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Catégorie : Histoire

Guidons bavarois de la Ligue Catholique

Guidons bavarois de la Ligue Catholique

Ci-dessus : guidon des gardes de Tilly à Breitenfeld (d’après K.A. Wilke et un exemplaire de l’Armémuseum de Stockholm). Je n’ai que l’aperçu d’un des deux côtés de ce guidon qui avait des motifs différents sur l’avers et le revers.

Guidon de cavalerie bavaroise (?) d’après un exemplaire de l’Armémuseum de Stockholm.

Ci-dessus : guidons bavarois d’après K.A. Wilke

Ci-dessus : guidon de cavalerie bavaroise (Armémuseum de Stockhom, taille réelle : 57 x 49cm)

 Ci-dessus : guidon de cavalerie aux armes de Pappenheim, appartenant peut-être à ses gardes du corps (Armémuseum de Stockholm) ; les armes de Pappenheim ont été rajoutées en surimpression afin d’être plus visibles.

Ci-dessus : reconstitution possible du guidon des dragons de Pappenheim, d’après un modèle comparable de l’Armémuseum de Stockholm.

Stéphane Thion

Drapeaux bavarois au sein de la Ligue Catholique

Drapeaux bavarois au sein de la Ligue Catholique

L’armée de la Ligue Catholique, commandée par le lieutenant général comte Jean Tserclaes de Tilly entre 1620 et 1632, était composée essentiellement de bavarois, de wallons, de troupes allemandes recrutées dans les principautés allemandes et bien sûr d’unités imériales. Le corps espagnol de Cordoba se joignit à cette armée à plusieurs occasions (batailles de la montagne blanche, de Wimpfen, et d’Hochst).

Voici quelques drapeaux appartenant à des régiments ayant appartenu à cette armée :

Ci-dessus : 2 drapeaux du régiment Alt-Tilly en 1632 selon plusieurs sources (e.g. Hostorischer Bilderdienst, 2009). K.A. Wilke attribue pour sa part celui de couleur bleue à une compagnie de Schützen (chasseurs) du régiment Pappenheim en 1642. Je ne crois pas à cette seconde hypothèse. Le premier régiment Pappenheim, qui deviendra Alt-Pappeheim, levé en 1621, était bavarois (voir les drapeaux de ce régiment plus bas dans cet article). En 1631, avant la mort du comte Gottfried Hendrich von Pappenheim à Lützen (1632), il semble qu’un autre régiment d’infanterie Papenheim ait été levé, de recrutement allemand. Ce régiment était encore actif en 1642 mais il s’agissait alors d’un régiment impérial et non plus bavarois. De fait, les drapeaux de ce nouveau régiment auraient dû arborer soit la croix bourguignonne, soit l’aigle impérial, soit le sigle de l’empereur Ferdinand III (FIII). La version jaune est une copie d’un exemplaire détenu à l’Armémuseum de Stockholm.

Ci-dessus : drapeaux de 2 compagnies du régiment Jüng-Tilly (Armémuseum de Stocholm)

Le “M” est celui de Maximilien Wittelsbach, Duc-Electeur de Bavière.

Ci-dessus : 4 drapeaux de régiments bavarois d’après des copies réalisées en 1677 (Armémuseum de Stockholm) ; les 2 derniers appartiennent très probablement à 2 compagnies d’un même régiment.

Ci-dessus : drapeau d’une compagnie d’un régiment bavarois (probablement une autre compagnie du même régiment que celui juste au-dessus), d’après K.A. Wilke.

Ci-dessus : drapeau d’une compagnie d’un régiment de la ligue catholique (probablement du régiment Herbersdorf).

Ci-dessus : drapeau d’une compagnie du régiment bavarois de Fürstenberg ou de Fugger d’après K.A. Wilke.

Drapeau d’une compagnie d’un autre régiment bavarois d’après K.A. Wilke.

Drapeau probablement bavarois d’après une copie réalisée en 1677 (Armémuseum de Stockholm). Peut-être une unité montée.

Ci-dessus : 3 drapeaux de compagnies (parmi les 10) du régiment d’infanterie de Pappenheim.

Ci-dessus : Très beau drapeau d’un régiment bavarois (Arméemuseum de Stockholm).  Selon K.A Wilke, il s’agirait du drapeau d’un régiment de dragons. Au vu de la forme et de la taille du drapeau, je doute de cette hypothèse.

Ci-dessus : guidon des gardes de Tilly à Breitenfeld (Armémuseum de Stockholm). Je n’ai que l’aperçu d’un des deux côtés de ce guidon qui avait des motifs différents sur l’avers et le revers.

Stéphane Thion

Guidons de cavalerie saxonne

Guidons de cavalerie saxonne

Quelques guidons de cavalerie de Saxe-Electorale d’après K.A. Wilke :

Guidon aux armes de l’Electeur :

Guidon de l’escadron de Gardes du Corps d’après J. Belaubre :

Guidon de la compagnie colonelle du régiment Maetsch :

Guidons de plusieurs compagnies du régiment Kalkstein (le premier guidon est celui de la compagnie colonelle) :

Guidon d’une compagnie d’un régiment saxon,  probablement du régiment Taube en 1631 (puis 1er régiment de Gardes du corps en 1632) dont les couleurs étaient noir et argent :

Guidon d’une compagnie d’un régiment saxon,  probablement du régiment Hochkirch (1631-32) dont les couleurs étaient noir et or:

Guidon de la compagnie colonelle du régiment Meissen d’après J. Belaubre :

Guidon d’un régiment de Dragons Taube d’après K.A. Wilke :

Guidon du régiment de Dragons von Arnim (Armémuseum de Stockholm) :

Stéphane Thion

Montre de l’armée du Duc d’Enguien à Thionville le 20 juin 1643

Montre de l’armée du Duc d’Enguien à Thionville le 20 juin 1643

Même si cette montre ne correspond à aucune bataille, par sa proximité, elle permet de reconstituer l’ordre de bataille détaillé de l’armée française un mois avant,  le 19 mai 1643 à Rocroi.

I. Infanterie

Le régiment Royal (infanterie), formé par 30 compagnies de 300 soldats nominaux l’année 1642, selon les données du Musée Condé. À Thionville sont présentes les compagnies suivantes:

Compagnie de Buli: 108 hommes

Compagnie de Maulevrier: 119 hommes.

Compagnie de Gamaches: 101 hommes.

Compagnie de Galerande: 126 hommes.

Compagnie de Vaisé: 144 hommes.

Compagnie de Rotelin: 64 hommes. H*

Compagnie de Rocheguion:  74 hommes.

Compagnie de Mortemar: 84 hommes. H*

Compagnie de Laval: 38 hommes. H*

Compagnie d’Origny: 84 hommes. H*

Compagnie de Saligni: 83 hommes.

Compagnie C. (Comte?) de Nancé: 126 hommes. H*

Compagnie de Sillevi: 90 hommes

Compagnie de S. (Saint) Suplice/Supleix: 38 hommes. H*

Total 14 compagnies et 1.274 hommes.

Il faut tenir compte que les compagnies marquées avec un H* ont participé très probablement à la bataille d’Honnecourt en 1642, car elles formaient une partie de l’armée de Picardie en 1642 dans laquelle il y avait 8 compagnies du régiment Royal. Il est possible que certains capitaines aient été nommés après la bataille d’Honnecourt et donc on ne peut pas identifier la compagnie comme ayant participé à cette dernière bataille.

Régiment d’Harcourt (infanterie)

Compagnie colonelle, Duc d’Epernon: 56 hommes

Compagnie mestre de camp, Comte d’Harcourt: 56 hommes

Compagnie Saint Sauveur: 52 hommes

Compagnie du Me(s)nil: 46 hommes

Compagnie du Hamel: 56 hommes

Compagnie Chanteraine: 18 hommes

Compagnie Valecour ou Vilecour: 51 hommes

Compagnie Mal(h)erbe: 74 hommes

Compagnie Bois Brian: 14 hommes

Compagnie de La Mote: 57 hommes

Compagnie de La Bédinière: 53 hommes

Compagnie de Cartil: 20 hommes

Compagnie de Flaviqui: 30 hommes

Compagnie de Beauvais: 50 hommes

Compagnie de La Roque: 33 hommes

Compagnie de Camarsoc: 20 hommes

Compagnie de Pontac: 59 hommes

Compagnie de Lussan: 54 hommes

Compagnie de Verger: 39 hommes

Compagnie de Lenfernan ou de Lenfernel: 30 hommes

Total 20 compagnies avec 868 hommes

II. Cavalerie

Compagnie de carabins du Duc d’Enguien: 30 hommes

Compagnie de carabins du Halier: 20 hommes

Régiment de cavalerie du Roi

Compagnie d’Hocquincourt: 60 hommes

Compagnie de Monbas: 69 hommes

Compagnie d’Estourmel: 70 hommes

Compagnie de Flavacour: 70 hommes

Compagnie de Fabregues: 61 hommes

Compagnie de Maillé: 52 hommes

Compagnie de Saint Julien: 55 hommes

Compagnie d’Esclainvilliers: 68 hommes

Compagnie de Reinevile: 57 hommes

Compagnie du C. (Comte) de Clerc: 51 hommes

Compagnie de Pontescoulant: 67 hommes

Total 11 compagnies avec 680 hommes.

