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L’armée française en 1643

L’armée française en 1643

Ci-dessus : Gassion en reconnaissance dans les bois environnants Rocroi, par Alphonse Lalauze (1898)

L’infanterie française

Au début de l’année 1643, l’infanterie française compte 166 régiments dont 25 étrangers pour un total estimé de 218 000 hommes. Les régiments peuvent être à 30 compagnies, comme les Gardes françaises, les vieux corps et une partie des petits vieux, ou de 10 à 20 compagnies pour les régiments non entretenus. Les vieux corps (Gardes françaises, Picardie, Piémont, Champagne, Navarre, Normandie, la Marine) et les petits vieux (Rambures, Nerestang, Vaubecourt, La Roue, Villandry, Persan, Sault, Couvonges, La Meilleraye) forment l’essentiel des régiments dits entretenus ou permanents, c’est à dire qui ne seront pas licenciés une fois la paix revenue.

Les compagnies françaises comptent en général une cinquantaine d’hommes. Les compagnies liégeoises, allemandes, irlandaises et écossaises en comptent théoriquement une centaine, les compagnies suisses 200. Sur le champ de bataille, chaque régiment à 30 compagnies forme deux bataillons de 8 à 900 hommes et chaque régiment à 20 compagnies forme un bataillon de 1 000 à 1 200 hommes. Les régiments de 10 et 12 compagnies sont réunis par deux pour former un bataillon. L’encadrement d’une compagnie comprend un capitaine, un lieutenant, un enseigne ou sous-lieutenant, deux sergents armés de hallebardes, trois caporaux, trois anspessade et un tambour. Les caporaux et les anspessades avaient l’armement des soldats qu’ils commandaient.

Le 15 janvier 1643, le Roi écrit à Michel le Tellier, alors intendant de l’armée d’Italie : « Ayant considéré que la plupart des régiments d’infanterie que j’ai mis à 30 compagnies ne sont guère plus forts qu’ils n’étaient quand ils en avaient moins, j’ai décidé de les réduire à 20 compagnies, sauf les vieux corps, les petits vieux et ceux considérés comme tels (Picardie, Piémont, Champagne, Navarre, Normandie, la Marine, Rambures, Nerestang, Vaubecourt, La Roue, Villandry, Persan, Sault, Couvonges et la Meilleraye). Dans chaque régiment, on ne conservera que les 20 compagnies les plus fortes et on y incorporera les soldats des compagnies supprimées. Comme je trouve que les enseignes sont inutiles dans l’infanterie, je ne conserve par régiment que deux enseignes, un à la compagnie mestre de camp, et un à celle du premier capitaine. On licenciera de suite les enseignes des régiments de 20 compagnies. Dans les vieux régiments qui restent à 30 compagnies, les enseignes qui existent seront conservés, mais on ne remplira pas les vacantes jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus que deux par régiment ». Les enseignes supprimés furent envoyés dans les douze compagnies royales créées un mois plus tôt.

Cette lettre à Le Tellier ne fait que confirmer le règlement du 10 octobre 1642. Cette ordonnance ajoute que, pour prétendre être payées, les compagnies devront se présenter complètes à la montre, c’est à dire la revue, sur le pied de 56 hommes chacune, et 150 hommes pour les compagnies royales. Enfin, l’article XXIII de ce règlement précise que les « capitaines d’infanterie seront obligés d’avoir les deux tiers de leurs soldats armés de mousquets, & le tiers de piques ». Depuis 1640, il n’y a plus que les piquiers des Gardes françaises qui portent le corselet, c’est à dire la cuirasse, contre l’avis des anciennes ordonnances, comme celle du 14 juillet 1636. Les piquiers avaient pris l’habitude d’enlever ces armes, ou pièces d’armure.

Quant à la tenue, seules les Gardes françaises semblent avoir été revêtues d’un semblant d’uniforme. Le jeune d’Artagnan, qui est alors aux Gardes Françaises, en témoigne lorsqu’il écrit que de tous les assassins envoyés par son ennemi Rosnay pour le tuer, « il n’y en avait pas un qui me reconnut encore pour être du régiment (des Gardes françaises). Comme ils étaient du premier bataillon, & que je n’était que du second, nous ne nous étions point encore trouvé ensemble. (…) Quand ils m’avaient vu ce n’avait été qu’avec un autre habit que celui du régiment ». Si l’on en croit une lettre de Louis XIII au prévôt des marchands, datant du 27 octobre 1627, les habits des gardes se composent de « pourpoint, jupe à longues basques, haut & bas-de-chausses, de bure minime, teinte en laine ». Mais cela n’empêchait pas le Roi ou les intendants, lorsqu’ils le pouvaient, d’équiper plus ou moins uniformément leur infanterie. Ainsi, le 27 octobre 1641, Mazarin écrit à Le Tellier, alors intendant de l’armée du Piémont, qu’il recevra « l’ordre de faire faire des habits à tous les fantassins de l’armée ». Et celui-ci recevra 5400 paires d’habits un mois plus tard. En 1644, alors qu’il prenait en charge le commandement de l’armée d’Allemagne, le vicomte de Turenne « fit remonter à ses dépends 5 000 cavaliers & habiller 4 000 fantassins ». Le 24 juillet 1646, le parlement de Bretagne ordonnera aux communautés « de fournir à chaque soldat un habit neuf de bonne bure complet, avec deux chemises, un chapeau, une paire de souliers et une épée ». Enfin, le 10 octobre 1647, le Roi ordonne à la ville de Paris, de fournir 1 600 habits complets dont « un quart pour ceux de grande taille, un autre quart pour les plus petits et la moitié pour les moyens ». À cette occasion, Michel Le Tellier essaiera d’imposer un modèle : « Monsieur, je vous envoie un pourpoint ou juste-au-corps qu’on a fait faire ici pour servir de modèle de tous ceux qui seront fournis par les principales villes du royaume auxquelles Sa Majesté en a demandé pour servir aux soldats de nos armées ». Mais cette demande ne pourra être mise en oeuvre avant 1648 et donc bien après la bataille de Rocroi.

La liste des régiments d’infanterie présents à Rocroi est listée dans le scénario sur la bataille. En complément, voici la liste de l’ensemble des régiments d’infanterie au service de la France au début de l’année 1643 :

  • Régiments à 30 compagnies : Gardes françaises, Picardie, Piémont, Champagne, Navarre, Normandie, la Marine, Rambures, Vaubecourt, Lyonnais, Turenne, la Meilleraye, Langeron, Douglas-écossais, Roussillon, Enghien, Conti, Persan.
  • Régiments à 20 compagnies : Gardes suisses, Auvergne, Nerestang, Sault, Poudens-St-Vallier, Lorraine, Plessis-Praslin, Bourdonné, Montausier, Castelmoron, Touraine, Vaillac, La Tour, Aiguebonne, Provence, Annevoux, Nettancourt, Espagny, Grancey, Effiat, Navailles, Tonneins, Vidame d’Amiens, Bussy-Lameth, Vervins, Houdancourt, Florinville, Grandpré, Roquelaure, Lamothe-Houdancourt, Guiche-étranger (liégeois), Lambertie, La Chabrouillaye, maréchal de Brézé, Rébé, Vandy, Huxelles, Roqueservières (allemand), Batilly, Quincé, Biscaras, Castelnau-Mauvissière, Roqueservières français, Bellefonds, Aubeterre, Montpezat, Bourgogne, Périgord, Clauleu, Bretagne, la Suze, Beauce, Bonne, Noailles, Roucherolles, Boissy, Melun, Marquis de Brézé, les Galères, les ïles, le Havre-de-Grâce, Béarn, Languedoc, Poitou, Saintonge, du Tot, Nangis, Espenan, Rasilly, d’Estrées, Villequier, du Passage, Ventadour, Courcelles, Mirepoix, d’Harcourt-Artois, Castrevieille, Castelan, Sauveboeuf, Clermont-Vertillac, la Couronne, Montpeyroux, Kaergroet, Kolhas (allemand), Gesvres, Tavannes, Dauphiné, la Douze, Guebriant, Grignols, Souvigny, Averne, Wall (irlandais), la Feuillade, Oysonville, Estrades, Lesdiguières, Gonnor, Gaderousse, Lannoy, Matha, Sivron, la Mézanzère, Grammont, Fronzac, Laval, comte d’Alais, l’Eglise, Palliers, la Prée, Auduze.
  • Régiment à 18 compagnies : Mignières.
  • Régiments à 15 compagnies : les Vaisseaux, Schombeck (allemand).
  • Régiments à 12 compagnies : Gardes-écossaises, Saint-Etienne, Brasseux, Boisse, La Jonchère-la Ferté, Axtein (allemand), Lignières, Praromann (suisse), Roll (suisse), Bridieu.
  • Régiments à 10 compagnies : Mondejeu, Saint-Paul, Bellebrune, Molondin (suisse), Coosle (irlandais), du Buisson, Zillard (allemand), Feuquières, Rasilly (allemand), Notaf (allemand), Ehm (allemand), Fitz-Williams (irlandais), Belings (irlandais), Lenty (écossais), Watteville (suisse), Metz, Maleyssis, Lermont, Montécler, Am Büchel (suisse), Mazarin-italien, Foulartou (écossais).
  • Régiment à 9 compagnies : Rhoon (suisse).

La cavalerie française

Une première tentative ayant échoué en 1635, le Cardinal de Richelieu ordonne, le 24 janvier 1638, la création de 36 régiments de cavalerie français, composés chacun de 8 compagnies de chevau-légers et une compagnie de mousquetaires. Antoine de Vincart dira d’ailleurs que, à Rocroi, « la cavalerie française était divisée en régiments et chaque régiment ne faisait qu’un groupe de cuirassiers et un petit groupe de carabiniers ».

Avec les 25 régiments de cavalerie étrangers au service de la France, principalement weimariens, la France peut alors compter sur 61 régiments, nombre qui passera rapidement à 70 unités, auxquels s’ajoutent les compagnies de gendarmerie non enrégimentées, et la Maison du roi (les quatre compagnies de Gardes du Corps, les gendarmes et chevau-légers de la garde, la compagnie de mousquetaires du Roi). Selon l’ordonnance du 15 mai 1638, les compagnies de gendarmerie restent franches (non enrégimentées) et doivent servir de garde au général d’armée. Le règlement d’octobre 1642 exige que « les compagnies de gendarmes & chevaux-légers seront payées à la première montre sur le pied de 60 hommes chacune, & celles de carabins pour 50 chacune, le tout officiers compris ».

Six régiments de dragons avaient été formés le 27 mai 1635, à partir des compagnies de carabins : les régiments Cardinal, Alègre, Brûlon, Bernieules, Mahé et Saint-Rémy. Il n’en restera théoriquement qu’un en 1643, le régiment des Fusiliers à cheval de son Eminence, qui a remplacé les dragons du Cardinal en janvier 1638. Il sera renommé Fusiliers à cheval du Roy le 1er août 1643. Les Fusiliers du Roi, ou Fuzeliers comme on disait à l’époque, « ont été établis au lieu des dragons & carabins, dont il ne se voit plus en France », tout au moins en 1648. L’effectif de ces fusiliers n’est pas fixe et il est possible de l’augmenter en faisant prendre « des fusils a quelques compagnies de cavalerie légère ». Mais ils servent réellement comme des dragons, étant « obligés de mettre pied à terre aux occasions où on manque d’infanterie ».

