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Banderas de Tercios (2/2)

Banderas de Tercios (2/2)

Pour terminer cette série sur les banderas de tercios, voici quelques exemplaires reconstitués à partir du tableau de Dirk Van Delen représentant le Ridderzaal (“salle des chevaliers”) à la Haye (1651).

Ci-dessus : 2 banderas de tercios (à droite dans le tableau) ; d’après P. Picouet (2011).

La seconde bandera semble avoir servi de modèle à David Teniers le jeune pour son tableau réalisé entre 1640 et 1650 et  intitulé “un corps de garde”.

Ci-dessus : bandera de tercio apparaissant à gauche et au second plan du tableau, en 10 exemplaires dont 9 de couleur bleue.

Les compagnies devaient être distinguées par un signe particulier qu’il n’est pas possible d’identifier sur le tableau (d’après P. Picouet, 2011).

Ci-dessus : Bandera de tercio apparaissant à gauche dans le Ridderzaal.

Ci-dessus : Bannière particulière apparaissant à gauche dans le Ridderzaal : le motif est courant sur les guidons de cavalerie, mais sa taille est celle d’une bannière d’infanterie.

Ci-dessus : Une grande bannière présentée en deux exemplaires dans le tableau (à gauche et à droite).

La première version est juste une version numérisée et agrandie de ce drapeau. Dans la seconde version, le blason a été repris afin de le rendre plus visible.

 Stéphane Thion

Banderas de Tercios (1/2)

Banderas de Tercios (1/2)

Pour faire suite aux banderas de Rocroi, voici quelques banderas de tercios pour la période 1600-1635 :

Bandera de tercio en 1606 d’après le tableau du siège de Groenlo de Pieter Snayers

Bandera de tercio en 1625 d’après le tableau La reddition de Breda de D. Velazquez

Banderas de 3 compagnies d’un tercio en 1622 d’après le tableau Gonzalo Fernandez de Cordoba à la bataille de Fleurus de Vicente Caducho. Il s’agit probablement du tercio de Naples, commandé par Ibarra.

Bandera de tercio espagnol prise par les Suédois en 1633. Selon P. Picouet (2011), il pourrait s’agir du tercio Juan Diaz Zamorano de l’armée du duc de Feria (Armemuseum de Stockholm).

Bandera du tercio viejo de Sicilia (1534, source internet non identifiée).

    

Bandera du tercio viejo de Napoles (1534, source internet non identifiée).

Bandera du tercio viejo de Lombardia (1571) d’après Julio Albi de la Cuesta.

Stéphane Thion

La bataille d’Avins (20 mai 1635)

La bataille d’Avins (20 mai 1635)

Au début de l’année 1633, Richelieu poussait Louis XIII à financer la guerre en Allemagne et en Hollande, craignant que si la paix se faisait en Allemagne et la trêve en Hollande, ou l’une des deux seulement, la France aurait à supporter seule une guerre défensive, qu’on lui apporterait jusque dans ses entrailles, sans qu’elle la pu éviter. La défaite des armées suédoises à Nördlingen, le 6 septembre 1634, allait précipiter les choses : Louis XIII s’engageait alors dans la guerre aux côtés des Protestants et contre l’empire Habsbourg. Le 8 février 1635, la France et la Hollande signent un Traité d’alliance. En mars 1635, le Cardinal Infant attaque la ville de Trèves dont l’Électeur s’était mis sous la protection de la France. Il prend la ville et fait prisonnier l’Électeur et la garnison française. Louis XIII et Richelieu prennent alors ce prétexte pour déclarer la guerre à l’Espagne.

L’armée de Picardie a pour ordre de traverser la Meuse et de faire la jonction avec celle du prince d’Orange à Rochefort, en Wallonie. Les corps des maréchaux Châtillon et Brézé se réunirent le 7 mai à Mézières.

Début 1635, le cardinal de Richelieu, demeurant sur la défensive du côté de l’Espagne, met sur pied cinq armées : la première en Picardie et destinée aux Pays-Bas, sous les maréchaux Brézé et Châtillon (12 500 à 16 000 hommes de pied et 3 500 chevaux selon Richelieu) ; la seconde en Lorraine, chargée de surveiller Brisach, sous le maréchal de La Force (12 à 15 000 hommes de pied, 1 000 dragons et 4 000 chevaux) ; la troisième sur la Sarre, pour s’opposer aux Impériaux de Galas, sous le cardinal de La Valette (11 à 16000 hommes de pied, 1 700 dragons et 3 500 chevaux) qui peut aussi compter avecl’aide des Weimariens de Bernard de Saxe-Weimar (12 000 hommes de pied et 6 000 chevaux) ; la quatrième en Valteline sous le duc de Rohan (12 000 hommes de pied et 500 chevaux) ; enfin, en Italie, l’armée franco-savoyarde du duc de Savoie et du maréchal de Créqui (14 000 hommes de pied et 1 500 chevaux). Une seconde armée était en cours de constitution, en Picardie, pour attaquer la Flandre (7 000 hommes de pied, 500 dragons et 1 480 chevaux), et le Roi gardait auprès de lui une armée de 15 à 25 000 hommes de pied, 1 000 dragons et 2 000 cavaliers. À toutes ces armées, s’ajoutaient l’ensemble des garnisons faisant 30 000 hommes.

Le 20 mai, le prince Thomas poste avantageusement son armée près du village d’Avins. Les espagnols sont en effet bien retranchés devant le village. La brigade Brézé, qui occupe le flanc gauche de l’armée française, se met alors en bataille. Peu de temps après, la brigade de Châtillon arrive et se déploie à gauche de la brigade Brézé.

L’armée française des maréchaux Châtillon et Brézé compte plus de 20 000 fantassins et 6 à 7 000 chevaux selon Pontis, 22 000 fantassins & 6 000 chevaux hors officiers et valets, en deux brigades de 11 000 fantassins et 3 000 cavaliers, et 24 canons selon Puysegur. Chaque brigade compte 11 000 fantassins et 3000 chevaux selon Puysegur (mais lorsqu’il déploie son armée, il ne compte plus que 14 escadrons de 100 chevaux). La carte de Melchior Tavernier recense, pour l’infanterie, 22 régiments faisant chacun un bataillon, et 30 escadrons de cavalerie composés chacun – le plus souvent – de deux compagnies de cavalerie.

Le corps du prince Thomas de Savoie qui affronte l’armée française ne compte qu’une partie de ces forces : 10 000 fantassins en 120 enseignes, 3 000 chevaux en 45 cornettes et 16 canons selon Richelieu, 8 000 fantassins et 2 000 chevaux selon Gualdo Priorato, 7000 fantassins et 2 500 chevaux selon une source espagnole. Le comte de Feira en était maître de camp général, le comte de Buquoy y commandait la cavalerie et le comte d’Hoochstrate, l’infanterie. La relation du Mercure Français cite le tercio espagnol d’Alfonso de Ladron de Guevara, le tercio italien de Sfondrato, le régiment anglais de Brons, le régiment allemand d’Hoochstrate et le régiment du prince Thomas.

La bataille commence par un combat entre enfants perdus qui tourne à l’avantage des espagnols. Puis la cavalerie espagnole de l’aile gauche se retire derrière son infanterie. La cavalerie de l’aile droite française s’avance alors sur la gauche espagnole mais essuie un fort feu de mousqueterie et d’artillerie qui met la moitié des escadrons français en fuite. Les bataillons d’infanterie de Brézé sont en aussi mis en désordre. Une fois ses bataillons ralliés, Brézé lance sa brigade sur l’aile droite espagnole et l’enfonce. La cavalerie de Tavannes en soutien de la brigade enfonce de son côté les escadrons espagnols.

L’aile gauche française s’ébranla peu après le succès de l’aile droite. Champagne, soutenu par le reste de la brigade, enfonce le reste de l’armée espagnole. La réserve n’aura pas à donner, la victoire est consommée. Plus de 4 000 morts seraient restés sur le terrain du côté espagnol pour moins de 500 côté français. Feira est fait prisonnier mais le prince de Savoie et Bucquoy parviennent à s’échapper.

 

L’armée française (Brézé et Châtillon) : 20 000 fantassins en 22 bataillons, 6 000 chevaux en 29 escadrons et 24 canons.

Ligne d’artillerie : 24 pièces alignées sur le front de l’armée, à priori principalement sur le front de la brigade Brézé. Sur les différents plans de la bataille, il semble que seulement 7 pièces d’artillerie aient été déployées sur le front de la brigade Brézé.

Aile gauche (Châtillon) :

Première ligne de cavalerie (de gauche à droite) : 5 escadrons des compagnies de carabins d’Arnaud (2 escadrons), Moulinet et Hocquincourt (1 escadron), Brouilly (1 escadron) et Aubaye (1 escadron).

Seconde ligne de cavalerie : 5 escadrons des compagniesCleay (1 escadron), Creuzy et Tavannes (1 escadron), Ouzonville et Bourry (1 escadron), Fourille et Agin (1 escadron) et Belin (1 escadron).

Première ligne d’infanterie : 5 bataillons d’infanterie des régiments (de gauche à droite) Champagne, Plessis-Praslin, Longueval, Senlis, et Lusignan
Seconde ligne d’infanterie : 4 bataillons d’infanterie des régiments Sy, Chuin, Coursan, et Calonge.

Aile droite (Brézé) :

Première ligne d’infanterie : 5 bataillons d’infanterie des régiments (de gauche à droite) : Maréchal Brézé, La Mothe-Houdencourt, Saucourt et Piémont.

Seconde ligne d’infanterie : 1 escadron de gendarmes et chevaux légers de Monsieur (entre les deux brigades)  puis 4 bataillons d’infanterie des régiments Bellebrune, Castelnau, Polignac et Migneux.

Première ligne de cavalerie (de gauche à droite) : 6 escadrons de cavalerie formés des compagnies Roche-Baritanet et Lansac (1 escadron), Lenoncourt et Aumont (1 escadron), La Ferte-Seneterre (1 escadron), Roche-Saint-Quentin et Beaupré (1 escadron), Beauregard et Tivolières (1 escadron), Viantez et Terail (1 escadron).

Seconde ligne de cavalerie : 5 escadrons formés des compagnies La Colonelle et Clavière (1 escadron), Praslin et Francierre (1 escadron), La Courbe et Requin (1 escadron), La Valette et Isaut (1 escadron), Luzerne et de la Tour (1 escadron).

Réserve (Chastelier-Barlot) :

Troisième ligne, de gauche à droite :

2 escadrons de cavalerie (compagnies Batterie et Saint-Martin), 1 bataillon d’infanterie du régiment de Grancey, 1 escadron de cavalerie (La Chapelle-Balou), 1 bataillon d’infanterie du régiment Mesnilserran, 2 escadrons de cavalerie (formé avec les compagnies Esche et Saint-Simon pour le premier, Mestre-de-camp et Baritaut pour le second), 1 bataillon d’infanterie du régiment Monmege, 1 escadron de cavalerie (compagnie Pont de Gourlay), 1 bataillon d’infanterie du régiment marquis de Brézé, 2 escadrons de cavalerie (compagnies Guiche et La Trousse).

Les bataillons d’infanterie sont à 900 hommes et les escadrons de cavalerie à 200 chevaux.

Pour LM Tercios, les 22 bataillons d’infanterie sont reformed battalion. Deux de ces bataillons sont reformed battalion veteran (Champagne et Piémont). Les 29 escadrons de cavalerie sont cuirassiers modern cavalry. L’artillerie est représentée par 1 canon moyen et 1 canon léger.

Quelques drapeaux de régiments français présents à Avins :

Piémont

Champagne

Grancey

Plessis-Praslin

Castelnau

La Mothe-Houdencourt

 

L’armée espagnole du prince Thomas de Savoie : 10 000 fantassins en 7 bataillons, 3 000 chevaux en 17 escadrons, 16 canons

Le corps du prince Thomas de Savoie qui affronte l’armée française ne compte que 10 000 fantassins en 120 enseignes, 3 000 chevaux en 45 cornettes et 16 canons selon Richelieu, 7 000 fantassins et 2 500 chevaux selon une source espagnole. Le comte de Feira en était maître de camp général, le comte de Buquoy y commandait la cavalerie et le comte d’Hoochstrate, l’infanterie. Régiments d’infanterie présents : tercio espagnol d’Alfonso de Ladron de Guevara, tercio italien de Sfondrato (tercio viejo), tercio wallon de Frezin, le régiment anglais de Brons, le régiment allemand d’Hoochstrate et le régiment du prince Thomas.

Front de l’armée : artillerie (16 pièces)

Première ligne :

Aile gauche (comte de Vilerval ?) : 3 escadrons de cavalerie disposés en échiquier (2 en première ligne, 1 en derrière)

Centre (Bucquoy) : 4 escadrons de cavalerie en ligne et 4 escadrons probablement du régiment de Bucquoy, disposés en échiquier (2 devant et 2 derrière). Cette ligne de cavalerie va dès le début de la bataille retraiter derrière l’infanterie.

Aile droite : 3 escadrons de cavalerie disposés en échiquier (2 en première ligne, 1 en derrière)

Seconde ligne :

Centre (Hoochstrate) : 7 bataillons d’infanterie disposés en échiquier. En première ligne : 4 bataillons/escadrons des tercios de Sfondatro (à droite, puisque le plus ancien des tercios présents), Ladron de Guevara et Frezin (si réellement présent) en première ligne, 3 bataillons des régiments de Brons, d’Hoochstrate et  prince Thomas probablement en seconde ligne.

Aile droite : 3 escadrons de cavalerie disposés en échiquier (2 en première ligne, 1 en derrière)

Selon ces effectifs donnés par Richelieu (probablement surestimés), les bataillons/escadrons d’infanterie sont à 1430 hommes et les escadrons de cavalerie probablement à 177 chevaux.

Pour LM Tercios : les tercios espagnols et wallons sont tercios modernised  (les 4 bataillons de première ligne) dont 2 (Sfondatro) sont tercios viejos modernised. Les 3 bataillons de seconde ligne sont classic squadron modernised, large squadron. Les 17 escadrons de cavalerie sont cuirassiers. L’artillerie est représentée par 2 canons moyens. Toute l’infanterie est protected et l’artillerie espagnole est fortified. N’hésitez pas à donner de meilleurs généraux aux espagnols pour équilibrer la partie (le prince Thomas de Savoie est effectivement un bon général).

Pour les éléments du champ de bataille, voir les plans ci-dessous.

 

Stéphane Thion

La bataille de Wimpfen (6 mai 1622)

La bataille de Wimpfen (6 mai 1622)

Nous sommes le 6 mai 2020. Il y a 398 ans exactement, Ligue catholique et Union protestante s’opposèrent sur le champs de bataille de Wimpfen.

