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Mois : mars 2022

Le combat de Fauch, une bataille des guerres de Rohan en Languedoc , septembre 1621

Le combat de Fauch, une bataille des guerres de Rohan en Languedoc , septembre 1621

« A FAUCH, A FAUCH ! »

Un épisode de la première guerre de Rohan,

le combat de Fauch, le 3 septembre 1621

Henri de Rohan

 

« De toutes les actions de la guerre, la plus glorieuse et la plus importante est de donner bataille, le gain ou la perte d’une ou deux bouleverse des Empires entiers. »[1]

Le contexte : le grand siège de Montauban :

Depuis Mai 1621, l’armée royale, commandée par le Connétable de Luynes, en présence du jeune Roi Louis XIII, assiège la place de sûreté de Montauban, défendue par les protestants français, fidèles à l’appel à la révolte lancé par l’Assemblée de la Rochelle, l’an dernier. Après avoir pris quelques places en Béarn, l’armée royale bute sur les solides fortifications et la détermination de sa garnison et de ses habitants. Commence alors une «On fait maintenant une  guerre plutôt de Renard que le lions »[2] où chaque camp essaie d’affaiblir l’autre sur les théatres périphériques. Une guerre de coups de mains et de combats plutôt que de grandes batailles.

Pour leur compliquer la tâche, l’âme de cette révolte, Henri de Rohan, gendre du fameux Duc de Béthune Sully, général des troupes protestantes en Bas-Languedoc a quitté la ville avant son encerclement pour organiser un « renfort » destiné à harceler les troupes assiégeantes et à couper leurs lignes de ravitaillement. Il s’établit à Castres après un périlleux voyage où il manque de peu, au passage du Tarn, vers L’Isle sur Tarn, d’être pris par les royaux aux ordres du baron d’Ambres, louis de Voisins, vétéran des guerres de religion[3]. De cette ville, par les vallées du Sidobre et Millau, il peut aller recruter de solides volontaires Cévenols prêts à défendre leur foi les armes à la main, ainsi que des mercenaires qu’il fait entretenir sur sa cassette et les fonds octroyés par l’Assemblée. Il peut aussi compter sur le soutien des villes protestantes du Tarn et du Quercy : Castres, Réalmont, Puylaurens, Lombers, Briatexte, Roquecourbe, Tonneins, Saint Antonin, Monestiés, Cordes, Nègrepelisse, Tanus, Millau parmi d’autres.  Les milices locales s’arment et sont prêtes à en découdre, tout comme la noblesse des environs qui lève à ses frais des volontaires. Castres forme un régiment de quatre compagnies que le duc entretiendra jusqu’en 1622, ce qui double ses forces. On répare ou on fond des canons pour les opérations de siège. Ce sont davantage des couleuvrines, plus mobiles que des « canons », pièces lourdes, qu’on préfère emprunter aux villes proches, comme on le fera à Réalmont.

Pour contrer cette menace sérieuse sur son flanc droit, et garantir les voies stratégiques de la vallée du Tarn et de la Garonne, vitales pour l’approvisionnement de l’armée royale, il dépêche le Duc d’Angoulême commandant de la cavalerie légère de France, la tête d’un fort contingent de cavalerie (1500 à 1200 cavaliers en 17 à 18 compagnies, selon Dom Vaysette ) , point fort des armées royales et de régiments royaux (au total 4000 hommes de pied , probablement les régiments de Cornusson , Montmorency, du Piémont (de passage en 1622), de Pibrac (1622), afin de consolider les défenses des villes de la vallée du Tarn (estimées à 1500 cavaliers (dont la compagnie de chevaux légers d’Ambres, celle du comte d’Aubijoux, de Grandval), 500 fantassins du régiment d’Albi commandés par Lescure, le régiment d’Aubijoux ( 4 cies Grauhlet) , celui D’Ambres dirigé par le sieur de Gachapel, 1er consul de Lavaur (10 cies Lavaur) : Albi, Rabastens, Gaillac et Lavaur et Saint Sulpice, menacées directement par le parti protestant . Il leur demande une levée exceptionnelle de troupes et de fonds. On renforce le régiment d’Albi et on fait lever par le marquis de Lescure un second régiment.

Le contrôle de la vallée est le meilleur moyen d’empêcher l’arrivée du renfort. On craint aussi qu’emportées par le mouvement général de la révolte, d’autres villes et seigneuries locales passent sous le contrôle de Rohan, ce qui décuplerait ses moyens militaires. Angoulême estime que Rohan ne peut secourir Montauban qu’en suivant trois voies possibles : Par le sud, en passant par Caraman, puis en descendant vers la vallée de la Garonne par le fertile et riche Lauragais, qui est le chemin le plus aisé, mais celui-où Rohan sera constamment menacé par des troupes venant de Toulouse, des villes catholiques, et les meilleurs régiments de cavalerie de l’armée royale. Par le sud de la vallée du Tarn, il devra, s’il veut faire passer bagages et artillerie, contester le passage du Tarn en s’emparant d’un gué ou d’un pont à Rabastens, Gaillac (le consul Séguy y dispose d’un détachement de 400 hommes, soit un régiment à 4 compagnies (ADT C877)) ou L’Isle sur Tarn, qu’Angoulême pourra facilement secourir. Par le nord de la vallée du Tarn, Cordes et Saint Antonin et à travers ses collines, chemin « inaccessible à la cavalerie », mais limitant la taille des contingents envoyés à des troupes d’infanterie équipées légèrement et sans aucune artillerie.

Rohan n’a donc pas le choix, il doit recruter des troupes et donc tenter de faire basculer la vallée du Tarn dans son camp protestant mais sans « gaspiller » ses maigres forces. Angoulême décide de faire de même afin d’obliger Rohan à disperser ses troupes en menaçant les places protestantes de Lombers et Réalmont en septembre. Mais en réalité, ces attaques sont feintes, Angoulême garde avec lui une « force de frappe » principalement composée de cavalerie, afin de surprendre les forces protestantes qui en ont peu.