Durant les années 1635-36, à l’imitation des Hongrois et des Suédois, l’équipement du cavalier français va s’alléger. Certains ayant pris l’habitude de se débarrasser de toutes leurs protections, l’ordonnance du 14 juillet 1636 insiste alors pour que « les gens de cheval aient la cuirasse pour le moins ». Et cette habitude va se poursuivre puisque  l’ordonnance d’octobre 1642 rappelle une fois de plus que « les capitaines de cavalerie seront obligés d’avoir leurs soldats armés chacun d’une cuirasse, d’un pot, & deux pistolets, le tout en bon état ».  À cette époque, c’est l’état qui fournit cet équipement. Sirot nous le confirme lorsqu’il écrit qu’en 1642, on lui ordonna « que toutes les compagnies seraient remises à 30 cavaliers, & que l’on donnerait au capitaine 200 livres pour chacun cavalier, afin d’en faire la recrue avec une montre entière ; ce qui fut aussitôt exécuté & l’argent délivré. Les recrues se firent en moins d’un mois, & les cavaliers se trouvant du nombre qu’on le désirait, le maréchal de Guiche me fit délivrer les armes pour les armer, que je distribuai à tous les régiments ; mais il ne s’y trouva que pour armer 2 000 chevaux, & il en restait encore 1 000 qui étaient sans armes ». Les compagnies de gendarmes, dont plusieurs seront présentes à Rocroi, sont équipées plus lourdement. L’État de la France de 1648 précise que « ces gens d’armes ont armes complètes – c’est à dire cuirasse, cuissards, brassards, etc – & sont payés pour deux chevaux, & partant obligés d’avoir avec eux un homme de service ».

Quant à la tenue, seuls les gardes, tels que les mousquetaires du Roi ou les gardes des princes et maréchaux, portent un semblant d’uniforme, sous la forme d’une casaque.  Les cavaliers du régiment Royal semblent avoir porté une casaque à Rocroi, tout au moins son mestre de camp, le vicomte de Montbas. Mais l’ancienne couleur rouge du Cardinal de Richelieu a probablement été remplacée par la couleur bleue du Roi, en gardant la croix blanche.

Le déploiement d’une armée

Le maréchal de bataille est une charge créée par Louis XIII, probablement peu avant sa mort. C’est à lui que revient la responsabilité de régler l’ordre de marche et de ranger l’armée en bataille. Il est aidé dans cette tâche par des sergents de bataille. Le chevalier de La Valière fut le premier connu sous ce titre. Auparavant, les sergents de bataille remplissaient une partie de ces fonctions.

Une armée en marche est à cette époque répartie en trois corps : avant-garde, bataille et arrière-garde. Les troupes en marche conservent en principe 40 pas entre les escadrons et 25 pas entre les bataillons. La disposition d’une vaste armée sur un champ de bataille est une phase critique qui doit prendre en compte les éléments du terrain, ses dimensions et le déploiement de l’ennemi. Selon La Valière, « on met l’armée sur trois lignes, dont la première s’appelle avant-garde, la seconde bataille, qui sont à peu près de même force, & la troisième arrière-garde, lorsqu’elle est à peu près de la force des autres, ou corps de réserve, lorsqu’elle est beaucoup plus faible. On met l’infanterie au milieu, & la cavalerie sur les ailes ; on doit faire les escadrons au moins 80, 100 ou 120 maîtres, & de 200 au plus, & on ne fait plus présentement que de 3 de hauteur. Les bataillons sont de 6, 7 à 800 hommes, & 1 000 au plus, dont les piquiers font le milieu, & les mousquetaires les ailes, & se mettent à 6 de hauteur aux bonnes troupes, & 8 aux moindres. (…) Les bataillons & escadrons de l’arrière-garde se mettent ordinairement vis à vis des intervalles des troupes de la bataille. Il y a diverses façons de disposer ces trois corps, chacune desquelles on a donné des noms particuliers, comme la croix, l’échiquier, le cinquain, le fixain, & plusieurs autres qui n’ont point de nom. Mais la plus ordinaire est la croix, & c’est l’ordre le plus serré, parce que les troupes de l’arrière-garde sont vis à vis de celles de l’avant-garde  ». L’artillerie, fauconneaux et faucons de petit calibre, couleuvrines moyennes et bâtardes, grandes couleuvrines de 15 livres ¼ de calibre ou canons de plus de 33 livres, couvrent généralement de front de l’infanterie. Des mousquetaires peuvent être déployés en avant, en tirailleurs ou enfants perdus, ou sur les flancs, en pelotons de mousquetaires commandés, intercalés entre les escadrons de cavalerie.

Gassion avait l’habitude d’intercaler des mousquetaires entre ses escadrons de cavalerie, comme l’avaient fait avant lui Coligny et Henri IV, puis Gustave-Adolphe, sous lequel il servit de 1630 à 1632. Un biographe du XVIIe siècle nous a décrit cette pratique lors d’un combat mené par lui en 1641, après la prise d’Arras : « Gassion rassembla ses troupes, les mit en bataille sur deux lignes, coula des pelotons d’infanterie dans les intervalles des escadrons, & en cet ordre, marcha droit à l’ennemi. (…) On s’approcha, Gassion essuya le premier feu des ennemis & réserva la décharge de son infanterie jusqu’à ce qu’elle fut à deux ou trois longueurs de piques de distance de leur aile. Mais aussi elle fit un étrange fracas & éclaircit beaucoup les premiers rangs. Gassion avec sa cavalerie fondit en même temps sur eux ».

 

Stéphane Thion

Relation de la bataille de Lens, le 20 août 1648, par un officier de Condé, déchiffrée par Stéphane Thion

Relation de la bataille de Lens, le 20 août 1648, par un officier de Condé, déchiffrée par Stéphane Thion

Manuscrit MS933 conservé au château de Chantilly,

« Après que Mr le prince de Condé eut pris Ypres, il ramena son armée auprès de Béthune où il campa. Entre Lillers et cette place il manda à monsieur d’Erlach de le venir joindre en ce point pour réparer par la jonction de ses troupes la grande perte de sa cavalerie partie (…) qui avait été fort incommodée en détail durant le siège d’Ypres aux convois et aux partis de fourrageurs.

  1. l’archiduc Léopold cependant avait pris Courtrai, (ensuite ?) marchait à Lillers : un de nos partis prit une compagnie de cravattes (ndt : croates) à la guerre avec le capitaine qui la commandait qui était en garnison à Gère (?) ; monsieur le prince généreusement le renvoya à l’archiduc par son trompette du corps et le chargea de faire qualité à Mr le dit seigneur. Il fit son présent et son compliment dans le temps que le général Beck était à la tente de l’archiduc. Mais ce prince reçut cette (honnêteté ?) avec une arrogance stupide et répondit de si plates choses qu’on a honte de répéter ce que le trompette rapporta, et Beck pour renchérir sur l’impolitesse du prince dit de si sottes choses (qu’on a fait connaître) le caractère d’un très mal gentilhomme tel qu’il était, traitant Mr le prince de Condé de jeune levraut qu’il menaçait de mener par les oreilles à Luxembourg. Le trompette lui répartit à peu près du même style, on le menaça de prison et enfin on le congédia très mal satisfait. Celui qui nous fait cette relation était dans la suite de Mr le prince qui en attendant le retour de son trompette faisait lire Dante en italien et interprétait à quelques assistants un mot que plusieurs n’entendaient point, qui est « Vespaio », qui signifie un essaim de mouches guêpes (ndt : un guêpier) ; quand Mr de la Moussaye apporta la gazette de Bruxelles, dans laquelle, les ennemis enflés du fruit de la prise d’Ypres avait mis une assez plate raillerie, disant que son altesse impériale cherchait partout l’armée du prince de Condé et qu’il donnerait le vin à qui la pourrait trouver et lui en donner des nouvelles ; comme Mr le prince tournait l’affaire en raillerie, le trompette arriva qui fit la relation de son ambassade si chaudement que son maître, qui est de tous les héros de son siècle celui qui est le plus sensible à la gloire, changea de ton et jura qu’il lui épargnerait la peine de la chercher si il était assez hardi pour quitter le pais couvert où il avait mené son armée.

Laquelle arrivait en ce temps à Estaires.

Il y avait un château sur la Lys où nous avions quarante ou cinquante hommes en garnison. L’archiduc le prit la nuit même et de là couvert toujours de la rivière il marcha à Lens.

Lens est hors des marais de Ouatrigans (ndt : Watergangs ou Watregans) que fait cette rivière. Il est dans la plaine qui va à Arras un petit ruisseau qui naît auprès de cette place et fut occupé par l’armée espagnole qui y campa sur le haut du rideau de Lens et posta son canon dans deux petits taillis qui font parti du rideau.

Et tous braves qu’ils sont les espagnols dans leur gazette, ils se retranchèrent pourtant sans faire réflexion qu’ils avaient bien trente cinq mille hommes. Le prince de Condé entendant les coups de canon qui se tiraient au (sud ?) de Lens se réjouit de voir ses ennemis en une plaine et sur l’heure même commande à Mr de Châtillon de charger un corps de garde qu’ils avaient mis sur le bout d’un pont qu’ils avaient défait. Il fit rapporter des planches et chargea avec la garde qu’il y trouva et ses gardes si brusquement à qui s’opposa à lui que les ennemis abandonnèrent le passage de (…) à leur armée qui n’était qu’à deux lieues de là.

Mr le prince passa la Lys et laissa les bagages sous Béthune ; jamais je n’ai vu passer avec tant d’impétuosité, à une heure devant le jour nous arrivâmes au bord des défilés. (Voyez ?) si la gaieté était bien naturelle à ce grand prince durant qu’on faisait avancer l’artillerie.

Celui qui vous (conte) ceci se trouva dans un verger d’arbres fruitiers sur le bord duquel était notre héros qui voyait défiler les pièces de canon qui s’élargissaient à mesure qu’elles passaient. Celui donc qu’il nous a plu de (…) gazetier coupa une gaule dont il fit un martinet à jeter des pommes et commença à escarmoucher contre le marquis de Normanville ; monsieur le prince prit plaisir à ce divertissement il en prit une pareille.

Et voilà une plaisante façon de préluder à une bataille où chacun avec des grandes visées s’employa jusque à ce que Mr de Cossé passa avec la dernière pièce de l’artillerie qu’il commandait.

Là, Monsieur d’Erlach vint saluer Mr le prince à qui il amenait environ huit mille bons hommes (ndt : en fait il en amena moins de quatre mille). Le jour étant déjà grand, les généraux des ennemis vinrent avec douze cent chevaux reconnaître si c’était toute notre armée ou une partie qui fut en deçà de la rivière ; son altesse pour leur ôter bien du doute faisait marcher son artillerie à la première ligne, ils la virent clairement et s’en retournèrent à leurs retranchements, en nous laissant toute la plaine libre.

Son altesse en marchant fit trois lignes de ses troupes qui faisaient tout au plus vingt mille hommes et tout au moins dix huit ; il mit à la première les gardes, Picardie et les régiments de l’armée d’Erlach et pour cavalerie tous les gendarmes tant du Roy que des princes et toutes les compagnies de gardes des généraux ; la seconde ligne était en pareille disposition et notre cavalerie légère commandée par Guiche ( ?), monsieur d’Erlach demeura pour troisième ligne et corps de réserve ; Mr de Cossé menait une bande d’artillerie. A la première ligne il les faisait marcher aussi vite que les troupes ; nous allâmes en cet équipage montrer notre armée à Mr l’archiduc qui était bien couvert de ses lignes devant lesquelles nous nous arrêtâmes à un jet de pierre près, et y demeurâmes tout le jour, les officiers d’infanterie de la première ligne jouant et sautant au « saut de l’allemand » toute la journée sans (être) autrement alarmé.

Il est à remarquer que Mr le prince avait tant parlé des troupes d’Allemagne lesquelles ne tiraient jamais les premiers et obligeaient leurs ennemis à faire leur décharge puis à fuir devant eux que chaque officier s’était mis cela en tête, et bien que cela ne fut dit qu’à l’égard de la cavalerie, néanmoins l’infanterie s’y fit presque partout un point d’honneur de ne point tirer.

La nuit vint et l’armée qui n’avait point repu ne pouvant pas rester à jeun jusqu’au lendemain de combattre, particulièrement les chevaux. Mr le prince résolut quand le jour serait venu de se retirer en un village nommé Loo auquel touchait notre arrière garde afin de repaître et dit tout haut qu’en quelque temps que l’archiduc marchait, qu’il le combattrait assurément et ainsi il se mêla à l’affaire publiquement quoique pique qui contribua particulièrement au grand fait d’arme du jour suivant.

La nuit les ennemis firent sortir de leur retranchement le régiment des cravattes (ndla : croates) mais ils furent bien étonnés quand ils (s’instruirent ?) qu’ils (heurtaient ?) contre notre artillerie, ils s’en retournèrent bien vite.