Régiment de Gassion, Mestre de camp général de la cavalerie française (cavalerie)

Compagnie Colonelle, Gassion: 70 hommes

Compagnie Mestre de camp, Gassion: 70 hommes

Compagnie La Vilette: 67 hommes

Compagnie La Valière: 63 hommes

Compagnie Ravenel: 53 hommes

Compagnie La Garene: 68 hommes

Compagnie du Long: 65 hommes

Compagnie Gassion Bergère: 70 hommes

Compagnie Chomaver: 66 hommes

Compagnie de Roie: 67 hommes

Compagnie de Reine: 68 hommes

Compagnie Savaut: 67 hommes

Total 12 compagnies avec 794 hommes

Régiment du Maréchal de Guiche (cavalerie)

Compagnie Maréchal de camp: 64 hommes

Compagnie de Linoile: 59 hommes

Compagnie d’Orte: 58 hommes

Compagnie La Mote: 59 hommes

Compagnie de Rouvile: 58 hommes

Compagnie C. (Comte?) Layen: 60 hommes

Compagnie du Me(s)nil: 58 hommes

Compagnie La Queique: 59 hommes

Compagnie de Nouailles: 60 hommes

Compagnie de Pontoharnaut: 60 hommes

Total 10 compagnies avec 595 hommes

Régiment de Ferté-Senneterre (cavalerie)

Compagnie Mestre de camp: 69 hommes

Compagnie Senneterre: 69 hommes

Compagnie d’Equancour: 68 hommes

Compagnie de Romainvile: 67 hommes

Compagnie Chevalier de Jonchères: 65 hommes

Compagnie d’Aubeival: 66 hommes

Compagnie La Morlien: 68 hommes

Compagnie La Montorse: 51 hommes

Total 8 compagnies avec 523 hommes

Régiment de Lénoncourt (cavalerie)

Compagnie Mestre de camp: 60 hommes

Compagnie de Linières: 58 hommes

Compagnie Chevalier de Bourlemont: 60 hommes

Compagnie L’Astigoti: 60 hommes

Compagnie C. (Comte?) de Bourlemont: 60 hommes

Compagnie Bordes Cris(?): 62 hommes

Total 6 compgnies avec 360 hommes

Régiment de la Mézangère (cavalerie)

Compagnie Mestre de camp: 50 hommes

Compagnie du Vivier: 30 hommes

Compagnie Chevalier de la Mézangère: 30 hommes

Compagnie Mongobert: 40 hommes

Compagnie La Guete: 36 hommes

Total 5 compagnies avec 186 hommes

Régiment de Coislin (cavalerie)

Compagnie Mestre de camp, Maréchal de Coislin: 60 hommes

Compagnie Monsieur(?) de Crusi: 60 hommes

Compagnie d’Anglière: 64 hommes

Compagnie de La Bourlie: 60 hommes

Compagnie d’Orthe: 57 hommes

Compagnie Boudienant: 59 hommes

Compagnie Vigneau: 60 hommes

Compagnie de Perne: 60 hommes

Total 8 compagnies avec 480 hommes

Régiment de Sirot (cavalerie)

Compagnie Mestre de camp, Baron de Sirot: 60 hommes

Compagnie de La Forêt: 60 hommes

Compagnie de Tenance: 60 hommes

Compagnie de La Neuville: 60 hommes

Compagnie d’Eurigni (Origny?): 60 hommes

Compagnie de Sens: 60 hommes

Total 6 compagnies avec 360 hommes

Régiment de La Clavière (cavalerie)

Compagnie Mestre de camp: 66 hommes

Compagnie d’Andresi: 68 hommes

Compagnie de Richecour: 65 hommes

Compagnie du Baron de Gouri: 64 hommes

Compagnie Breughat: 60 hommes

Compagnie de Rochefort: 60 hommes

Total 6 compagnies avec 383 hommes

Régiment de Roquelaure (cavalerie)

Compagnie Mestre de camp, Marquis de Roquelaure: 33 hommes

Compagnie du Hamel: 70 hommes

Compagnie Baron de Roquelaure: 43 hommes

Compagnie de Longpré: 73 hommes

Compagnie Enquetot: 70 hommes

Compagnie Novaillac (Novailles?): 68 hommes

Total 6 compagnies avec 357 hommes

Régiment d’Harcourt (cavalerie)

Compagnie Mestre de camp, Comte d’Harcourt: 40 hommes

Compagnie Maugéron: 44 hommes

Compagnie Comarin ou Comartin: 30hommes

Compagnie de Coligny (-Saligny): 42 hommes

Compagnie d’Escot: 50 hommes

Compagnie du Baron de Laubepin: 62 hommes

Compagnie Hautefort: 65 hommes

Compagnie du Comte de Brione: 60 hommes

Compagnie d’Hervaux: 58 hommes

Compagnie Boislapierre: 64 hommes

Compagnie de Valin: 61 hommes

Total 11 compagnies avec 575 hommes

Régiment de Maroles (cavalerie)

Compagnie Mestre de camp, Baron de Maroles: 65 hommes

Compagnie de Maroles Lenoncourt: 70 hommes

Compagnie du Hamel: 70 hommes

Compagnie d’Argicourt: 60 hommes

Compagnie de Monguères: 60 hommes

Compagnie Courtanmer: 60 hommes

Compagnie du Vicomte de Courtanmer: 61 hommes

Total 7 compagnies avec 446 hommes

 

Régiment de Fusiliers du Roi (cavalerie)

Compagnie colonelle La Mothe Saint Cyr: 66 hommes

Compagnie Saint Martin: 62 hommes

Compagnie Chantcelère: 64 hommes

Compagnie de Sailli: 64 hommes

Compagnie de Châteausavari: 65 hommes

Compagnie de Cuisi: 63 hommes

Total 6 compagnies avec 384 hommes

Régiment weimarien de Wamberg (cavalerie) qui deviendra le régiment de Schack.

Compagnie Colonelle, de Wamberg: 62 hommes

Compagnie Lieutenant Colonel L’Anette: 61 hommes

Compagnie de Flancour: 60 hommes

Compagnie de Spindelbach: 60 hommes

Compagnie de Frimegni: 58 hommes

Compagnie de Beaumont: 62 hommes

Total 6 compagnies avec 363 hommes

Régiment de Raab (cavalerie croate)

Compagnie colonelle, Raab: 68 hommes

Compagnie Milotin: 66 hommes

Compagnie Tobias Molde: 67 hommes

Compagnie de Talange: 66 hommes

Total 4 compagnies avec 267 hommes

Pere Cristòfol

 

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Guidons de cavalerie française

Guidons de cavalerie française

Quelques guidons de cavalerie française :

Ci-dessus : Guidons de cavalerie d’après K.A. Wilke

Ci-dessus : Guidon du régiment de cavalerie de Turenne  d’après K.A. Wilke

Ci-dessus : Guidon de régiment de cavalerie d’après une gravure de 1658, probablement du régiment Mestre-de-camp général

Ci-dessus : 5 guidons inspirés du tableau  La prise de Privas (28 mai 1629) (Château de Versailles).

Le premier guidon appartient peut-être aux gardes du corps, gendarmes ou chevaux légers du Roi qui étaient présents au siège.

Ci-dessus : le guidon du régiment de cavalerie Cardinal-duc est fréquemment représenté aux armes du Cardinal-duc de Richelieu (par Marbot, Rousselot, Gerrer et al.).