C’est le récit qu’en fait le Mercure François de 1621 :

« Toutes ces raisons balancées le Duc d’Angoulême conclut que le Duc de Rohan feroit de deux choses l’une, assavoir, qu’il viendrait à Castre faire son gros, & avec des pieces attaquer quelques petits forts, tant pour donner réputation à ses armes, que pour raire vivre ses troupes du butin, seul moyen qu’il avait de les maintenir : ou que prenant la teste (le nord) du Tarn, il s’écouleroit vers Cordes et Monestiés, & delà audit S. Antonin. Sur cela ledit sieur Duc d’Angoulême résolut de passer la rivière, & venir se loger à la tête de trois petites villes qui tiennent pour les rebelles reformés (Lombers, Réalmont, Briatexte), et ce pour deux desseins : que s’avançant vers l’ennemi, il jugera mieux de ses desseins et, en cas qu’il voulust passer, son chemin estant plus long, les attaques que le duc d’Angoulême leur ferait le rendrait quasi-impossible. »

La confrontation de ces deux stratégies va aboutir, sur ce front, à l’épisode local, mais très violent et décisif du combat de Fauch, le 3 septembre 1621. Le lieutenant principal de Rohan, le marquis de Malauze, ainsi que d’autres chefs y sont battus et contraints à la reddition par les troupes d’Angoulême soutenues par celles de l’évêché d’Albi.  Fauch est un village entre Albi et Castres défendu par un « fort », c’est-à-dire une fortification bastionnée assez simple établie autour de son église sur une petite éminence. Les fermes en contrebas constituent des éléments de la fortification dont on peut encore voir certains vestiges sur place (meurtrières et trous ronds pour mousquet en angle des certaines maisons proches de l’église. Le Mercure de France la qualifie de « bicoque », mais les vestiges actuels montrent que ses murs n’étaient pas faits de levées de terre, comme l’immense majorité des fortifications rurales de la région[4] et constituaient un bastion refuge pour les paysans des environs, héritage des guerres de religion « garantie » contre les coups de main. Déjà, du 12 au 31 mars 1616, lors de la première prise d’armes de Rohan, des combats avaient eu lieu à Fauch entre le vicomte de Castelpers, Panat et le Baron louis de Lescure, qui avait « délivré » Fauch de sa garnison protestante placée là par le Vicomte depuis le 12. Le capitaine Arnaud du Portal des milices de Dénat y avait été tué (ADT4 EDT GG69 Gras).

Les deux forces en présence :

«Que si la guerre se faisoit en un pays serré, ou de montagnes, ou de forests, ou de marez, ou de hayes et fossez,  & qui aye force places fortifiées ; pour ce que la guerre se reduit plustôt en sièges, qu’en batailles et combats de campagne, alors il faut fortifier son infanterie. & ces deux corps sont si nécessaires l’un à l’autre qu’une armée ne peut s’estimer bonne ny subsister s’ils ne sont également et bien entretenus …. (Je ferai mon armée) En un pays serré d’uns sixième part de cavalerie sur cinq d’infanterie , comme sur vingt mille homme de pied quatre mille chevaux »[5]

Rohan charge le marquis de Malauze, son lieutenant, de former « son gros » et à partir de Réalmont, protéger et soulager Lombers. Il établit son camp à Réalmont, vers laquelle affluent les renforts locaux de Saint Rome et Sénégas. Les milices et la noblesse veulent en découdre et « régler l’affaire » rapidement. En effet, contrairement aux rares régiments soldés, ces troupes, quoique motivées et exercées, doivent laisser leurs activités pour combattre. Or à cette saison, nous sommes en période de pleine activité agricole. Cet aspect sera déterminant dans les choix de Malauze. Il est rejoint par Boyer, venu de Castres avec son régiment de 1000 hommes, soit dix compagnies. Il dispose déjà du régiment de Mazaribal (5 compagnies), de celui de Saint Amans (500h soit 5 autres compagnies), la Nougarède et des cornettes de cavalerie volontaire. En effet, chaque noble commande généralement une cornette de 50 maîtres plus ou moins cuirassés, auxquels s’ajoutent des mousquetaires à cheval , des carabins ou des volontaires , légèrement armés.

Le Mercure dresse « l’estat des troupes du marquis de Malauze qu’il surestime probablement afin d’accentuer la défaite des Protestants :

« Le Duc de Rohan pour contenir ce peuple, lequel d’ordinaire ne voit les choses que par les yeux de la passion, d’envoyer deux de ses meilleurs régiments (cévenols) qu’il eut, à savoir des Sieurs de Boyer et de Mazaribal composés de quinze enseignes complètes (soit des régiments avec des compagnies à effectif complet), pour se joindre à la cavallerie du Marquis de Malose & de S. Rome, -de plus de quatre cents chevaux. & aux Régiments du Baron de Sainct Amans, La Nougarède, Baron de Sénégas, et plusieurs autres volontaires, le tout faisant trois mille hommes de pied, & quatre cent cinquante chevaux. »

Rohan précise que ces troupes étaient de 3000, mais une autre source, proche de Rohan indique un contingent de 2500 hommes, correspondant un peu plus à la réalité. Selon l’ordonnance de la Rochelle de 1621, l’art 19 fixe la taille des compagnies d’infanterie à 100h et des cornettes à 50. En théorie les régiments étaient de 500 hommes en cinq compagnies, mais la moyenne réelle se situant autour de 80 , la plupart étaient autour de 400h. On retrouve ces chiffres dans les effectifs énoncés par les sources, ce qui fournit un indice sur le degré d’organisation des troupes protestantes « réglées » sur un pied de guerre quasi-permanent depuis au moins 1615 :

L’armée protestante

Henri de Bourbon Malauze,

Pour l’infanterie :

-Régiment de Boyer 1000h, 10 compagnies en deux bataillons, On connaît les noms des capitaines des 5 compagnies survivantes d’un de ces bataillons , qui participe au « secours de Montauban » : Le Monnac, La chassagne, Villares, Croze et la Sagesse

-Régiment de Mazaribal , issu du Régiment de Malause, (milices de Réalmont ?) 500 à 1000h mais il est probable que Malause laissa au moins un bataillon à Réalmont,.