Le 6 mai 1622, l’armée de la ligue catholique du comte jean Tzerclaes de Tilly et de don Gonsalvo de Cordoba (18 000 hommes) rencontre l’armée badoise de Georg Friedrich, margrave de Bade-Durlach (12 700 hommes).

Le comte Palatin ayant été fait roi de Bohême, l’archiduc Ferdinand, empereur du Saint-Empire germanique avait fait appel à l’armée de la ligue catholique commandée par le comte de Tilly. En 1620, la bataille de la Montagne blanche avait vu la défaite des protestants du « roi d’un hiver ».

Le 3 mai 1622, les corps réunis de Georg Friedrich, margrave de Bade-Durlach et Mansfeld, ayant fait leur jonction, totalisent plus de 25 000 hommes. Les deux hommes tentent alors d’empêcher Tilly et Cordoba de réunir leurs forces, sans succès. Face aux 18 000 hommes de la ligue catholique, le précautionneux Mansfeld ne se sent pas assez fort pour attaquer. Il pense alors rediviser les forces de l’union protestante en divisant les siennes. Le 4 mai, Il essaie donc d’attirer Cordoba vers Ladenburg et laisse le corps de Bade-Durlach, solidement retranché, à Wimpfen. Le lendemain, une fois Mansfeld assez loin, et après s’être assuré que cette manœuvre n’est pas un piège, Tilly, flairant l’opportunité, décide d’attaquer les Badois.

La position de Bade-Durlach est solide : des chariots de combats et ses chariots de bagage ont été disposés devant ses lignes en un demi-cercle de deux kilomètres de long. Son aile gauche s’appuie sur un petit bois et le village de Biberach alors qu’un plaine s’étend entre la droite des wagons et le village d’Ober Eisesheim (250 mètres plus loin), sur la rivière Neckar. Son dos est couvert par un ruisseau et des marais. Mais en se positionnant ainsi, Bade-Durlach a laissé les hauteurs à Tilly et Cordoba. Le margrave a placé autour de 2 000 mousquetaires détachés derrière les chariots plus six demi-canons et deux faucons. Le reste des mousquetaires sont placés dans les bois et dans Biberach. Cinq des six bataillons sont alignés à 50 mètres derrière les chariots. Le sixième bataillon (du régiment Helmstadt) est placé dans le village d’Ober Eisenheim. Un escadron de cavalerie est placé à l’aile gauche, deux escadrons entre les chariots et Ober Eisesheim, les six escadrons restant étant placés en réserve, derrière l’infanterie.

Tilly et Cordoba se déploient alors sur la colline boisée de Dornet Wadd, à deux portées de mousquet des chariots. Tilly occupe l’aile gauche de l’armée, avec quatre bataillons en première ligne, deux en seconde ligne, quatre escadrons de cavalerie sur sa gauche et deux escadrons en réserve. Cordoba tient l’aile droite, ses trois bataillons disposés en une ligne (son tercio wallon n’est pas présent) et sa cavalerie protégeant sa droite.

La journée du 5 mai se termine par quelques tirs d’artillerie et escarmouches de cavalerie. Le lendemain, une fois que ses hommes se sont bien rassasiés, la cavalerie commence la journée par des escarmouches et un duel d’artillerie s’engage. Des deux côtés, les boulets tracent des sillons sanglant dans les rangs profonds de l’infanterie. Vers 11 heures, Tilly lance sa première ligne pour tester les défenses ennemies. La seconde ligne et Cordoba avancent en soutien. A 100 mètres, les catholiques sont accueillis par un feu terrible de mousqueterie et d’artillerie qui les font reculer. Alors que Tilly reforme sa première ligne, Cordoba est informé que Mansfeld a soudainement fait demi-tour et approche. Fausse alerte.

Il est 12h30. Rassuré du côté de Mansfeld, Tilly ordonne une pause repas. Bade-Durlach en profite pour faire de même et rappelle ses mousquetaires placés dans le bois à droite. Grosse erreur : Cordoba en profite pour faire occuper le bois par ses propres mousquetaires. Bade-Durlach monte donc une attaque combinée de mousquetaires et de cavalerie (six escadrons) pour reprendre le bois, position qu’il sait stratégique. Les fiers vétérans espagnols repoussent plusieurs les attaques jusqu’à ce que, renforcés par les bataillons de Saxe-Weimar, les protestant parviennent à reprendre le bois.il est 14 heures. Tilly et Cordoba ont redéployé leur infanterie afin de mener un deuxième assaut sur les chariots. A peine ce déploiement terminé, le sol vibre sous l’impact de milliers de sabots qui trottent. Vers 14h15, Bade-Durlach a lancé, sur sa droite, une charge de cavalerie. Un mur de 2 700 cavaliers (sur les 3 300), alignés 250 de front sur six rangs, s’avance vers eux. Bade-Durlach mène le premier échelon, Streiff le second. Le régiment de cavalerie de Maestro qui tient l’aile gauche catholique est surpris : il est repoussé sur les escadrons d’Eynatten et de Schonberg. En un clin d’œil, l’aile gauche de la ligue se dissout. Streiff en profite pour faire pivoter ses escadrons à gauche. L’infanterie de Tilly se voit attaquée sur son front et son flanc gauche. La batterie d’artillerie la plus à gauche est prise. Le régiment le plus à gauche, Schmidt, réagit vite : il se forme en « couronne » et résiste ainsi, tel un fortin.

Alors que les bataillons de Tilly stoppent leur progression afin de faire face à la menace, Cordoba poursuit sa progression et arrive à portée de mousquet de la ligne de chariots. Le feu terrible de mousqueterie qui s’ensuit provoque la retraite des deux régiments allemands (Emden et Bauer). Mais le tercio de Naples, fidèle à sa réputation, tient le choc.

La charge de la cavalerie protestante s’étant épuisée, Cordoba prend la tête de ses cuirassiers wallons et leur ordonne de charger les escadrons de Streiff les plus proches… ce qu’ils refusent de faire ! Heureusement, sans soutien d’infanterie, les escadrons de Bade-Durlach et Streiff se dispersent peu à peu. Ainsi, face à une infanterie catholique affaiblie, Bade-Durlach ne saura profiter de l’occasion.

La résistance héroïque du tercio de Naples et du régiment de Schmidt vont laisser le temps aux catholiques de reprendre l’initiative. Tilly et Schonberg à l’aile gauche, Cordoba et Bauer à l’aile droite parviennent à rallier leurs unités. Il est 15h30 et Tilly lance sa contre-attaque. Alors que les arquebusiers montés de Neu-Herbersdorf et les cuirassiers wallons repoussent les escadrons éparpillés de  Bade-Durlach, le bataillon de Schmidt reprend les pièces d’artillerie perdue et le reste de l’infanterie repart à l’attaque du mur de chariots. Le duc Magnus de Wurtemberg, un des commandants de cavalerie protestante tombe, percé de deux coups de pistolets et les escadrons de Bade-Durlach rompent. L’infanterie catholique prend alors les chariots d’assaut. Un chariot chargé de poudre, malencontreusement placé trop en avant, explose sous les tirs, laissant un trou béant au milieu des retranchements. C’en est de trop pour les mousquetaires protestants qui refluent vers leur soutien d’infanterie. Alors que les deux bataillons protestants de droite et de gauche (Helmstadt et Goldstein) se forment en hérisson pour se protéger de la cavalerie, les trois bataillons du centre, pris sous le feu de l’artillerie que Tilly a retourné contre eux., se dissolvent. Goldstein et Helmstadt résistent encore mais ils seront bientôt débordés. La défaite est consommée : on compte 2 000 morts et 1 100 prisonniers du côté des protestants contre 600 morts et 1 200 blessés côté catholique. Dix drapueaux seront pris, plus 10 canons, 3 mortiers, 70 chariots de combat le bagage et 100 000 thalers en cash.

 

L’armée du margrave de Bade-Durlach : 9 400 fantassins en 6 bataillons, 3 300 cavaliers en 8 escadrons, 80 canons

Première ligne : chariots, 2 000 mousquetaires et 80 canons (70 sur les chariots de combats, 2 canons, 6 demi-canons et 2 faucons).

Deuxième ligne : 6 bataillons des régiments de (de gauche à droite) Goldstein, Saxe-Weimar, Bade, Wurtemberg et Helmstadt (2 bataillons dont un dans Ober Eisesheim) ; 3 escadrons de cavalerie (un à gauche de l’infanterie et deux à droite dans la plaine).

Troisième ligne : 5 escadrons de cavalerie.

Les escadrons sont formés à partie de 6 régiments de cavalerie sont – régiments de Gardes (Stein, 2 compagnies), du Rhingrave (7 compagnies), de Wurtemberg (duc Magnus, 5 compagnies), de Saxe-Weimar (4 compagnies), de Goldstein (3 compagnies) et de Streiff (10 compagnies) – plus 4 compagnies de lorrains et une compagnie de gardes du corps.

Pour LM Tercios : en enlevant les 2 000 mousquetaires, les 6 bataillons d’infanterie comptent 1233 hommes chacun et les 8 escadrons de cavalerie sont en moyenne à 412 chevaux chacun.

Les bataillons d’infanterie sont classic squadron (et non reformed bataillons) et les escadrons de cavalerie sont cuirassiers. Les 2 000 mousquetaires peuvent être organisés en 4 shot company, musketeers. Prendre 2 canons moyens pour l’artillerie et 10 canons légers pour les chariots, le tout retranché (covered et protected). Trois des 4 compagnies de mousquetaires sont à intercaler entre l’artillerie et sont donc aussi retranchées (fortified), la quatrième est à placer dans le bois de gauche.

 

L’armée de la Ligue catholique et d’Espagne (Tilly et Cordoba) : 13 000 fantassins en 9 bataillons, 5 000 cavaliers en 16 escadrons, 10 canons

Aile droite (Cordoba) : 4 000 fantassins en 3 bataillons, 2 100 cavaliers en 10 escadrons et 4 canons.

Extrême droite : 22 compagnies de cavalerie wallonne (Berenguer) en 10 escadrons sur deux ou trois lignes.

Droite : 3 bataillons d’infanterie du tercio de Naples et des régiments allemands d’Emden et de Bauer (4 000 hommes au total) et 4 canons (deux lourds et deux légers).

Aile gauche (Tilly) : 9 000 fantassins en 6 bataillons, 2 900 cavaliers en 6 gros escadrons et 6 canons (4 lourds et 2 légers).

Première ligne (de gauche à droite) : 2 escadrons de cavalerie du régiment de cavalerie Maestro, 4 bataillons d’infanterie des régiments Schmidt, Mortaigne, Haimhausen et Furstenberg. Un escadron de 200 croates.

Seconde ligne (de gauche à droite) : 2 escadrons de cavalerie des régiments Schonberg et Eynatten), 2 bataillons d’infanterie des régiments Buningen et Hohenzollern.

Troisième ligne : 2 escadrons de cavalerie, en échelon derrière les 2 bataillons de seconde ligne, des régiments d’arquebusiers Neu-Herbersdorf (à gauche) de cuirassiers Alt-Herbersdorf (à droite).

Pour LM Tercios : les 9 bataillons sont à 1445 hommes chacun, les escadrons de cavalerie de la ligue à 483 chevaux chacun et les 10 petits escadrons wallons à 210 hommes chacun. Pour simplifier, regrouper les escadrons wallons par deux et ne garder au total que 11 escadrons (au lieu de 16).

Le tercio de Naples est tercio viejo field square, les autres régiments (allemands et bavarois) sont tercio. Les escadrons de cavalerie sont cuirassiers sauf l’escadron Neu-Herbersdorf qui est mounted arquebusiers. Pour l’artillerie, prendre 2 canons moyens (un dans le corps de Cordoba et un dans le corps de Tilly).

Vue du champ de bataille (les protestants sont à gauche) :

Vision moins claire, le champ de bataille vu des lignes catholiques :

 

Stéphane Thion (d’après W. P. Guthrie)

La bataille de Leucate (28 septembre 1637)

La bataille de Leucate (28 septembre 1637)

Année 1637. Voilà maintenant deux ans que la France est entrée en guerre, contre l’Espagne et l’Empire Habsbourg. L’année 1635 avait bien débutée pour les armes françaises. Alors que le maréchal de la Force chasse le duc de Lorraine, les maréchaux Châtillon et Brézé battent l’armée espagnole du prince Thomas de Savoie  à Avins, le 22 mai. Mais la mauvaise entente de ces deux maréchaux et les hésitations du prince d’Orange ne permettent pas aux deux maréchaux de progresser plus loin que Maestricht. En Suisse, le duc de Rohan chasse les impériaux de Valteline en cinq mois, puis se retourne contre l’armée espagnole du Milanais qu’il bât le 10 novembre.

L’année 1636 sera plus contrastée. En Bourgogne, le prince de Condé assiège Dôle mais doit battre en retraite face aux armées du duc de lorraine et de Galas qui franchissent le Rhin. Au mois d’août, les impériaux entrent en Bourgogne et mettent le siège devant Saint-Jean-de-Losne. Le duc Bernard de Saxe-Weimar et le cardinal de la Valette viennent secourir la ville qui résiste héroïquement, obligeant les impériaux à lever le siège le 4 novembre. En Italie, le maréchal Créqui est battu par les Espagnols de Leganez le 27 février à Vespolate, mais obtient sa revanche le 22 juin, à Tornavento. C’est des Flandres que vient la principale menace : le Cardinal-Infant, ayant rassemblé une vaste armée de 30 000 fantassins et 12 000 cavaliers, pénètre en Picardie le 2 juillet et prend La Capelle, Le Catelet et Bray-sur-Somme avant de se présenter devant Corbie. Louis XIII constitue alors une nouvelle armée avec tout ce qu’il a sous la main : il lève le Ban et l’Arrière-ban et renforce ainsi l’armée de Champagne, commandée par le comte de Soissons, et celle du maréchal Brézé rentrée de Hollande. Le Cardinal-Infant fait alors le choix de la prudence et ramène son armée en Flandres pendant que les Français mettent le siège devant Corbie, qu’ils prendront le 14 novembre.

La campagne 1637 débute sous de bons auspices, grâce à la prise des îles de Lérins par l’armée navale du cardinal de Sourdis, le 15 avril. Cette année-là, Louis XIII dispose de trois armées dans le Nord du pays. La première, commandée par le cardinal de la Valette, se trouve à Cambrai. la seconde commandée par le maréchal de La Meilleraye se trouve dans le Boulonnais, la troisième commandée par le maréchal de Châtillon se trouve sur les frontières de Champagne et de Luxembourg. Début juin, le cardinal de la Valette pénètre en Flandre et prend Cateau-Cambresis et Landrecies, en juillet. Alors que le maréchal de Châtillon piétine devant le Luxembourg, le duc de Weimar inflige une défaite au duc de Lorraine le 22 Juin sur la Saône. En Bourgogne, le duc de longueville prend Saint-Amour le 2 avril puis Lons-le-Saulnier le 25 juin. En Valteline, une révolte des Grisons oblige le duc de Rohan à quitter le pays, celui-ci rejoignant alors l’armée du duc de Weimar.