 

Stéphane Thion

Guidons de cavalerie espagnole

Guidons de cavalerie espagnole

Guidons de cavalerie espagnole d’après les aquarelles de K.A. Wilke :

Guidons de cavalerie espagnole d’après les tableaux de Snayers :

Guidons de cavalerie espagnole à Rocroi d’après les “trophées de Rocroy” de N. Cochin (interprétation) :

 

Guidon de cavalerie espagnole pris par les Suédois (Taille : 45 x 40 cm ; Armémuseum de Stockholm) :

Guidon de dragons espagnols pris par les Suédois (Taille : 53 x 60 cm ; Armémuseum de Stockholm) :

Stéphane Thion

Banderas de Tercios (2/2)

Banderas de Tercios (2/2)

Pour terminer cette série sur les banderas de tercios, voici quelques exemplaires reconstitués à partir du tableau de Dirk Van Delen représentant le Ridderzaal (“salle des chevaliers”) à la Haye (1651).

Ci-dessus : 2 banderas de tercios (à droite dans le tableau) ; d’après P. Picouet (2011).

La seconde bandera semble avoir servi de modèle à David Teniers le jeune pour son tableau réalisé entre 1640 et 1650 et  intitulé “un corps de garde”.

Ci-dessus : bandera de tercio apparaissant à gauche et au second plan du tableau, en 10 exemplaires dont 9 de couleur bleue.

Les compagnies devaient être distinguées par un signe particulier qu’il n’est pas possible d’identifier sur le tableau (d’après P. Picouet, 2011).

Ci-dessus : Bandera de tercio apparaissant à gauche dans le Ridderzaal.

Ci-dessus : Bannière particulière apparaissant à gauche dans le Ridderzaal : le motif est courant sur les guidons de cavalerie, mais sa taille est celle d’une bannière d’infanterie.

Ci-dessus : Une grande bannière présentée en deux exemplaires dans le tableau (à gauche et à droite).

La première version est juste une version numérisée et agrandie de ce drapeau. Dans la seconde version, le blason a été repris afin de le rendre plus visible.

 Stéphane Thion

Banderas de Tercios (1/2)

Banderas de Tercios (1/2)

Pour faire suite aux banderas de Rocroi, voici quelques banderas de tercios pour la période 1600-1635 :

Bandera de tercio en 1606 d’après le tableau du siège de Groenlo de Pieter Snayers

Bandera de tercio en 1625 d’après le tableau La reddition de Breda de D. Velazquez

Banderas de 3 compagnies d’un tercio en 1622 d’après le tableau Gonzalo Fernandez de Cordoba à la bataille de Fleurus de Vicente Caducho. Il s’agit probablement du tercio de Naples, commandé par Ibarra.

Bandera de tercio espagnol prise par les Suédois en 1633. Selon P. Picouet (2011), il pourrait s’agir du tercio Juan Diaz Zamorano de l’armée du duc de Feria (Armemuseum de Stockholm).

Bandera du tercio viejo de Sicilia (1534, source internet non identifiée).

    

Bandera du tercio viejo de Napoles (1534, source internet non identifiée).

Bandera du tercio viejo de Lombardia (1571) d’après Julio Albi de la Cuesta.

Stéphane Thion

La bataille d’Avins (20 mai 1635) d’après les relations

La bataille d’Avins (20 mai 1635) d’après les relations

Relation officielle de la bataille d’Avein (Chez Melchior Tavernier, graveur & imprimeur du Roy)

L’Armée du Roy destinée pour la Flandre, ayant commencé de marcher le douzième de ce mois dans le pays de Luxembourg & de Liège, pour s’aller joindre à celle de Messieurs les États, qui devait s’avancer d’un autre côté, après avoir traversé la forêt d’Ardennes, & plusieurs autres pays fort stériles, où la quantité de vivres dont elle fît provision avant que partir des frontières de France lui fut assez nécessaire, rencontra le vingtième de ce mois à sept heures du matin l’armée Espagnols, composée de dix mille hommes de pied, trois mil chevaux, & seize canons ; commandée par le Prince Thomas, campée sur son chemin très- avantageusement. Les escadrons qui se trouvèrent plus avancés, commandés par les sieurs de Moulinet & d’Alexis, ayant donné avis de l’état des ennemis, firent ferme assez longuement contre toute l’armée, soutenus seulement des régiments de Genlis & de Lusignan, & à la faveur de quelques haies, où le sieur de Camailleran les avait logé proche du canon.

Le brigade de Monsieur le Maréchal de Brezé qui faisait la moitié de l’armée, que ledit sieur Maréchal commandait toute ce jour là, se trouvant plus proche, fut mise par lui en bataille en un instant, & s’avança jusqu’au lieu où étaient les escadrons pour les soutenir. Monsieur le Maréchal de Châtillon qui était logé séparément, & avait été averti quelque temps auparavant que les ennemis s’étant avancé avec quelques troupes de sa brigade, dont les corps de Genlis, Luzignan, Alexis & Moulinet faisaient partis, arriva près d’eux par la main gauche presqu’en même temps que ledit sieur Maréchal de Brezé : & aussitôt fit descendre quatre mille hommes de pied, quatre cents chevaux, & quatre pièces de campagne d’un village, où Monsieur de la Meilleraye, en attendant sa venue les avait fait mettre en ordre par le sieur d’Espenan dans la plaine, où tout le reste de l’armée était déjà en bataille, excepté quelques régiments & compagnies de cavalerie de la brigade de Monsieur de Châtillon, qui n’avaient pu assez tôt recevoir les ordres pour s’y rendre, à cause que la longue traite du jour précédent les avait fait loger séparément, & éloignés les uns des autres.

Le Conseil de guerre fut tenu sur le champ de bataille, pour savoir si l’on devait continuer de marcher, faire ferme, où aller droit aux ennemis pour les combattre. Sur quelques diversités d’opinions, il fut trouvé bien de reconnaître encore de plus près la contenance des ennemis, pour faire jugement plus certain de leur dessein, de leur force, & de tout ce que l’on pouvait faire. Pour cet effet les sieurs de la Meilleraye, de Charnacé, & d’Espenan s’étant avancés jusqu’aux vedettes plus éloignées, qui avaient été posées en un lieu éminent, rapportèrent que les ennemis étaient en bataille à deux mille pas de là ; ce qu’ayant aussi été reconnu par lesdits sieurs de Châtillon,& de Brezé, personne ne douta plus qu’il ne fallut combattre. Ledit sieur de Brezé s’étant allé à l’aile droite, pource, comme il a été dit, que c’était son jour de commander l’armée, ledit sieur de Châtillon prit la gauche : & l’armée s’avança contre les ennemis au même ordre qu’elle était venue en leur présence.

Les ennemis voyant venir firent couler une partie de leurs troupes sur leur main gauche, & rangèrent leur infanterie dans un vallon, où elle était à couvert de leur canon,& de leur cavalerie. La bataille commença par l’aile droite, que ledit sieur de Brezé avait disposé de telle sorte, que la cavalerie & l’infanterie se soutenant l’un l’autre, il était impossible, sans un grand malheur, de les rompre & de les forcer. La décharge que les ennemis firent sur les nôtres de leurs carabins, canon & infanterie fut très-grande, quelques escadrons en furent ébranlés d’abord ; & après ce bruit la fumée du canon s’étant mêlée parmi une grande poussière que le vent élevait, mit quelque désordre parmi quelques-unes de nos troupes, qui ne se reconnaissaient presque plus, aucun ayant fait leur décharge contre les nôtres, même à l’endroit où était le Maréchal de Brezé. Nonobstant ce petit désordre, quelques escadrons de cavalerie ne laissèrent pas d’enfoncer les ennemis sur la droite : & Monsieur de Brezé ayant rallié tout ce qui s’était mis en désordre, les ramena au combat avec tant d’ardeur & de regret seulement d’avoir branlé, que les ennemis firent encore emportés en un autre endroit où ils donnèrent. L’aile droite ayant en cette sorte fait plier les ennemis, & déjà gagné leur canon, on s’aperçut que l’aile gauche où Monsieur de Châtillon commandait avait eu un pareil succès, & que la cavalerie des ennemis avait aussi lâché le pied de ce côté-là, si bien qu’il ne restait plus que leur infanterie qui avait fait ferme. Le sieur de la Meilleraye qui en fut averti par le sieur de Charnacé, laissa les escadrons de cavalerie, à la tête desquels il avait combattu jusqu’alors à l’aile droite ; & cependant qu’ils allaient poursuivant la victoire, s’en revint demander audit sieur de Châtillon les régiments de Champagne, de Cy, de Bellebrune, & de Mignieux, pour attaquer ce qui restait d’infanterie aux ennemis. Monsieur de Châtillon l’ayant trouvé bon, Champagne donna le premier courageusement, fut suivi & soutenu par les autres, ce qui acheva le combat ; car le sieur de Brezé avait fait avancer trois bataillons, & six ou sept escadrons pour les secourir, lesquels voyant qu’ils n’en avaient pas besoin avaient passé plus outre, pour empêcher le ralliement des ennemis, & assurer la victoire. Il ne fallut plus après cela que la poursuivre, ce qui fut fait si heureusement, que plus de cinq mil sont demeurés morts sur la place, seize pièces de canon, & le bagage pris, quatre-vingt neuf drapeaux, quinze cornettes, dix-huit cents prisonniers, presque tous leurs principaux officiers, entre lesquels de Comte de Fera (Feria), de la maison de Piemantel Gouverneur d’Anvers, & lieutenant général de l’armée, avec un sien neveu, & un sien cousin, un bâtard de l’Archiduc Leopold, le Comte de Billerval (Villerval) ayant le bras rompu d’une mousquetade, les colonels Ladron & Sfondrato, dont les régiments, l’un de deux mil Espagnols naturels, & l’autre d’autant d’Italiens, composés de quantité d’officiers réformés, & les meilleurs de tout le pays bas, ont été entièrement défaits.