-Régiments de Saint Amans (milices) 500h et du Baron de Sénégas et la Nougarède (milices) un total de 10 compagnies, en deux bataillons de 400 à 600h enrégimentés ensemble, donc moins exercés que ceux de Réalmont et de Boyer.

Ce qui fait un total de 5 bataillons d’infanterie que nous retrouverons dans le déploiement décrit par Le Mercure

Pour la cavalerie :

La Compagnie de Saint Rome : 50 maîtres (chevaux légers) avec probablement 10 carabins ou arquebusiers à cheval comme il était d’usage

La Compagnie de Malause :  Une compagnie de 80 maîtres, peut-être une de gendarmes, probablement des chevaux légers organisée en deux escadrons de 40h (donc environ 10 à 20 carabins en support)

La Compagnie de Sénégas : 50 Chevaux Légers volontaires

La Compagnie de La Nougarède : 50 chevaux volontaires ou mousquetaires à cheval

La Compagnie de Saint Amans : 50 chevaux volontaires ou mousquetaires à cheval

Enfin, l’orgueil de l’armée : le « canon », c’est-à-dire une pièce d’artillerie lourde car capable d’ébranler les murailles du Fort.

L’armée royale

Pour Angoulême, nous avons des données plus précises, appuyées par les documents d’archives locales (ADT) : Ayant laissé Lombers, il rassemble les 1200-1500 hommes de sa cavalerie à « la Mire », l’actuelle Lamillarié : « et commande à quatre compagnies levées par l’évêque d’Albi se trouver au même lieu ». Il prend ensuite la route vers Fauch en passant par Denat, où il récupère des hommes, puisque certains seront tués au combat selon l’acte de sépulture du 3 et 4 septembre 1621 et inhumés à l’Eglise Notre Dame. En 1625, le consul de Dénat escortera 500 gastadours avec une compagnie de 150 soldats. On peut donc estimer qu’il a probablement été fourni autant à Angoulême.

Le réseau routier actuel nous donne une idée de son itinéraire, mais il ne faut pas oublier qu’il dispose d’une force presque entièrement formée de cavalerie, donc très mobile et que de nombreux chemins, notamment ceux « de crête » ont de nos jours disparu, victimes des remembrements de notre agriculture moderne. De ce fait, on verra qu’il ne semble pas arriver devant Fauch par le nord, mais l’est, probablement par le chemin dit « Pintre » et non par la D13 actuelle, c’est-à-dire la « route d’Albi ». Par contre les renforts d’Albi qui lui parviendront utilisent cet itinéraire.

Sur le papier, la « cavalerie légère de France » est constituée des compagnies suivantes :

« La cavalerie,détachée sous M. le duc d’Angoulême pour empêcher le secours de la place, comprenait:

La petite compagnie du Roi, avec M. de Coutenant fils. (50h) ou la compagnie du Roi, celle des chevaux légers de la Garde (200h ?)

La Compagnie de Monsieur, avec M. d’Elbène. (100 à 200h) soit trois escadrons dont un de gendarmes et deux de chevaux légers

La Compagnie de Vendôme1, avec M. d’Heurre. (1cie de gendarmes et sa compagnie de carabins)

La Compagnie Mestre de Camp ? avec la Curée (60h chevaux légers) 1 compagnie

La Compagnie du duc d’Angoulême. (1 compagnie)

La Compagnie La Colonelle. 50 h (chevaux légers)

La Compagnie de Loppez. (carabins, chevaux légers ?)

La Compagnie du prince de Joinville (charles 1er de guise). 1 compagnie

La Compagnie de Faudoas(Faudoy) 100 chevaux légers

Mais d’autres troupes sont aussi notées par les sources :

Mr de Vendôme : « Le duc de Vendôme était arrivé à l’armée avec beaucoup de noblesse, sa compagnie de gendarmes, une de chevau-légers et une de carabins. » (Thrésor de l’histoiregénérale.)

Les chevaux légers de la Curée

Il dispose, si l’on suit l’ordre de marche depuis donné par le Mercure :

  • De deux compagnies de Carabins commandés par Arnaud et Des Plans qu’il divise en « trois troupes » (une sur chaque flanc et un écran de douze carabins en avant, tous étant escortés par un guide)
  • De plusieurs compagnies de cavalerie royale :
  • La compagnie des chevaux légers de la garde par Mr de la Curée[6] (100h)
  • la compagnie de Monsieur le Grand Prieur (Cornusson ?) (100h)
  • La compagnie de Monsieur ( D’Elbène) (200h ?)
  • La compagnie du Prince de joinville (50 ?)
  • La compagnie de Faudoy  ou Faudoa (50 ?)

Elles forment l’avant-garde. Elles sont soutenues par :

  • la « compagnie colonelle (cornette blanche) commandée par le comte d’Alais (son fils secondé par un vieux capitaine l’Estelle) Colonel et capitaine de la cavalerie légère de France (donc des chevaux légers) 100h
  • La compagnie du Duc d’Angoulême (« mestre de Camp ?) commandée par lui-même au lieu de d’Heurre (chevaux légers ?) placées en support de Faudoy et du Prieur 100h
  • La compagnie du Roy commandée par Contenant (compagnie de chevaux légers du Dauphin, devenue celle du Roy) composée  surtout de gendarmes[7]
  • La compagnie de cavalerie légère de Loppez (arquebusiers ou chevaux légers)
  • Les mousquetaires à cheval des compagnies sous les ordres d’Heurre sont placées en queue, (d’ Heurre[8] et Loppez[9] « un des plus braves et vieux capitaines ») en un seul escadron « de réserve »

D’un seul régiment d’infanterie avec quelques volontaires :

