie pour sa part les intervalles entre bataillons et escadrons lorsqu’ils marchent, ainsi que la place des officiers. Il précise aussi la taille des camps, chaque compagnie devant occuper une rangée de huttes et sera séparée par une rue de la compagnie voisine, ou encore que chaque régiment doit avoir son bagage réuni et indiqué par une banderole à sa couleur. Une ordonnance de mai 1639 ordonne que les capitaines d’infanterie qui n’ont amené à l’armée que des compagnies de trente hommes seront cassés à la tête de leur régiment, dégradés des armes et poursuivis en restitution des sommes qu’ils ont reçues pour faire les recrues. Les capitaines qui n’ont amené que des compagnies de quarante hommes devront compléter à leurs dépens leur compagnie pour la campagne prochaine. Chaque année, une ordonnance publiée au mois d’octobre ou de novembre précise les dispositions des quartiers d’hivers, comme celle du 24 novembre 1639 qui précise que les officiers et soldats seront logés avec place au feu et à la chandelle. Celle du 18 octobre 1640 demande que les régiments de 20 compagnies seront payés, pendant l’hiver, sur le pied de 600 hommes et que les anciens régiments, qui ont plus de 20 compagnies, seront payés pour tous leurs soldats effectifs. Cette ordonnance prescrit par ailleurs une augmentation de l’effectif de l’infanterie, pour la campagne de 1641 en portant toutes compagnies de 50 à 60 hommes.  Au mois d’octobre 1641 apparaît un nouveau règlement sur les étapes : On cherchera dans chaque localité dix ou douze granges, halles ou autres lieux couverts pouvant loger un régiment de 1 000 hommes. Il faudra que l’on puisse y faire du feu, et l’entrepreneur fournira deux fagots et six bûches par feu, du 1er novembre au 1er avril. On fournira la paille pour coucher les soldats qui ne pourront loger ailleurs qu’aux halles et bâtiments où il seront distribués compagnie par compagnie. (…) L’entrepreneur fournira la viande cuite. Le vin sera mis dans des seaux. Il donnera par quatre soldats une écuelle en bois pour manger et un pot en bois pour boire. Cette ordonnance sera bien sûr suivie par une sur les quartiers d’hivers. Celle d’octobre 1642 ordonne que les compagnies complètes des régiments d’infanterie seront payées à la première montre sur le pied de 56 hommes chacune, et que les capitaines d’infanterie seront obligés d’avoir les deux tiers de leurs soldats armés de mousquets & le tiers de piques.

Le 15 janvier 1643, le roi écrit à Le Tellier, alors intendant de l’armée d’Italie : Ayant considéré que la plupart des régiments d’infanterie que j’ai mis à 30 compagnies ne sont guère plus forts qu’ils n’étaient quand ils en avaient moins, j’ai décidé de les réduire à 20 compagnies, sauf les vieux corps, les petits vieux et ceux considérés comme tels. Dans chaque régiment, on ne conservera que les 20 compagnies les plus fortes et on y incorporera les soldats des compagnies supprimées. Comme je trouve que les enseignes sont inutiles dans l’infanterie, je ne conserve par régiment que deux enseignes, un à la compagnie mestre de camp, et un à celle du premier capitaine. On licenciera de suite les enseignes des régiments de 20 compagnies. Dans les vieux régiments qui restent à 30 compagnies, les enseignes qui existent seront conservés, mais on ne remplira pas les vacantes jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus que deux par régiment. L’ordonnance du 18 octobre 1643, sur les quartiers d’hiver, prescrit de licencier les compagnies ayant moins de 20 hommes à la fin de la campagne et que les compagnies complètes seront de 70 hommes chacune, l’infanterie étant armée pour les deux tiers de mousquets & le tiers de piques. Puis celle du 10 novembre 1644 ordonne que les compagnies soient payées pendant l’hiver à 30 hommes, alors qu’elles seront à 60 hommes en campagne. L’ordonnance du 6 avril 1645 évoque une gratification de 300 livres au capitaine qui aurait une compagnie de 60 hommes, y compris les officiers, et 600 livres à celui qui aurait 70 hommes. Les capitaines qui ne présenteraient que les 30 hommes entretenus durant l’hiver devaient être cassés, leurs soldats répartis entre les autres compagnies du régiment. Les ordonnances de novembre 1645 et 1646 ne modifient pas les précédentes sur les quartiers d’hiver, et laissent la compagnie à 60 hommes. Enfin de nombreuses ordonnances, comme celle du 20 janvier 1641, rappellent et ordonnent que les appointements des officiers majors des régiments tant de cavalerie que d’infanterie français & étrangers ne seront payés tant aux monstres qu’aux prêts, qu’à proportion de la force desdits régiments, & des compagnies dont ils seront composés.