Le Comte de Bucquoy se retira lui quatorzième dans Namur, après avoir eu deux chevaux tués sous-lui ; quelques- uns avaient cru mort le Prince Thomas, mais il se sauva de bonne heure parmi les nôtres ; car il n’y a eu que cinquante morts, & cent cinquante blessés ; mais quantités d’officiers se sont signalés dans le combat, parmi lesquels, outre la valeur & bonne conduite que Mes- sieurs les Maréchaux de Châtillon & de Brezé ont fait paraître en toute l’action, pour faire combattre toutes les troupes, & soutenir les endroits qui étaient ébranlés, où ils ont quelquefois été obligés de se mêler & de combattre de leurs mains ; Messieurs de la Meilleraye & de Charnacé y ont fait des merveilles en valeur & en jugement, se trouvant partout pour agir où il était nécessaire ; comme aussi le Marquis de Tavannes, & le sieur Lambert, le premier a été blessé légèrement au visage d’une mousquetade ; les sieurs d’Espenan& de Monsolens s’y sont autant qu’il est possible signalés ; les sieurs de Moulinet& d’Alexis ne sauraient être assez loués ; comme les sieurs de la Luzerne, Lenoncourt, d’Aumont, la Ferté-Seneterre, des Roches Saint-Quentin, des Roches-Baritaut, Ysault, Beauregard, Champros blessé légèrement de trois coups, & son cheval d’autant, Lansac, Praslin, Francieres, Bouchavanes, la Clavière, Viantais (Viantez) blessé légèrement au visage, & deux chevaux tués sous lui, Broully au Bayes, le Terail, Cambon, Asssera, Vatimont, Tivolieres, dont le cheval fut blessé en trois endroits, Beauregard, Blanchefort, Beauveau, Daint-Florent, Saintou, Vances, capitaine des Gardes de Monsieur le Maréchal de Brezé, dont le cheval a été tué d’une mousquetade, le Comte de Tonnerre, Marquis de Varennes, Calonge, Bellebrune, Genlis, Polignac, Castelnault, La Mothe-Houdencourt, & plusieurs autres Maîtres de camp, les volontaires y ont fait aussi parfaitement bien ; Messieurs de Vendômes, Prince de Marsillac, Marquis de Boissy, entre autres le Marquis de Narmoutié, Cursol, Hautefort, Beaumont, Builly, Guyancourt, Basoches Boisanval ; les autres aussi qui s’y sont portés très vaillamment, Chinoise & du Puits y ont été tués ; les sieurs de Grateloup, Montalet, & Chevaliers de Mousseleins qui menaient les enfants perdus de Piémont méritent aussi d’être particulièrement remarqués, après avoir fait faire leur décharge à bout portant, encore qu’ils vissent quelque petit désordre à leur main droite, ils ne laissèrent pas de s’y mêler à coups d’épée ; le sieur de Chastelier-Barlot ne s’y trouva pas, étant employé à ramasser douze cornettes de cavalerie, & les régiments de Mesdavy, Marquis de Brezé, Monmege & Mesnil, tirant de la brigade de Monsieur le Maréchal de Châtillon ; le sieur de la Ferté Imbaut ne combattit point aussi, ses compagnies étant destinées pour le gros de réserve.

Le lieu d’où parti l’armée du Roy, je jour du combat, se nomme Tinlo, & celui où la bataille fut donnée s’appelle Avein.

 

La bataille d’Avins selon le Mercure Français

On ne parlait que de guerre. Le rendez-vous général des troupes du Roy était à Mézières, sur les frontières de Champagne & du Luxembourg. Les Maréchaux de Châtillon & de Brezé étaient les Généraux de cette nouvelle armée, laquelle se trouva composée de vingt-cinq à trente mille hommes, tant Infanterie que Cavalerie, tous braves hommes & en très bon état, équipée de cinquante pièces de canon de divers calibre, avec leurs équipages & munitions. Lesdits sieurs Généraux s’étant rendus à Mézières, ils divisèrent leur armée
en deux parties, dont la première passa les 7 & 8 de May la rivière de la Meuse par le pont de Mézières, sous la conduite du Maréchal Châtillon, qui devait commander le premier jour, comme le plus ancien, & s’alla loger entre les rivières de la Meuse & de Samoy. L’autre
partie prenant la route & les postes de l’avant-garde passa le Samoy, depuis Bouillon jusques à Orcimont, suivis de l’artillerie & de son attirail ; & toute l’armée entière traversa les Ardennes dans le pays du Luxembourg. (…)

L’armée Française étant partie de Rochefort le 18 de May, leMaréchal de Châtillon conduisant l’avant-garde, prit le même jour Marche- en-Famine à capitulation, par laquelle trois cents soldats sortirent avec leurs armes seulement, & la ville fut mise sous la protection du Roy ; mais pour le peu d’importance de la place il n’y fut laissé aucune garnison. Le lendemain (19 mai 1635), toute l’armée fit une traite extraordinaire, et alla prendre ses quartiers aux environs de Freteur. Ce qui fit que les Français gagnèrent le devant, et empêcha qu’ils ne fussent coupés par l’armée du Prince Thomas, qui était composée de dix mille hommes de pied, et de trois mille chevaux. Le sieur de la Meilleraye voyant l’armée ennemie proche de son quartier, rallia les troupes près de lui si à propose, que les ennemis n’osèrent attaquer, et donna avis aux Maréchaux de Châtillon et de Brezé qu’ils s’approchaient avec de grandes forces. Aussitôt lesdits sieurs Maréchaux, logés à demi-lieue l’un de l’autre, montèrent à cheval chacun de son côté, et se joignirent en une plaine pour aller avec bon ordre vers ladite armée du Prince Thomas ; laquelle avait pris un poste fort avantageux, ayant placé toute leur infanterie dans un
petit vallon couvert de grosses haies, où ils avaient mis toute leur mousqueterie avec 16 pièces de canons, soit bien placées, et avaient avancé 1500 chevaux dans la plaine par où les Français allaient pour les attirer dans le gros de leur infanterie qu’ils tenaient cachée dans ce vallon. Ce qui empêcha d’abord les Français de bien reconnaître leurs forces ; le reste de leur cavalerie était dans une autre campagne par delà le vallon derrière leur infanterie. Les Maréchaux de Châtillon et de Brezé et le sieur de la Meilleraye s’avancèrent pour reconnaître leur contenance, et résolurent, après avoir consulté, d’aller droit à eux. Le Maréchal de Châtillon donna ordre audit sieur de la Meilleraye de faire venir douze pièces de campagne pour mettre à la tête des bataillons Français. Ce qu’il exécuta promptement.