Le jour vint, et pour montrer aux ennemis qu’on ne (sortirait ?) pas en (cachette ?), son altesse attendit que le soleil fût levé, et lors il leur fit faire une salve de six pièces de monsieur de Cossé, et puis marcha sans rompre son ordre de bataille mais faisant seulement à droite les compagnies de gendarmes et de chevau-légers et celles des gardes des généraux faisant la retraite au même ordre qu’ils devaient faire l’avant-garde.

Les troupes lorraines de l’armée d’Espagne avec quelques autres escadrons voyant le petit nombre des compagnies (franchies ou franches ?) tombèrent avec toute leur aile de cavalerie sur leurs bras, les rompirent facilement et les pressèrent de si près qu’ils ne purent se rallier qu’à l’appui du régiment de Picardie qui avait l’aile droite de la première ligne.

Cet heureux commencement fit crier victoire aux lorrains. Beck qui crut prendre un temps précieux amena l’archiduc hors des lignes et fit voir notre infanterie dépouillée de cavalerie au milieu d’une des plus grandes plaines du monde ; l’archiduc dit qu’il avait ordre expresse de ne rien hasarder. Beck insista et dit qu’il n’y avait plus de hasard et il offre de répondre de sa tête leur (serment ?) de la bataille ; les espagnols sur cela lui reprochant qu’il laissait perdre une occasion de remettre leurs affaires et de repenser les (souvenirs ?) de Rocroy, sautaient le retranchement, mettaient leurs régiments en bataille et accouraient à nous.

Voici ce coup de maître que fit notre héros, ce qu’il ne nous ai fait entendre par la comparaison du jeu d’escrime ou ne nous ai dit que durant que le moins docte bat du pied sans se débander le savant prend un temps et loge sa botte à plaisir.

Il ne fit donc autre chose sinon qu’il remplit la place des battus par la cavalerie qui était rangée à la seconde ligne pour la soutenir. Et il ne fit que faire à gauche, en remarchant droit aux ennemis, lesquels étaient bien en bataille chacun en particulier mais n’étaient point en ordre de bataille mais en colonne pour s’y mettre.

Là le régiment des gardes pour avoir fait sa salve le premier fut taillé en pièces, et le régiment de Picardie qui ne voulut point tirer défit sept régiments entre lesquels était celui qui avait tué le régiment des gardes ; les régiments qu’avait amené Erlach qui étaient Nettancourt, Vaubecourt et autres ne tirèrent non plus que Picardie.

Notre cavalerie eut fort à souffrir car les ennemis avaient toujours trois escadrons contre un, mais à mesure qu’ils étaient rompus ils se venaient toujours rallier derrière Picardie ; (ndt : figurent ici trois noms d’officiers non identifiés) après avoir vingt fois chargé et défait les corps qu’ils combattirent y vinrent s’y rafraîchir et Streif y vint mourir.

Votre gazetier y retrouva Mr le maréchal d’Aumont que les espagnols emmenaient prisonnier après avoir (…) à le tuer de sang froid d’un coup de pistolet dans son ordre, lui étant prisonnier.

L’histoire vous dira le reste car les écrits se sont perdus depuis si longtemps il suffit de vous dire que nous prîmes plus de (six ?) milles prisonniers et ne tuâmes pas cent (…) hommes toute leur cavalerie s’y sauva. Beck fut blessé et pris par un lieutenant du régiment d’Aumont, Mr d’Arnault lui voulut reprocher quelque chose touchant la mort de monsieur de Feuquières, Beck lui répondit fort brutalement. On l’emmena prisonnier à Arras où il mourut aussi brutalement qu’il avait vécu ; Mr le prince bien loin de se venger de lui, lui prêta son carrosse pour l’emmener.

Par la relation d’un révérend père jésuite de la bande (…) qui suivaient Mr l’archiduc on apprit qu’aussitôt qu’il eut donné aux importunités des généraux et des (trois ?) espagnols la permission de gagner la bataille, il se fit armer, confesser, et s’enfuit.

L’armée espagnole à Rocroi (mai 1643)

L’armée espagnole à Rocroi (mai 1643)

A Rocroi, l’armée des Flandres est commandée par don Francisco de Mello. Le duc d’Albuquerque vient d’en être nommé général de la cavalerie et Alvaro de Mello, frère de Francisco, en est le général de l’artillerie. Cette armée est scindée en plusieurs corps : l’armée de Brabant, commandée par don Andrea Cantelmo ; un corps rassemblé en Hainaut, commandé par le comte de Bucquoy ; un corps rassemblé du côté de Namur, commandé par Issembourg et un corps destiné à défendre le Luxembourg et à secourir la Bourgogne, commandé par le baron Beck. L’armée de France sera constituée à partir des corps de Bucquoy et d’Issembourg, et le comte de Fontaine sera nommé mestre de camp général de cette armée. Pour la bataille, le sergent-major de bataille, équivalent au maréchal de bataille français, sera don Jacinto de Vera.

Ci-dessus : Etat-Major espagnol à Rocroi (Aquarelle de K.A. Wilke)

L’infanterie d’Espagne

Les tercios seront, durant les guerres de Quatre-vingt et de Trente ans, le bras armé du roi d’Espagne. Et les tercios viejos en sont les unités les plus redoutées.

Un tercio compte, depuis 1632, 12 compagnies de 250 hommes, ou 15 compagnies de 200 hommes pour un tercio levé en dehors de la péninsule ibérique, soit un effectif total  de 3 000 hommes. L’ordonnance de 1632 tolère les tercios à 20 compagnies et en pratique certains auront jusqu’à 26 compagnies. Mais aucun de ces tercios n’atteindront l’effectif théorique de 3 000 hommes. Une compagnie au complet doit compter 11 officiers (un capitaine et son page, un alférez, un enseigne ou abanderado, un sergent, deux tambours, un fifre, un fourrier, un barbier et un chapelain) et 239 soldats dont 90 piquiers en cuirasse (coseletes), 89 arquebusiers et 60 mousquetaires. Dix caporaux (cabos de escuadra) font parti de ce total. La compagnie de 200 hommes doit compter, pour sa part, 70 piquiers coseletes, 90 arquebusiers et 40 mousquetaires. L’état-major permanent du tercio comprend, en plus du mestre de camp, 7 officiers supplémentaires. L’habitude prise par les fantassins de toutes nations d’alléger leur équipement, en se débarrassant de leurs cuirasses et en raccourcissant leurs piques, n’est pas du goût des autorités et l’ordonnance de 1632, modifiée l’année suivante, tente désespérément d’endiguer cette pratique. Elle prévoit cependant que les piquiers moins biens équipés soient placés dans les rangs arrières.

 

Certains tercios sont permanents, ou fixes, comme les régiment entretenus français. Les principaux tercios fixes de l’armée de terre sont (avec le nom de leur mestre de camp en 1643), les tercio viejo de los Estados de Flandes (comte de Garcies), tercio viejo de los estados de Brabante (comte de Villalba), tercio viejo de los Estados de Holanda (duc d’Albuquerque puis Baltasar Mercader), tercio fijo de Napoles (prince d’Ascoli), tercio fijo de Lombardia (Antonio de Velandia), tercio fijo de Sicilia (Francisco de Castilla), et le tercio de Saboya (Vicente Monsoriu). La Marine peut de son côté compter sur ses propres tercios stationnés en Espagne, à Naples et en Sicile.

Aux tercios purement espagnols s’ajoute l’infanterie dite des nations, levée dans les territoires dépendant de la couronne d’Espagne : Flandre, Bourgogne, Sicile, Naples et Lombardie. Les tercios italiens et bourguignons suivent la même organisation que les tercios espagnols, soit 12 compagnies de 250 hommes. Les tercios wallons suivent pour leur part l’organisation des tercios espagnols des Flandres, soit 15 compagnies de 200 hommes. Mais chaque compagnie wallonne compte théoriquement 12 officiers, 46 piquiers et 142 mousquetaires. Les règlements pour faire recrue de nation wallonne prescrivent que chaque mestre de camp doit nommer, pour chaque compagnie, un officier, deux vieux soldats et un tambour, et les envoyer aux quartiers qui leurs seront désignés. Les recrues devront être effectuées dans les pays de Hainaut, de Brabant, de Lille, de Flandre, d’Oudenarde et de Bergue. « Tous maîtres de camp soigneront sérieusement que pendant le temps de ces quarante jours, ils fassent bien ajuster les mousquets et armes à feu de leurs vieux soldats, et pour les piques ils prendront le patron de la longueur et des fers accordés avec Herscamp, marchant de Namur, dont chaque maistre de camp envoyera quérir un patron pour à l’avenant armer les piquiers de son tercio. (…) Tous les maistres de camp seront avertis qu’ils ne pourront enrôler en leurs tercios pour arquebusiers que des forts et robustes garçons, et ne soient plus jeunes que de dix-sept à dix-huit ans. » Les régiments allemands et lorrains au service de l’Espagne sont organisés sur le modèle allemand, en 10 compagnies de 250 ou 300 hommes.

Il s’agit là bien sûr d’effectifs théoriques, peut-être atteints par certains régiments nouvellement levés. En pratique, les effectifs réels s’en éloignent rapidement. En 1634, pour la campagne de Nördlingen, le tercio d’Idiaquez ne compte que 1 800 hommes pour 26 compagnies et le tercio de Fuenclara, 1 450 hommes pour 17 compagnies. De fait, les escadrons espagnols, équivalent aux bataillons français, ne dépasseront que rarement le millier d’hommes. Ils se déploient maintenant comme leurs homologues des autres nations, sur 6 à 8 rangs, les piques formant le bloc du centre, arquebuses et mousquets disposés sur leurs flancs.

Les hommes d’un tercio ne reçoivent leur solde que par tiers. Un tiers au début du mois et le second tiers quinze jours plus tard. Le troisième tiers est retenu pour l’achat de la poudre, des mèches et l’entretien ou le remplacement des équipements. Don Bernardino de Mendoza affirmait que le soldat espagnol diffère de celui des autres nations parce qu’il réclame sa solde uniquement après avoir combattu.

La cavalerie de Philippe IV

La cavalerie d’Espagne ne bénéficie pas de la même réputation que l’infanterie. Et la part des nations au sein de la cavalerie du roi d’Espagne n’en est que plus importante. La cavalerie espagnole dépend d’un capitaine général, assisté d’un lieutenant général, de quatre adjudants, et d’un fourrier-major. Mais, jusqu’à 1642, elle ne bénéficie d’aucune organisation régimentaire. Les compagnies de 25 à 40 chevaux sont regroupées de façon temporaire par des commissaires généraux. Pour combattre, elles sont réunies en escadrons commandés par le plus ancien des capitaines. La cavalerie des nations est pour sa part organisée en régiments regroupant de 5 à 10 compagnies, commandés par un colonel assisté d’un lieutenant-colonel, d’un sergent-major et d’adjudants. La cavalerie espagnole sera aussi organisée en régiments à partir de 1642, apparemment en régiments de 6 compagnies de 100 chevaux.

Les caballos corazas, similaires aux chevaux légers français, forment le corps de cette cavalerie. Comme pour leurs homologues français, l’équipement des cavaliers s’est allégé durant les années 1630, ne consistant plus qu’en une cuirasse à l’épreuve du pistolet, portée sur un buffle, deux pistolets d’arçon et une salade (ou pot). En 1648, Grammont rapporte dans ses Mémoires que les escadrons espagnols, qui s’apprêtent à recevoir la charge de la cavalerie française, « n’avaient point l’épée à la main, mais comme tous les cuirassiers espagnols portent en Flandre des mousquetons, ils les tenaient en arrêt sur la cuisse, de même que si c’eut été des lances ». Rien ne semble donc maintenant les distinguer des arquebusiers à cheval. Les compagnies de gardes, que ce soient celles du gouverneur, du général de la cavalerie ou du lieutenant général, sont probablement mieux équipées, à l’image des gendarmes français. Le gouverneur des Flandres possède deux compagnies particulières de gardes, une compagnie d’arquebusiers et une compagnie de lanciers. Les Espagnols resteront en effet la dernière nation d’Europe occidentale à utiliser des lanciers, même si on ne les trouve plus, en 1643, qu’au sein de cette compagnie de gardes.