Ci-dessus : Étendards et infanterie française (Aquarelles de K.A Wilke)

 

La cavalerie

 

Il existe encore, en France, comme en Espagne ou en Savoie, des compagnies de gendarmes. Mais il ne s’agit plus des anciennes compagnies d’ordonnance, qui disparaissent dans les années 1590. Au début du XVIIe siècle, selon Du Praissac, les compagnies de gendarmes ou d’hommes d’armes, sont divisées en compagnies de cent hommes d’armes, au moins celles du Roy, des Princes, du Connétable & des Maréchaux de France. Louis de Montgommery nous décrit des compagnies de gendarmerie plus fortes sous Henri IV (vers 1603) : nous laisserons les compagnies de gendarmes complètes de 200 maîtres pour les princes, officiers de la couronne et gouverneurs de provinces ; et les autres de 100 pour les seigneurs, et ceux auxquels il plaira au roi d’entretenir, effectif confirmé par l’ordonnance du 29 avril 1611.

Les chevaux légers sont plus légèrement armés que les gendarmes : une cuirasse, un pistolet à l’arçon et leur casque ou chapeau. Avant 1635, la seule unité permanente, en France, reste la compagnie franche d’une centaine de chevaux. En 1621, les troupes de carabins sont séparées des compagnies de chevaux légers, et forment un corps particulier sous un mestre de camp des carabins, Arnaud de Corbeville.

En 1634, alors que Louis XIII et le cardinal-duc de Richelieu préparent leur entrée en guerre, celui-ci ne cache pas son admiration pour la cavalerie étrangère : J’ai pensé cette nuit qu’il valait mieux lever de la cavalerie étrangère que française, parce que, bien que la dernière soit plus excellente pour les combats, elle est moins bonne pour les fatigues, qui est ce dont on a à faire. Cette cavalerie, principalement allemande et liégeoise, est équipée plus légèrement que nos chevaux légers, à tel point que le Roi les assimile à des carabins.  Jusqu’en 1636, les carabins seront la véritable cavalerie légère de Louis XIII, équipée uniquement d’une cuirasse et d’une bourguignotte, comme le répond Louis XIII au sieur de Ferron qui en veut lever un régiment de 500 chevaux : il faut des carabins bien montés avec cuirasses. En plus des compagnies de carabins, il existe alors quelques compagnies de mousquetaires à cheval. La première – la plus célèbre puisqu’il s’agit des mousquetaires du Roi – est apparue en 1622, après la prise de Montpellier. Mais en mars 1635, dans un de ses mémoires au Roi, Richelieu se prononce contre la levée de nouvelles compagnies de ces mousquetaires montés, craignant que cela porte préjudice à l’infanterie, dont on a besoin. En pratique, rien ne distingue le mousquetaire à cheval du dragon et le cardinal Richelieu changera d’avis lorsque le Roi lui donnera, en mai 1635, commission de lever son propre régiment de mousquetaires à cheval, dits dragons. Six régiments de dragons seront ensuite levés à partir de compagnies de carabins que le Cardinal fait dissoudre : Cardinal-duc, Alègre, Bruslon, Bernieult, Mahé et Saint-Rémy, régiments qui seront prêt le 30 juillet.