La plaine par laquelle ils marchaient étant assez large pour mettre les deux brigades de front, le Maréchal de Brezé ayant l’aile droite de l’armée avec toutes ses troupes ensemble, et le Maréchal de Châtillon la gauche, avec une partie des siennes seulement, ils avancèrent
en très bon ordre, l’infanterie au milieu, et la cavalerie sur les ailes ; et pressant les ennemis, leur cavalerie qui était avancée se retira vers celle qui était derrière leur infanterie, laissant deux escadrons à côté de l’infanterie de main droite, et leurs carabins à côté desdits escadrons. L’aile droite qui était plus proche des ennemis, alla donner hardiment dans le corps de leur infanterie ; et les escadrons
Français de main droite s’avancèrent aussi contre ceux de l’ennemi, le Maréchal de Brezé à la tête leur montrant le chemin. Quelques
uns de ses escadrons ayant été surpris de la grande décharge des carabins et mousquetaires des ennemis, et leurs chevaux épouvantés du bruit et de la fumée de leurs canons, furent renversés sur des bataillons de l’infanterie qui les mirent en désordre : mais cela n’empêcha pas que le Marquis de Tavannes, à la tête des compagnies des sieurs de Vientes, la Luzerne, Lenoncourt, d’Aumont, la Ferté-Seneterre, Isaut, Beauregard-Champrou, Bouchavanes et la Claviere, avec une partie de leurs escadrons, n’enfonça la cavalerie des ennemis qui était de leur côté. Le sieur de Charnacé se trouva parmi eux, où il se fit signaler par son jugement et courage.
Le Maréchal de Brezé rallia ses bataillons qui avaient été en désordre, et les envoya attaquer l’infanterie des ennemis qui était à gauche de leur canon, laquelle ils emportèrent ; pendant qu’il les soutenait avec le reste de la brigade qui n’avait point passé, qu’il avait remis en ordre et que le sieur de Monsolins mena.

Le Maréchal de Châtillon étant à la tête de l’aile gauche, voyant les bataillons des ennemis qui étaient à main droite de leur canon, en bon ordre et en état de faire résistance, fit commandement au régiment de Champagne de les attaquer, le Marquis de Varennes à la tête, la pique à la main, leur montrant le chemin de bien faire. Ils y allèrent avec tel ordre et courage, qu’ils battirent d’abord un régiment Espagnol, et le régiment du Prince Thomas. Les régiments de Plessis-Praslin, Longueval, Genlis, Lusignan et Cy donnèrent ensuite, et achevèrent de mettre en route l’infanterie des ennemis ; et notre cavalerie de main gauche, le sieur Lambert Maréchal de Camp à leur tête, avec les compagnies des sieurs Moulinet, Brouilly, Cluy, Hocquincourt, Fourille, Comte d’Ayent, Aubais, Saint-Martin, Asserac, Belin, et les compagnies de carabins d’Arnaut, Bideraut, Maubuisson, Villars, couplées en escadron, ne perdirent point le temps d’aller droit à la leur, selon l’ordre qu’en avait donné le Maréchal de Châtillon ; et y allèrent avec telle hardiesse, que 1500 chevaux des ennemis ployèrent devant eux aux premiers coups de pistolet ; et l’escadron de Moulinet trouvant un régiment des ennemis qui commençait à se rallier, le tailla en pièces. Les Ducs de Mercoeur se trouvèrent à cette charge, où ils firent paraître leur courage, s’y étant portés très généreusement.

Il n’y eut plus qu’à poursuivre la victoire et à tuer. La compagnie de gendarmes et celle de chevaux légers de Monsieur demeura pour le gros de réserve, le sieur de la Ferté-Imbaut à leur tête, la contenance ferme de cet escadron donnant de l’effroi aux ennemis, sans toutefois combattre. Le sieur de Chastelier Barlot étant demeuré au quartier du Maréchal de Châtillon par son ordre très exprès, pour assembler le reste des troupes de sa brigade, ne manqua de s’avancer après le plus diligemment qu’il peut ; mais il ne vint qu’après le combat achevé. Il ne laissa pas d’arriver à propos. Car si les ennemis eussent fait plus de résistance ou se fussent ralliés, ce nouveau renfort eût bien aidé. Il est à remarquer en cette occasion que le Grand Maître de l’Artillerie fit aussi généreusement et judicieusement qu’un capitaine saurait faire, s’étant mis à l’aile droite, et partout où il y avait du péril. Les sieurs de Saint-Florent et de Beauregard-Blanchefort y servirent dignement et courageusement, portant avec promptitude et diligence les commandements aux troupes de l’aile gauche ; comme aussi les sieurs d’Espenan, de Monsolins, et de la Fitte de leur côté; Les Marquis de Boisy, de Narmontier, de Hautefort, le Comte de Beaumont, Chenoise qui y fut tué, le fils de Launay, Hercour, neveu du sieur Medan, firent très bien courageusement. Comme aussi le sieur de Charnassé, leMarquis de Tavannes qui fut légèrement blessé d’une mousquetade au visage, les sieurs Lambert, de Moulinet et d’Alexis, de la Luzerne, Lenoncourt, d’Aumont, la Ferté-Seneterre, des Roches, Saint-Quentin, des Roches-Baritaut, d’Isaut, Beauregard, Gadaigne autrefois Champron, celui-ci blessé légèrement de trois coups et son cheval d’autant, Lansac, Praslin, Francieres, Bouchavanes, la Claviere, Viantes blessé légèrement au visage et deux chevaux tués sous lui, Brouilly Aubayes, terrail, Cambon, Assarac, Vatimont, Tivolieres, Beauveau, Saintois, Vances capitaine des Gardes du Ma- réchal de Brezé, le Comte de Tonnerre, Marquis de Varenne, Calonge, Bellebrune, Genlis, Polignac, Castelnau, la Mothe-Odancourt et plusieurs autres, s’y rendirent remarquable par leur courage et jugement. Les volontaires y firent encore parfaitement bien, entre autres les Ducs de Mercoeur et de Beaufort, les Prince de Marsillac, Comte de Cursol, Beaumont, Bully, Guinancourt et Barches, du Puy qui y fut tué. Les sieurs de Grateloup Montalet, et Chevalier de Monsolins qui menaient les Enfants perdus de Piémont, méritent bien d’être particulièrement remarqués ; car après avoir fait faire leur décharge à bout-portant, encore qu’ils vissent quelque désordre à leur main droite, ils ne laissèrent pas de se mêler à coups d’épée.

Il y demeura des ennemis sur le champ et sur le chemin de leur fuite 4 000 morts, toute leur artillerie prise, avec tous leurs drapeaux, et quelques cornettes aussi, et cent cinquante mille patagons. Le Comte de la Faira fils du Comte de Benevent, gouverneur d’Anvers, le Comte Vuillervad Lieutenant de l’artillerie, le colonel Alonse Ladron Espagnol, le colonel Sfondrate italien, le colonel Brons Anglais, Dom Carlos d’Autriche fils bâtard de l’Archiduc Leopold furent pris prisonniers, et quantité d’autres. Le Prince Thomas se sauva de bonne heure. Le Comte Buquoy se retira lui quatorzième dans Namur, après avoir tué deux chevaux sous lui. En tout cet heureux exploit les Français n’y perdirent que 200 hommes de pied et environ 60 maîtres. Il y eut force officiers du régiment de Champagne blessés, deux capitaines, cinq lieutenants, et un enseigne ; du régiment de Piémont un lieutenant mort, et cinq ou six autres officiers blessés ; le sieur de Beauregard-Champrou ci-devant nommé fut blessé en deux ou trois endroits, et entre autres d’un coup de pistolet au bras gauche.

La plaine où la bataille fut donnée s’appelle Avein, à cause du bourg ou village proche ainsi nommé, entre ledit bourg d’Avein et Ochen, derrière la ville de Hoye au pays de Liège. Le combat dura depuis environ midi jusqu’à 5 heures du soir. Les régiments de la Meilleraye, Maréchal de Brezé, Castelnau, Saucourt et Calonge secondèrent de leur côté fort courageusement. Le régiment de Piémont, surtout les officiers s’y portèrent très dignement. Les autres régiments qui les soutenaient firent bien leur devoir en demeurant fermes dans leur place ; mais ils n’eurent pas l’ordre ni le temps d’aller au combat, étant demeurés pour troupes de réserve, en cas qu’il y eut plus de résistance.