Mais l’Espagne a ouvert un nouveau front. Le 29 août, les Espagnols de Cerbellon (10 000 fantassins, 2 000 cavaliers et 24 canons) se présentent devant Leucate. Malheureusement pour eux, la petite garnison de Leucate commandée par de Barry (110 hommes plus 60 paysans) va résister plus d’un mois.

Le duc d’Halluin réunit une armée

Pendant que les Espagnols élèvent des retranchements sur la montagne de Leucate, le duc d’Halluin s’active. Il écrit à la noblesse du Languedoc, aux parlements de Toulouse et Montpellier, aux villes de la province de lui porter assistance. Ne disposant que de sa compagnie de gendarmes, des régiments de Languedoc et de Castelan, ce dernier en cours de recrue et prévu à l’origine pour l’armée d’Italie, il demande aux communes du pays d’assembler des milices. Le régiment de Vitry et la compagnie de chevaux légers de Boissac, sont envoyés en renfort de Provence. Ce seront les deux seules unités non levées en Languedoc.

Mais Halluin est conscient que Leucate doit tenir pour lui donner le temps de réunir cette armée. Il envoie Saint-Aunès, fils du seigneur de Barry, à la tête de 200 hommes du régiment de Languedoc pour renforcer la place. Cette tentative ayant échoué, il envoie Fabré, capitaine d’une compagnie du régiment de Serignan, à la tête de 300 hommes de la milice de Narbonne pour renforcer Sigean.

« Attaquez vivement les Espagnols » avait dit Richelieu à Halluin, « et ne leur donnez point le temps de se fortifier en Languedoc, comme ils ont fait vers Saint-jean-de-Luz. Ils n’ont pas trois mille bons soldats. Tout le reste n’est que de la milice ramassée. Nous le savons certainement. Si on les presse vivement, on en aura raison. Je ne doute point que vous ne fassiez l’impossible en cette rencontre. Qui attaque vigoureusement les Espagnols en a raison, et qui entreprend de les réduire par la patience, n’y trouve pas son compte. »

Le 22 septembre, le duc d’Halluin effectue une revue de ses troupes. Elles sont composées de 9 000 hommes de pied et 800 cavaliers, qui seront renforcées, les jours suivants, de 1 200 hommes de pieds et 200 cavaliers. De son côté, le comte de Cerbellòn ne reste pas inactif. Début septembre, l’effectif de l’armée espagnole est estimé à 12 000 hommes de pied et 1 300 hommes de cheval.

Mais, estimant qu’il n’a pas assez d’hommes pour défendre la tranchée d’une lieue qu’il a fait creuser, il demande au duc de Cardona un renfort de 2 à 3 000 hommes de pied. En réponse, le Conseil des Cents catalan fait lever un nouveau tercio de 500 hommes, soldé pour trois mois et le Conseil d’Aragon lève un tercio de 1 000 hommes. Mais Cardona s’aperçoit vite que ces unités ne passeront pas la frontière, leur constitution ne leur permettant ni de quitter leur pays, ni de porter la pique et le mousquet. De dépit, il envoie 3 compagnies en renfort à Cerbellòn.

Le champ de bataille

Selon le Mercure Français, « Leucate est une montagne sur le bord de la mer, et à l’extrémité de la France, du côté qu’elle confronte avec la plaine de Roussillon. La figure est comme une péninsule, qui est du levant, & du midi environnée de la mer, & du couchant bordée de l’étang, que les Français appellent de Leucate, et les Espagnols de Salces, parce que l’une et l’autre de ces places se trouvent sur le bord de cet étang ; l’une dans la France, et l’autre dans le Roussillon. La tête de la montagne de Leucate qui regarde la France du côté du nord a près de 1 500 pas de front, dont il y a une grande partie qui est inaccessible pour être d’un rocher escarpé, et il n’y a que fort peu d’endroits ou la pente adoucie par la terre, qui s’est éboulée de la montagne, puisse donner accès à cavalerie ; les avenues de cette montagne sont dans une plaine, commandée de cette éminence, sans qu’il y ait une continuation pour l’aborder ; et encore ces avenues sont restreintes par les étangs de la Palme et de Leucate, lors qu’ils viennent à grossir par les pluies. »

La bataille

L’armée du duc d’Halluin compte 11 000 fantassins et 1 000 chevaux. Il ordonne alors cinq attaques :

La première attaque devra être menée sur le pont situé à droite (entre la montagne de Leucate et l’étang) par Saint-Aunès, avec son régiment (500 hommes), les milices de Narbonne (au moins 800 hommes) et de Béziers (800 hommes), et soutenue par la compagnie de volontaires commandée par Lairan/Leran (30 chevaux) et une compagnie mousquetaires à cheval de Toulouse aux ordres de Calvet (50 chevaux).

La seconde sera menée à gauche vers le port de la Franqui par le régiment de Languedoc (1200 à 1600 hommes en 2 bataillons), les milices de Jonquières, Cauvisson et de Mirepoix (500 h?) et sera soutenue par la cavalerie du marquis d’Ambre (150 volontaires), la compagnie des gendarmes de Cramail (50 chevaux) et la compagnie de chevau-légers d’Espondillan (50 chevaux).

La troisième attaque, à droite du régiment de Languedoc, sera menée par Saint-André avec son régiment (400 hommes), les milices de Nîmes (400 hommes) et de Castries (500 hommes) et sera soutenue par les compagnies de gendarmes du duc d’Halluin (100 chevaux au maximum) et les volontaires de Clermont-Sessac (50 à 60 chevaux) et de Magalasse (40 chevaux).

La quatrième attaque, à droite de Saint-André, sera menée par le régiment de Castelan (500 hommes), les milices de Montpellier (900 hommes) et de Carcassonne et sera soutenue par la cornette blanche d’Aubijoux (100 chevaux), et les compagnies de volontaires de Mirepoix, de Monssolens et de Mauléon (50 chevaux chacune pour un total de 150).

La cinquième attaque, à droite de Castelan, sera menée par les régiments de Vitry (1200 hommes), et les milices de Murviel et de Valat (plus de 300 hommes) et sera soutenue par les gardes d’Halluin (55 chevaux), une compagnie de mousquetaires à cheval de Toulouse aux ordres de Casel (50 chevaux), et les compagnies de chevau-légers de Boissac (52 chevaux), de Sainte-Croix, de Saussan et de Malves (autour de 40 chevaux par compagnie).

Une réserve formée des milices de Lodève, de Ganges et des Cévennes (au moins 1000 hommes) fut placée à la garde du camp, à droite de ces cinq corps.

Le duc d’Halluin aligne alors son armée en bataille, ses 4 canons placés au bord de l’étang de Leucate à gauche de la grange des Fenals, et fait distribuer échelles, fascines et fagots de paille aux unités de tête des attaques, afin d’abattre les retranchements ennemis, de combler les fossés, et de faire des ouvertures pour la cavalerie.

Au coucher du soleil, les cinq attaques sont lancées au signal de quatre coups de canons. « L’armée marcha vers les retranchements des ennemis avec telle gaieté, que les enfants perdus qui avaient été détachés de leurs corps, chargés comme ils étaient d’échelles et de fascines, allaient chantant des vers qu’ils avaient composés en langage du pays, contre le duc de Cardone et le comte Cerbellon » rapporte le Mercure Français de l’époque. « Il fut bien difficile de garder l’ordre en montant, parce que la nature du rocher qui était en beaucoup de lieux, resserrait les troupes dans les avenues dont l’accès était plus aisé ; et il est impossible d’exprimer le péril où nos soldats étaient durant les approches, car le feu de 6 000 mousquets, qui défendaient la ligne attaquée, fut entretenu par les Espagnols avec un si grand ordre et diligence, qu’il faut leur donner la gloire de tirer des armes à feu tous les avantages possibles. La cavalerie française n’était pas exempte de ce danger, car ayant reçu commandement de serrer les derniers rangs de l’infanterie, tous les escadrons étaient dans la portée du mousquet. Et il y avait de quoi s’émerveiller du petit nombre d’hommes que nous perdîmes en ces approches, durant lesquelles toute l’armée fut bien près d’une heure exposée au canon et au mousquet de l’ennemi, qui tirait avec d’autant plus d’assurance, qu’il était à couvert dans ses forts, et avait pour visée de si grands corps de cavalerie et d’infanterie, que les coups en semblaient infaillibles. Un vent de nord qui s’éleva fort impétueux au commencement de l’attaque, incommoda fort les mousquetaires espagnols, il portait le feu et la fumée dans leurs yeux, ce vent en langage du pays est appelé Vent droit, & le secours que nos troupes en reçurent faisait croire que la justice du ciel l’envoya pour favoriser notre bonne cause » poursuit ce journal.

L’attaque de Saint-Aunès, à droite, est repoussée, son chef ayant été blessé à la tête. Mais les quatre autres eurent plus de succès : l’infanterie repoussent les bataillons espagnols de leurs retranchements et ouvre la voie à la cavalerie qui suit.

A gauche, le régiment de Languedoc, divisé en deux bataillons, repousse ses adversaires à coups de piques et d’épée et parvient à prendre les redoutes et le fort royal de la Franqui défendu par le tercio d’Oropesa alors que les enfants perdus se faufilent par différents passages. Languedoc aurait été la première unité à pénétrer les défenses ennemies. Le bataillon des régiments de Mirepoix, Jonquières et Cauvisson suit. Alors que le régiment de Languedoc emporte les retranchements de gauche, celui de Saint-André parvient à forcer ceux qui lui sont assignés. Le régiment de Castelan en fait de même, soutenu par les milices de Carcassonne, ainsi que le régiment de Vitry.

L’infanterie a ainsi réussi à ménager un passage à la cavalerie. A droite de Languedoc et de Saint-André, une contre-attaque de cavalerie espagnole repousse des régiments de milice  sur leur soutien de cavalerie. Devant l’impossibilité de rallier ces milices, Halluin envoie ses gardes et les compagnies de volontaires d’Aubijoux et de Mirepoix pour charger la cavalerie ennemie. Les gardes, après avoir ouvert le feu à 10 pas, chargent soutenus par les deux compagnies de volontaires. Mais ces derniers se perdent en poursuivant l’ennemi dans la nuit noire. Ne parvenant toujours pas à rallier les milices de Nîmes et de Castres, Halluin passe les retranchements à la tête de la compagnie de chevau-légers de Boissac soutenu par quelques compagnies de volontaires formant un petit escadron (le tout devant faire moins de 250 chevaux). Débouchant devant l’escadron de cavalerie liégeoise de la Terraza, le duc d’Halluin le charge et le renverse.

Cerbellòn fait alors donner sa réserve : le tercio du Comte-Duc, 2 500 hommes en deux escadrons, sort du fort où il était retranché et tire par rang sur l’infanterie française mise en désordre par sa première attaque. Halluin réagit vite : il fait charger le tercio espagnol par les chevau-légers de Boissac et de quelques compagnies de volontaires, et parvient à le repousser jusqu’au fort. Il demande ensuite à Argencourt de lui envoyer les régiments de Vitry et de Languedoc qu’il avait réussi à rallier afin de déloger les espagnols du fort. Malgré la nuit, les Espagnols abattent de nombreux officiers par leur feu nourri. Mais une nouvelle charge de la cavalerie de Boissac soutient l’infanterie et les espagnols faiblissent, malgré sept de leurs piquiers qui résistèrent à douze piquiers français au cri de « Vive l’Espagne ! ». Une dernière contre-attaque de cavalerie espagnole (compagnie Marino) est mise en échec par l’increvable Boissac, les gendarmes d’Halluin et plusieurs compagnies de volontaires. Boissac y tuera même le capitaine Marino. Enfin, le tercio du Comte-Duc, malgré une résistance « inouïe » (ils se sont ralliés 8 à 10 fois autour du fort) fini par être enfoncé par les escadrons de Boissac et Sainte-Croix. Il aura fallu cinq heures pour venir à bout de l’armée espagnole. Halluin et ses gardes, Boissac, Sainte-Croix et les compagnies de volontaires qui les soutenaient firent jusqu’à neuf charges contre l’infanterie et la cavalerie espagnole. Et au bout de ces neuf charges, la compagnie de Boissac se ralliera une fois de plus en un instant au commandement de son capitaine.

Cerbellòn parviendra néanmoins à se retirer, à la faveur de la nuit, avec la plupart de ses drapeaux. Les français sont maîtres du champ de bataille, en ordre de bataille, les unités ralliées et l’arme au pied. Ils découvrent au petit matin l’ennemi en fuite. Leurs pertes atteignent 4 000 hommes tués, noyés ou blessés. Les français ont perdu 1 200 hommes dans la bataille. La compagnie de chevau-légers de Boissac, qui comptait 52 maîtres, n’en compte plus que 27, la compagnie de Sainte-Croix n’en a plus que 10 et les gendarmes d’Halluin n’en ont plus que 12. Halluin marche alors sur le camp ennemi avec sa cavalerie, y trouvant de la vaisselle d’argent, la paie de l’armée, 10 drapeaux et 2 cornettes, le parc d’artillerie et les munitions. Le duc d’Halluin gagna ce jour-là son bâton de maréchal, devenant maréchal de Schomberg.

 

Armée espagnole (Cerbellòn) : 12 000 fantassins en 10 escadrons(batailllons), 1 300 à 1 600 cavaliers, 18 canons

Remarque : le liste des unités provient principalement du Theatrum Europaeum et contient probablement quelques erreurs.

Lieutenant-général : Cerbellòn .

Aile gauche (Mortara, 5 bataillons) : un petit escadron du tercio majorquin de Francisco de Espejo dans le fort en bas de la péninsule de Leucate. Puis, à sa droite, un escadron du tercio de Villena puis un escadron du tercio du comte-duc Olivares commandé par Mortara puis un escadron du tercio de Ciudad Real. Derrière, entre ces deux escadrons, un deuxième escadron du tercio comte-duc d’Olivares.

Centre (Juan de Arce ? 2 bataillons) : Un escadron du tercio d’Aguilar (à droite du tercio de Ciudad Real) puis un escadron du tercio de Zúñiga (don Diego de Zúñiga serait en fait le mestre de camp du tercio d’Oropes ; si c’est le cas, ce tercio pourrait être celui de Fuensaldaña ou de l’Amiral de Castilla).