Il faudra attendre la fin de l’été 1635 pour que l’on voit la cavalerie française, c’est à dire les chevau-légers qui forment le corps de cette cavalerie, réellement alléger son équipement, comme nous le montre cette lettre du 11 août 1635, de Richelieu au cardinal de la Valette : nous levons 20 régiments & 4 000 chevaux, comme je vous ai mandé, & outre cela nous allons maintenant faire 2 000 chevaux de la nouvelle cavalerie, dont vous m’avez écrit, qui n’aura que la cuirasse, une bourguignotte qui couvre les joues, & une barre sur le nez, une carabine & un pistolet. Louis XIII et Richelieu donneront alors le nom de hongroise à ce type de cavalerie. Car jusqu’en 1636, la majorité de la cavalerie française est composée de chevaux légers qui sont, comme l’écrit Puysegur dans ses mémoires, tous gens bien armés de bonnes cuirasses, de bonnes tassettes, & le casque en tête. Dès 1636, les cavaliers semblent ne plus vouloir porter la cuirasse. L’ordonnance du 14 juillet 1636 insiste donc pour que les gens de cheval aient la cuirasse pour le moins. Et cette habitude va se poursuivre puisque l’ordonnance du 27 mars 1639, enjoint à tous mestres de camp, colonels, & capitaines de cavalerie, tant française qu’étrangère, de faire armer leurs cavaliers de la cuirasse devant et derrière, du pot, de deux pistolets, et de l’épée. Quant à la tenue, seuls les Gardes, tels que les mousquetaires du Roi ou les Gardes du Cardinal, portaient un semblant d’uniforme, sous la forme d’une casaque.  En voici un exemple, évoqué par Henri Campion dans ces mémoires : en 1635, le Maréchal (de la Force) reçut un renfort de quinze cents gentilshommes de Normandie bien montés et fort dorés, de deux mille dragons, tous vêtus de casaques aux couleurs du cardinal de Richelieu.

La cavalerie française ne sera formée en esquadres qu’en juillet 1635. Toute la cavalerie se forme jusqu’alors en compagnies. Mais, face à la résistance de la noblesse, le cardinal de Richelieu doit abandonner son concept d’esquadre dès 1636. Il n’abandonne cependant pas son idée et ordonne, en janvier 1638, la formation de 36 régiments de cavalerie française. Ces régiments sont tous à 9 compagnies, 8 de chevau-légers et une de mousquetaires. S’ajoutent à ce total 25 régiments étrangers, dont 10 régiments weimariens à 8 compagnies. Comme pour l’infanterie, le nombre de régiments de cavalerie augmentera d’année en année. Il reste quelques compagnies dites franches, aux côtés de ces régiments : il s’agit des compagnies de gendarmes et de gardes des maréchaux. La Maison du roi en compte quatre : les compagnies des gardes du corps, des gendarmes de la garde, des chevau-légers de la garde et des mousquetaires du roi.

Les compagnies de carabins sont théoriquement, en 1635, de 80 maîtres, celles de chevaux légers de 90, celles de gendarmes de 100 maîtres et 200 pour les compagnies du roi et des princes. Comme pour l’infanterie, l’effectif théorique des compagnies diminuera avec les années. En 1642, une nouvelle ordonnance rappelle que les capitaines de cavalerie seront obligés d’avoir leurs soldats armés chacun d’une cuirasse, d’un pot, & deux pistolets, le tout en bon état, et que les compagnies de gendarmes & chevaux-légers seront payées à la première montre sur le pied de 60 hommes chacune, & celles de carabins pour 50 chacune, le tout officiers compris. Puis l’ordonnance du 20 décembre 1643 prescrit des compagnies à 70 hommes et que chaque cavalier soit armé du pot, de la cuirasse devant & derrière & de deux pistolets. (…) Chaque compagnie de cavalerie qui aura moins de 30 hommes ne pourra avoir de cornette.