  • Les quatre compagnies (Bouzac ou Bozat selon les ADT), Lavisanderie, La Crozette, cf. ADT C874,) du régiment d’Albi (350h) commandé par Cornusson, sont formée en deux troupes dont un d’enfants perdus, soit deux petits « bataillons » (que le Mercure qualifie plutôt de « troupe ». En effet, le régiment est surtout une unité administrative, à l’échelle tactique, le bataillon est l’unité de base. Ici il est de 150 hommes, soit environ 60 mousquetaires, et 80 piquiers si l’ont tenu compte des effectifs décrits par le Rolle de la Monstre de la compagnie de Bozat du régiment d’Alby dressée en 1621 « pour le siège de Montauban » et (ADT) qui compte 7 officiers et enseignes, 30 mousquetaires, 30 piquiers et 33 arquebusiers. Ce qui ferait pour le régiment : 90 mousquetaires, 90 piquiers et 100 arquebusiers, chiffre qui correspond et aux deux « troupes de 150 » mais qui semble supposer que les 5O enfants perdus soient des volontaires ou de surnuméraires.

A ces troupes vient s’ajouter un renfort venu de Grauhlet, de deux unités de cavalerie et d’un régiment d’infanterie qui arriveront :

« Au même temps il luy advint deux troupes de cavalerie. L’unc du Comte d’Aubigeoux qui estoit composée de cinquante maistres, &de soixante-dix carabins : & celle de Grandval, de quelque quarante chevaux : & de ceux d’infanterie l’une

De deux cents cinquante hommes, & l’autre de cent ».

Le comte d’Aubijoux étant seigneur de Graulhet et colonel des légionnaires du Languedoc, on peut supposer que cette troupe vient donc de cette ville, ayant répondu à l’appel du Duc d’Angoulême.

De même on doit aussi prendre en compte les « volontaires », dont le nombre est presque toujours inconnu, puisqu’ils surgissent à l’occasion. Ce sont souvent des nobles désargentés, mais réticents à toute discipline, assez mal armés, sinon de leurs épées et donc difficilement incorporables dans les bataillons, comme le dit Rohan : « et seroit la vraye place des volontaires et de force brave noblesse, de laquelle souvent on est bien empesché » c’est-à-dire encombré. Rohan préconise de s’en servir comme épéistes pour attaquer le flanc des formations de piquiers. Il souhaiterait les armer de targe comme les rodelleros espagnols mais cela ne fut pas réalisé, d’autres récits les montrent équipés d’hallebarde et formant une petite unité supportant les piquiers en attaque.

L’état de l’armement de ces troupes n’est pas donné en détail, mais d’autres récits du Mercure et les pièces des Archives du Tarn relatives aux régiments locaux permettent d’estimer, tout comme le « parfaict capitaine » d’Henri de Rohan qui précise : « Les armes les plus ordinaires de l’infanterie du temps présent sont pour sa défense, le pot , la cuirasse et les tassettes, et pour armes offensives , l’espée, la picque et le mousquet ». Mais ceci reste de la théorie, car à cette époque déjà , les soldats prennent l’habitude de délaisser les armes défensives, pendant la marche, et pire encore, lors des combats :

« Mais ce n’est pas, tout d’avoir bien armé vos soldats, si vous ne les obligez à porter leurs armes, étant une chose aujourd’huy insupportable de voir leur délicatesse et le mépris qu’il en font. Et pour couvrir celle faute ils disent que c’est manque de courage d’aller armer et ils iront en pourpoint aux lieux les plus périlleux , aussi bien que les arméz. Il ne suffit pas d’aller en un lieu pour se faire assommer, il faut y aller pour vaincre , et non pour estre battu »[10]

L’infanterie en Languedoc vers 1620:

Dans l’infanterie, les régiments de pied ont des compagnies dont les effectifs varient entre 50 à 200 hommes, 100 étant une moyenne courante. Les régiments levés dans l’albigeois (De Lescure dit de l’Albigeois, et de Mr D’Elbène dit de l’évêché) sont de 500 hommes en théorie, divisés en quatre compagnies. Ce sont, par rapport aux régiments royaux (1000à ou Suisses (1500-2000) de petits régiments que l’on forme souvent en un seul bataillon. Le chiffre de 500 étant celui préconisé à l’époque, selon le système hollandais, pour former un bataillon selon l’ouvrage de Jérémie de Billon, écrit en 1610, « principes de l’art militaire » : « Les 500 hommes du bataillon étant par files de dix hommes, il y aura cinquante hommes de front, et dix de file. Chaque homme tenant deux pieds en travers ou face, fera 100 pieds en tout, puis un pied et demi entre chacun feront 75 pieds, et ainsi pour toute la face, 175 pieds. (…)            Milices de Revel (fig seb Coels)

Il y a 200 mousquetaires en 20 files, 10 files à chaque flanc. Il y a 300 piques pour un corps, car je voudrais toujours s’il se pouvait que de cinq parties, les trois fussent piquiers, et les deux mousquetaires, et faut quatre ou cinq pas d’espace entre les piques et les mousquetaires. (…) »

La proportion piquiers/tireurs préconisée ici 3/5 ne correspond pas à la réalité, car on a de grandes difficultés à trouver des piquiers exercés. Seuls les régiments de Suisses, experts en cette arme, doivent avoir encore une telle proportion. La réalité est en Albigeois d’un pour deux, et dans le camp protestant cette proportion en faveur des mousquets peut avoir été encore plus forte. Les protestants semblent avoir aligné aussi, comme au temps des guerres de religion, des compagnies composées uniquement de mousquetaires.  L’ensemble est formé en un « bataillon » de 200 à 1000 hommes, la moyenne étant à cinq cent, les régiments « complets » comme celui de Boyer montant à 1000 (quinze enseignes), mais il sera organisé en deux, voire trois bataillons comme on le préconise alors : « Deux ou trois bataillons séparés en incommodent fort un gros, et puis l’on en peut joindre deux ensembles quand on voudra. Et dirais que pour plus de facilité il ne faut que deux sortes de bataillons, l’un de 500 hommes, à savoir 300 piquiers et 200 mousquetaires disposés 10 de file, 50 de front ; et l’autre forme serait de 1000 hommes, joignant deux bataillons de 500 »