Aile droite (Leonardo Moles ? 3 bataillons) : un escadron du tercio napolitain (à droite du tercio de Zúñiga) puis 2 escadrons du tercio d’Oropesa.

En soutien (duc de Ciudad Real) : 15 compagnies de cavalerie formant 4 gros escadrons de 300 à 400 chevaux. De gauche à droite, 3 escadrons espagnols puis, en soutien des tercios d’Oropesa et napolitain, l’escadron des liégeois. Les 15 compagnies de cavalerie aux ordres du duc de Ciudad Real sont les compagnies du comte-duc Olivares, du comte de Bustamante, du comte Peno en Rostro, du comte d’Aguilar, du comte de Colmenar, du duc de Ciudad Real, de Fadrique Enriquez, de Francisco Marino, de Pedro Antonio de Jullio, de Juan de Terraza (commandant la cavalerie liegeoise), de Pedro Antonio de Solis, de Berbardo Soler, de Luis Galtan, d’Andrès Afilo Marino (commandant la cavalerie espagnole)  et de Pedro Royo.

Artillerie : 18 canons disposés dans les redoutes et les deux forts, sur le front espagnol.

Les 10 escadrons d’infanterie font 1 200 hommes chacun et les 4 escadrons de cavalerie font en moyenne 325 à 350 chevaux.

Pour LM Tercios, les escadrons d’infanterie sont tercios modernised. Les quatre escadrons de cavalerie sont cuirassiers large formation. L’artillerie est constituée de 3 canons moyens. L’infanterie espagnole est retranchée (covered et protected) et l’artillerie aussi (fortified).

 

Armée française (duc d’Halluin) : 11 000 fantassins en 14 bataillons, 1 000 cavaliers en 4 escadrons, 4 canons.

Extrême gauche (Le chevalier de Suze, 3 bataillons et 1 escadron de cavalerie) : 2 bataillons du régiment de Languedoc soutenu par un bataillon formé des régiments de Jonquières, Cauvisson et Mirepoix et par 1 escadron de cavalerie.

Gauche (Saint-André, 2 bataillons et 1 escadron) : 1 bataillon du régiment de Saint-André soutenu par 1 bataillon formé des milices de Nîmes et de Castres et par 1 escadron de cavalerie.

Centre (Icart, 2 bataillons et 1 escadron) : 1 bataillon du régiment de Castelan soutenu par 1 bataillon formé des milices de Montpellier et de Carcassonne et par un escadron de cavalerie.

Droite (Clermont, 3 bataillons et 1 escadron) : 1 bataillon du régiment de Vitry soutenu par 2 bataillons des régiments de Murviel et Valat et par 1 escadron de cavalerie.

Extrême droite (Saint-Aunès, 2 bataillons et 1 escadron) : 1 bataillon du régiment Saint-Aunès soutenu par 1 bataillon formé des milices de Narbonne et de Béziers et 1 escadron de cavalerie, 4 canons.

Réserve (2 bataillons) : 2 bataillons formés par les milices de Lodève, de Ganges et des Cévennes.

Les 14 bataillons font un peu moins de 785 hommes en moyenne et les quatre escadrons, 250 chevaux en moyenne.

Ci-dessus : drapeau du régiment de Languedoc (ex-Montmorency, d’après Fouré))

Ci-dessus : drapeau du régiment de Saint-André (d’après Fouré)

Pour LM Tercios, les bataillons d’infanterie sont reformed battalion modernised (musket only). Les 2 bataillons de Languedoc et le bataillon de Saint-André sont veteran alors que les 5 bataillons de milices sont raw. Pour simplifier, tous les escadrons de cavalerie sont cuirassiers. L’escadron constitué les gardes d’Halluin et les chevau-légers de Boissac et de Sainte-Croix est vétéran et élite. Les 4 canons sont représentés par une pièce d’artillerie moyenne.

Pour les dispositions du terrain et des unités, voir le plan ci-dessous.

Déploiement suggéré :

Règles spéciales : il fait nuit ! La visibilité est réduite à 2 pouces. Par ailleurs, toutes les unités d’infanterie en première ligne sont donc fortified. Pour en partie rééquilibrer, le duc d’Halluin est considéré comme commandant en chef de rang 4 alors que Cerbellon n’est que de rang 2. Les Français, en plus du duc d’Halluin, bénéficient de 5 généraux alors que les espagnols n’en bénéficient que de 3 en plus de Cerbellòn . N’hésitez pas à tester d’autres règles spéciales afin d’équilibrer la partie. il sera en effet difficile d’égaler l’exploit du duc d’Halluin…

Stéphane Thion

La bataille de Lens (20 août 1648)

La bataille de Lens (20 août 1648)

Après la prise d’Ypres, Condé campe à Béthune et fait sa jonction avec le corps d’Erlach (4 000 hommes). De son côté, l’archiduc Leopold, après avoir pris Courtrai, marche sur Lillers puis Lens. L’armée espagnole campe alors, bien retranchée derrière le ruisseau qui va à Arras.

Condé, « se réjouissant » de la présence des ennemis en plaine, traverse la Lys.

« Son altesse en marchant fit trois lignes de ses troupes qui faisaient tout au plus vingt mille hommes et tout au moins dix-huit  ; il mit à la première les gardes, Picardie et les régiments de l’armée d’Erlach et pour cavalerie tous les gendarmes tant du Roy que des princes et toutes les compagnies de gardes des généraux ; la seconde ligne était en pareille disposition et notre cavalerie légère commandée par Guiche ( ?), monsieur d’Erlach demeura pour troisième ligne et corps de réserve ; Mr de Cossé menait une bande d’artillerie. A la première ligne il les faisait marcher aussi vite que les troupes ; nous allâmes en cet équipage montrer notre armée à Mr l’archiduc qui était bien couvert de ses lignes devant lesquelles nous nous arrêtâmes à un jet de pierre près, et y demeurâmes tout le jour, les officiers d’infanterie de la première ligne jouant et sautant au « saut de l’allemand » toute la journée sans (être) autrement alarmé » écrit alors un gazetier, témoin anonyme de la bataille. Ce témoin ajoute par ailleurs que « Il est à remarquer que Mr le prince avait tant parlé des troupes d’Allemagne lesquelles ne tiraient jamais les premiers et obligeaient leurs ennemis à faire leur décharge puis à fuir devant eux que chaque officier s’était mis cela en tête, et bien que cela ne fut dit qu’à l’égard de la cavalerie, néanmoins l’infanterie s’y fit presque partout un point d’honneur de ne point tirer ».

Condé feint alors une retraite vers Béthune, pour tenter de déloger l’Archiduc. « Mr le Prince résolut quand le jour serait venu de se retirer en un village nommé Loo auquel touchait notre arrière garde afin de repaître et dit tout haut qu’en quelque temps que l’archiduc marchait, qu’il le combattrait assurément et ainsi il se mêla à l’affaire publiquement quoique pique qui contribua particulièrement au grand fait d’arme du jour suivant » témoigne le rédacteur de cette petite relation de la bataille avant de poursuivre un peu plus loin : « Voici ce coup de maître que fit notre héros (ndla : de Condé !), ce qu’il ne nous ai fait entendre par la comparaison du jeu d’escrime ou ne nous ai dit que durant que le moins docte bat du pied sans se débander le savant prend un temps et loge sa botte à plaisir ».

Beck tombe effectivement dans le panneau, et réussit à convaincre l’Archiduc de se lancer à la poursuite des Français. Le 20 août à 8 heures du matin, alors qu’elle franchit la crête d’un vallon, l’armée espagnole découvre les Français qui lui font face. Condé « ne fit que faire à gauche, en remarchant droit aux ennemis, lesquels étaient bien en bataille chacun en particulier mais n’étaient point en ordre de bataille mais en colonne pour s’y mettre ». Surpris, l’Archiduc range ses troupes en bataille. L’artillerie française ouvre le feu. Les Espagnols mettent en hâte leurs pièces en batterie. L’artillerie française, bien moins nombreuse (18 pièces contre 38) mais mieux préparée, fait des ravages dans les rangs ennemis.

L’aile droite française et la cavalerie de Lorraine s’avancent alors l’une contre l’autre. Les deux ailes se font face à 10 pas : les Lorrains ouvrent le feu. Les Français chargent et enfoncent la première ligne ennemie commandée par le prince de Salm. Ligneville engage alors sa seconde ligne, puis Condé en fait de même. Pendant ce temps, l’aile gauche connait le même dénouement : la cavalerie de Grammont attend la décharge ennemie, puis charge l’aile droite espagnole. Au même moment, l’infanterie des deux batailles, marchent l’une vers l’autre et s’arrêtent à portée de tir. Au centre de la ligne, les deux bataillons des Gardes Françaises et le bataillon des Gardes Suisses enfoncent trois bataillons ennemis. Mais Beck contre-attaque, avec infanterie et cavalerie, et écrase les trois bataillons des Gardes : « Là le régiment des gardes pour avoir fait sa salve le premier fut taillé en pièces, et le régiment de Picardie qui ne voulut point tirer défit sept régiments entre lesquels était celui qui avait tué le régiment des gardes ; les régiments qu’avait amené Erlach qui étaient Nettancourt, Vaubecourt et autres ne tirèrent non plus que Picardie » écrit notre témoin. Les escadrons de cavalerie français, en sous-nombre, viennent se reformer derrière Picardie entre deux charges.

Châtillon lance alors sa seconde ligne et ses gendarmes pour recueillir les bataillons décimés. Les Espagnols refluent. Voyant le centre espagnol repoussé, d’Erlach choisit de seconder Condé, prenant de flanc la seconde ligne des Lorrains. Tout le front espagnol lâche pied. Au centre, la seconde ligne de l’Archiduc ne peut changer le cours des choses : elle est entraînée dans la retraite. L’infanterie espagnole, dernier rempart, ne résistera pas longtemps : elle se joint à la retraite générale.

L’armée d’Espagne laisse 3 000 morts sur le terrain et 5 000 prisonniers. L’armée française compte 1 500 hommes hors de combat. Le corps des officiers des Gardes Françaises y payera un lourd tribu : les quinze capitaines présents sont tous morts ou blessés.

La victoire de Lens sera la plus achevée et donc probablement la plus belle des victoires de Condé durant la guerre de Trente ans. C’est la première bataille où le plan fut réellement précis, réglé par lui-même dans tous ses détails, et où il a réellement tiré parti de son artillerie.

Ordres de bataille :

Armée française (Condé) : 16 000 hommes en 12 bataillons d’infanterie (10 000 fantassins soit 833 hommes par bataillon) et 40 escadrons de cavalerie (6 000 chevaux, soit 150 chevaux par escadron), 18 canons légers.

Aile droite de cavalerie (Condé, Villequier et Noirmoutiers) :

Première ligne (Villequier et Noirmoutiers : 9 escadrons formés des régiments Gardes de Condé , Son Altesse Royale (duc d’Orléans, 2 escadrons), La Meilleraye (ou Grand-Maïtre), Saint-Simon, Bussy, Streif, Harcourt le Vieux et Beaujeu.

Seconde ligne (Arnaud) : 8 escadrons formés des régiments Chappes (2 escadrons), Coudray, Saarbrück Allemand, Vidame d’Amiens et La Vilette (ex-Gassion, 2 escadons).

Centre d’infanterie (Châtillon et Cossé-Brissac) :

Première ligne (Cossé-Brissac) : 2 batteries d’artillerie et 7 bataillons d’infanterie formés des régiments Picardie et Son Altesse Royale en un bataillon, Erlach-Allemand et Pernol en un bataillon, Gardes Suisses, Gardes françaises (en 2 bataillons), Gardes écossaises, Persan

Deuxième ligne (Châtillon) : 6 escadrons de Gendarmes (formés par les gendarmes de Condé, chevaux-légers de Condé, gendarmes de Choubert, gendarmes de la Reine, gendarmes du Roi, chevaux-légers du Roi, gendarmes d’Enghien, gendarmes S.A.R, gendarmes de Conti, chevau-légers de Conti, chevau-légers d’Enghien, gendarmes de Longueville, gendarmes de Marsillac).

Troisième ligne : 5 bataillons d’infanterie formés des régiments La Reine (y compris 300 hommes de la garnison de La Bassée), Erlach-français, Razilly, Mazarin-Italien, Conti et Condé.

Aile gauche de cavalerie (Gramont et La Ferté-Senneterre) :

Première ligne (La Ferté-Senneterre) : 9 escadrons formés des carabins d’Arnaud et gardes de la Ferté-Senneterre et de Gramont (un escadron), des régiments Cardinal Mazarin (2 escadrons), Gramont (2 escadrons), La Ferté-Senneterre (2 escadrons), et Biens (Allemand, ex-Zillart, 2 escadrons).

Seconde ligne (Plessis-Bellière) : 8 escadrons formés des régiments Roquelaure, Gesvres, Lillebonne,  Noirlieu (ex-Vatimont, 2 escadrons), Meille et Chemerault.

Réserve de cavalerie d’Erlach : 5 escadrons formés des régiments Erlach, Sirot, et Ruvigny.

 

Les régiments bataillons d’infanterie français sont des bataillons réformés modernisés (musket only). Les bataillons de Gardes françaises, Gardes suisses, Gardes écossaises et Picardie sont veterans. Les escadrons de cavalerie sont des escadrons de demi-cuirassés modern cavalry demi-cuirassiers (voir extension Kingdom) et les escadrons de gendarmes sont modern cavalry gendarmes  (voir extension Kingdom). Les 18 canons peuvent être simulés par 3 canons légers (light artillery).

 

Armée espagnole (Archiduc Leopold secondé par Fuensaldana) : 20 000 hommes en 16 bataillons/escadrons d’infanterie (12 000 fantassins soit 750h par bataillon) et 62 escadrons de cavalerie (8 000 chevaux soit 130 chevaux par escadron), 38 canons.

Aile droite de cavalerie (Prince de Ligne et Bucquoy) :

Première ligne : 12 escadrons formés des régiments Bucquoy (Allemands), Savary (Allemands), prince de Ligne (Wallons), del Brouck (Allemand) et compagnies de Ris (Wallons) et Meinssague (Wallons).

Seconde ligne : 12 escadrons formés des compagnies Sandoy (Wallons), Scandalberg (Wallons), Erland (Wallons), Gonni (Wallons), Hurc (Wallons), Scalar (Wallons).