La bataille d’Avins (20 mai 1635) d’après les témoins

La bataille d’Avins (20 mai 1635) d’après les témoins

La bataille d’Avins dans les Mémoires de Richelieu

Cependant l’armée du Roi s’était déjà mise en chemin ; car après avoir demeuré quelque temps à attendre, enfin les généraux, considérant qu’il serait plus glorieux au Roi d’aller au-devant de ses alliés qu’eux venir à nous, et que ce délai nous était préjudiciable, non-seulement donnant lieu aux ennemis de se reconnaître et de reprendre courage, mais encore de nous nuire et d’empêcher ou rendre très-difficile la jonction de nos armées, si passant dans le Luxembourg ils se saisissaient des passages, et avec des arbres coupés traversaient nos chemins, se résolurent de ne différer pas de marcher, nonobstant que l’armée des Hollandais ne fût pas si avancée comme elle devait. Ils divisèrent l’armée en deux brigades, l’une pour être commandée par le maréchal de Châtillon, l’autre par le maréchal de Brezé, nommés par le Roi pour commander son armée avec pouvoir égal, et s’étant accordés entre eux que chacun commanderait alternativement toute l’armée, et marcherait à l’avant-garde avec sa brigade. Le maréchal de Châtillon, comme le plus ancien, commanda la première journée et passa la Meuse à Mézières le 7 et 8 mai, et fut suivi de l’autre brigade, du canon et de l’artillerie, et envoyèrent en chemin demander passage sur le pont de Bouillon, qui leur fut accordé par le sieur Fériff, gouverneur de ladite place, pource qu’il savait bien ne leur pouvoir résister ; il les pria néanmoins de ne pas faire passer le canon sur le pont, que jamais les Espagnols n’en avait usé ainsi, et qu’afin que cela ne lui pré- judiciât point à l’avenir, il les suppliait de faire de même, vu principalement qu’il y avait deux ou trois gués à cinq cents pas au-dessous où il n’y avait que deux pieds d’eau ; à quoi les généraux lui répondirent que s’ils avaient à passer sur sondit pont, ils en useraient avec toute la courtoisie qu’il leur serait possible, ce qu’ils firent ; car ils passèrent la rivière de Semoy en trois lieux, l’artillerie au gué de Cugnon, partie de l’infanterie sur le pont de Bouillon, et l’autre avec la cavalerie au gué de la Forêt. Le sieur de La Meilleraie avec deux régiments et deux couleuvrines passa par Orsimont, qu’il prit à composition, et tous les corps de l’armée s’assemblèrent le 13 mai à Palizeuil, où ayant séjourné le lendemain pour refaire leurs chevaux, ils passèrent le 15 la forêt de Tellin par un chemin qu’ils avaient fait reconnaître. Le maréchal de Brezé se logea au-delà sur le bord
du bois, et le maréchal de Châtillon en-deçà, et le 16 arrivèrent à Rochefort, lieu avait été donné pour rendez-vous à notre armée, où ils attendirent un jour pour apprendre des nouvelles de l’armée du prince d’Orange, et, n’en entendant point, résolurent d’aller au-devant de lui jusqu’à Maestricht, bien qu’ils eussent avis assuré que l’armée des Espagnols, qui était assemblée vers la Sambre, en était partie et venait de passer la Meuse à Namur pour venir au-devant de nous. Le 18, les deux brigades se séparèrent ; le maréchal de Châtillon, ayant ce jour-là l’avant-garde, prit la route de Marche-en-Famine, petite ville de Luxembourg où il y avait garnison espagnole, qui d’abord se rendit à composition et reçut ses troupes, qui ce même jour y logèrent, et le maréchal de Brezé avec l’arrière-garde prit la main gauche entre Namur et Marche pour s’opposer au secours, en cas que la place fit résistance, et campa autour du village de Nelten. Le lendemain, la nouvelle continuant du passage des Espagnols et qu’ils venaient à nous, il fut résolu entre les généraux que l’on marcherait en bataille, et que l’on suivrait au premier logement, qui fut ce jour même à Freteur pour la brigade du maréchal Châtillon, et à Tinlo pour la brigade du maréchal de Brezé, distant d’un quart de lieu l’un de l’autre. Mais le maréchal de Châtillon fut contraint, par la nécessité des vivres et la misère du pays, de séparer ses troupes en des logements un peu éloignés les uns des autres, ce qui n’apporta pas peu de difficulté le lendemain, comme nous verrons ; car les ennemis s’avancèrent jusqu’auprès de nous pour nous combattre. Le sieur de La Meilleraie en eut le premier l’avis, et les sachant si proche de son quartier rallia les troupes près de lui si à propos qu’ils n’osèrent l’attaquer, et donna avis aux maréchaux de Châtillon et de Brezé qui s’approchaient avec leurs forces : aussitôt lesdits maréchaux montèrent à cheval chacun de son côté, et se joignirent en une plaine pour aller avec bon ordre vers ladite armée du prince Thomas, laquelle avait prit un poste fort avantageux, ayant placé toute leur infanterie dans un petit vallon couvert de grosses haies où ils avaient mis toute leur mousqueterie avec seize pièces de canon fort bien placées, et avaient avancé quinze cents chevaux dans la plaine pour nous attirer dans le gros de leur infanterie qu’ils tenaient cachée dans ce vallon, ce qui nous empêcha d’abord de bien reconnaître leurs forces ; le reste de leur cavalerie était dans une autre campagne par là le vallon derrière leur infanterie. Les maréchaux de Châtillon et de Brézé et messieurs de La Meilleraye s’avancèrent pour reconnaître leur contenance, et se résolurent, après avoir consulté, d’aller droit à eux.

Le maréchal de Châtillon eut un peu de difficulté à se résoudre à donner bataille (le 20 mai), à cause des ordres précis de leur instruction qui portait que l’armée du Roi joignit celle des États ; mais après avoir considéré qu’ils ne pouvaient, ni demeurer longtemps en ce lieu à cause de la disette des vivres, ni passer outre en présence de l’armée ennemie, sans courir le hasard d’en être combattu à notre désavantage, et le courage de toute notre armée qui demandait la bataille avec une ardeur indicible, et ce premier feu de notre nation, qui pour peu qu’on le veuille retenir s’éteint facilement, il consentit à l’avis des autres, qui dès le commencement avaient été portés à combattre. Lors le maréchal de Châtillon donna ordre au sieur de La Meilleraye de faire avancer douze pièces de campagne pour mettre à la tête de nos bataillons, ce qu’il exécuta promptement ; la plaine par laquelle nous marchions étant assez large pour mettre les deux brigades de front, le maréchal de Brezé ayant l’aile droite de l’armée avec toute ses troupes ensemble, et le maréchal de Châtillon la gauche avec une partie des siennes seulement, bien qu’il crût pouvoir prétendre qu’en un jour de bataille, qui est une occasion signalée qui arrive rarement, il devait conserver son droit d’ancienneté et commander l’armée, nous avançâmes en très- bon ordre, l’infanterie au milieu et la cavalerie sur les ailes et pressant les ennemis ; leur cavalerie qui était avancée se retira vers celle qui était derrière leur infanterie, laissant deux escadrons à côté de l’infanterie demain droite et leurs carabins à côté desdits escadrons ; l’aile droite qui était la plus proche des ennemis alla donner hardiment dans le corps de leur infanterie, et nos escadrons de main droite s’avancèrent aussi contre ceux de l’ennemi, M. le maréchal de Brezé à la tête leur montrant le chemin : quelques-uns de ces escadrons ayant été surpris de la grande décharge des carabins et mousqueterie des ennemis, et leurs chevaux épouvantés du bruit et de la fumée de leurs canons, furent renversés sur des bataillons d’infanterie qu’ils mirent en désordre, entre lesquels était le régiment de Piémont qui fut mis en mauvais état, et après ce bruit la fumée du canon s’étant mêlée parmi une grande poussière que le vent élevait, mit quelque désordre
parmi quelques-unes de nos troupes qui ne se reconnaissaient presque plus, aucunes ayant fait leurs décharges contre les nôtres ;mais cela n’empêcha pas que le marquis de Tavannes, à la tête des compagnies des sieurs de Viantes, La Luzerne, Lenoncourt, d’Aumont, La Ferté-Senneterre, Isaut, Beauregard-Champroud, Bouchavane et La Clavière avec une partie de leurs escadrons n’enfonçât la cavalerie des ennemis qui était de leur côté ; le sieur de Charnacé se trouva parmi eux, où il se fit signaler par son jugement et son courage. Le maréchal de Brezé rallia les bataillons qui avaient été en désordre, et les envoya attaquer l’infanterie des ennemis qui était à gauche de leur canon, laquelle ils emportèrent, et lui les soutenait avec le reste de sa brigade qui n’avait point passé, qu’il avait remise en ordre et que le sieur de Montsolins mena. Le maréchal de Châtillon étant à la tête de l’aile gauche, voyant les bataillons des ennemis qui étaient
à main droite de leur canon en bon ordre et en état de faire résistance, fit commandement au régiment de Champagne de les attaquer ; le marquis de Varenne à la tête, la pique à la main, leur montrant le chemin de bien faire, ils y allèrent avec tel ordre et courage qu’ils
battirent franc d’abord un régiment espagnol et le régiment du prince Thomas ; les régiments du Plessis-Praslin, Longueval, Genlis,
Lusignan y donnèrent ensuite et achevèrent de mettre en route l’infanterie des ennemis ; et notre cavalerie de main gauche, le sieur Lambert, maréchal de camp, à leur tête, avec les compagnies des sieurs Moulinet, Brouilly, Cluy, Hocquincourt, Fourrilles, comte d’Ayen, Aubays, Saint-Martin, Asserac, Belin, et les compagnies de carabins d’Arnaud, Bideran, Montbuisson, Villars, couplées en escadron, ne perdit point de temps d’aller droit à la leur, selon l’ordre qu’en avait donné le maréchal de Châtillon ; il y allèrent avec telle hardiesse que quinze cents chevaux des ennemis ployèrent devant eux aux premiers coups de pistolet, et l’escadron de Moulinet trouvant un régiment des ennemis qui commençait à se rallier le tailla en pièces. Messieurs de Vendôme (les ducs de Mercoeur et de Beaufort, fils du duc de Vendôme) se trouvèrent à cette charge, où ils firent paraître l’ardeur de leur courage, s’étant portés très-généreusement ; alors il n’y eut plus qu’à poursuivre la victoire et à tuer.