On voit ici que les tireurs étant normalement divisés en deux manches, selon le système préconisé par Maurice de Nassau, l’une « d’arquebusiers » souvent détachée pour opérer en enfants perdus, par groupe de cinquante. C’est cette disposition est d’ailleurs adoptée dans la Monstre et revueue de la compagnie de Bouzac qui est rédigée en trois colonnes, celle de gauche pour les mousquetaires, au centre les piquiers et à droite les arquebusiers (les plus pauvres, donc les derniers). Les Mousquetaires portent une arme de fort calibre, lente à recharger et lourde puisqu’on doit l’appuyer sur une fourquine pour tirer. Ils restent sous la protection et soutiennent les piquiers. Les arquebusiers, plus légers sont souvent envoyés en avant, « détachés, qui tirent en flanc, et aillent aux mains par les flancs de l’ennemi » selon Billon. Mais les récits ne font souvent pas de distinction entre arquebusiers et mousquetaires.  C’est logique à cette époque puisque les « arquebuses » sont en fait des mousquets allégés, de petit calibre. Le règlement de Montmorency de 1628 pour l’albigeois nous précise que l’équipement de ces fantassins doit être : « d’un mousquet fourcherie et bandolière, ou d’une pique, bourguignotte et corselet selon qu’ils seront jugés plus propre à l’un ou à l’autre armement(..) et ceux qui seront armés des mousquets et dites armes blanches seront pourvus en tout temps de deux ou trois livres de poudre et autant de mèche » (ADT C207 p 4,5). La dernière remarque est intéressante, puisqu’elle indique que même les piquiers portent les munitions.

*La cavalerie languedocienne: chevaux légers, carabins et mousquetaires à cheval 

Les cavaliers de ligne ou « chevaux-légers » sont normalement tous « armés » c’est-à-dire avec une cuirasse ou plastron en métal et un casque, voire une demi-armure ou de trois quarts pour les « gendarmes ». « Le nom de Chevau-Léger, vient de ce que les Chevaux-Légers étoient armés plus légèrement que les Gendarmes. » précise du dictionnaire militaire de 1751, « mais leur service estoit le même ».

En effet, les lettres des médecins et bourgeois d’Albi, nous indiquent qu’il nomment « gendarmes » des maîtres issus des cornettes de chevaux -légers qui sont avec  Angoulême

En effet , les mémoires du Maréchal de Tavannes nous rappellent qu’en 1624 : « C’est pourquoy, maintenant, l’on entretient les chevau-légers et les paye-t-on en gendarmes, estant une erreur de les qualifier de chevau-légers, puisqu’ils tiennent la place de gendarmes. Mais aussy la gendarmerie n’estant payée et ne se fiant plus d’estre entretenue en temps de paix, s’en iront de l’armée comme les chevau-légers,i.P.349. quy n’estoient entretenus, faisoient. Mais ils sont entretenus en si petit nombre qu’ils n’empeschent pas dix fois une plus grande partie d’eux de prendre party dans les guerres civiles mesme contre Leurs Majestés. »

La Compagnie des gardes de la Curée, élite de la cavalerie royale (fig seb coels)

Le Mercure nous le confirme puisqu’il rapporte qu’au début de la bataille, les cavaliers royaux « mettent tous la cuirasse et changent de chevaux ». Les Protestants accusent un déficit en matière de protection, seulement la moitié des « mestres » sont « armés », mais ils disposent de « cottes » ou « pourpoints » en cuir (cuirasses de buffle), tous les « gendarmes » le sont, mais ils sont peu nombreux comme la « compagnie de gendarmes de Mr le Duc ». Leurs armes sont l’épée et le(s) pistolet(s) dont ils se servent lors des charges (contre la cavalerie ou une infanterie en désordre) ou des caracoles (feu continu des cavaliers rangs par rangs sur une troupe d’infanterie ou de cavalerie formée).

Les carabins et mousquetaires à cheval forment la cavalerie légère. Rohan , quant à lui précise                                                                      « ceux qui portent les carabines ont le pot et le cuirasse mais ceux qui ont les arquebuses à mèche n’ont nulle armes defensives ». Les mousquetaires n’ont donc pas de protections, car se sont d’abord des fantassins montés. Ils sont tous équipés de mousquetons dénommés « arquebuses » ou « mousquets ». Les carabins sont, mieux protégés : « Leurs armes défensives étoient une cuirasse échancrée à l’épaule droite, afin de mieux coucher en joue ; un gantelet à coude p

Les-gardes-de-Rohan-sont-des-mousquetaires-a-cheval-qui-supportentles gendarmes par lef eu

our la main de la bride, & un cabasset en tête ; & pour armes offensives, une longue escopette de trois pieds & demi pour le moins, & un pistolet ». En effet les mousquetaires à cheval interviennent à pied et se déplacent à cheval car ils sont les ancêtres des dragons du siècle suivant, leur rôle principal est d’éclairer la marche de l’armée, de « prendre langue » (capturer des prisonniers et trouver des « guides ») ou d’aller « à la picorée », c’est-à-dire fourrager et piller. C’est d’ailleurs ce que déplore Rohan, se souvenant de leur rôle dans ces années : « et pour l’arquebuse à mesche , on l’a aussi comme délaissée pour ce que dans les guerres civiles elle ruynoit l’infanterie , chacun voulant avoir un bidet pour mieux voler. Néant-moins quelques troupes bien rè

glées de cette espèce dans une armée font de très grand services ; ou à faire des exécutions, où à gagner de mauvais passaiges ; où à garder le logement de la cavalerie ou mesme un jour de combat à mestre pied à terre       Carabins de Rohan

comme enfans perdus devan sles escadrons de la cavalerie[11] ».