L’artillerie

Selon Diego Ufano Velasco, l’artillerie espagnole ne compte plus, depuis 1609, que quatre calibres : le canon tirant 40 livres de balles, le demi-canon tirant 24 livres de balles, le quart de canon tirant 10 livres de balles et le quint de canon – auquel on peut substituer la quart de couleuvrine – tirant 5 livres de balles. Cette artillerie se révélera mieux servie que celle de son adversaire.

Ci-dessus et ci-dessous : 2 variantes du drapeau du tercio d’Albuquerque.

Stéphane Thion

(Illustrations de Daniel Cabrera-Pena).

Un podcast sur l’armée suédoise par la taverne d’imrahil

Un podcast sur l’armée suédoise par la taverne d’imrahil

Gustavus Adolphus à la bataille de Breitenfeld, J. Walter, 1632
       
Armee Standard (armée type) 1495  
       
CiC rang 3 Initiative / Fast – Accomplice   25
       
Regiment 1     390
Cdt rang 2 Drill / Expert 25  
Mordern Squadron Reinforced (shot 5) 130  
Mordern Squadron Reinforced (shot 5) 130  
Musketeer Group Reinforced (shot 5) 105  
       
Regiment 2     310
Cdt rang 2 Dexterity / smart 25  
Mordern Squadron   110  
Mordern Squadron   110  
Shoot Company Veteran 65  
       
Regiment 3     370
Cdt rang 2 Zeal / provoker 25  
Mordern Squadron Veteran (Discipline 5 Melee 4) 135  
Mordern Squadron Veteran (Discipline 5 Melee 4) 135  
Shoot Company Large company 75  
       
Regiment Cavalerie 1     225
Cdt rang 2 Dexterity / relentless 25  
Cuirassiers Modern Cavalry – Fearless 105  
Cuirassiers Modern Cavalry – Veteran 95  
       
Regiment Cavalerie 2     175
Cdt rang 2 Elan / swift 25  
Arquebusiers à cheval Pistols – veteran 80  
Arquebusiers à cheval Pistols 70  
L’armée française en 1648

L’armée française en 1648

 

Voilà une présentation de l’armée française en 1648 selon un document d’époque.

Des Gardes du Roy 1648-1649

Encore que les gardes du Roy soient une dépendance de sa personne royale, elles ne laissent pas d’être employées au service de l’Etat.
Les gardes qui s’approchent le plus près de la personne du Roy sont les gardes écossaises, qu’on appelle gardes de la manche, qui sont sous la charge de monsieur de Chandenier, qui a été pourvu de cette charge depuis la mort du marquis de Gesvres. Sa compagnie est composée de cent archers sous un lieutenant et quatre exempts, qui sont comme les sergents et portent le bâton dans la maison du Roy de ces cent il n’y en a que seize qui portent le hoqueton à la marche, et la hallebarde frangée d ‘or et la lame dorée ; et il y en a toujours deux derrière la chaise du Roy quand il dîne ou qu’il se trouve quelque part en cérémonie. Les mêmes gardes de la même compagnie, aussi bien que ceux des trois autres compagnies commandées par le comte de Tresmes, monsieur de Villequier, gouverneur de Boulogne, et par le comte de Charraut, fils du comte de Béthune, gouverneur de Calais, font garde devant l’antichambre du Roy, les uns avec des hallebardes, les autres avec des carabines. Les capitaines de ces gardes servent, par quartier, et quand ils sont en service ils suivent le Roy immédiatement, quelque part qu’il aille, à table, en carrosse et partout ailleurs ; la nuit ils couchent sous la chambre du Roy et gardent les clefs de la maison sous leur chevet.
Les Cent-Suisses de la garde du Roy font garde dedans la cour, et marchent devant le Roy en allant par la ville ou allant dans la cour de la maison ; ils sont tous habillés des couleurs du Roy, avec des papillotes d’argent.
La charge de grand-prévôt de l’hôtel est très belle et vaut plus de soixante mille livres de rente. Sa juridiction est sur tous les marchands et cabaretiers suivants la cour, qui doivent tous prendre lettres de lui, et faire marquer leurs poids, et mesures par un de ses lieutenants. Cette charge est à présent possédée par le marquis de Seuches.
La première porte du Louvre ou du palais où le Roy loge a ses gardes particulières, qui sont appelées gardes de la porte, et sont tous sous la charge du comte de Nogent. Ils portent le hoqueton des couleurs du Roy, avec des papillotes d’or et une clef en broderie.
Outre ceux-ci, il y en a encore qui, bien qu’ils soient au nombre de deux cens, ne laissent pas d’être appelés les Cent-Gentilshommes, parce que, lors de leur première institution, on n’en fit que cent. Ceux-ci marchent devant le Roy les jours de cérémonie, deux à deux, et le bec de corbin ou faucon à la main.
Les mousquetaires à cheval de la garde du Roy ne font garde que quand le Roy sort ; alors ils marchent à cheval devant toutes les autres gardes, deux à deux. Ils ont tous la casaque bleue avec la croix d’argent ; leur capitaine est monsieur de Treville, que le défunt Roy a avancé à celte charge à cause de son grand courage. Ils sont au nombre de cent trente et ont quarante sols par jour.
Les deux régiments des gardes françaises et suisses font garde hors du Louvre et à toutes les avenues; chacun de ces deux régiments est composé de trente compagnies, qui doivent être de deux cens hommes chacune, quoique les françaises soient le plus souvent bien faibles. Le mestre de camp du régiment des gardes françaises est le maréchal de Grammont, qui a succédé à cette charge à défunt monsieur de Rambures, qui l’avait eue après le comte de Sault, fils du duc de Créquy. Le colonel général des Suisses est monsieur le maréchal de Schomberg, qui a succédé en cette charge à défunt monsieur le maréchal de Bassompierre.
Outre cela, il y a une compagnie de gens-d’armes et une compagnie de chevaux-légers, chacune de deux cents hommes, qui servent par quartier.

Les Armées du Roy 1648-1649

Le connétable (quand il y en a un) est généralissime des armées de France, et a pour lieutenants généraux les maréchaux de France, qui commandent en chef en l’absence du connétable.
Aujourd’hui, et depuis la mort du défunt Roy, monsieur le duc d’Orléans est lieutenant général du Roy mineur par tout le royaume et en toutes ses armées. Il a ci-devant commandé en personne l’armée de Flandres, en l’absence duquel monsieur de Rantzau et defunt monsieur de Gassion ont commandé la même armée en qualité de lieutenants généraux.
L’armée de Flandres a cette année été commandée par monsieur le prince de Condé, qui a eu pour lieutenants généraux le maréchal d’Erlach et monsieur de Villequières, et pour maréchaux de camp monsieur de la Ferté-Imbaut et autres.
L’armée de Catalogne est commandée par monsieur le maréchal de Schomberg, vice-roy de cette province, qui a pour maréchaux de camp monsieur de Saint-Aulnais, le marquis Saint-Maigrin et autres.
L’armée d’Italie a été cette année commandée par le duc de Modène et le prince Thomas, qui avaient pour maréchaux de camp le mareschal du Plessis-Praslin, le marquis Ville, qui a été tué devant Crémone, et marquis de Saint-André et autres.
L’armée d’Allemagne a esté commandée par le maréchal de Turenne ; pour maréchaux de camp il y avait monsieur Taupadel et autres.

Toutes ces armées sont composées de gens-d’armes; chevaux-légers et infanterie.
Le Roy, la Reyne, monsieur le duc d’Anjou, monsieur le duc d’Orléans, tous les princes du sang et les maréchaux de France, ont chacun leurs compagnies de gens-d’armes, qui sont compagnies franches, et dont les lieutenants vont du pair avec tous les capitaines et mestres-de-camp de la cavalerie légère, en sorte qu’un lieutenant de gens-d’armes se trouvant en l’occasion, s’il est plus vieux officier qu’un mestre-de-camp, il le commande. Ces gens-d’armes ont armes complètes et sont payez pour deux chevaux, et partant obligez d’avoir avec eux un homme de service.

Les chevaux-légers n’ont qu’une cuirasse. Ils étaient aussi divisez en compagnies franches, et n’étaient commandées en l’absence du colonel et du mestre-de-camp général que par le plus ancien capitaine ; mais depuis l’an 1636 on les a réduits en des régiments commandés par des mestres-de-camp. Les étrangers qui entrèrent alors au service du Roy furent cause de ce changement. Le colonel général de la cavalerie légère est le comte d’Alets, fils du duc d’Angoulême.

Le Roy tient à ses gages environ deux cens quarante cornettes de cavalerie, distribuées en cinquante-six régiments, outre les étrangers, qui sont au nombre de douze ; le baron de Degenfeld etait colonel de la cavalerie étrangère , mais depuis sa retraite il n’y en a point eu.

Le Roy a deux cens dix régiments d’infanterie, tous sous le commandement du duc d’Espernon, qui en est colonel général ; une bonne partie de ces régiments sont composez de trente compagnies, et chaque compagnie payée à quatre-vingt-dix hommes, excepté celui des gardes, dont les compagnies sont de deux cens hommes ; ce régiment a pour mestre-de-camp monsieur le maréchal de Grammont.

Outre cela le Roy a quelques régiments étrangers à son service, qui sont : Allemands, Ecossais, Irlandais, Italiens. Liégeois et autres, particulièrement des Suisses, dont il y a six à sept mille en France. Leur colonel général était ci-devant monsieur de Bassompierre qui est mort, et maintenant c’est monsieur le maréchal de Schomberg. Il y a aussi un colonel général des Corses, qui est le fils du défunt maréchal d’Ornano, quoiqu’il n’y ait point de Corses au service du Roy.
L’armée navale a été commandée par le duc de Richelieu. fils du baron de Pontcourlay, général des galères depuis la mort du duc de Fronsac, amiral de France. Elle est composée d’environ trente vaisseaux ronds et de vingt-cinq galères.

Pour payer cette soldatesque il y a plusieurs sortes de fonds : l’un pour celle qui est tous jours entretenue et est payée par les trésoriers de l’ordinaire des guerres, et l’autre pour celle qui est payée par les trésoriers de l’extraordinaire des guerres. Les gens-d’armes suisses et régiment des gardes ont chacun leurs trésoriers et payes particulières, qui en ont encore d’autres sous eux, qui payent le rôle que les commissaires et contrôleurs des guerres leur fournissent, signent et vérifient de leurs mains, et selon la revue qu’ils en ont faite. L’armée navale et l’équipement des vaisseaux, tant de ladite armée navale que des frégates garde-côtes, sont payées par les trésoriers de la marine.

Extrait de Estat de la France comme elle estoit gouvernée en l’an 1648 et 1649.
de Séguier, d’Aligre et Barillon

 

Les armées françaises de la guerre de Trente Ans (1610-1648)

Les armées françaises de la guerre de Trente Ans (1610-1648)

 

Henri IV, père de Louis XIII, avait utilisé toute son énergie à rétablir la paix à l’intérieur et à l’extérieur du royaume. Les conséquences s’en feront lourdement sentir : en 1600, la France est ruinée. Mais l’énergie conjuguée du Roi et de Sully, son surintendant des finances, va relever le pays. Depuis 1599, l’Europe est en paix, à l’exception de la guerre entre les Provinces-Unies et l’Espagne, mais celle-ci est fragile. En Allemagne et en France, l’équilibre entre catholiques et protestants est précaire. Alors que les Habsbourg règnent de Madrid à Vienne, les principautés protestantes tissent un réseau d’alliance, recherchant le soutien de la Hollande, de l’Angleterre ou de la France d’Henri IV.

C’est durant la première décennie du XVIIe siècle qu’entre en scène un jeune évêque, Armand-Jean du Plessis de Richelieu. Il a 25 ans en 1610, lorsque Henri IV est assassiné. C’est Concini, favori de Marie de Médicis qui le fait entrer au conseil du Roi, en 1616, comme ministre chargé des affaires étrangères. Luynes succède à Concini, assassiné le 24 avril 1617. À la mort de ce favori, le 15 décembre 1621, les entreprises espagnoles aux Provinces-Unies et l’occupation du Palatinat par les Impériaux en 1622 vont marquer le retour à une politique anti-Habsbourg de la France. Car Richelieu, voulant préserver les frontières du pays, va se révéler un ennemi implacable de l’Espagne et de l’Empire.