Selon Gamaliel de la Tour (1634), chaque cornette de cavalerie se dispose sur 5 rangs et les escadrons sont de 200, 300 ou 400 chevaux au plus haut, lesquels coutumièrement doivent être quadruples de front, comme de 20 à 5 pour être presque carrés de terrain. Dix ans plus tard, La Vallière prescrit des escadrons de 120 chevaux, 40 de front sur 3 de hauteur. Puysegur confirme que les escadrons se déploient alors sur 3 de hauteur. Héritière des « meuniers » huguenots, La cavalerie française semble avoir abandonnée relativement tôt le combat à la caracole. Ainsi à Leucate, en 1637, le duc d’Halluin suivi de Boissac & de Sainte-Croix donna sur cette cavalerie avec tant de vigueur qu’il la renversa & la contraignit de se retirer en désordre au galop. La cavalerie de l’armée d’Allemagne, sous Guébriant puis Turenne, privilégiera aussi clairement le choc à la caracole, suivant l’exemple des régiments de Saxe-Weimar. Face à des escadrons tenant fermes, la majorité des escadrons privilégie donc le choc à l’épée précédé une salve des pistolets, comme en témoigne cet exemple lors de la bataille de Lens, le 20 août 1648 : « Le prince de Salm s’avance au trot, avec sa première ligne de Wallons et de Lorrains contre celle de Condé, qui marche au pas pour le recevoir. Les deux lignes se joignent tête contre tête de cheval, bouche contre bouche de pistolet, et demeurent en cette posture assez longtemps, attendant, sans branler des deux côtés, qui tirerait le premier. Les ennemis plus impatients commencent la décharge ; on dirait que l’Enfer s’ouvre ! Tous nos officiers du premier rang sont tués, blessés ou démontés. Condé donne alors le signal du feu puis, l’épée haute, à la tête du régiment de Gassion, il enfonce l’escadron qui lui est opposé. Ses six autres escadrons le suivent et, à son exemple, chargent si rudement la première ligne ennemie qu’ils la renversent. »

Ci-dessus : Etat-Major et cavalerie française ; ci-dessous : Artillerie (Aquarelles de K.A Wilke)

Stéphane Thion

L’armée de la Ligue Catholique (1610-1632)

L’armée de la Ligue Catholique (1610-1632)

 

La Ligue Catholique a été constituée le 10 juillet 1609 par les États Allemands du Saint-Empire, à l’instigation du duc Maximilien de Bavière pour contrer l’Union Protestante. La majorité des troupes de la Ligue seront fournies par les Bavarois et les Wallons, avec l’appui de l’Espagne qui s’engageait à financer deux régiments d’infanterie et un de cavalerie. Le duc Maximilien de Bavière en était le chef ; il nomma Jean Tserclaes, Comte de Tilly, lieutenant-général des forces armées de la Ligue Catholique en avril 1610. Selon l’historien Villermont, « l’appel du trentième et du dixième donna 14 000 hommes qui furent classés par régiments, habillés et armés d’une manière uniforme. Ils devaient former le noyau d’une armée toujours prête à entrer en campagne. Ce fut le premier essai d’une véritable armée permanente en Allemagne. (…) La noblesse équipa 2 000 cavaliers, auxquels on donna des instructeurs capables et habiles. Le chiffre de 20 000 hommes, indiqué par l’assemblée de Munich, fut complété par l’enrôlement de régiments étrangers. » À ces troupes s’ajoutaient, pour artillerie, 6 gros canons de 40, 12 canons de 24, 8 canons de 8 et 14 fauconneaux d’un calibre inférieur ou égal à 4.