On remarquera que le terme bidet nous précise que les mousquetaires à cheval sont mal montés. Les carabins ont un rôle plus spécifique de soutien-feu des chevaux légers comme nous l’indique le dictionnaire pratique militaire portatif de 1751, T2 : Leur manière de combattre étoit de former un petit escadron plus profond que large , à la gauche de l’escadron de la compagnie des Chevaux-Légers ; d’avancer au signal du Capitaine , jusqu’à deux cens pas d’un escadron de lances ,& à cent , si c’étoit un escadron de Cuirassiers ; de faire leur décharge rang à rang l’un après l’autre , & puis de se retirer à la queue d’un escadron. Si les ennemis avoient de leur côté des Carabins, ils dévoient les attaquer, non pas en gros, mais en escarmouchant, pour les empêcher de faire feu sur les Chevaux-Légers. »  C’est exactement ce rôle de soutien qu’ils vont jouer activement dans le combat et le poste qu’ils occupent dans l’ordre de marche d’Angoulême.

Chez les arquebusiers et les mousquetaires à cheval, qui sont plutôt de l’infanterie montée, ceux-ci démontent pour tirer « en salve » selon Bouffard Madiane. Un autre texte, plus ancien, d’Agrippa D’aubigné sur la bataille de Coutras, nous décrit d’ailleurs leur formation :

« D’ailleurs, on tira 15o harquebusiers choisis pour garnir les estriers des escadrons (cad se porter sur les flancs); en chaque lieu, cinq de front et autant de file. Les premiers, le ventre à terre, les seconds le genou, les tiers penchez de ceinture et les derniers seuls debout. Cela résolut de ne tirer que de vingt pas et n’avoir espérance de leur vie qu’en la victoire, ce qui ne fut pas de petit effet. »

Dans la cavalerie, les enseignes (cornettes, guidons) sont d’au moins 40 hommes, la norme étant 50, mais peuvent monter jusqu’à 100 avec les volontaires. Elles évoluent alors par « escadrons » d’environ     50. Pour les carabins et mousquetaires à cheval , les compagnies sont de cinquante. Ces escadrons sont        Mousquetaires à cheval de Malauze

formés en trois à cinq rangs maximum, la préférence à cette époque étant à la profondeur qui favorise la caracole.

Le déploiement des troupes : Battleground Fauch !

Angoulême, venant de Lamillarié et Labastide Denat, par un « chemin de crête » comme on les préférait dans cette région de vallons et ruisseaux, déploie ses troupes depuis une « montagne à six cent pas de Fauch », à l’aube. Les royaux, ne disposent, pour l’instant ni d’infanterie (sinon des dragons), ni d’artillerie pour affronter des fantassins qui vont se retrancher et sont supportés par « Le » canon de Réalmont. Le Duc va donc attendre l’infanterie qu’il a

La cavalerie D’Angoulème se déploie

appelé « en diligence » alors que les protestants sortent de Fauch et se déploient dans les fossés, les haies et les vignes qui le bordent.

Cent cinquante arquebusiers en enfants perdus se déploient dans une « vigne close d’un fossé », cinquante mousquetaires s’alignent le long d’une haie bordée d’un fossé, en arrière et en soutien, un bataillon de piquiers « un peu estendu » (donc soutenu par deux manches de mousquetaires restants) de 400 hommes. Leur gauche est appuyée par « deux fortes maisons » de pierre dans lesquelles ils placent 100 mousquetaires, les 300 hommes restant du bataillon occupant l’espace entre les deux « piques et mousquets mêlées » soit au moins 100 mousquetaires dans la seconde ferme et probablement un rideau de mousquets, supportés par les piquiers au centre.

Le régiment Cévenol de Boyer couvre les “enfants perdus”

Derrière un bois de futaie et un marécage, bordé de fossés « difficile à la cavalerie » se loge un autre bataillon de six cents hommes sur un champ de 600 pas. Ce bataillon est flanqué de deux escadrons de cavalerie de 60 maîtres, soit 120 hommes en tout. En arrière, gardant le chemin qui monte au village, un autre bataillon se tient, ayant déployé ses mousquetaires dans les maisons et derrière une barricade. Au sommet du village, derrière les murailles du fort, un dernier bataillon avec piques et mousquets mêlés et sur le replat à droite, le long d’un chemin deux troupes de mousquetaires à cheval de 40 (1 escadron) et 100 (deux escadrons).

On ne sait pas où se trouve le canon, mais probablement sur une éminence du fort, probablement à proximité de l’église. Un renfort de cavalerie dirigé par Saint Rome, avec un escadron de 40 chevaux légers et 120 mousquetaires à cheval survient inopinément sur les arrières de royaux, pensant que Fauch n’était pas encore prise.  Les deux partis croient d’abord qu’il s’agit de soldats de leurs camps, les mousquetaires d’Heure et Loppe les laissent approcher, pensant qu’ils sont du régiment de Cornusson, en chemin. Heurre et Loppe s’avancent vers Saint Rome mais sur une remarque de Saint Rome « et notre canon, que faict-il ? », tous comprennent leur erreur. D’Heurre et Loppe, rejoignent leur troupe et s’écrient « à la charge ce sont les ennemis ! ». La furieuse mêlée qui s’en suit alerte Angoulême qui stoppe son avancée et se retourne vers cet ennemi imprévu. Loppe est tué, mais Saint Rome y perd 50 hommes (selon Rohan) pour se faire jour vers l’église contrairement à ce qu’affirme le Mercure « et tous ses gens tuez ».

Le “Canon ” de Réalmont

Angoulême est en train remettre ses gens en ordre lorsqu’il aperçoit enfin ses renforts d’infanterie d’Albi (4 compagnies pour 350 hommes) et Cornusson, « au lointain » qu’il fait ranger « hors la vue des ennemis » derrière l’éminence  en deux bataillons de 150 hommes, en gardant 50 en enfants perdus pour commencer l’escarmouche contre ceux embusqués dans les haies et la vigne qu’il fait soutenir par ses carabins  qui chargent en soutien(la cornette de la compagnie de Des Plans, Charles des Armands, sera tuée mortellement « a la charge que feu faicte par Mr le duc

Dugoulesme » et inhumée le 4 septembre « au cur » de l’église de Dénat). Les enfants perdus protestants, après une décharge esquivent vers leur bataillon supporté par les fermes. Angoulême fait alors charger les trois compagnies de chevaux légers de l’avant-garde (Curée, Monsieur, Faudoy) qui réussissent à chasser les mousquetaires d’une ferme et à faire replier le bataillon « en bataille et sans désordre » vers celui qui était dans le champ bordée d’une haie et d’un marécage. Les trois bataillons, visiblement du même régiment (probablement celui du Cévenol Boyer à 15 enseignes) se forment en hérisson et repoussent la cavalerie « là se fit un grand et furieux combat, capable d’arrester les troupes royales ». Cependant il semble que ces bataillons furent soit défaits, soit réduits à se replier sur le village avec de lourdes pertes.