Centre d’infanterie (Beck et Saint-Amour) :

Première ligne : 2 escadrons de croates, 3 batteries d’artillerie, 10 escadrons/bataillons d’infanterie et 4 escadrons de cuirassiers : tercio de Solis en un escadron ;  tercios de Boniface et Desa en un escadron ; 4 escadrons du régiment de cuirassés de Salm (lorrains) ; tercios de Monroy et Beck (allemands) en un escadron ; tercios de Lannoy, La Motterie et Grosbandon (wallons) en un escadron ; 3 petits escadrons de cuirassés Saint-Amour ; tercio de Vargas (espagnols) en un escadron ; tercios de Bentivoglio et Guasco (italiens) en un escadron ; 3 petits escadrons des cuirassés de Diego ; régiment de Touvenin et tercio de Silly (lorrains) en un escadron* ; régiment de Clinchcamp (lorrains) et tercio de Marais (irlandais) en un escadron* ; 4 petits escadrons de cuirassés de Miguel (wallons) ; tercios de Sinot et Plunkett (irlandais) en un escadron* ; régiments de Remion et l’Huilier (lorrains) en un escadron*.

*Les escadrons d’infanterie marqués d’une étoile n’ont pas de piquiers.

Deuxième ligne : 2 escadrons de cuirassés (gardes de Fuensaldana et de l’Archiduc, régiment de Fuensaldana).

Troisième ligne : 6 escadrons/bataillons d’infanterie : régiments Verduisant et Gondrecourt (lorrains) en un escadron ; régiments Wanghen et Arias (allemands) en un escadron ; régiments Hous et Chastelain (allemands et lorrains) en un escadron ; régiments Berlau et Anselm (allemands et anglais) en un escadron, tercio de Toledo (espagnols) en un escadron ; tercios de Bruay et Crevecoeur (wallons) en un escadron.

Aile gauche de cavalerie (Salm et ligniville) :

Première ligne : 10 escadrons formés des régiments de Luneville (wallons), prince Louis de Savoie (wallons), Garnier (wallons), Toledo (wallons) et Bastin (wallons).

Deuxième ligne 10 escadrons formés des régiments de Jaeger de Montauban (fusiliers à cheval lorrains), Ligniville (lorrains), châtelet (lorrains), Hacquefort (lorrains), Fauge (lorrains), Mondragon (lorrains) et Montmorency (lorrains).

 

Les bataillons/escadrons d’infanterie espagnols et wallons sont tercio modernised depleted (1) et classic squadron modernised musket only (pour les régiments allemands) (1). Les quatre régiments de mousquetaires (marqués d’une*) shot company musketeers. Les escadrons de cavalerie sont des escadrons de demi-cuirassés modern cavalry demi-cuirassiers (voir extension Kingdom) sauf les quelques escadrons de gardes qui sont cuirassiers. Les escadrons de croates sont  light horse. Les 38 canons peuvent être simulés par 3 canons moyens (medium artillery) et 4 canons légers (light artillery).

(1) Les bataillons/escadrons “espagnols”semblent en réalité plus petits que les français (750 hommes par bataillon contre 833 pour les français). Et il est peu probable qu’en 1648, les tercios soient encore équipés d’arquebuses. Un tercio/régiment espagnol ou allié de 1648 serait donc mieux simulé par un classic squadron modernised musket only voire un reformed battalion modernised – la principale différence entre ces deux derniers étant le facteur de défense contre l’artillerie (4 au lieu de 3) – que par un tercio. Malheureusement la règle LM Tercio ne le prévoit pas.

Pour une meilleure simulation, je vous suggère néanmoins de jouer les escadrons/bataillonsde tercios et régiments alliés comme  reformed battalion modernised, comme leurs adversaires français.

Les bataillons d’infanterie français sont moins nombreux (12 français vs 16 espagnols) et de taille équivalente (833 hommes en moyenne pour les français et espagnols, ces derniers ayant 4 bataillons sans piquiers pouvant être comptés à 500 hommes). De même, les escadrons de cavalerie français sont moins nombreux (40 français vs 62 espagnols) mais un peu plus gros (150 chevaux en moyenne pour les français et 130 chevaux pour les Espagnols). En réalité, les escadrons de cavalerie espagnols au centre sont plus petits et ceux des ailes plus importants et probablement équivalents aux français. Pour équilibrer et prendre en compte ces différences, il vous suffit d’aligner un seul escadron de Croates (et non deux), et de ne placer que 9 escadrons de cuirassiers au centre : huit en premières lignes placés deux à deux et intercalés avec les tercios et un en seconde ligne.

Ci-dessous : disposition des bataillons et escadrons pour rejouer la bataille de Lens.

Au vu des effectifs, n’hésitez pas à diviser par 2 ou 3 le nombre d’unités.

Et pour terminer, quelques drapeaux de régiments présents à la bataille :

Ci-dessus : Gardes Françaises (deux versions correspondant à 2 compagnies différentes)

Ci-dessus : Gardes Ecossaises

Picardie

 

Persan (supposé)

Condé (supposé)

Mazarin-italien (supposé)

Stéphane Thion

 

La bataille de Nieuport (2 juillet 1600)

La bataille de Nieuport (2 juillet 1600)

Bataille de Nieuport, 2 juillet 1600 lors de la Guerre de Quatre-vingt ans par Sébastien Vrancx (1573–1647)

En 1599, le conseil des États, cherchant à profiter de la faiblesse du gouverneur des Pays-Bas espagnols, l’Archiduc Albert, conséquence des mutineries qui ont éclaté dans l’armée des Flandres, demande à Maurice de Nassau d’intervenir sur la côte maritime. Le prince d’Orange débarque alors près du Sas van Ghent et marche sur Nieuport, avec une armée de 11 à 12 000 hommes. Mais   l’Archiduc Albert va réagir rapidement, menant une force équivalente, dont 1 400 mutins (800 fantassins et 600 cavaliers), et prenant des avant-postes autour d’Oostende. Maurice de Nassau, surpris, parvient à fortifier le pont de Leffigen.

Le 2 juillet à l’aube, l’avant-garde espagnole reprend le pont de Leffigen et débouche sur les dunes de Nieuport.  Maurice de Nassau accepte la bataille. Après-midi, les Espagnols attaquent l’avant-garde hollandaise, constituée des anglais de Veer, sans parvenir à les déloger. L’Archiduc Albert lance alors son corps de bataille dans l’action mais les anglais résistent toujours. La première ligne de Maurice finit par céder, après plusieurs assauts espagnols. Mais sur le flanc gauche espagnole, la cavalerie espagnole est battue. Alors que l’infanterie espagnole progresse, Maurice de Nassau lance sa réserve : 300 cuirassés vont charger avec succès, surprenant l’infanterie espagnole qui commence à reculer. L’infanterie française et hollandaise qui accompagne cette charge de cavalerie, fait alors refluer l’infanterie espagnole.

L’Archiduc perdra 3 600 tués, blessés et prisonniers dans la bataille, Maurice de Nassau perdant pour sa part près de 2 500 hommes, dont 1 000 au pont de Leffigen.


L’armée des Pays-Bas

Général en chef : Maurice de Nassau, prince d’Orange

Avant-garde (aile gauche) – comte Louis de Nassau

Cavalerie : 3 compagnies de cuirassiers en une troupe (Louis de Nassau, Maurice de Nassau & Henri Frédéric de Nassau), 3 compagnies de cuirassiers en une troupe (Marcelis Bacx, Paul Bacx & la Salle) et 2 compagnies de carabins/arquebusiers à cheval (Penny & Battenborch), pour un total de 8 cornettes ou compagnies.

Infanterie :  3 régiments d’infanterie (deux régiments anglais, Francis et Horatius Veer, de 13 & 11 compagnies, un régiment frison, Guillaume de Nassau de 17 compagnies) et 2 compagnies de gardes (prince Mauride de Nassau & comte Hohenlo), en 9 bataillons (4 Anglais, 4 Frisons & Gardes de Nassau).

Artillerie : 2 couleuvrines.

Bataille (centre) – comte George Evrard de Solms

Cavalerie :

Cavalerie : 4 compagnies de cuirassiers (George Everard de Solms, Frédéric de Solms, Jean Bacx, Cloet) en une troupe et 3 compagnies de cuirassiers en une seconde troupe (Godard de Bale, Vere, Cecilieu), le tout faisant 7 compagnies. Cloet & Cecilieu sont peut-être des compagnies de carabins.

Infanterie : un régiment wallon (comte Henri Frédéric de Nassau à 9 compagnies), un régiment suisse à 4 compagnies suisses, un régiment français (Dommerville, à 12 compagnies), le tout en 3 bataillons.

Artillerie : 1 fauconneau.

Arrière-garde – Olivier van der Tempel

Cavalerie : 3 compagnies de cuirassiers (Harangier, Hamelthon & Couteler). Les 3 compagnies sont regroupées en un escadron (cuirassiers).

Infanterie : 3 régiments d’infanterie (Ernest de Nassau à 13 compagnies, Gistelles à 8 compagnies & Huctenbrouck à 7 compagnies), le tout en 4 bataillons (2 hollandais & 2 allemands).

 

L’armée de Maurice compte 10 000 fantassins en 17 bataillons, 1 200 cavaliers en 19 cornettes et 6-8 pièces d’artillerie. Un bataillon d’infanterie comprend 50% de piques et 50% de tireurs. Les tireurs sont équipés pour 1/3 d’arquebuses et pour 2/3 de mousquets.

Les bataillons d’infanterie sont des batailllons réformés., les escadrons de cuirassiers sont cuirassiers (pistolet), les carabins/arquebusiers sont arquebusiers montés.

Echelle de réduction : Pour l’infanterie, prendre un bataillon réformé pour deux bataillons réels (8 bataillons dont 4 à l’avant-garde, 2 à la bataille et 2 à l’arrière-garde) et un escadron pour 6 compagnies/cornettes de cuirassiers/arquebusiers (3 escadrons de cavalerie soit 1 escadrons de cuirassiers à l’avant-garde, 1 escadrons de cuirassiers à la bataille et 1 escadron de cuirassiers à l’arrière garde). Pour l’artillerie, prendre deux artilleries moyenne.

 

L’armée Espagnole

Général en chef : Archiduc Albert d’Autriche

Avant-garde (aile droite) – François de Mendoza, Admirant d’Aragon

Infanterie (centre) : un escadron formé des mutins de divers tercios.

Cavalerie aile gauche : une compagnie de lanciers et une compagnie d’arquebusiers à cheval formant un escadron de lanciers.

Bataille (centre) – Archiduc Albert

Infanterie (centre) : un escadron composé des tercios de Monroy & de Villar et un escadron composé des tercios de Zapena & d’Aquino.

Cavalerie (centre) : les 3 compagnies de gardes de l’Archiduc soit 1 compagnie de cuirassiers, 1 compagnie de lanciers et 1 compagnie d’arquebusiers à cheval, formant un escadron de cuirassiers.

Artillerie : 2 couleuvrines.

Arrière-garde (aile gauche) – comte de Bucquoy

Infanterie (centre) : un escadron formé des tercios de Bostock (Irlandais), de Bucquoy et de la Bourlotte (Wallons).

Cavalerie de l’aile gauche : 4 compagnie d’arquebusiers à cheval, 4 compagnie de lanciers et 4 compagnies de cuirassiers sur 3 lignes. Soit un escadron d’arquebusiers, un de lanciers & un de cuirassiers.

 

L’armée espagnole compte 6 800 fantassins (dont 800 mutinés) en 4 escadrons de 1 600 à 1 800 hommes, 1 000 à 1 200 cavaliers (dont 600 mutinés) en 17 compagnies de 60-70 chevaux par compagnie et 4-6 pièces d’artillerie.

Les quatre escadrons espagnols sont tercios et field square (option de les passer tercios viejos field square pour équilibrer les budgets). Les cuirassiers sont cuirassiers, les lanciers sont cuirassiers avec lances, les arquebusiers montés sont arquebusiers montés.

Echelle de réduction : prendre un escadron d’infanterie (tercio) pour un réel et un escadron de cavalerie pour 6 compagnies (400 chevaux) soit 1 escadron de lanciers, 1 escadron de cuirassiers et 1 escadron d’arquebusiers montés (à répartir comme vous le souhaitez dans les différents corps). Pour l’artillerie, prendre 2 artilleries moyennes.

Pour les généraux :selon votre choix, à adapter afin d’équilibrer les budgets des deux armées.

Stéphane Thion

L’armée espagnole à Rocroi (mai 1643)

L’armée espagnole à Rocroi (mai 1643)

A Rocroi, l’armée des Flandres est commandée par don Francisco de Mello. Le duc d’Albuquerque vient d’en être nommé général de la cavalerie et Alvaro de Mello, frère de Francisco, en est le général de l’artillerie. Cette armée est scindée en plusieurs corps : l’armée de Brabant, commandée par don Andrea Cantelmo ; un corps rassemblé en Hainaut, commandé par le comte de Bucquoy ; un corps rassemblé du côté de Namur, commandé par Issembourg et un corps destiné à défendre le Luxembourg et à secourir la Bourgogne, commandé par le baron Beck. L’armée de France sera constituée à partir des corps de Bucquoy et d’Issembourg, et le comte de Fontaine sera nommé mestre de camp général de cette armée. Pour la bataille, le sergent-major de bataille, équivalent au maréchal de bataille français, sera don Jacinto de Vera.

Ci-dessus : Etat-Major espagnol à Rocroi (Aquarelle de K.A. Wilke)

L’infanterie d’Espagne

Les tercios seront, durant les guerres de Quatre-vingt et de Trente ans, le bras armé du roi d’Espagne. Et les tercios viejos en sont les unités les plus redoutées.

Un tercio compte, depuis 1632, 12 compagnies de 250 hommes, ou 15 compagnies de 200 hommes pour un tercio levé en dehors de la péninsule ibérique, soit un effectif total  de 3 000 hommes. L’ordonnance de 1632 tolère les tercios à 20 compagnies et en pratique certains auront jusqu’à 26 compagnies. Mais aucun de ces tercios n’atteindront l’effectif théorique de 3 000 hommes. Une compagnie au complet doit compter 11 officiers (un capitaine et son page, un alférez, un enseigne ou abanderado, un sergent, deux tambours, un fifre, un fourrier, un barbier et un chapelain) et 239 soldats dont 90 piquiers en cuirasse (coseletes), 89 arquebusiers et 60 mousquetaires. Dix caporaux (cabos de escuadra) font parti de ce total. La compagnie de 200 hommes doit compter, pour sa part, 70 piquiers coseletes, 90 arquebusiers et 40 mousquetaires. L’état-major permanent du tercio comprend, en plus du mestre de camp, 7 officiers supplémentaires. L’habitude prise par les fantassins de toutes nations d’alléger leur équipement, en se débarrassant de leurs cuirasses et en raccourcissant leurs piques, n’est pas du goût des autorités et l’ordonnance de 1632, modifiée l’année suivante, tente désespérément d’endiguer cette pratique. Elle prévoit cependant que les piquiers moins biens équipés soient placés dans les rangs arrières.