La bataille de Lützen, le 16 novembre 1632, voit la victoire de Gustave Adolphe sur le généralissime impérial. Cette seconde victoire sera chèrement payée puisque le « lion du nord » y trouve la mort. Poussés par la France et le chancelier suédois Oxenstierna, les généraux suédois Baner, Horn, Torstensson et l’allemand Bernard de Saxe Weimar continuent la guerre, malgré la lassitude des populations. Mais la défaite des Suédois à Nördlingen (1634) va redistribuer les cartes. Le 30 mai 1635, l’Empereur et l’Electeur de Saxe signent un traité de paix avec l’Empereur Ferdinand II  qui sera bientôt étendu à tous les princes allemands qui le souhaitent. La coalition montée par la Suède de Gustave Adolphe et la France de Richelieu mise à mal, l’Allemagne est maintenant sur le point de retrouver la paix, même si de nombreux princes protestants et villes libres d’Empire y restent hostiles. Mais le chancelier Oxenstierra n’a pas intérêt à une paix en Allemagne : son objectif est de prendre le contrôle de la côte continentale de la Baltique en instaurant un protectorat sur les états protestants d’Allemagne du nord. Le cardinal Richelieu, craignant que l’Espagne de Philippe IV puisse utiliser les troupes impériales ainsi libérées par la fin du conflit pour menacer les intérêts français, n’a pas plus d’intérêt à une fin des hostilités.

La situation est pourtant plus compliquée qu’elle n’y parait. L’Alsace était occupée depuis août 1632 par les suédois de Horn. Les cités Alsaciennes, lasses des déprédations, demandent alors l’aide de Louis XIII. Une convention négociée le 9 octobre 1634 entre Français et Suédois, suivie par un traité, autorise la France à occuper la région. Alors que les maréchaux Brézé et de La Force y affrontent les Impériaux, le Prince Thomas de Savoie, à la tête d’une armée espagnole, envahit l’Electorat de Trèves en mars 1635, faisant prisonnier l’Archevêque Electeur, protégé de Louis XIII. Les dés sont jetés. Le 8 février 1635, Richelieu, sentant la guerre inévitable, avait renforcé son alliance avec les Provinces Unies et avec la Suède. Le 19 mai, il déclare la guerre à l’Espagne. Cette entrée en guerre est suivie d’une première victoire française à Avins, en Wallonie, le lendemain même.

L’infanterie française avant 1635

A la mort d’Henri IV, la France est une des rares nations d’Europe à disposer d’une armée permanente. En 1613, l’infanterie française se constitue ainsi de cinq vieux régiments de 20 compagnies (Gardes Françaises, Picardie, Piémont, Champagne, Navarre) – Normandie ne sera créé qu’en 1616 – et deux petits-vieux, Bourg et Chappes (ancien Nerestang), de 10 compagnies chacun, le tout faisant 15 000 hommes.

De 1600 à 1615, les compagnies d’infanterie comptent, en temps de guerre, une centaine d’hommes, et la moitié en temps de paix. Les Gardes-françaises ont des compagnies plus importantes. Ses 20 compagnies sont à 300 hommes chacune en 1600, puis 120 hommes en 1606. Elles seront à 200 hommes en 1614 et enfin à 300 hommes en 1629. Les autres vieux corps sont à 20 compagnies de 100 hommes, ou 50 hommes les années de paix. En 1613, le régiment Bourg de l’Espinasse, envoyé pour secourir le duc de Mantoue contre le duc de Savoie, a ordre lui ai fait de faire recrue pour passer à 200 hommes par compagnie. L’effectif des compagnies des régiments étrangers au service de la France diffère notablement, 300 hommes pour les compagnies suisses et 200 hommes pour les compagnies liégeoises ou irlandaises. En pratique, les régiments français, autres que les vieux corps, dépasseront rarement 1 000 hommes, en dix compagnies de 100 hommes. Ainsi, des 14 régiments à la disposition de Lesdiguières, en Savoie, seulement deux ont 10 compagnies, les autres en ayant de 2 à 9.

Les troubles religieux reprennent en 1615. Les vieilles bandes qui forment les garnisons sont alors enrégimentées et des commissions sont données pour lever de nouveaux régiments. Mais pour différencier anciens et nouveaux régiments, le colonel général de l’infanterie ne possédera une compagnie colonelle, celle au drapeau blanc, que dans les anciens régiments. Début 1616, la régente à 16 régiments d’infanterie à son service, dont 3 étrangers : les Gardes françaises et Gardes suisses, les 4 vieux corps (Picardie, Piémont, Navarre et Champagne), les 5 petits-vieux (Nerestang, Rambures, Portes, Vaubecourt et Sault), Boniface, Ancre, Chastellier-Barlot, Ornano-Corse et Nesmond-Lorrain. Les Gardes-Suisses ont aussi été rétablis et resteront entretenues. En 1622, pour la campagne de Languedoc contre les rebelles protestants, les compagnies des petits vieux sont à 100 hommes, dont 36 piquiers. Mais  l’ordonnance royale du 14 août 1623 augmente dorénavant les compagnies des vieux régiments à 200 hommes. Ce sera le cas pour les régiments de Normandie, de Vaubecourt et de Coeuvres qui sont envoyés en Valteline.

Une compagnie d’infanterie française comprend vers 1600-1610, un capitaine, un commissaire, un lieutenant, un enseigne, deux sergents, des caporaux, ou cap d’escadre, des lanspessades et appointés pour soulager le camp d’escadre, et des soldats. Le caporal doit avoir un rôle (ou liste d’enrôlement) de ses soldats et il doit leur répartir les vivres, les balles, la mèche et la poudre. Le sergent doit savoir écrire, lire et compter, pour tenir compte de ses soldats, combien de piquiers & combien de mousquetaires, & mettre au premier rang les mieux armés, & les plus courageux. Au sein de sa compagnie, il doit faire observer la discipline aux soldats et les instruire à se tenir en rang et en file. C’est lui qui distribue la mèche & la poudre aux caporaux et qui pose postes de gardes et sentinelles. L’enseigne porte le drapeau de la compagnie partout où est son capitaine et il commande la compagnie en l’absence des deux autres officiers. Le lieutenant commande la compagnie en l’absence du capitaine. On trouve aussi, dans chaque compagnie, un ou deux tambours, un fourrier et un barbier, qui fait office de chirurgien.

L’état-major de chaque régiment compte un prévôt, un maréchal des logis et un sergent major. C’est ce dernier qui organise la marche du régiment, l’informe de sa place au sein du dispositif (à l’avant-garde, à la bataille ou à l’arrière-garde). C’est à lui que revient la tâche délicate d’ordonner le bataillon : former un bataillon parfait, est une préoccupation majeure des officiers du parti catholique. Et s’il se trouve des sergents majors qui ignorent la mathématique bien qu’elle leur soit du tout nécessaire – de nombreux traités possèdent des tables de racines carrées toutes prêtes ! Le sergent major doit aussi être équipé d’un bâton de trois pied qui lui permettra de former un bataillon carré de piques, pour lequel chaque soldat doit occuper un espace de trois pied par trois pieds.

Quant à l’apparence d’un régiment, voilà ce que nous dit Souvigny, de son régiment : Environ la fin de juin de l’année 1613, ledit régiment de Bourg (de l’Espinasse) partit de Sainte-Colombe en fort bon état : les mousquetaires armés de beaux mousquets avec des bandoulières de velours, moitié couvertes de clinquants ; les piquiers, de piques de Biscaye, fer doré et le bout de bâton, avec des corselets de Milan, bourguignotte, hausse-col, tassette et brassal. L’infanterie n’est pas encore, à cette époque, habillée d’uniformes. Mai en 1627, Louis XIII demandera à plusieurs villes de lui fournir une grande quantité d’habits complets pour vêtir tous les soldats de son armée. L’armée reçoit ainsi, le 11 janvier 1628, 5 329 habits et 5 198 paires de souliers envoyés par l’un des échevins de Paris dont 2 400 habits de bure grise (une étoffe grossière et de peu de prix, faite de laine), et 100 autres de serge (la serge est une étoffe de laine légère) rouge cramoisi. Déjà, le 27 octobre 1627, Louis XIII avait frappé les parisiens d’une réquisition d’habits pour les Gardes françaises. Ces habits consistent alors en un pourpoint, jupe à longues basques, haut & bas-de-chausses, de bure minime, teinte en laine. Les moines de l’ordre des Minimes portaient une bure de couleur noire mais l’habit est ici teint en laine donc probablement de couleur écru ou gris. Début décembre 1629, le cardinal de Richelieu aura soin de faire partir avec lui, en Italie, 20 000 habits que le roy a ordonné de faire faire pour vêtir les soldats de son armée cet hiver.

L’infanterie française à partir de 1635

En 1635, un régiment d’infanterie française nouvellement levé compte 10 à 12 compagnies de 120 hommes,  parfois 200 hommes pour quelques régiments étrangers. Les vieux corps, régiments permanents sont à 20 compagnies, voire 30 compagnies pour les Gardes françaises. Au sein de la compagnie, les hommes sont 60% de mousquets et 40% de piques. Ainsi, le 16 février 1635, une capitulation, équivalent aux commissions données pour la levée des régiments français, est signée avec le colonel Batilly pour la levée d’un régiment allemand à 8 enseignes, qu’il sera par la suite possible d’augmenter à 10 compagnies, de 100 hommes chacune. L’État-Major devra être composé d’un Colonel, d’un Lieutenant Colonel, d’un Commissaire, d’un Sergent-Major, d’un Adjudant ou Aide-Major, d’un Maréchal des Logis, d’un Secrétaire du régiment, d’un Aumônier, d’un Prévôt, d’un Chirurgien et d’un Tambour Major. Chaque compagnie devra compter un capitaine, un lieutenant, un enseigne, deux sergents, un capitaine d’armes, un caporal des appointés, un secrétaire, un fourrier, un chirurgien, un tambour et 89 hommes dont il y aura 3 caporaux, 3 anspessades, 36 piquiers armés de corselets, et 43 mousquetaires. L’ordonnance du 14 juillet 1636 oblige les gens de guerre à prendre leurs armes allants au combat savoir pour l’infanterie le corset. Ce n’est qu’à partir de 1642 que les ordonnances préciseront que les capitaines d’infanterie seront obligés d’avoir les deux tiers de leurs soldats armés de mousquets & le tiers de piques. Les piquiers, tout au moins ceux des vieux corps, garderont leurs cuirasses avec tassettes jusque vers 1641. C’est en tous cas ce que rapporte Puysegur dans ses Mémoires : En l’année 1636, l’armée du Roy venant de Hollande, débarqua à Calais dans le mois de mai. On la fit marcher dans des quartiers de rafraîchissement. Le régiment de Piémont qui était beau & fort, eut les deux Andilly dans la Généralité de Rouen, & était payé par les Èlections. Il n’y en avait point de compagnie au-dessous de 90 hommes, & j’en avais 130 dans la mienne. Ils étaient armés de bons mousquets & bandoulières de Hollande, les piquiers avaient des corselets de même que les Gardes, & dans tout le régiment, aussi bien que dans les autres vieux corps, on en a porté jusqu’après la bataille de Sedan. Mais dès juin 1639, le maréchal de Châtillon note que pour l’infanterie, il y a d’assez bons hommes, mais mal armés : car excepté le régiment des Gardes, tous les piquiers sont sans corselet. Par contre, les mousquetaires sont bien armés, ils ont de bons mousquets & de bonnes bandoulières.