Angoulême fait contourner cette zone par ses deux petits bataillons, sa compagnie de gendarmes, celle d’Alais, d’Elbène et de Cornusson pour attaquer la route et les barricades. Emportée par son élan où n’ayant pas vu la barricade, les cavaliers sont stoppés par l’obstacle et les piques. D’Elbène et La Curée y reçoivent « cinq coups de piques dans ses chausses » pour l’un « deux cous de piques et cinq de mousquets et deux chevaux tués sous lui » pour l’autre et nous dit le Mercure, pour louer leur courage plus que leur témérité « mettant tous les ennemis en admiration et estonnement de le voir vouloir forcer avec la cavallerie l’infanterie logée avec tel advantage ». Les fantassins, plus heureux s’emparent d’une maison et d’un drapeau. Néanmoins les pertes ont été lourdes comme l’attestent les documents des médecins et apothicaires d’Albi qui vont se charger du soin de pas moins de 15 gendarmes sur les 66 blessés dont ils ont la charge (ADT 874).

Depuis le village, le dernier bataillon protestant, épaulé par ses ailes de cavalerie contre-attaque et reprend la maison, malgré l’intervention des cavaliers du comte d’Alès. La mêlée est dès lors générale et indécise, le feu du « canon », à courte portée et donc à mitraille, amène Angoulème à replier ses troupes derrière le bois : « il retira ses troupes en la première position qu’il avoit gaignée fur les ennemis, remet ses gens en bon o

rdre, & se logea en lieu où leur canon ne luy pouvoit faire mal. » Les deux camps comptent leurs morts et blessés : 400 tués dont Boyer, 100 prisonniers et 240 blessés dont Sénégas, Saint Amans et la Nougarède et 40 « personnes de qualité » pour les protestants selon le Mercure, à peine 60 chez les royaux dont 40 fantassins « tuez ou blessez » et 20 chevaux légers « tuez » et « quinze ou seize blessés ». Ces pertes semblent correspondre à notre liste des blessés ; mais les chiffres des tués ont probablement été exagérés pour les uns (Boyer fut tué à l’assaut de Fauch et non dans le combat) et (où ?) fortement réduits pour les autres …

Angoulême, ne pouvant prendre un village fortifié avec une troupe de cavalerie, fait envoyer des messagers pour qu’Albi lui dépêche des pièces de canon et un régiment supplémentaire (celui de Lescure probablement), avec des vivres et des munitions. Il reçoit le renfort des troupes d’Aubijoux venues de Graulhet (250 fantassins soit deux à trois compagnies, 50 chevaux légers, 70 carabins et 40 cavaliers volontaires, soit 4 escadrons). Ce renfort démoralise Malause qui, plutôt que de tenter un repli difficile, mais faisable par un vallon, harcelé en arrière-garde par la cavalerie royale et une infanterie fraîche, préfère négocier sa reddition. Une retraite supposait l’abandon de son canon et surtout des nombreux blessés et prisonniers (voués à être achevés par les paysans selon les usages du temps). D’autre part Angoulême a subi des pertes et ne dispose probablement que de la cavalerie d’Aubijoux comme force mobile. Les protestants détiennent des prisonniers qu’ils pourraient eux-aussi exécuter. La défense acharnée des fantassins protestants pourrait lui faire payer un prix exorbitant. Or, en bon capitaine de son temps, il doit ménager son outil de travail. De plus, nous ne sommes plus au temps des guerres de religion, le fanatisme s’est largement émoussé. Entre gentilshommes de qualité, on trouve donc un accord acceptable pour l’honneur de tous.

Une convention est signée est « en deux heures » par l’intermédiaire de prisonniers des deux camps et de parlementaires (le Sieur de Pujol et celui de Mazaribal). Le Mercure nous en laissé la copie. Les protestants pourront partir avec armes et bagages, y compris leurs blessés et prisonniers, sous escorte royale, mais en contrepartie, ils abandonnent le canon et jurent de ne plus se battre pour 6 mois. De ce fait, près de la moitié des troupes protestantes de la région se trouvaient neutralisées, à moindre coût pour Angoulème. S’il n’est pas certain que les simples soldats et mercenaires aient respecté cette capitulation, les nobles, eux y étaient tenus sur leur honneur. Or cela suffisait puisqu’ils étaient les cadres de ces contingents.

Un impact retentissant en Albigeois :

La nouvelle du combat Fauch est aussitôt perçue comme une catastrophe pour Rohan alors que celui-ci recrute des troupes en Cévennes. Le 4, la nouvelle parvient à Castres. Rohan revenu en toute vitesse dès le 6 septembre, prend des mesures énergiques contre les « escambarlats », c’est-à-dire les partisans de la modération. Malauze est accusé de trahison et va devoir s’expliquer devant le colloque, mais il est protégé par Rohan. Il le conserve dans son commandement de « lieutenant de l’Albigeois », mais celui-ci, humilié, il ne participera pas à la seconde guerre où il ralliera le camp royal. Réalmont, quant à elle, ouvrira ses portes à Angoulême. Si Rohan peut néanmoins envoyer en décembre un « renfort » vers Montauban, commandé par Beaufort, celui-ci sera nettement plus réduit que prévu (1500 hommes) car il doit conserver les 1500 qu’il lui reste pour « tenir » la région. Par chance, l’échec de Montauban provoque le repli des royaux. Rentré à Toulouse, le jeune roi prépare sa revanche après l’échec de Montauban.