 

Certains tercios sont permanents, ou fixes, comme les régiment entretenus français. Les principaux tercios fixes de l’armée de terre sont (avec le nom de leur mestre de camp en 1643), les tercio viejo de los Estados de Flandes (comte de Garcies), tercio viejo de los estados de Brabante (comte de Villalba), tercio viejo de los Estados de Holanda (duc d’Albuquerque puis Baltasar Mercader), tercio fijo de Napoles (prince d’Ascoli), tercio fijo de Lombardia (Antonio de Velandia), tercio fijo de Sicilia (Francisco de Castilla), et le tercio de Saboya (Vicente Monsoriu). La Marine peut de son côté compter sur ses propres tercios stationnés en Espagne, à Naples et en Sicile.

Aux tercios purement espagnols s’ajoute l’infanterie dite des nations, levée dans les territoires dépendant de la couronne d’Espagne : Flandre, Bourgogne, Sicile, Naples et Lombardie. Les tercios italiens et bourguignons suivent la même organisation que les tercios espagnols, soit 12 compagnies de 250 hommes. Les tercios wallons suivent pour leur part l’organisation des tercios espagnols des Flandres, soit 15 compagnies de 200 hommes. Mais chaque compagnie wallonne compte théoriquement 12 officiers, 46 piquiers et 142 mousquetaires. Les règlements pour faire recrue de nation wallonne prescrivent que chaque mestre de camp doit nommer, pour chaque compagnie, un officier, deux vieux soldats et un tambour, et les envoyer aux quartiers qui leurs seront désignés. Les recrues devront être effectuées dans les pays de Hainaut, de Brabant, de Lille, de Flandre, d’Oudenarde et de Bergue. « Tous maîtres de camp soigneront sérieusement que pendant le temps de ces quarante jours, ils fassent bien ajuster les mousquets et armes à feu de leurs vieux soldats, et pour les piques ils prendront le patron de la longueur et des fers accordés avec Herscamp, marchant de Namur, dont chaque maistre de camp envoyera quérir un patron pour à l’avenant armer les piquiers de son tercio. (…) Tous les maistres de camp seront avertis qu’ils ne pourront enrôler en leurs tercios pour arquebusiers que des forts et robustes garçons, et ne soient plus jeunes que de dix-sept à dix-huit ans. » Les régiments allemands et lorrains au service de l’Espagne sont organisés sur le modèle allemand, en 10 compagnies de 250 ou 300 hommes.

Il s’agit là bien sûr d’effectifs théoriques, peut-être atteints par certains régiments nouvellement levés. En pratique, les effectifs réels s’en éloignent rapidement. En 1634, pour la campagne de Nördlingen, le tercio d’Idiaquez ne compte que 1 800 hommes pour 26 compagnies et le tercio de Fuenclara, 1 450 hommes pour 17 compagnies. De fait, les escadrons espagnols, équivalent aux bataillons français, ne dépasseront que rarement le millier d’hommes. Ils se déploient maintenant comme leurs homologues des autres nations, sur 6 à 8 rangs, les piques formant le bloc du centre, arquebuses et mousquets disposés sur leurs flancs.

Les hommes d’un tercio ne reçoivent leur solde que par tiers. Un tiers au début du mois et le second tiers quinze jours plus tard. Le troisième tiers est retenu pour l’achat de la poudre, des mèches et l’entretien ou le remplacement des équipements. Don Bernardino de Mendoza affirmait que le soldat espagnol diffère de celui des autres nations parce qu’il réclame sa solde uniquement après avoir combattu.

La cavalerie de Philippe IV

La cavalerie d’Espagne ne bénéficie pas de la même réputation que l’infanterie. Et la part des nations au sein de la cavalerie du roi d’Espagne n’en est que plus importante. La cavalerie espagnole dépend d’un capitaine général, assisté d’un lieutenant général, de quatre adjudants, et d’un fourrier-major. Mais, jusqu’à 1642, elle ne bénéficie d’aucune organisation régimentaire. Les compagnies de 25 à 40 chevaux sont regroupées de façon temporaire par des commissaires généraux. Pour combattre, elles sont réunies en escadrons commandés par le plus ancien des capitaines. La cavalerie des nations est pour sa part organisée en régiments regroupant de 5 à 10 compagnies, commandés par un colonel assisté d’un lieutenant-colonel, d’un sergent-major et d’adjudants. La cavalerie espagnole sera aussi organisée en régiments à partir de 1642, apparemment en régiments de 6 compagnies de 100 chevaux.

Les caballos corazas, similaires aux chevaux légers français, forment le corps de cette cavalerie. Comme pour leurs homologues français, l’équipement des cavaliers s’est allégé durant les années 1630, ne consistant plus qu’en une cuirasse à l’épreuve du pistolet, portée sur un buffle, deux pistolets d’arçon et une salade (ou pot). En 1648, Grammont rapporte dans ses Mémoires que les escadrons espagnols, qui s’apprêtent à recevoir la charge de la cavalerie française, « n’avaient point l’épée à la main, mais comme tous les cuirassiers espagnols portent en Flandre des mousquetons, ils les tenaient en arrêt sur la cuisse, de même que si c’eut été des lances ». Rien ne semble donc maintenant les distinguer des arquebusiers à cheval. Les compagnies de gardes, que ce soient celles du gouverneur, du général de la cavalerie ou du lieutenant général, sont probablement mieux équipées, à l’image des gendarmes français. Le gouverneur des Flandres possède deux compagnies particulières de gardes, une compagnie d’arquebusiers et une compagnie de lanciers. Les Espagnols resteront en effet la dernière nation d’Europe occidentale à utiliser des lanciers, même si on ne les trouve plus, en 1643, qu’au sein de cette compagnie de gardes.

L’artillerie

Selon Diego Ufano Velasco, l’artillerie espagnole ne compte plus, depuis 1609, que quatre calibres : le canon tirant 40 livres de balles, le demi-canon tirant 24 livres de balles, le quart de canon tirant 10 livres de balles et le quint de canon – auquel on peut substituer la quart de couleuvrine – tirant 5 livres de balles. Cette artillerie se révélera mieux servie que celle de son adversaire.

Ci-dessus et ci-dessous : 2 variantes du drapeau du tercio d’Albuquerque.

Stéphane Thion

(Illustrations de Daniel Cabrera-Pena).

La bataille de Rocroi (19 mai 1643)

La bataille de Rocroi (19 mai 1643)

Prélude à la bataille

Louis XIII, alors très affaibli, rassemble son conseil le 20 avril,  pour annoncer qu’à sa mort, la Reine prendrait la régence du Royaume. Gaston d’Orléans, son frère, sera lieutenant général de l’État et des armées ; le prince de Condé, chef du Conseil ; le cardinal Mazarin, ministre non destituable. Alors que cette décision entraîne de nombreuses intrigues à la cour, les  Espagnols vont essayer de profiter de la situation.

Le duc d’Enghien – futur Grand Condé – vient d’être nommé général de l’armée de Picardie par le Roi. Le jeune duc est à Amiens le 20 avril où il rassemble ses troupes estimées à 25 000 hommes dont 7 000 chevaux. Il prend alors les affaires en main, logeant toutes ses troupes dans des places fermées pour éviter qu’elles ne se débandent tout en se réservant la possibilité de les concentrer rapidement. Le lendemain, il reçoit une première estimation des forces ennemies, évaluées à 15 à 16 000 hommes de pied et 6 à 7 000 chevaux. Le maréchal de Guiche, qui est à Arras, lui écrit qu’il a du mal à pénétrer le dessein de l’ennemi, mais que les troupes de Bucquoy viennent de joindre celles de Francisco de Melo. Le 25 avril, Enghien apprend que l’ennemi semble vouloir prendre l’offensive sur Arras. Le 9 mai, Enghien donne rendez-vous à toute la cavalerie sur l’Oise et à son infanterie sur la rivière Authie. Puis, ayant appris que don Francisco de Melo marchait sur Valenciennes, il décide de reporter le rendez-vous de l’armée à Ancre, ordonnant à Espenan et au marquis de Gesvres de tenir prêts leurs corps d’armée respectifs.

Le 12 mai, les événements se précipitent : alors que le jeune duc est à Moislains, sept kilomètres au nord de Péronne, il apprend que les ennemis se dirigent vers Landrecies et que le comte d’Issembourg s’est présenté sous les murs de Rocroi, avec toute sa cavalerie et 1 200 fantassins. Celui-ci sera rejoint le lendemain par don Francisco de Melo. Enghien envoie aussitôt des partis en reconnaissance au-delà de l’Escaut. Il arrive le 14 mai à Fervaques, près de Saint-Quentin, sur la Somme, où il apprend la mort du Roi. Il écrit à son père, le prince de Condé, que « les ennemis ne sont qu’à une journée de moi, et que demain nous serons en présence ». Il situe les Espagnols à Hirson et leur prête l’intention d’entrer en France par Vervins. Enghien part alors pour Foigny, au nord-est de Vervins, où il dresse le camp le 16 mai. Il assure à Mazarin qu’il marchera le lendemain sur Rocroi, assiégée depuis la veille, pensant y être le 18. Il donne alors l’ordre à Gassion et à ses 1 500 chevaux d’aller camper à Bossu dès le lendemain, lieu où il a donné rendez-vous à l’armée de Champagne du marquis de Gesvres. Gassion s’exécute, repoussant devant lui les postes avancés ennemis, et parvient à jeter un secours de 100 fusiliers du Roi et 25 ou 30 de ses gardes dans Rocroi. Enghien fait sa jonction avec Espenan et Gesvres le 17, à Brunchamel, et arrive le soir même à Bossu où il retrouve Gassion.

La place de Rocroi a été fortifiée de cinq bastions et protégée de quelques demi-lunes, c’est à dire des ouvrages avancés en forme de croissant. Le tout, défendu par un peu plus de 500 soldats, parait trop fragile aux Français qui craignent que sa prise n’ouvre la route de Paris.

Gassion avait reconnu deux défilés traversant le bois de Fors et permettant de déboucher dans la plaine au sud de Rocroi. Ces défilés qui permettent d’accéder au plateau de Rocroi sont étroits et tortueux. Le 18 mai, la voie est libre et Enghien envoie Gassion avec les Croates et les fusiliers du Roi prendre pied dans la plaine. Puis, il envoie, vers 13 heures, l’aile droite de son avant-garde, c’est à dire les régiments de cavalerie Royal, Gassion (ou mestre de camp général), Lenoncourt, Coislin et Sully pour passer le défilé. Cette avant-garde sera suivie des autres corps. Dès 14 heures, la cavalerie commence l’escarmouche avec l’ennemi pour protéger le déploiement de l’armée. Ces combats d’avant-garde dureront près de 3 heures, durant lesquelles les différents corps se mettent en bataille, au fur et à mesure de leur arrivée. Cette facilité avec laquelle l’armée française parvient à déboucher des défilés est déconcertante. Enghien a tenté sa chance et le destin lui sourit déjà.

Cependant Melo ne reste pas inactif. Il part reconnaître les meilleures positions pour recevoir l’ennemi. Il considère alors qu’il ne peut rester derrière le marais, n’ayant pas assez de place pour déployer ses bataillons d’infanterie et ses escadrons de cavalerie. Il décide donc de déployer ses troupes en rase campagne pour y retenir l’ennemi tout en continuant le siège de Rocroi. Il passe le marais et gagne une éminence qui dominait la campagne. Mais le temps lui manque, et il confie le déploiement du corps de bataille au comte Fontaine. Il est probablement entre 16 et 17 heures lorsque que La Ferté-Seneterre qui commande la gauche française, prend une malheureuse initiative : il fait traverser le marais à toute son aile cavalerie et  5 bataillons d’infanterie dans le but de jeter du secours dans Rocroi, sans en avertir le duc d’Enghien. Celui-ci stoppe alors à ses troupes, et fait combler les espaces laissés vides. L’ennemi ne se serait pas aperçu de cette fausse manœuvre. L’armée espagnole  qui progressait alors vers les lignes françaises, s’arrête à 400 pas mais ne semble pas vouloir engager le combat. Il est maintenant 17 heures. Alors que toute l’armée française se déploie, Melo place ses troupes en hauteur. Les deux armées sont à portée de mousquet et l’artillerie espagnole ouvre le feu. Un quart d’heure plus tard, l’artillerie française lui répond. Enfin, entre 18 et 19 heures, le dernier corps français, la réserve du baron de Sirot, débouche et se déploie. Il est probablement 21 heures lorsque la nuit tombe, faisant cesser la canonnade.

La bataille

Gassion commande l’aile droite avec le duc d’Enghien, la Ferté Seneterre l’aile gauche, d’Espenan l’infanterie du centre et Sirot la réserve. L’infanterie d’Espenan se retrouve donc partagée entre les deux ailes, Picardie, La Marine, Persan, les deux bataillons de Molondin, et les bataillons de seconde ligne dans les intervalles font partie de l’aile droite du duc d’Enghien.

La bataille s’engage à quatre heures du matin.  Les deux ailes marchent alors de concert. L’aile droite commandée par le duc se heurte aux mousquetaires tapis dans un repli de terrain à la lisière d’un bois : ils sont entre 500 et 1000 selon les sources. Gassion les met en fuite.

Sur l’autre aile, la cavalerie de l’Hôpital a mal préparé sa charge : la première ligne de cavalerie de La Ferté-Seneterre s’est avancée vers celle d’Issembourg mais, ayant lancé sa charge de trop loin, et malgré quelques succès ponctuels, est fermement ramenée dans ses lignes, son chef blessé et prisonnier. L’infanterie de d’Espenan aurait suivi le mouvement mais fut aussi repoussée. Les Lorrains, poursuivant les Français, tombent sur l’artillerie laissée sans protection, l’infanterie l’ayant probablement traversée pour se porter en avant. De la Barre, en charge de cette artillerie, trouve la mort en défendant ses canons, et sa batterie est prise. Le maréchal de l’Hôpital tente de rallier les fuyards, sans succès. Il se serait alors mis à la tête de la seconde ligne de cavalerie, et aurait repris en main la situation. C’est à ce moment là que le maréchal de l’Hôpital aurait envoyé l’ordre à Sirot de s’avancer avec sa réserve. Celui-ci parvient à repousser la cavalerie ennemie.