L’équipement de cette infanterie s’use rapidement et Richelieu devra continuellement veiller à son remplacement. Nos Français sont tous nuds, il y a un an qu’ils roulent ; ils ne peuvent (vu leur nécessité) s’habiller, écrit le duc de Rohan à Servien, en octobre 1635. Si on les veut conserver, il faudrait envoyer quatre mille paires d’habits pour habiller les plus mal vêtus. Servien lui répond alors qu’il a donné ordre de délivrer à Lyon tous les habits qui y sont, pour être distribués dans votre armée. Cette pratique semble être courante. Ainsi, en 1644, alors qu’il prenait en charge le commandement de  l’armée d’Allemagne, le vicomte de Turenne fit remonter à ses dépends 5 000 cavaliers & habiller 4 000 fantassins (Histoire du Vicomte de Turenne par Ramsay).

En 1635, Louis XIII et Richelieu ont 118 régiments d’infanterie à leur service, dont 16 étrangers, pour un effectif supposé de 156 000 hommes. Mais Richelieu doute de ce chiffre lorsqu’il écrit à son intendant Servien, le 23 mars 1635 : Quand je considère les troupes que le Roy doit avoir sur le papier j’en trouve plus qu’il ne faut pour composer les armées qu’il fait état de mettre en campagne dans un mois ; mais tant plus je pense à ce qu’il a d’effectif, et ce qu’il  aura sur pied dans un mois, je ne vois point comme de tout cela on peut composer 25 000 hommes pour l’Allemagne, 25 000 pour la Flandre, 6 000 auprès du Roy, 10 000 pour la Lorraine, 8 000 pour la Valteline et 12 000 pour l’Italie. D’ailleurs, il écrit un mois plus tard à ce même Servien que le régiment de La Bloquerie, qui devait avoir 2 400 hommes, n’en ayant que 700, il ne faut plus faire état, à mon avis, de compter les compagnies qu’à 100 hommes chacune, tant parce que nous ne le donnons que pour cela, que par ce aussi je ne crois pas qu’il en puisse avoir davantage. Dans ses hypothèses, Richelieu ne compte donc pas systématiquement les compagnies au chiffre théorique de 120 hommes par compagnie, comme il le fait en janvier 1636 : 86 compagnies faisant 80 hommes à quoi je les réduis, y compris les 10 pour 100, 6 880 hommes. Mais il s’efforcera, entre deux campagnes, à porter ces compagnies à 100 hommes. Dans les années 1640, l’effectif théorique de la compagnie passera à des chiffres compris entre 50 et 70 hommes, selon l’année.

À côté des six prestigieux vieux corps que sont les Gardes françaises, Piémont, Picardie, Champagne, Navarre, Normandie puis, à partir de 1636, La Marine, sept régiments permanents appelés petits vieux, bénéficient aussi du drapeau blanc de la compagnie colonelle : Rambure, Maugiron, Nerestang, Sault, Vaubecourt, Chamblay et Bellenave. Les régiments à drapeau blanc sont alors tenus de compter 20 compagnies. Mais le Roi propose par ailleurs, le 11 juillet 1636, que l’on donne le drapeau blanc à tous les régiments qui ont 20 compagnies, augmentant de ce fait le nombre des régiments permanents. Ce sera par exemple le cas du régiment Hebron, régiment écossais ayant combattu sous Gustave Adolphe. Quelques mois plutôt (décembre 1635), Louis XIII avait souhaité que cinq des vieux régiments soient transformés en régiments de provinces : Nettancourt, Turenne, Rebé, Tonneins et Castelmoron deviennent les régiments des Trois-Évêchés, de Quercy, de Foix, de Vivarais et d’Armagnac. Puis, en janvier 1636, le Cardinal demande la création des régiments de Guyenne, de Béarn, de Bourbonnais, de Poitou, de Beauce, de Bourgogne, du Maine, et de Berry à partir de ceux de la Valette, Toulonjon, La Baume, Chastelier-Barlot, Aluye, Chalancé, Lavardin et Courtenay, ainsi que celui de Bretagne. Puis les régiments de Maugiron, de Chamblay, d’Alincourt, de Montausier et de Saint-Ossange sont transformés en régiments d’Auvergne, de Lorraine, de Lyonnais, d’Angoumois et de Touraine. Enfin, le 10 juillet 1636, le duc d’Halluin reçoit commission pour lever le régiment de Languedoc et, le 27 novembre de cette même année, Richelieu demande à la Valette de lever le régiment de Guyenne.

Lorsque Louis XIII disparaît, le 14 mai 1643, l’infanterie française compte 166 régiments dont 25 étrangers pour un total de 192 860 hommes, hors garnisons : les Gardes françaises sont à 30 compagnies de 200 hommes, 16 vieux régiments sont à 30 compagnies de 50 hommes, et 106 régiments sont à 20 compagnies de 50 hommes. Mais on compte aussi un régiment à 18 compagnies de 50 hommes, un régiment à 15 compagnies et 6 régiments à 12 compagnies de 80 hommes, 10 régiments à 10 compagnies de 80 hommes. L’infanterie étrangère comprend 7 régiments suisses en 83 compagnies de 200 hommes, 4 régiments irlandais en 50 compagnies de 100 hommes, 4 régiments écossais en 62 compagnies de 100 hommes, 8 régiments allemands en 107 compagnies de 100 hommes, un régiment liégeois à 20 compagnies de 100 hommes, et un régiment italien à 10 compagnies de 50 hommes. Sur le champ de bataille, chaque régiment à 30 compagnies forme 2 bataillons de 8 à 900 hommes et chaque régiment de 20 compagnies forme un bataillon de 1 000 à 1 200 hommes. Les régiments de 10 et 12 compagnies sont réunis ensemble pour former un bataillon.

Au début des années 1630, selon le duc de Rohan, les bataillons sont sur 10 rangs de profondeur et les escadrons sur 5 de profondeur. Selon Gamaliel de la Tour, qui écrit à la même époque, le bataillon ordinaire doit être sur 10 ou 12 rangs, les demi-files en auront 5 ou 6. Les bataillons ne doivent plus surpasser 400 ou 600 hommes, et rarement viennent jusqu’à 800 ou 1 000 hommes. Chaque homme tient environ 2 pieds de front en largeur et un pied et demi d’épaisseur. En réalité, en 1635, le bataillon français ne se déploie plus que sur 8 rangs, et ce probablement depuis 1632 ou 1633. En 1638, Louis XIII demandera à son régiment des Gardes, dans un règlement du mois d’avril, que les bataillons se forment sur 6 ou 8 de hauteur, car s’ils sont davantage, il y a la moitié des hommes inutiles, et le roi affectionne le plus la hauteur de 6. La Vallière, qui écrit vers 1644-45, prescrit des bataillons de 1 000 hommes à 6 de hauteur pour toute l’infanterie, mais les vieux corps avaient suivis les pratiques des Gardes françaises bien avant, tout au moins lorsque l’effectif du bataillon était réduit à moins de 1 000 hommes. C’est ce que témoigne Henri Campion, évoquant des files de 6 hommes au régiment de Normandie, lors de cette terrible attaque des lignes espagnoles, en 1639, du côté de Salces : Notre bataillon était de huit cents bons soldats et de trente-cinq officiers, desquels on commanda les deux capitaines, lieutenants et enseignes de tour pour la garde de fatigue de se tenir à la queue de la troupe pour empêcher que nul soldat se débandât. L’on détacha deux capitaines, deux lieutenants et deux enseignes, pour donner à notre gauche et à notre droite un peu avant nous, avec chacun cent hommes. En cet ordre nous descendîmes la montagne, et les autres régiments à peu-près de même. (…) Sitôt que nous fûmes au bas de la montagne, les Espagnols commencèrent à tirer et nous à marcher droit à eux, dans un terrain uni comme une salle. Ils nous tuèrent quelques soldats pendant cette marche, que nous exécutâmes, ainsi que le virent et le dirent après le Prince et toute l’armée, avec le même calme que s’il eût été question de faire l’exercice, observant les distances des rangs des files, enfin d’une manière qui marquait la résolution de tout le corps, quoiqu’il tombât toujours du monde. Quand nous fûmes au milieu de la plaine, quasi à la portée du pistolet, les ennemis tirèrent tous leurs canons chargés à balles, et firent en même temps une salve du premier rang de leurs mousquetaires. Un de leurs boulets donna dans le milieu de notre bataillon, et le coup, joint aux mousquetades, nous emporta six files ou trente-six hommes. Les autres régiments reçurent aussi un grand échec, et prirent tellement l’épouvante, qu’ils firent demi-tour à droite, et regagnèrent la montagne, malgré les efforts des officiers, dont la plupart de ceux qui combattaient près de notre régiment se vinrent mettre avec nous.

De 1629 à 1645, les ordonnances s’enchaînent pour réglementer le comportement des gens de guerre. Il y eut le code Michau de 1629, très complet mais qui ne suffira pas. Le règlement du cardinal de la Valette, datant d’avril 1638, codifie pour sa part les intervalles entre bataillons et escadrons lorsqu’ils marchent, ainsi que la place des officiers. Il précise aussi la taille des camps, chaque compagnie devant occuper une rangée de huttes et sera séparée par une rue de la compagnie voisine, ou encore que chaque régiment doit avoir son bagage réuni et indiqué par une banderole à sa couleur. Une ordonnance de mai 1639 ordonne que les capitaines d’infanterie qui n’ont amené à l’armée que des compagnies de trente hommes seront cassés à la tête de leur régiment, dégradés des armes et poursuivis en restitution des sommes qu’ils ont reçues pour faire les recrues. Les capitaines qui n’ont amené que des compagnies de quarante hommes devront compléter à leurs dépens leur compagnie pour la campagne prochaine. Chaque année, une ordonnance publiée au mois d’octobre ou de novembre précise les dispositions des quartiers d’hivers, comme celle du 24 novembre 1639 qui précise que les officiers et soldats seront logés avec place au feu et à la chandelle. Celle du 18 octobre 1640 demande que les régiments de 20 compagnies seront payés, pendant l’hiver, sur le pied de 600 hommes et que les anciens régiments, qui ont plus de 20 compagnies, seront payés pour tous leurs soldats effectifs. Cette ordonnance prescrit par ailleurs une augmentation de l’effectif de l’infanterie, pour la campagne de 1641 en portant toutes compagnies de 50 à 60 hommes.  Au mois d’octobre 1641 apparaît un nouveau règlement sur les étapes : On cherchera dans chaque localité dix ou douze granges, halles ou autres lieux couverts pouvant loger un régiment de 1 000 hommes. Il faudra que l’on puisse y faire du feu, et l’entrepreneur fournira deux fagots et six bûches par feu, du 1er novembre au 1er avril. On fournira la paille pour coucher les soldats qui ne pourront loger ailleurs qu’aux halles et bâtiments où il seront distribués compagnie par compagnie. (…) L’entrepreneur fournira la viande cuite. Le vin sera mis dans des seaux. Il donnera par quatre soldats une écuelle en bois pour manger et un pot en bois pour boire. Cette ordonnance sera bien sûr suivie par une sur les quartiers d’hivers. Celle d’octobre 1642 ordonne que les compagnies complètes des régiments d’infanterie seront payées à la première montre sur le pied de 56 hommes chacune, et que les capitaines d’infanterie seront obligés d’avoir les deux tiers de leurs soldats armés de mousquets & le tiers de piques.

Le 15 janvier 1643, le roi écrit à Le Tellier, alors intendant de l’armée d’Italie : Ayant considéré que la plupart des régiments d’infanterie que j’ai mis à 30 compagnies ne sont guère plus forts qu’ils n’étaient quand ils en avaient moins, j’ai décidé de les réduire à 20 compagnies, sauf les vieux corps, les petits vieux et ceux considérés comme tels. Dans chaque régiment, on ne conservera que les 20 compagnies les plus fortes et on y incorporera les soldats des compagnies supprimées. Comme je trouve que les enseignes sont inutiles dans l’infanterie, je ne conserve par régiment que deux enseignes, un à la compagnie mestre de camp, et un à celle du premier capitaine. On licenciera de suite les enseignes des régiments de 20 compagnies. Dans les vieux régiments qui restent à 30 compagnies, les enseignes qui existent seront conservés, mais on ne remplira pas les vacantes jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus que deux par régiment. L’ordonnance du 18 octobre 1643, sur les quartiers d’hiver, prescrit de licencier les compagnies ayant moins de 20 hommes à la fin de la campagne et que les compagnies complètes seront de 70 hommes chacune, l’infanterie étant armée pour les deux tiers de mousquets & le tiers de piques. Puis celle du 10 novembre 1644 ordonne que les compagnies soient payées pendant l’hiver à 30 hommes, alors qu’elles seront à 60 hommes en campagne. L’ordonnance du 6 avril 1645 évoque une gratification de 300 livres au capitaine qui aurait une compagnie de 60 hommes, y compris les officiers, et 600 livres à celui qui aurait 70 hommes. Les capitaines qui ne présenteraient que les 30 hommes entretenus durant l’hiver devaient être cassés, leurs soldats répartis entre les autres compagnies du régiment. Les ordonnances de novembre 1645 et 1646 ne modifient pas les précédentes sur les quartiers d’hiver, et laissent la compagnie à 60 hommes. Enfin de nombreuses ordonnances, comme celle du 20 janvier 1641, rappellent et ordonnent que les appointements des officiers majors des régiments tant de cavalerie que d’infanterie français & étrangers ne seront payés tant aux monstres qu’aux prêts, qu’à proportion de la force desdits régiments, & des compagnies dont ils seront composés.