Dans le camp catholique, c’est au contraire l’euphorie, une sorte de « jugement de dieu » favorable. Une chanson sera très vite constituée pour célébrer l’évènement :

Petit couplet local :

« Perque may que de coustumo

Soun pallès les higounauts ?

Acos la malo fourtuno

Que les rend atals quinauts ;

Le botin moussu d’Angoulemo

Ben de lous balliar un toeh

En creban lonr apoustemo

A Fane\ Fauch ! »

Pourquoi plus que d’habitude

Sont pâles les huguenots ?

Du sort c’est la vicissitude

Qui les rend ainsi quinauds ;

Le bon monsieur d’Angoulême

Vient de leur donner un toc

En crevant leur aposthème

A Fauch à Fauch !

A Labastide Denat, on enterre respectueusement les hommes tués à Fauch, notamment Charles des Armands, Georges Cassan qui rejoignent ceux tués lors des guerres précédentes. On en profite même pour graver un épigraphe sur la muraille« ECCE CRUCEM DOMINI  FUGITE PARTES ADVERSE SIT NOMEM DOMINI BENENDICTUM » ( voici la croix du seigneur, fuyez vous qui êtes ses ennemis) sous l’abréviation IHS et la croix, avec la date du 3 septembre[12] afin de commémorer à la fois cette victoire et l’échec des huguenots devant Dénat le 18 avril 1586 cette phrase est extraite de l’office des vêpres et l’exaltation de la Sainte Croix, symbole antiprotestant par excellence dans la région. « Ainsi la pierre gravée fait barrage à l’hérésie »[13]

Pour autant, la zone ne sera pas apaisée, puisque le Curé de Dénat enregistre les « assassinats » de catholiques par les « parpaliols » en 1622 (24 avril, 17 juillet, 28 septembre la « planqua de massagro » où sept habitants de Dénat, dont le frère du Curé seront tués.

La fin de la guerre :

L’offensive royale de 1622, commandée par Vendôme, demi-frère du Roi, et Thémines est massive (8000 h, 600 chevaux), elle fait tomber Nègrepelisse, en présence du roi, dont les 689 habitants sont tous massacrés sur son ordre en punition du massacre des 400 blessés royaux abandonnés après le siège de 1621), Saint Antonin (13-06-26-06) et Lombers (24-07-30-07), puis Teilhet en juin et juillet 1622, mais Castres, quoique menacée, tiendra bon. Malgré les faiblesses de ses effectifs (3000 hommes) et des escarmouches malheureuses (22 janvier 1622 300 hommes sont tués entre Lavaur et Castres par le Sieur de Gachefel, premier consul de Lavaur, vers Villeneuve, au lieudit Daurin).

En effet, en août, le siège désastreux de Briatexte (18 août-18 septembre, 1500 tués chez les royaux) permet à Malause de se racheter et de stopper les royaux. Finalement, pour Rohan, les combats en Bas Languedoc s’achèvent par un match nul. La densité du système défensif de la région permet d’absorber les conséquences d’une victoire ou d’une défaite sur le champ. On préfère d’ailleurs les éviter. D’ailleurs, dans la région, le secours de Beaufort vers Montauban sera le seul autre exemple d’un « combat » en cette année 1621.

[1]Henri de Rohan, Le parfaict capitaine chVII p257, imprimé le 4 sep 1636.

[2] id

[3] Mémoires d’Henri de Rohan, de Bouffard Madiane et documents des archives municipales de la ville de L’Isle sur Tarn sur le butin pris à Rohan et les prisonniers royaux mis à rançon.

[4] Qui, pour cette raison, n’ont pas laissé beaucoup de traces visibles, si ce n’est dans les récits et quelques dessins d’archives. Rapidement construites, elles étaient tout aussi rapidement déblayées en temps de paix.

[5] Le parfaict capitaine p232

[6] Gilbert Filhet, seigneur de La Curée de La Roche-Turpin, conseiller d’État, capitaine-lieutenant des chevau-légers de la garde (1593), mestre de camp général (1620). Mort en 1633, âgé de 78 ans (cf Choppin)

[7] ADT C876 « Folio 17, soins aux blessés de Lombers et de Fauch

Pour Monsieur Abelle, gendarme de la compagnie du Roy blessé d’ung coup d’espée au cousté gauche et autre coup au bras gauche logé chez Madame de Peyrilles […]

Pour Monsieur de la Barmolieve, gendarme de la compagnie du Roy blessé d’ung coup d’espée à la teste et d’ung coup de pistolet à la main logé chez madame de Peyrilles »

[8] La compagnie de César Monsieur, plus connu sous le nom de duc de Vendôme, était commandée, depuis le siège d’Amiens, par

d’Heurre; il appartenait à une ancienne famille du Dauphiné, qui fournit de nombreux officiers à Lesdiguières. D’Heurre ne suivit pas son capitaine dans sa carrière d’intrigues désordonnées et demeura toujours fidèle au roi. Pour l’en récompenser, il devint, en 1616, capitaine de sa compagnie. Il mourut pendant le siège de La Rochelle (Choppin, histoire de la cavalerie française)

[9] La troisième compagnie conservée, celle du chevalier de Vendôme, avait pour lieutenant le sieur de Loppez, qui avait toujours

servi sur les frontières de Champagne, et en dernier lieu, sous les ordres du maréchal de Bouillon. Il devait être un des évangélistes,

comme ce capitaine La Tour dont parle Bassompierre. Il fut tué dans un combat livré par le duc d’Angoulême aux protestants

cherchant à délivrer Montauban (ibid)

[10] Le parfaict Capitaine p 233

[11] La parfaict capitaine p231

[12] Mais l’inscription fut altérée au XIX siècle et la date modifiée (1620)

[13] Article Dénat au XVI et XVIIe siècle, in revue du Tarn N°247 automne 2017 par Cédric Trouche Marty

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