Le 27 août 1619, les États de Bohême déclarent la déchéance de Ferdinand II : les princes Catholiques demandent alors à Maximilien de reprendre la direction de la Ligue et ordonnent la mobilisation d’une armée de 21 000 fantassins et 4000 cavaliers, ainsi que l’organisation d’une milice. Tilly en reprend la charge de lieutenant-général.

C’est avec cette armée que Tilly aligne une série impressionnante de victoires : face à l’électeur palatin Frédéric V, en 1620 à la Montagne Blanche ; face au margrave de Bade-Durlach, renforcé par les Espagnols du duc Gonzalo de Cordoba, à Wimpfen en 1622 ; face à Christian de Brunswick à Höcht, en 1622, et à Stadtlohn, en 1623 ; enfin, face aux Danois de Christian IV à Dessau et à Lutter am Barenberg en 1626. Mais il finira par connaître la défaite face à Gustave-Adolphe de Suède à Breitenfeld en 1631.

Jusqu’à la mort de Tilly, les régiments impériaux sont le plus souvent au service de l’armée de la Ligue. Ainsi, une armée type de la ligue catholique alignera des unités de recrutement varié : unités italiennes, wallonnes, espagnoles, allemandes de haute-Allemagne, bavaroises, saxonnes, westphaliennes ou du Wurzburg se côtoient.

Jusqu’en 1631, les régiments d’infanterie comptent théoriquement 3 000 hommes en 10 compagnies de 300 hommes. Mais en réalité, la plupart des régiments comptent à peine 2000 hommes. Ces régiments se forment en tercios ou battalia sur 20 à 30 rangs de profondeurs. Ainsi, un régiment de 2 000 hommes se forme en un bataillon de 78 files sur 26 rangs avec un bloc de piquiers, au milieu, en 44 files sur 22 rangs. Les mousquetaires forment deux manches de 17 files sur 26 rangs et un rideau de 44 files sur 4 rangs sur le front des piquiers. En pratique, entre 1622 et 1631, les régiments atteignent rarement 1000 hommes. Les compagnies sont alors regroupées pour former de gros bataillons ou tercios. A la montagne blanche, il y aura ainsi un bataillon wallon regroupant trois régiments (Bucquoy et Verdugo , 45 compagnies pour un total estimé de 3000 hommes), un bataillon napolitain (Brigata Spinelli, 31 compagnies regroupant 2500 hommes), un bataillon regroupant de régiments allemands (régiments Tiefenbach et Breuner, 20 compagnies totalisant 1700 hommes), le bataillon allemand formé par le régiment Fugger (8 compagnies totalisant 1400 hommes), un bataillon Saxon et wallon (régiments Saxon et Nassau, 20 compagnies totalisant 2200 hommes), un bataillon lorrain (régiment Florinville ,10 compagnies totalisant 3000 hommes), un bataillon du Wurzburg (régiment Bauer, 8 compagnies totalisant 2000 hommes), un bataillon autrichien et bavarois (régiments Schmidt et Rouville, 10 à 20 compagnies totalisant 2000 hommes), et deux bataillons bavarois (le premier composé du régiment  Herliberg de 10 compagnies totalisant 1250 hommes, le second composé des régiments Hasslang et Sulz regroupant 20 compagnies pour un total de 2000 hommes). A partir des années 1625-28, les régiments de vétérans dépasseront rarement les 1000 hommes (comme les régiments Reinach et Comargo en 1631), alors que la plupart des nouveaux régiments comptent toujours de 2 à 3000 hommes. À Breitenfeld (1631), les régiments de la Ligue comptaient en moyenne de l’ordre de 2 000 hommes.