La compagnie de gendarmes et celle de chevau-légers de Monsieur demeura pour le gros de réserve, le sieur de La Ferté-Imbaut à leur tête ; la contenance ferme de cet escadron donnant de l’effroi aux ennemis, Châtelier-Barlot étant demeuré au quartier du maréchal Châtillon par son ordre très-exprès pour assembler le reste des troupes de sa brigade, ne manqua de s’avancer après plus diligemment qu’il put, mais il ne vint qu’après le combat achevé; il ne laissa pas d’arriver à propos, car si les ennemis eussent fait plus de résis- tance ou se fussent ralliés, ce nouveau renfort nous eût bien aidés. En toute cette action, le grand maître de l’artillerie fit aussi généreusement et judicieusement que capitaine saurait faire, s’étant mis à l’aile gauche, à l’aile droite, et partout où il y eut péril. Il demeura des ennemis sur le champ, et sur le chemin de leur fuite, quatre mille morts ; toute leur artillerie prise avec tous leurs drapeaux, et quelques cornettes aussi. Leur armée était composée de dix mille hommes de pied, trois mille chevaux et de seize canons, avec un bel attirail, commandée par le prince Thomas comme général, et par le comte de Feria, gouverneur d’Anvers, comme mestre de camp général. Le prince Thomas se sauva de vitesse, et le comte de Feria fut pris prisonnier ; le comte de Villerval, lieutenant de la cavalerie du comte de Buquoy, le lieutenant général de l’artillerie, le colonel Alphonse Ladron, Espagnol, le colonel Bronz, Anglais, don Charles d’Autriche, fils d’une bâtarde de l’Empereur, sont prisonniers, et quantité d’autres. En tout cet heureux exploit nous ne perdîmes que deux cents hommes de pied et environ soixante maîtres ; y eut force officiers du régiment de Champagne blessés, deux capitaines, cinq lieutenants et un enseigne du régiment de Piémont ; un lieutenant mort et cinq ou six autres officiers blessés ; Beauregard-Champroud, ci-devant nommé, fut blessé en deux ou trois endroits, et entre autres d’un coup de pistolet dans le bras gauche, qui l’incommoda un peu. Après cette victoire, la poursuite finie, et les actions de grâces ayant été rendues à Dieu sur le champ de bataille, l’armée reprit le soir les mêmes logements ; la plaine où la bataille fut donnée s’appelait Avein, du lieu d’un village proche de là.
Source : Mémoires de Richelieu

La bataille d’Avins selon Jacques de Chastenet de Puységur (1600-1682), mestre de camp du régiment de Piémont

L’armée avant de passer le pont (de Mézières) fut séparée en deux brigades d’infanterie, de l’une desquelles Champagne était le chef, & Piémont l’était de l’autre. Il y avait dans chaque brigade onze mille hommes de pied, soldats effectifs portant piques & mousquets, sans comprendre les officiers, ni les sergents, ni les valets. La brigade de Champagne était celle que l’on appelait la brigade de Monsieur de Châtillon, & celle de Monsieur le Maréchal de Brézé se nommait la brigade de Piedmont. La cavalerie était composée de six mille chevaux, sans y comprendre aussi les officiers & les valets. Tous cavaliers étaient bien armés de bonnes cuirasses et de bonnes tassettes, chacun un casque en tête. On mit trois mille chevaux à chaque brigade. L’artillerie était composée de vingt-quatre pièces de
canon, douze à chaque brigade, & Monsieur de la Meilleraye y faisait sa charge de Grand Maître. Les chariots de vivres, pains & autres munitions nécessaires, étaient aussi complets, & en aussi bon ordre que l’on le pouvait souhaiter. Nous partîmes de Mézières la brigade de Monsieur de Châtillon ayant l’avant-garde, & allâmes camper à deux lieues de là. Le lendemain il nous fallut passer une rivière, dans laquelle les soldats avaient de l’eau jusqu’au nombril. Nous leurs fîmes ôter leurs souliers, leurs bas, & leurs hauts de chausse, qu’ils mirent sur les épaules avec leurs armes, & sitôt qu’ils furent passés, on fit halte pour leur donner le loisir de se rhabiller. Après nous allâmes camper à deux lieues de là avec la brigade de Monsieur de Brezé. Monsieur de Châtillon avec la sienne alla prendre Marche en Famine, qui ne tint que vingt-quatre heures. Nous étions pendant ce temps là dans un quartier qui couvrait le sien. Comme la place eut capitulé, il manda à Monsieur de Brezé de tirer droit à un village qui était proche d’un passage qui conduisait à Liège ; c’est un lieu d’un très difficile accès, où nous allâmes néanmoins loger, laissant un village nommé Autin, distant d’un quart de lieue du nôtre, pour loger la brigade de Monsieur de Châtillon. Nous ne mîmes de ce côté là qu’une petite garde de cavalerie, dans la pensée que nous avions que
Monsieur de Châtillon prendrait ce quartier là pendant la nuit. Néanmoins il n’y vint pas, & Monsieur le Prince Thomas qui commandait l’Armée de Flandre, se logea dans le village. Les députés de Liège vinrent trouver Monsieur de Brezé, qui leur avait envoyé donner avis du lieu où il était, & comme il fallait qu’on passât par un coin de leur païs pour aller à Mastrich, afin de joindre Monsieur le prince d’Orange ; durant le temps qu’il leur donnait audience, & qu’il les trouvait fort fiers, même en volonté de nous empêcher le passage, j’entrai dans sa chambre, & en présence de ces députés, je lui dis : Monsieur, le quartier qui est ici prêt, que vous aviez laisser pour Monsieur de Châtillon, est présentement occupé par le Prince Thomas & l’armée de Flandres. Comment savez-vous cela ? me dit-il. Je lui répondis : Monsieur, voilà deux soldats que je vous amène, qui ont été pris & dépouillés par les troupes qui y sont logées. Aussitôt il se tourna vers les députés, & leur dit : Je ne m’étonne pas si vous êtes si fiers, & si vous apportez tant de difficulté à nous laisser passer, puisque vos bons amis sont si près de vous : retournez vous-en, & moi je m’en vais me battre, & après cela vôtre fierté sera bien abaissée, & je vous assure que nous passerons malgré vous ; au même moment il les fit sortir hors sa chambre,& ils s’en allèrent. Il me commanda de faire battre le second, parce que le premier avait été battu, croyant marcher pour passer le Pas de Liège, en étant plus proche de la brigade de Monsieur de Châtillon. Je fis battre le second, & le dernier tout aussitôt, & prendre les armes.