C’est sur l’autre aile que va se décider le sort de la bataille. La première ligne de l’aile droite de Gassion aligne la fleur de la cavalerie française. Les régiments Royal et Mestre-de-camp général en forment la tête, c’est à dire l’extrême droite, juste avant les Croates. Le régiment Royal, sous les ordres de François Barton vicomte de Montbas, sera un des héros de la journée. Ce régiment est l’ancien Cardinal-duc, un des douze premiers régiments organisés par le cardinal de Richelieu le 16 mai 1635. Ce 19 mai, Royal est épaulé à sa gauche par le second régiment d’élite de la cavalerie française, celui de Gassion, levé en 1633, qui a pris le titre de Mestre de camp général. Les gardes de Condé et trois régiments de cavalerie (Lenoncourt, Coislin et Sully) complètent cette première ligne, qui compte, avec les Croates de l’extrême gauche, 1 500 chevaux. La seconde ligne est composée de régiments français, liégeois et weimariens qui ont l’habitude de combattre avec le mestre de camp général. Comme à son habitude, Gassion a intercalé entre ses régiments de cavalerie des pelotons de mousquetaires.

Enghien donne l’ordre à Gassion de faire le tour du bois, avec sa première ligne de cavalerie, ce qu’il fait en s’étendant sur sa droite. C’est donc Enghien qui, à la tête de la seconde ligne, va affronter la plus grande partie de la cavalerie espagnole. Mais la manœuvre à effectuer est compliquée : les escadrons de seconde ligne doivent pendre la place de la première ligne entre les pelotons de mousquetaires. Puis c’est le choc entre Albuquerque et Enghien, avec un résultat contrasté. Deux ou trois escadrons français et deux pelotons de mousquetaires semblent rompus. Dans leur poursuite, les escadrons espagnols atteignent quelques pièces d’artillerie, les prenant pour un temps. Mais la droite de l’infanterie française est occupée par le régiment de Picardie qui repousse la cavalerie espagnole. Il semble que le futur Grand Condé a choisi de recevoir la cavalerie espagnole avec la moitié de ses escadrons, pour donner le temps à Gassion de la déborder. Et ce sont donc les escadrons de première ligne qui prirent de flanc leurs adversaires flamands, espagnols et italiens. Quelques escadrons du duc d’Albuquerque refluent entre les lignes de l’infanterie, à l’abri derrière les réconfortantes citadelles que forment les tercios, d’autres prennent la fuite. Les escadrons de Gassion chargent alors les bataillons espagnols, wallons et italiens, sans succès. Pendant ce temps, les Croates de Raab contournent la gauche d’Albuquerque, harcelant les escadrons qui se replient ou pillant les camps espagnols.

Pendant que les deux ailes de cavalerie s’affrontent, l’infanterie française s’avance vers la première ligne espagnole. Mais Espenan, inquiet du reflue français sur sa gauche, se contente d’escarmoucher avec la première ligne espagnole.

À l’aile gauche,  Sirot, après avoir réorganisé sa réserve, reçoit une nouvelle charge de la cavalerie allemande. Mais celle-ci, non soutenue par son infanterie, a perdu son entrain. D’autant plus qu’à ce moment là, Issembourg n’est plus avec ses escadrons : il tente de reformer les régiments d’infanterie allemands, les faisant pivoter pour faire face à la cavalerie de Gassion. Prise de flanc par les escadrons de Gassion, l’infanterie wallonne et allemande part en déroute. De leur côté, les trois tercios italiens préfèrent prendre la fuite, se repliant à travers les bois.

Il est 9 heures passé. « Restait cette redoutable infanterie de l’armée d’Espagne » écrira Bossuet. Alors que quelques escadrons de Gassion, ayant chassé les Wallons, les Italiens et les Allemands du champs de bataille aborde les derniers escadrons d’Issembourg, il ne reste plus que l’infanterie espagnole, resserrée en un seul corps auprès du canon. Mais Enghien sait que Beck n’est pas loin, avec 4 000 hommes en renfort. Il va donc lancer plusieurs attaques pour venir à bout de cette muraille de piques. Trois assauts s’enchaînent, avec des succès contrastés. Ces premiers assauts vont venir à bout des deux plus anciens tercios viejos, ceux de Villalba et de Velandia, dont la résistance fut exemplaire. Il ne reste alors que trois tercios, ceux de Garcies, d’Albuquerque et de Castelvi. Leur résistance va être d’autant plus héroïque. Pour en venir à bout, les attaques d’infanterie et de cavalerie sont combinées de tous côtés.  Les escadrons français viendront « 5 ou 6 fois à la décharge » sur l’infanterie espagnole « sans qu’ils la pussent rompre ». Face à cette muraille invulnérable, Enghien propose alors aux Espagnols de se rendre, en échange de sa grâce. Si cette proposition est refusée, il détruira l’escadron espagnol, qui compte alors 3 000 hommes, avec l’artillerie chargée à mitraille. Mais des trois mestres de camp restants, deux répondirent « qu’ils ne se rendaient pas et qu’ils préféraient mourir en se battant ». Les assauts reprennent donc, sans succès. Enghien, toujours inquiet d’une arrivée de Beck, fait alors une seconde offre. Et cette fois-ci, il leur « offre quartier, c’est à dire la vie sauve, et en somme une capitulation comme une place forte. Et ce qu’il leur fut demandé (ce ne pouvait être moins) est qu’abandonnant leurs armes, ils conservaient leurs vies et leurs biens » écrira un historien espagnol du XVIIe siècle. Les mestres de camp du dernier escadron vont accepter, ayant été assuré qu’ils pourront traverser la France pour retourner en Espagne « avec leurs bannières au vent, leur équipage et leurs armes ». Deux mille cinq cents Espagnols traverseront ainsi le pays jusqu’à Fontarabie. Il est probablement 10 heures. Le comte de Fontaine et les mestres de camp des deux plus anciens tercios, Villalba et Velandia, sont morts. Garcies, Castelvi et le sergent-major Peralta ont capitulé. Tout est fini.

Alors, selon Bessé, « le duc d’Enghien, voyant sa victoire entièrement assurée, se met à genoux au milieu du champ de bataille et commande à tous les siens de faire la même chose pour remercier Dieu d’un succès si avantageux. »

 

L’armée espagnole de Francisco de Melo

Aile droite espagnole : Issembourg

Cavalerie allemande : 14 escadrons pour 3000 chevaux (dont le régiment de cuirassiers de Rittburg et probablement les Gardes d’Issembourg, les régiments Savary, Vera et Donquel) soit 210-220 chevaux par escadron.

Première ligne : 6 escadrons lorrains plus un escadron de Croates.

Seconde ligne : 6 escadrons allemands plus un escadron de compagnies franches.

Centre : comte de Fontaine

Première ligne : 5 tercios Espagnols formant un bataillon chacun en première ligne avec deux pièces d’artillerie entre chaque bataillon (tercio du duc d’Albuquerque, tercio de don Antonio de Velandia, tercio du comte de Villalba, tercio du comte de Garcies et tercio sarde de Georges Castelvi), pour un effectif estimé de 5500 h

Seconde ligne : 4 tercios italiens et bourguignon formant chacun un bataillon (Strozzi, Visconti, Delli Ponti  et Philippe de la Baume, comte de Saint-Amour), pour un effectif estimé de 6500 h

Troisième ligne : 5 tercios wallons formant chacun un bataillon (prince de Ligne, Ribaucourt, la Grange, Meghem et Bassigny) pour un effectif estimé de 2500 h

Quatrième ligne : 5 régiments allemands formant chacun un bataillon (Ritberg, Frangipani, Hembise, Guasco et Rouvroy) pour un effectif estimé de 2500 h

L’ensemble de l’infanterie est estimée à 17 000 homme et 18 canons.

Aile gauche espagnole : duc d’Albuquerque

Cavalerie wallonne : 5-6 régiments en 15 escadrons pour 2000 chevaux soit 130-135 chevaux par escadron (régiments non connus, les Gardes d’Albuquerque sont probablement présents).

Première ligne : 8 escadrons wallons.

Seconde ligne : 6 escadrons wallons.

En embuscade dans le bois : 500-1000 mousquetaires.

L’armée espagnole à LM Tercios :

Les 5 tercios espagnols sont Tercios viejos modernised. Les tercios bourguignons et italiens sont tercios modernised. Les 5 tercios wallons et les 5 tercios allemands sont tercios modernised & depleted.

Les 500-1000 mousquetaires seront représentés par 2 compagnies de tireurs (shot companies, musket).

Les escadrons espagnols, allemands et de compagnies franches sont cuirassiers modern cavalry (modern cavalry demi-cuirassiers si vous avez le supplément Kingdom). L’escadron de Croates est light horse, pistol. Passer les gardes d’Issembourg et d’Albuquerque (1 escadron sur chaque aile) en elite.

Représenter l’artillerie par de l’artillerie moyenne (un canon pour 3 pièces réelles par exemple).

 

 

L’armée française du duc d’Enghien

Aile droite : Duc d’Enghien et Gassion

Premier échelon, de droite à gauche (Gassion, 10 escadrons de cavalerie avec 6 manches de mousquetaires commandés) : Gardes d’Enghien, Croates de Raab, Croates de Chack, régiments Royal, Mestre-de-Camp Général, Lenoncourt, Coislin, Sully, 6 unités de 200-300 mousquetaires commandés.

Second échelon, de droite à gauche (Enghien, 5 escadrons) : régiments Roquelaure, Menneville, Sillart, Leschelle et Vamberg.

Au total : autour de 3300 chevaux (220 chevaux par escadron) et 1500 mousquetaires.

Centre : d’Espenan

Première ligne, de droite à gauche (d’Espenan, 8 bataillons) : Picardie, La Marine, Persan, 1er bataillon de Molondin, 2nd bataillon de Molondin, Bourdonné-Biscarras, Rambures et Piémont, 12 canons (pièces de 4 à 8 livres).

Seconde ligne, de droite à gauche (La Vallière, 7 bataillons) : Vervin-La Prée, Vidame, 1er bataillon de Wateville, Gardes Ecossaises, Roll, Brézé-Langeron, et Bussy-Guiche.

Troisième ligne (Sirot, 3 bataillons et 4 escadrons) : 1 bataillon formé de Harcourt, Aubeterre et Gesvres, 2nd bataillon de Wateville, Les Royaux. 4 escadrons de chevau-légers (Charost, 3 companies de Gendarmes, 3 compagnies et Sirot) sont intercalés entre ces 3 bataillons d’infanterie. Les compagnies de gendarmes réunies en deux escadrons sont La Reine, Écossais, de Longueville, d’Angoulême, de Guiche et de Vaubecourt.

Infanterie : 13 000 fantassins pour 18 bataillons et 4 escadrons de cavalerie faisant 800 à 900 chevaux.

Aile Gauche : L’Hôpital

Premier échelon, de droite à gauche (La Ferté, 8 escadrons de cavalerie avec 6 manches de mousquetaires commandés) : régiments La Clavière, Beauvau, La Ferté, Guiche, Fusiliers à cheval, 6 unités de 200-300 mousquetaires commandés.

Second échelon, de droite à gauche (l’Hôpital, 5 escadrons de cavalerie) : régiments Netaf, Coislin, Marolles, Heudicourt et Harcourt.

Au total : autour de 2800 chevaux (220 chevaux par escadron) et 1500 mousquetaires.

L’armée française à LM Tercios :

Les bataillons d’infanterie sont des bataillons réformés (reformed battalion). Les bataillons de Piémont, Picardie, La Marine, Rambures, les Gardes Ecossaises (ancien régiment écossais d’Hepburn, alors au service de la Suède) et les Royaux sont veteran.

Les escadrons de cavalerie sont cuirassiers modern cavalry (modern cavalry demi-cuirassiers si vous avez le supplément Kingdom). L’escadron de Croates est light horse, pistol. Passer les gardes d’Enghien en elite et les escadrons des régiments Royal et Mestre-de-Camp Général en veteran. Les 2 escadrons de gendarmes sont cuirassiers veteran ou modern cavalry gendarmes, si vous avez l’extension Kingdom. L’escadron de Croates est light horse, pistol.

Les compagnies de mousquetaires sont shot company musketeers & commanded shot.  Prendre 6 de ces compagnies (3 sur chaque aile, en première ligne, intercalées avec des escadrons de cavalerie).

Représenter l’artillerie par de l’artillerie moyenne (un canon pour 3 pièces réelles par exemple). Un quart de cette artillerie peut être passée artillerie légère.

Pour les deux armées :

Si vous n’avez pas assez de figurines, n’hésitez pas à diviser tous les effectifs par 2 ou plus.

Déploiement

 

Drapeaux et banderas

Pour les drapeaux français et banderas de tercios, voir l’article sur le sujet ici.

 

Stéphane Thion

Source : Stéphane Thion, La bataille de Rocroi, Editions Histoire & Collections.

L’armée espagnole à la bataille d’Avins (1635)

L’armée espagnole à la bataille d’Avins (1635)

Selon le Mercure Français, l’armée espagnole de Flandre comptait, à la mi-1634, 23 000 hommes de pied et 7 000 chevaux. L’infanterie était composée de quatre régiments d’Espagnols des Maîtres de camp Alonso Ladron, Marquis de Celade, Dom Francisco Capate, et dix compagnies d’Espagnols nouvellement venus d’Espagne, comptés pour un quatrième régiment ; trois régiments d’Italiens des Maîtres de camp duc Doria, marquis Sfondrato, dom Andrea Cantelmo ; sept régiments de Wallons des Maîtres de camp les comtes de Fresin et de Fontaine, le sieur de Ribaucourt, le baron de Wesemal, les sieurs de Triest, de Custrines & de Crequy ; quatre régiments de hauts Allemands des comtes d’Isembourg, de Hoochstrate, du colonel Rouvrois (ou Rouvroy) & du prince de Barbançon ; deux régiments de bas Allemands du marquis de Lede et du colonel Brion ; un régiment d’Anglais du Maître de camp Tresan ; et deux régiments d’Irlandais du comte de Tirconel et de dom Eugenio Onel, qui faisaient en tout vingt- trois régiments. La cavalerie qui était sous la charge du comte de Nassau, était composée de soixante huit compagnies, & des cinq régiments des comtes Buquoy, d’Isembourg, de Salms, du marquis de Celade et du prince Barbançon. En juillet 1634, le marquis d’Aytonne demande au prince Thomas de lever de l’infanterie et de la cavalerie.

Le corps du prince Thomas de Savoie qui va affronter l’armée française ne comptait qu’une partie de ces forces : 10 000 fantassins en 120 enseignes, 3 000 chevaux en 45 cornettes et 16 canons selon Richelieu, 8 000 fantassins et 2 000 chevaux selon Gualdo Priorato. Le comte de Feira en était maître de camp général, le comte de Buquoy y commandait la cavalerie et le comte d’Hoochstrate, l’infanterie. Si on en croit le Mercure Français, les meilleurs régiments ne faisaient pas partie de ce corps puisque, après la bataille, le Cardinal Infant s’était retranché le long du Demer vers Tillemont, avec une armée composée des restes de celle du Prince Thomas, et de ses autres forces où étaient les meilleurs et plus vieux régiments.