Ci-dessus : Étendards et infanterie française (Aquarelles de K.A Wilke)

 

La cavalerie

Il existe encore, en France, comme en Espagne ou en Savoie, des compagnies de gendarmes. Mais il ne s’agit plus des anciennes compagnies d’ordonnance, qui disparaissent dans les années 1590. Au début du XVIIe siècle, selon Du Praissac, les compagnies de gendarmes ou d’hommes d’armes, sont divisées en compagnies de cent hommes d’armes, au moins celles du Roy, des Princes, du Connétable & des Maréchaux de France. Louis de Montgommery nous décrit des compagnies de gendarmerie plus fortes sous Henri IV (vers 1603) : nous laisserons les compagnies de gendarmes complètes de 200 maîtres pour les princes, officiers de la couronne et gouverneurs de provinces ; et les autres de 100 pour les seigneurs, et ceux auxquels il plaira au roi d’entretenir, effectif confirmé par l’ordonnance du 29 avril 1611.

Les chevaux légers sont plus légèrement armés que les gendarmes : une cuirasse, un pistolet à l’arçon et leur casque ou chapeau. Avant 1635, la seule unité permanente, en France, reste la compagnie franche d’une centaine de chevaux. En 1621, les troupes de carabins sont séparées des compagnies de chevaux légers, et forment un corps particulier sous un mestre de camp des carabins, Arnaud de Corbeville.

En 1634, alors que Louis XIII et le cardinal-duc de Richelieu préparent leur entrée en guerre, celui-ci ne cache pas son admiration pour la cavalerie étrangère : J’ai pensé cette nuit qu’il valait mieux lever de la cavalerie étrangère que française, parce que, bien que la dernière soit plus excellente pour les combats, elle est moins bonne pour les fatigues, qui est ce dont on a à faire. Cette cavalerie, principalement allemande et liégeoise, est équipée plus légèrement que nos chevaux légers, à tel point que le Roi les assimile à des carabins.  Jusqu’en 1636, les carabins seront la véritable cavalerie légère de Louis XIII, équipée uniquement d’une cuirasse et d’une bourguignotte, comme le répond Louis XIII au sieur de Ferron qui en veut lever un régiment de 500 chevaux : il faut des carabins bien montés avec cuirasses. En plus des compagnies de carabins, il existe alors quelques compagnies de mousquetaires à cheval. La première – la plus célèbre puisqu’il s’agit des mousquetaires du Roi – est apparue en 1622, après la prise de Montpellier. Mais en mars 1635, dans un de ses mémoires au Roi, Richelieu se prononce contre la levée de nouvelles compagnies de ces mousquetaires montés, craignant que cela porte préjudice à l’infanterie, dont on a besoin. En pratique, rien ne distingue le mousquetaire à cheval du dragon et le cardinal Richelieu changera d’avis lorsque le Roi lui donnera, en mai 1635, commission de lever son propre régiment de mousquetaires à cheval, dits dragons. Six régiments de dragons seront ensuite levés à partir de compagnies de carabins que le Cardinal fait dissoudre : Cardinal-duc, Alègre, Bruslon, Bernieult, Mahé et Saint-Rémy, régiments qui seront prêt le 30 juillet.

Il faudra attendre la fin de l’été 1635 pour que l’on voit la cavalerie française, c’est à dire les chevau-légers qui forment le corps de cette cavalerie, réellement alléger son équipement, comme nous le montre cette lettre du 11 août 1635, de Richelieu au cardinal de la Valette : nous levons 20 régiments & 4 000 chevaux, comme je vous ai mandé, & outre cela nous allons maintenant faire 2 000 chevaux de la nouvelle cavalerie, dont vous m’avez écrit, qui n’aura que la cuirasse, une bourguignotte qui couvre les joues, & une barre sur le nez, une carabine & un pistolet. Louis XIII et Richelieu donneront alors le nom de hongroise à ce type de cavalerie. Car jusqu’en 1636, la majorité de la cavalerie française est composée de chevaux légers qui sont, comme l’écrit Puysegur dans ses mémoires, tous gens bien armés de bonnes cuirasses, de bonnes tassettes, & le casque en tête. Dès 1636, les cavaliers semblent ne plus vouloir porter la cuirasse. L’ordonnance du 14 juillet 1636 insiste donc pour que les gens de cheval aient la cuirasse pour le moins. Et cette habitude va se poursuivre puisque l’ordonnance du 27 mars 1639, enjoint à tous mestres de camp, colonels, & capitaines de cavalerie, tant française qu’étrangère, de faire armer leurs cavaliers de la cuirasse devant et derrière, du pot, de deux pistolets, et de l’épée. Quant à la tenue, seuls les Gardes, tels que les mousquetaires du Roi ou les Gardes du Cardinal, portaient un semblant d’uniforme, sous la forme d’une casaque.  En voici un exemple, évoqué par Henri Campion dans ces mémoires : en 1635, le Maréchal (de la Force) reçut un renfort de quinze cents gentilshommes de Normandie bien montés et fort dorés, de deux mille dragons, tous vêtus de casaques aux couleurs du cardinal de Richelieu.

La cavalerie française ne sera formée en esquadres qu’en juillet 1635. Toute la cavalerie se forme jusqu’alors en compagnies. Mais, face à la résistance de la noblesse, le cardinal de Richelieu doit abandonner son concept d’esquadre dès 1636. Il n’abandonne cependant pas son idée et ordonne, en janvier 1638, la formation de 36 régiments de cavalerie française. Ces régiments sont tous à 9 compagnies, 8 de chevau-légers et une de mousquetaires. S’ajoutent à ce total 25 régiments étrangers, dont 10 régiments weimariens à 8 compagnies. Comme pour l’infanterie, le nombre de régiments de cavalerie augmentera d’année en année. Il reste quelques compagnies dites franches, aux côtés de ces régiments : il s’agit des compagnies de gendarmes et de gardes des maréchaux. La Maison du roi en compte quatre : les compagnies des gardes du corps, des gendarmes de la garde, des chevau-légers de la garde et des mousquetaires du roi.

Les compagnies de carabins sont théoriquement, en 1635, de 80 maîtres, celles de chevaux légers de 90, celles de gendarmes de 100 maîtres et 200 pour les compagnies du roi et des princes. Comme pour l’infanterie, l’effectif théorique des compagnies diminuera avec les années. En 1642, une nouvelle ordonnance rappelle que les capitaines de cavalerie seront obligés d’avoir leurs soldats armés chacun d’une cuirasse, d’un pot, & deux pistolets, le tout en bon état, et que les compagnies de gendarmes & chevaux-légers seront payées à la première montre sur le pied de 60 hommes chacune, & celles de carabins pour 50 chacune, le tout officiers compris. Puis l’ordonnance du 20 décembre 1643 prescrit des compagnies à 70 hommes et que chaque cavalier soit armé du pot, de la cuirasse devant & derrière & de deux pistolets. (…) Chaque compagnie de cavalerie qui aura moins de 30 hommes ne pourra avoir de cornette.

Selon Gamaliel de la Tour (1634), chaque cornette de cavalerie se dispose sur 5 rangs et les escadrons sont de 200, 300 ou 400 chevaux au plus haut, lesquels coutumièrement doivent être quadruples de front, comme de 20 à 5 pour être presque carrés de terrain. Dix ans plus tard, La Vallière prescrit des escadrons de 120 chevaux, 40 de front sur 3 de hauteur. Puysegur confirme que les escadrons se déploient alors sur 3 de hauteur. Héritière des « meuniers » huguenots, La cavalerie française semble avoir abandonnée relativement tôt le combat à la caracole. Ainsi à Leucate, en 1637, le duc d’Halluin suivi de Boissac & de Sainte-Croix donna sur cette cavalerie avec tant de vigueur qu’il la renversa & la contraignit de se retirer en désordre au galop. La cavalerie de l’armée d’Allemagne, sous Guébriant puis Turenne, privilégiera aussi clairement le choc à la caracole, suivant l’exemple des régiments de Saxe-Weimar. Face à des escadrons tenant fermes, la majorité des escadrons privilégie donc le choc à l’épée précédé une salve des pistolets, comme en témoigne cet exemple lors de la bataille de Lens, le 20 août 1648 : « Le prince de Salm s’avance au trot, avec sa première ligne de Wallons et de Lorrains contre celle de Condé, qui marche au pas pour le recevoir. Les deux lignes se joignent tête contre tête de cheval, bouche contre bouche de pistolet, et demeurent en cette posture assez longtemps, attendant, sans branler des deux côtés, qui tirerait le premier. Les ennemis plus impatients commencent la décharge ; on dirait que l’Enfer s’ouvre ! Tous nos officiers du premier rang sont tués, blessés ou démontés. Condé donne alors le signal du feu puis, l’épée haute, à la tête du régiment de Gassion, il enfonce l’escadron qui lui est opposé. Ses six autres escadrons le suivent et, à son exemple, chargent si rudement la première ligne ennemie qu’ils la renversent. »

Ci-dessus : Etat-Major et cavalerie française ; ci-dessous : Artillerie (Aquarelles de K.A Wilke)

Stéphane Thion

L’armée de la Ligue Catholique (1610-1632)

L’armée de la Ligue Catholique (1610-1632)

 

La Ligue Catholique a été constituée le 10 juillet 1609 par les États Allemands du Saint-Empire, à l’instigation du duc Maximilien de Bavière pour contrer l’Union Protestante. La majorité des troupes de la Ligue seront fournies par les Bavarois et les Wallons, avec l’appui de l’Espagne qui s’engageait à financer deux régiments d’infanterie et un de cavalerie. Le duc Maximilien de Bavière en était le chef ; il nomma Jean Tserclaes, Comte de Tilly, lieutenant-général des forces armées de la Ligue Catholique en avril 1610. Selon l’historien Villermont, « l’appel du trentième et du dixième donna 14 000 hommes qui furent classés par régiments, habillés et armés d’une manière uniforme. Ils devaient former le noyau d’une armée toujours prête à entrer en campagne. Ce fut le premier essai d’une véritable armée permanente en Allemagne. (…) La noblesse équipa 2 000 cavaliers, auxquels on donna des instructeurs capables et habiles. Le chiffre de 20 000 hommes, indiqué par l’assemblée de Munich, fut complété par l’enrôlement de régiments étrangers. » À ces troupes s’ajoutaient, pour artillerie, 6 gros canons de 40, 12 canons de 24, 8 canons de 8 et 14 fauconneaux d’un calibre inférieur ou égal à 4.

Le 27 août 1619, les États de Bohême déclarent la déchéance de Ferdinand II : les princes Catholiques demandent alors à Maximilien de reprendre la direction de la Ligue et ordonnent la mobilisation d’une armée de 21 000 fantassins et 4000 cavaliers, ainsi que l’organisation d’une milice. Tilly en reprend la charge de lieutenant-général.