Ci-dessus : officier saxon du régiment Löser, arquebusier de la ligue et chasseur bavarois (Aquarelle de K.A. Wilke)

Ci-dessous : piquiers, mousquetaires et double-soldes de la Ligue et/ou de l’Empire(Aquarelles de K.A. Wilke)

Les régiments de cavalerie comptent de 250 à 1000 chevaux, en 5-10 compagnies, celles-ci étant théoriquement à 50-100 chevaux. Ces régiments se déploient sur 10 rangs de profondeurs, pour adopter la tactique de la caracole, cuirassiers devant et arquebusiers derrière.  Entre 1610 et 1630, la doctrine d’utilisation des arquebusiers à cheval était de préparer la charge des cuirassiers en joignant leur feu à celui de la cavalerie lourde. Les régiments de cuirassiers impériaux, qu’ils soient allemands ou wallons, comptaient ainsi un certain nombre de compagnies d’arquebusiers à cheval (en général, 2 compagnies d’arquebusiers à cheval pour 3 compagnies de cuirassiers).  Ainsi, un régiment de cavalerie de 1000 chevaux se composent habituellement de 600 cuirassiers et 400 arquebusiers montés. En pratique, les arquebusiers pouvaient être regroupés en escadrons séparés. Ainsi, lors de la bataille de la Montagne Blanche, la cavalerie de la ligue aurait aligné 3 régiments de cuirassiers (Marradas, Wallenstein et Eynatten de 4-6 escadrons chacun), 8 régiments d’arquebusiers (Dampierre, Gauchier, La Croix, Meggau, Lobel, Histerle, Areyzaga et Montecuccoli, de 2-10 escadrons chacun) et 5 régiments mixtes ou non apparentés à un de ces deux groupes (Cratz, Marcossay, Pappenheim, Bonninghausen et Herzelles, de 5-6 escadrons chacun). A ces types de cavalerie s’ajoutent quelques Cosaques polonais (400 à La Montagne Blanche) ou Croates (de l’ordre de 200 à Wimpfen et à Wiesloch en 1622 et à Stadtlohn en 1625),

Les vieux régiments de cavalerie sont théoriquement à 1000 chevaux, 800-900 chevaux en pratique, comme les régiments de Schoenbourg et de Cronenbourg en 1631, mais les régiments nouvellement levés sont souvent à 500 chevaux (Erwitte, Bongars, Merode et Gehoy) voire à 800 (Eynaten). Les escadrons comptent 250 à 500 chevaux.

Ci-dessous : cuirassiers en armure 3/4, tambour et arquebusier (Aquarelles de K.A. Wilke)

L’artillerie se scinde en batteries de canons légers ou lourds. La ligue aligne ainsi 12 canons, à la Montagne Blanche, en 6 batteries de 2 pièces. Ces canons sont de calibre 12-24 livres et seront nommées, ce jour-là, les « 12 apôtres ».

Ci-dessous : étendards de la Ligue Catholique (Bavarois, en haut, régiment de Tilly)

Stéphane Thion

Planches Drapeaux 1600/1702

Planches Drapeaux 1600/1702

Le fichier joint à cet article contient une série de planches à mettre en couleur et issues des recherches de Pierre Fouré, parues dans les années 70 dans notre cercle de joueurs à la Sabretache à Paris.
Il concerne différents régiments levés de 1600 à 1702 dont certains sont mal connus car disparus très tôt.
La qualité du tirage est liée à l’époque et vous voudrez bien l’excuser. C’est un document assez rare.
Bonne lecture !

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Drapeaux Français 15mm

Drapeaux Français 15mm

Ici une planche de drapeaux français en 300 dpi. Diverses sources dont Pierre Fouré, C. Terana, cotoyés dans les années 70 quand j’étais à la Sabretache et que nous jouions sur hexagones au “Kriegspiel”…(ça date un peu)
Pour la petite histoire Picardie avait la préséance sur tous les régiments et son mestre de camp devenait automatiquement le commandant des autres régiments dans une même garnison. C’est le seul régiment qui sera autorisé à arborer son drapeau colonel en présence du Roi, les autres n’arborant que leur couleur.

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