La relation du Mercure Français évoque le tercio espagnol d’Alfonso de Ladron de Guevara, le tercio italien de Sfondrato, le régiment anglais de Brons, le régiment allemand d’Hoochstrate et le régiment du prince Thomas. Ce dernier régiment est probablement celui levé fin 1634 et était probablement Lorrain, le Prince ayant été colonel d’un régiment de cette origine lorsqu’il était en Savoie. J.L Sanchez, cité par Pierre Picouet, évoque aussi le régiment wallon de Frezin. Le tercio espagnol d’Alfonso de Ladron de Guevara est un vieux corps puisqu’il s’agit du tercio viejo de los Estados de Brabante.

En 1635, un tercio espagnol compte en pratique rarement plus de 1 500 hommes, même si l’effectif théorique est de 3 000 hommes. Ainsi, la montre de mai 1636 donne 166 officiers et 946 soldats pour le tercio de Ladron de Guevara. La carte de Melchior Tavernier montre 7 escadrons espagnols ce qui donnerait bien 7 à 10 000 hommes pour l’infanterie. Le tercio de Ladron de Guevara et celui de Sfondrato ont peut-être formé 3 ou 4 escadrons à eux deux.

La cavalerie comptait 45 cornettes selon Richelieu, jusqu’à 40 compagnies selon Pontis. En ne comptant ces compagnies qu’à 50 chevaux, cela nous donne un minimum de 2 000 chevaux. Tavernier a représenté 17 gros escadrons sur sa carte, ces escadrons faisant au moins le double de la taille des escadrons français. L’estimation de Richelieu, soit 3 000 chevaux, parait donc tout aussi plausible. Une bonne partie de cette cavalerie était formée par le régiment de Bucquoy. Il s’agissait probablement d’un régiment de cuirassiers à dix compagnies, faisant de 700 à 1 000 chevaux.

L’infanterie espagnole en 1635

L’Espagne dispose, à l’aube de la guerre de Trente ans, d’une infanterie qui inspire le plus grand respect. Bien commandée, solide et disciplinée, cela fait un siècle et demi qu’elle s’impose sur les champs de bataille d’Europe. Sa force principale repose sur les terribles tercios viejos.

Le tercio compte, depuis 1632, 12 compagnies de 250 hommes, ou 15 compagnies de 200 hommes pour un tercio levé en dehors de la péninsule ibérique, soit un effectif théorique de 3 000 hommes par tercio. L’ordonnance de 1632, légèrement modifiée en 1633, ne souhaite pas, sans l’interdire, que les tercios soient à 20 compagnies. En pratique certains auront jusqu’à 26 compagnies. Une compagnie au complet doit compter, selon cette ordonnance, 11 officiers (un capitaine et son page, un alférez, un enseigne ou abanderado, un sergent, deux tambours, un fifre, un fourrier, un barbier et un chapelain) et 239 soldats dont 90 coseletes (piquiers en cuirasse), 89 arquebusiers et 60 mousquetaires. Parmi les soldats, on compte 10 cabos de escuadra, c’est à dire chefs d’escadre ou caporaux. La compagnie de 200 hommes doit compter, pour sa part, 70 coseletes, 90 arquebusiers et 40 mousquetaires. Cette ordonnance prévoit aussi, pour l’état-major des compagnies, un alferez et deux sargentos (sergents) réformés, c’est à dire de remplacement. L’état-major permanent du tercio comprend 8 officiers supplémentaires : le mestre de camp, le sergent major, le capitaine de campagne, le tambour major, l’auditeur militaire, le fourrier principal, le chapelain principal et le chirurgien principal. L’ordonnance de 1632 tente par ailleurs d’endiguer la mauvaise habitude prise par les coseletes de se débarrasser de leurs cuirasses et de raccourcir leurs piques. Elle prévoit cependant que les piquiers moins biens armés ne soient pas placés aux deux premiers rangs. Cette tendance à allègement se retrouve bien sûr chez toutes les nations d’Europe.

Certains tercios sont permanents, ou fixes, comme les régiment entretenus français. Et parmi eux, les plus redoutés sont les tercios viejos. Les principaux tercios fixes de l’armée de terre sont (avec le nom de leur mestre de camp en 1635), les tercio viejo de los Estados de Flandes (Villalobos), ter-cio viejo de los estados de Brabante ( Ladron de Guevara), tercio viejo de los Estados de Holanda (marquis de Celada), tercio fijo de Napoles (Ascoli), tercio fijo de Lombardia (Aragon y Tafalla), tercio fijo de Sicilia (Toledo), tercio de Saboya (Coronado y Mendoza), et la Coronelia de la Guardia del Rey. À ces unités s’ajoutent les tercios de la Marine répartis en Espagne, à Naples et en Sicile.

Les tercios espagnols sont par ailleurs épaulés par l’infanterie des nations, provenant des territoires appartenant à la couronne d’Espagne : Flandre, Bourgogne (qui se limite, à cette époque, à la Franche-Comté), Sicile, Naples et Lombardie (limitée au Milanais). Si l’infanterie italienne et bourguignonne est organisée sur le même pied que l’infanterie espagnole, en tercios de 12 compagnies totalisant 3 000 hommes, les tercios wallons sont organisés comme les tercios espagnols des Flandres, en 15 compagnies de 200 hommes, totalisant aussi 3000 hommes. Mais chaque compagnie compte, sur le papier, 12 officiers, 46 piquiers et 142 mousquetaires. Les régiments allemands ou lorrains au service de l’Espagne comptent pour leur part 10 compagnies de 250 ou 300 hommes.

Bien sûr, il s’agit d’effectifs théoriques, correspondant à un régiment nouvellement levé ou ayant fait recrue. En pratique, les effectifs fondaient rapidement. Ainsi, pour la bataille de Nördlingen, en 1634, le tercio d’Idiaquez compte 1 800 hommes en 26 compagnies et le tercio de Fuenclara, 1 450 hommes en 17 compagnies. Le tercio napolitain de San Sivero compte 1 900 hommes en 24 compagnies, celui de Toralto, 750 hommes en 10 compagnies et celui de Cardenas, 950 hommes en 13 compagnies. Enfin le tercio lombard du prince Doria compte 1 000 hommes en 12 compagnies alors que celui de Lunato en compte 1 300 en 15 compagnies.

 (Aquarelles de K.A. Wilke)

Face à l’ennemi, les tercios se forment en escadrons (escuadrones), équivalent des bataillons français. L’escadron, qui se forme maintenant couramment à partir d’un seul tercio, se déploie dans les années 1630 sur un maximum de 12 rangs, probablement 8 ou 10 comme les bataillons français. Les piquiers forment le bloc du centre alors que les arquebusiers forment les garnisons sur les deux flancs de ce bloc. Des manches (mangas) de mousquetaires viennent alors se déployer sur les ailes de l’escadron, mais peuvent aussi opérer indépendamment. Contrairement à une idée reçue, à partir de 1635, un escadron comptera rarement plus de 1 000 hommes. Sur le terrain, rien ne le distingue donc de son homologue français, hollandais ou allemand.

La cavalerie espagnole en 1635

Si l’infanterie espagnole bénéficie d’une forte réputation, il n’en est pas de même pour la cavalerie. Et de fait, le roi d’Espagne recrutera une grande partie de sa cavalerie en Lombardie, à Naples, en Wallonie, en Franche-Comté, en Lorraine, ou encore en Allemagne. Ainsi, l’armée du Cardinal-Infante qui se dirige vers Nördlingen, en 1634, compte 700 cavaliers napolitains, 590 cavaliers bourguignons et 500 cavaliers lombards pour seulement 230 gardes à cheval espagnols, en deux compagnies.

Il existe alors trois grands types de cavaliers au service du royaume d’Espagne : le lancier (caballo-lanza), le cuirassé (caballo coraza qui a remplacé le reître ou herreruelo) et l’arquebusier à cheval (arcabucero a caballo).

La cavalerie l’espagnole est la dernière à utiliser des lanciers, en Europe, mais ceux-ci ne sont plus qu’en faible nombre, formant principalement des compagnies de Gardes. Ludovic Melzo, dont les Règles militaires pour le gouvernement et le service de la cavalerie furent publiées en 1619, affirmait que la principale utilisation de ces lances consiste à suivre les arquebusiers, lesquels, après avoir délivrer leur charge sur les troupes ennemies de face et par les côtés, les ayant décomposées et mises en confusion, seront suivies par la charge des lances par le côté ou de face en fonction de l’occasion ou de l’opportunité qui se présente. Mais il soulignait déjà qu’il fallait quatre conditions pour bien utiliser des lanciers : un terrain favorable, un cheval de qualité, un cavalier bien entraîné et une formation de combat adaptée, c’est à dire de petites troupes d’une trentaine de lances. Enfin, l’auteur espagnol liste l’équipement théorique du lancier : la cuirasse (plastron et dossière) à l’épreuve des balles, les cuissards (quixotes), les garde-reins, les brassards, la salade (celada, un casque à visière) et un gantelet à l’allemande à la main gauche. La lance du capitaine devra porter sa banderole de manière bien voyante. Les soldats peuvent remplacer les cuissards par des tassettes, plus pratiques pour le travail de la lance. Ils devront porter un pistolet d’un côté de l’arçon et la salade ou bourguignotte de l’autre.

(Aquarelles de K.A. Wilke)

Les caballos corazas sont, en cette première moitié du XVIIe siècle, similaires aux chevaux légers français. Ils forment à cet égard la plus grande part de la cavalerie espagnole. Melzo décrit ainsi leur équipement : les soldats des cuirasses doivent être armés d’un plastron et d’une dossière à l’épreuve du pistolet, et des autres armes que portent les soldats des lances, et de plus ils doivent porter des cuissards (quixotes). Ils doivent porter des pistolets d’arçon, et derrière, à droite, ils attachent d’ordinaire la salade (celada). Comme pour la cavalerie française, sous l’influence des Suédois et des Hongrois, cet équipement va progressivement s’alléger, à partir des années 1634-36, pour ne garder que la demi-armure et un casque de type bourguignotte ou capeline.

L’arquebusier à cheval est l’équivalent du carabin français. Melzo affirme que les arquebusiers à cheval furent inventés par les français, lors des dernières guerres du Piémont qui les appelèrent dragons, nom qu’ils gardent encore. Ayant appris l’avantage et l’utilité de cette nouvelle sorte de soldatesque, les Espagnols commencèrent aussi à les utiliser au sein de leur armée. Et lorsque le duc d’Albe passa dans les Flandres, il amena avec lui quelques une de ces compagnies. Elles servirent d’abord à pied, puis elles servirent à cheval, avez des arquebuses à rouet, et elles continuèrent à servir ainsi. Quand à son équipement, il écrit qu’il serait convenable d’armer les arquebusiers à cheval d’un plastron et d’une dossière (cuirasse), mais cela reste à prouver ; parce que embarrassés de ces armes, ils ne peuvent servir en les oc- casions où il est nécessaire de mettre pied à terre. (…) En aucun cas ils ne doivent mettre des cuissards, ni des garde-reins, parce qu’ils sont excessivement embarrassants lorsqu’il faut mettre pied à terre. Ils doivent porter une arquebuse légère… Les soldats devront porter un mousquet à rouet, de onze livres et demi de balle, le canon long de quatre palmes, qu’ils devront porter du côté droit avec la bandoulière ; et y ajouter un morion de même qualité et forme que celui du capitaine.

Dragons espagnols (Aquarelle de Wilke)

Enfin, les généraux possèdent fréquemment deux compagnies de gardes, une de lanciers et une autre d’arquebusiers à cheval. Les deux compagnies de gardes du Cardinal-Infante seront ainsi présentes à la bataille de Nördlingen. Melzo les évoquait déjà dans son traité, vers 1615.

La cavalerie espagnole est organisée en compagnies de théoriquement 100 chevaux. Chaque compagnie, commandée par un capitaine, doit aussi comprendre deux trompettes, un maréchal des logis, un fourrier, un chapelain, un armurier et un barbier. Melzo précise que les cuirassiers devront toujours se déplacer au trot, pour ne pas se désunir, et qu’ils devront être ordonnés en gros escadrons de 200 à 400 chevaux. Plus l’escadron sera renforcé, mieux ce sera, et la rencontre plus galante, et on pourra en attendre le meilleur effet, ajoute t-il.

L’Artillerie

Depuis 1609, selon Diego Ufano Velasco, l’artillerie espagnole n’utilise plus, théoriquement, que quatre calibres : le canon tirant 40 livres de balles, le demi-canon tirant 24 livres de balles, le quart de canon tirant 10 livres de balles et le quint de canon – ou octave et auquel on peut substituer la quart de couleuvrine – tirant 5 livres de bal- les. Seuls les deux derniers sont utilisés en campagne, les deux premiers étant réservés aux sièges.

Le déploiement de l’armée

Selon Brancaccio, une armée espagnole des années 1620 dispose sa cavalerie de chaque côté de l’infanterie, les troupes d’arquebusiers à l’extérieur, et les troupes de cuirassiers entre l’infanterie et les arquebusiers à cheval. Une troupe de près de 200 cuirassiers sera placée en avant, suivie de deux troupes de 300 cuirassiers de chaque côté et à 60 pas derrière, suivies de trois autres troupes à 60 pas derrière, dans les intervalles, puis enfin, un dernier échelon de deux troupes à 60 pas derrière, dans les intervalles. Au centre, l’infanterie est aussi disposée en échiquier, chaque escadron à 200 pas l’un de l’autre, pour laisser au second échelon la place de passer dans les intervalles. Le second échelon se positionne 20 pas derrière leur premier et les manches de mousquetaires et arquebusiers se dispo- sent entre les troupes de cavalerie et entre les escadrons d’infanterie.

Une relation du voyage du Cardinal- Infante en 1633-34, nous précise le déploiement réel d’une l’armée espagnole : début septembre 1634, peu avant la bataille de Nördlingen, toute l’infanterie se mit en escadrons, chaque tercio à côté l’un de l’autre, ainsi bien fixés, occupant un front de plus d’un quart de grande lieue (soit 1,5 kilomètre), ils étaient neuf tercios en tout, deux d’Espagnols, quatre de Napolitains, trois de Lombards et deux régiments d’Allemands. Chaque tercio constituait alors un escadron occupant un front de près de 170 mètres.

À Avins, le prince Thomas déploiera son infanterie sur deux lignes, les sept escadrons d’infanterie disposés en échiquiers. La cavalerie, dans un premier temps placée en un rideau pour masquer les lignes espagnoles, sera ensuite déployée sur les ailes et en seconde ligne.

Drapeaux espagnols (Aquarelle de K.A. Wilke)

Stéphane Thion

 

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