C’est avec cette armée que Tilly aligne une série impressionnante de victoires : face à l’électeur palatin Frédéric V, en 1620 à la Montagne Blanche ; face au margrave de Bade-Durlach, renforcé par les Espagnols du duc Gonzalo de Cordoba, à Wimpfen en 1622 ; face à Christian de Brunswick à Höcht, en 1622, et à Stadtlohn, en 1623 ; enfin, face aux Danois de Christian IV à Dessau et à Lutter am Barenberg en 1626. Mais il finira par connaître la défaite face à Gustave-Adolphe de Suède à Breitenfeld en 1631.

Jusqu’à la mort de Tilly, les régiments impériaux sont le plus souvent au service de l’armée de la Ligue. Ainsi, une armée type de la ligue catholique alignera des unités de recrutement varié : unités italiennes, wallonnes, espagnoles, allemandes de haute-Allemagne, bavaroises, saxonnes, westphaliennes ou du Wurzburg se côtoient.

Jusqu’en 1631, les régiments d’infanterie comptent théoriquement 3 000 hommes en 10 compagnies de 300 hommes. Mais en réalité, la plupart des régiments comptent à peine 2000 hommes. Ces régiments se forment en tercios ou battalia sur 20 à 30 rangs de profondeurs. Ainsi, un régiment de 2 000 hommes se forme en un bataillon de 78 files sur 26 rangs avec un bloc de piquiers, au milieu, en 44 files sur 22 rangs. Les mousquetaires forment deux manches de 17 files sur 26 rangs et un rideau de 44 files sur 4 rangs sur le front des piquiers. En pratique, entre 1622 et 1631, les régiments atteignent rarement 1000 hommes. Les compagnies sont alors regroupées pour former de gros bataillons ou tercios. A la montagne blanche, il y aura ainsi un bataillon wallon regroupant trois régiments (Bucquoy et Verdugo , 45 compagnies pour un total estimé de 3000 hommes), un bataillon napolitain (Brigata Spinelli, 31 compagnies regroupant 2500 hommes), un bataillon regroupant de régiments allemands (régiments Tiefenbach et Breuner, 20 compagnies totalisant 1700 hommes), le bataillon allemand formé par le régiment Fugger (8 compagnies totalisant 1400 hommes), un bataillon Saxon et wallon (régiments Saxon et Nassau, 20 compagnies totalisant 2200 hommes), un bataillon lorrain (régiment Florinville ,10 compagnies totalisant 3000 hommes), un bataillon du Wurzburg (régiment Bauer, 8 compagnies totalisant 2000 hommes), un bataillon autrichien et bavarois (régiments Schmidt et Rouville, 10 à 20 compagnies totalisant 2000 hommes), et deux bataillons bavarois (le premier composé du régiment  Herliberg de 10 compagnies totalisant 1250 hommes, le second composé des régiments Hasslang et Sulz regroupant 20 compagnies pour un total de 2000 hommes). A partir des années 1625-28, les régiments de vétérans dépasseront rarement les 1000 hommes (comme les régiments Reinach et Comargo en 1631), alors que la plupart des nouveaux régiments comptent toujours de 2 à 3000 hommes. À Breitenfeld (1631), les régiments de la Ligue comptaient en moyenne de l’ordre de 2 000 hommes.

Ci-dessus : officier saxon du régiment Löser, arquebusier de la ligue et chasseur bavarois (Aquarelle de K.A. Wilke)

Ci-dessous : piquiers, mousquetaires et double-soldes de la Ligue et/ou de l’Empire(Aquarelles de K.A. Wilke)

Les régiments de cavalerie comptent de 250 à 1000 chevaux, en 5-10 compagnies, celles-ci étant théoriquement à 50-100 chevaux. Ces régiments se déploient sur 10 rangs de profondeurs, pour adopter la tactique de la caracole, cuirassiers devant et arquebusiers derrière.  Entre 1610 et 1630, la doctrine d’utilisation des arquebusiers à cheval était de préparer la charge des cuirassiers en joignant leur feu à celui de la cavalerie lourde. Les régiments de cuirassiers impériaux, qu’ils soient allemands ou wallons, comptaient ainsi un certain nombre de compagnies d’arquebusiers à cheval (en général, 2 compagnies d’arquebusiers à cheval pour 3 compagnies de cuirassiers).  Ainsi, un régiment de cavalerie de 1000 chevaux se composent habituellement de 600 cuirassiers et 400 arquebusiers montés. En pratique, les arquebusiers pouvaient être regroupés en escadrons séparés. Ainsi, lors de la bataille de la Montagne Blanche, la cavalerie de la ligue aurait aligné 3 régiments de cuirassiers (Marradas, Wallenstein et Eynatten de 4-6 escadrons chacun), 8 régiments d’arquebusiers (Dampierre, Gauchier, La Croix, Meggau, Lobel, Histerle, Areyzaga et Montecuccoli, de 2-10 escadrons chacun) et 5 régiments mixtes ou non apparentés à un de ces deux groupes (Cratz, Marcossay, Pappenheim, Bonninghausen et Herzelles, de 5-6 escadrons chacun). A ces types de cavalerie s’ajoutent quelques Cosaques polonais (400 à La Montagne Blanche) ou Croates (de l’ordre de 200 à Wimpfen et à Wiesloch en 1622 et à Stadtlohn en 1625),

Les vieux régiments de cavalerie sont théoriquement à 1000 chevaux, 800-900 chevaux en pratique, comme les régiments de Schoenbourg et de Cronenbourg en 1631, mais les régiments nouvellement levés sont souvent à 500 chevaux (Erwitte, Bongars, Merode et Gehoy) voire à 800 (Eynaten). Les escadrons comptent 250 à 500 chevaux.

Ci-dessous : cuirassiers en armure 3/4, tambour et arquebusier (Aquarelles de K.A. Wilke)

L’artillerie se scinde en batteries de canons légers ou lourds. La ligue aligne ainsi 12 canons, à la Montagne Blanche, en 6 batteries de 2 pièces. Ces canons sont de calibre 12-24 livres et seront nommées, ce jour-là, les « 12 apôtres ».

Ci-dessous : étendards de la Ligue Catholique (Bavarois, en haut, régiment de Tilly)

Stéphane Thion

Deux listes d’armées, Suédois et Impériaux, avec des aides de jeu, par Christophe Henry

Deux listes d’armées, Suédois et Impériaux, avec des aides de jeu, par Christophe Henry

La mort de Gustave Adolphe à la bataille de Lützen par Carl Wahlbom's
La mort de Gustave Adolphe à la bataille de Lützen par Carl Wahlbom’s

Deux listes d’armées, Suédois et Impériaux, accompagnées des cartes d’unités à placer en bord de table et, en bonus, de pions désordre.

L’armée suédoise (1545 points):

  • Commandant en Chef : Gustave Adolph (100 points)
  • Commandant aile droite (50 points)
  • Commandant aile gauche (50 points)
  • Commandant centre (50 points)
  • 4 Escadrons modernes (4 x 155 points)
  • 2 Cuirassiers (2 x 140 points)
  • 1 Arquebusier monté (1 x 80 points)
  • 3 Artilleries légères (3 x 105 points)

L’armée impériale (1560 points) :

  • Commandant en Chef : Wallenstein (100 points)
  • Commandant aile droite (50 points)
  • Commandant aile gauche (50 points)
  • Commandant centre (50 points)
  • 3 Tercios (3 x 160 points)
  • 1 Arquebusier monté (3 x 100 points)
  • 1 Cuirassiers (2 x 150 points)
  • 2 Artilleries moyennes (2 x 115 points)

Télécharger les cartes d’unités

L’armée danoise de Christian IV (1624-29)

L’armée danoise de Christian IV (1624-29)

Christian IV du Danemark a initié des réformes comparables à celles de Gustave Adolphe mais en restant plus proche du modèle hollandais. Son infanterie est organisée en régiments de théoriquement  12 compagnies de 200 hommes, soit 2 400 hommes, . Au combat, ces régiments doivent idéalement former deux bataillons de 1 200 hommes avec une proportion de deux mousquets pour une pique. Les régiments danois, comme ceux de l’Union protestante, étaient colorés. On distingue ainsi le régiment rouge et le régiment bleu.

La cavalerie danoise du roi Christian IV est organisée en régiments. Chaque régiment compte théoriquement 6 compagnies de 106 chevaux. Une compagnie se divise en quatre troupes, trois de 27 cuirassiers et une de 25 arquebusiers. Les régiments comptent donc  3/4 de cuirassiers et 1/4 d’arquebusiers qui se forment derrière les cuirassiers. La cavalerie se déploie en escadrons de 300 chevaux sur 6 rangs de profondeur et 50 chevaux de front.

L’artillerie est composée de canons, de demi-canons, de couleuvrines, de faucons, de fauconneaux et de petits mortiers de 8 livres, avec une proportion théorique de un à deux pièces pour 1 000 hommes.

Le déploiement souvent adopté par les armées danoises est celui en forme de losange (ou diamant), comme représenté par le sieur du Praissac : deux bataillons en première ligne, puis deux couples de deux bataillons, décalés à gauche et à droite en seconde ligne, et enfin un couple de deux bataillons, derrière les deux premiers, en troisième ligne. Ces huit bataillons sont flanqués d’escadrons de cavalerie, ceux-ci pouvant aussi être déployés en losange, et plusieurs de ces brigades peuvent être déployées côté à côté. C’est la forme déployée par l’armée danoise à Lutter am Barenberg en 1626.

Ainsi, l’armée se déploie théoriquement sur 3 lignes de 3 régiments d’infanterie, ces régiments disposés par paires de bataillons  avec des intervalles entre chaque paire de bataillon. Le second échelon couvrira les intervalles du premier échelon. Le troisième échelon sera déployé comme le premier échelon avec des régiments de cavalerie comblant les intervalles. Le gros de cavalerie sera disposé sur chaque aile, en échiquier. Comme l’infanterie, les régiments de cavalerie seront scindés et alignés en paires d’escadrons.

 

Ci-dessus : déploiement d’une armée selon Du Praissac (in Discours Militaires)

Ci-dessous : déploiement de l’armée de Christian IV à Lutter am Barenberge, 1626 (en bleu, à droite)

Christian IV, de même que Gustave Adolphe, conduira des expérimentations en ce qui concerne l’artillerie. Il rationalisera les calibres en les limitant à 5 calibres différents : fauconneau de 3 livres, double-fauconneau de 6 livres, demi-couleuvrine de 12 livres, demi-canon de 24 livres et canon de 48 livres.

L’armée “idéale” de Christian IV totaliserait 32000 hommes dont 25000 fantassins et 6000 cavaliers, 6 canons, 12 demi-canons, 6 demi-couleuvrines, 6 double-fauconneaux, 6 fauconneaux et 3 mortiers de 8 livres

Les danois ne composaient qu’une part de l’armée du roi Christian. La majorité des troupes étaient des mercenaires allemands, anciens régiments de Mansfeld et de Brunswick. En réalité, après que Christian IV déclara la guerre, il ne put emmener que  régiments danois avec lui. Le reste de son armée était composée principalement de protestants allemands, aux côtés d’écossais, anglais, français et hollandais.

Unités danoises de l’armée de Christian IV de Danemark (1625-26) :

Compagnie d’infanterie de la Garde (Leib) :                           1 compagnie estimée à 400 hommes

Régiment d’infanterie de la garde (Leib, régiment bleu) :  20 compagnies pour un total estimé de 2800 hommes

Régiment d’infanterie Kruse (régiment rouge) :                  20 compagnies pour un total estimé de 3000 hommes (3 bataillons)

Compagnie de cavalerie de la Garde (Leib) :                          1 compagnie estimée à 300 hommes en 1 escadron

Régiment de cavalerie de la Garde (Leib) :                           10 compagnies pour un total estimé de 1000 hommes en 2 escadrons

A ces unités, s’ajoutent les régiments des armées de Mansfeld, de Christian de Brunswick du Landgrave de Hesse-Cassel, du Rhingrave (…).

Source principale : Battles of the Thirty Years War, from White Mountain to Nördlingen 1618-1635  de W.P. Guthrie

 

Ci-dessus et ci-dessous : Arquebusier à cheval et drapeaux danois (Aquarelles de K.A. Wilke)

Ci-dessous : drapeau danois (Armémuseum de Stockholm, taille : 100x100cm)

 

Ci-dessous : cornette de cavalerie

 

Stéphane Thion

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