L’armée fut presque en un instant rangée en bataille, & j’eus l’honneur de l’y mettre, d’autant que celui qui en était Sergent, était lors avec Monsieur de Châtillon, & moi j’en faisais la charge dans la brigade de Monsieur de Brezé, lorsqu’elle était séparée pour aller en bataille, depuis le quartier où nous étions, jusques à celui des ennemis. La plaine n’était pas trop grande pour la brigade de Monsieur de Brezé ; le la séparai en deux lignes, faisant cinq bataillons à la première, & cinq à la seconde ; & sur chaque aile des deux lignes, sept escadrons de cent chevaux chacun, & marchâmes droit aux ennemis. Monsieur de la Meilleraye arriva, qui venait d’avec monsieur de Châtillon, & comme il me rencontra le premier, parce que le m’étais avancé pour voir si la plaine ne se resserrait, ou ne s’agrandissait point, afin que selon les lieux je fisse le front ou plus grand ou plus petit, s’il en eût été besoin, il me dit : Hé, Puysegur, à quoi songe Monsieur de Brezé, de vouloir faire marcher l’armée, il hasarde de se faire battre ; & s’il attend les troupes de Monsieur de Châtillon, nous sommes assuré de gagner le combat. Je lui dis, il faut, Monsieur, que vous parliez à lui, s’il vous plaît, le voilà à la tête de l’armée, dans le milieu, monté sur un cheval qui est si bien caparaçonné. Il alla donc parler à lui, mais il lui répondit qu’il ne voulait rien attendre, qu’il allait droit aux ennemis, & qu’il les battrait.

Dans ce même temps là l’armée de Monsieur de Châtillon parut, qui venait en toute diligence du côté de notre main gauche, qui était celle qu’elle devait tenir en combattant, à cause que Monsieur de Brezé étant en jour de commandement, devait avoir la droite. Comme il approchait de nous, sa cavalerie arrivant la première, je fis de faire à droite aux sept escadrons qui couvraient notre aile gauche, & proche de nôtre infanterie ; & en même temps que celle de Monsieur de Châtillon arrivait, ils prenaient leurs postes. Nous marchâmes droit à Avein. Les ennemis n’étaient point rangés en bataille vis à vis de nous, mais ils étaient retranchés dans de grands chemins, &
dans des champs fort élevés, comme sont tous les villages du pays de Liège. Notre cavalerie s’avançant sur nôtre aile droite, les ennemis
firent une décharge dessus. Il y eut la moitié des escadrons qui prit la fuite, & en fuyant rompit la moitié de l’aile droite de nos mousquets. Nôtre infanterie avançait toujours, & était fort proche de leurs retranchements. Ils tirèrent deux coups de canon chargés à cartouche, dont ils tuèrent dans le bataillon trente ou quarante hommes ; & en blessèrent autant. Nous les enfonçâmes avec l’infanterie, & nous gagnâmes tout le bourg & toutes les avenues. Quand nous fûmes rendus maîtres du bourg, & que nous eûmes passé, leur cavalerie voulut venir à nous ; mais la nôtre chargea si bien à point qu’elle la défit. Dans le temps que le combat se donnait, Monsieur le Prince d’Orange avait envoyé un cornette de la compagnie de Monsieur de Bouillon, avec vingt maîtres, pour savoir où était l’armée de France ; & comme il arriva pendant le combat, lui & ses vingt maîtres furent pris & dépouillés, comme s’ils eussent été ennemis.

Le Prince Thomas perdit la plus grande partie de sa cavalerie & toute l’infanterie qu’il avait menée, avec quantité d’Officiers, Colonels, & Capitaines pris, du nombre desquels était Dom Esteve de Gamara. La bataille ainsi finie & gagnée, nous coupâmes en un lieu où Messieurs de Liège vinrent offrir passage, & les vivres tels qu’on les voudrait prendre dans leur ville. Nous passâmes près de Liège, & allâmes joindre Monsieur le Prince d’Orange à Mastrich. Il vint au camp voir l’armée, qu’il trouva fort leste & fort belle.

 

La bataille d’Avins selon Louis de Pontis (qui fut capitaine du compagnie des Gardes Françaises)

Je suppliai Sa Majesté de me donner quelque emploi, & de me permettre d’aller avec monsieur le maréchal de Brezay en Hollande. (…)
Monsieur le maréchal de Brezay (…) me chargea de lever son régiment, dont il me fit premier capitaine & major, & de plus comme son aide de camp. L’armée de Picardie qu’il commandait alternativement avec monsieur le maréchal de Châtillon, n’était pas moins de 20.000 hommes de pied, & de 6 à 7.000 chevaux. Le dessein des généraux était d’aller assiéger la ville de Namur située sur la Meuse. C’est pourquoi lorsque l’armée en approcha de quatre ou cinq lieues, monsieur le maréchal de Brezay nous envoya à monsieur de Vientais, monsieur de Lansac & moi, pour reconnaître auparavant les ennemis & le dehors de la ville, & nous donna une escorte de 300 chevaux. Nous prîmes au village d’Avein quelques prisonniers, de qui nous sûmes que les ennemis s’avançaient avec toute leur armée sous la conduite du prince Thomas qui en était général, du comte Feria fils du comte de Benevent gouverneur d’Anvers son lieutenant général,& du comte de Buquoy qui commandait la cavalerie. Nous marchâmes toute la nuit, & nous étant avancés jusqu’assez près de Namur, nous laissâmes dans un bois notre escorte, afin de pouvoir nous approcher davantage de la ville, & mieux reconnaître toutes choses. (…)

Nous commençâmes aussitôt à voit l’armée qui passait sur le pont de la Meuse, & nous comptâmes jusqu’à 40 compagnies de cavalerie.
En ayant trop vu & entendu pour n’être pas assurés que ce ne fût l’Armée ennemie, nous retournâmes promptement joindre notre escorte, & regagner le village d’Avain au grand trot ; car il ne faisait pas trop sûr de s’arrêter en chemin, les ennemis ayant commencé bientôt après à détacher quelques pelotons de cavalerie pour battre la campagne,& venir reconnaître notre Armée. Si j’eusse voulu croire Messieurs de Vientais & de Lansac, nous nous fussions arrêtés à Avain pour nous reposer à cause que nous étions extrêmement fatigués ; mais je leur présentai si fortement le péril où ils s’exposaient d’être égorgés par les coureurs, ce qui ne leur eût pas été honorable, que nous continuâmes notre marche jusqu’à l’Armée. Nous fîmes notre rapport à Monsieur le Maréchal de Brezay, qui eut d’abord quelque peine à croire que les ennemis fussent si proches :mais ne pouvant néanmoins démentir nos yeux & nos oreilles, il donna à l’heure même tous les ordres pour que nous ne fussions pas surpris par les ennemis.

Monsieur le maréchal de Châtillon avec toute l’arrière-garde était encore assez éloigné ; & quoique le maréchal de Brezay ne fût pas fâché de commencer la bataille sans lui, il l’envoya néanmoins avertir de s’avancer en diligence. Le maréchal de Châtillon arriva peu
de temps après ; & considérant avec sa froideur accoutumée la posture des ennemis, il dit fièrement aux officiers qui étaient présents ; je me réjouis de les voir si près de nous ; je les aime mieux là qu’à Bruxelles. Les ennemis s’étant emparés du village d’Avein, on fut obligé de disposer notre armée en bataille dans un vallon fort étroit, où nos généraux n’eurent pas peu de peine à corriger par leur habileté le désavantage du lieu. Le maréchal de Brezay prit l’aile gauche, & le maréchal de Châtillon l’aile droite (ndlr : c’est une erreur, Châtillon prit la gauche). Monsieur de Brezay qui me faisait l’honneur, comme j’ai dit, de me témoigner beaucoup de bonté, & qui croyait que j’avais quelque expérience dans la guerre, voulut ce jour-là que je fisse la charge de sergent de bataille ; ce qui m’obligeait à me trouver en divers lieux pour y faire exécuter les ordres des généraux.

Au commencement du combat, les enfants perdus des ennemis repoussèrent les nôtres, qui tombèrent avec assez de désordre sur ceux qui les soutenaient. Leur artillerie qui était postée très-avantageusement pour eux fit en même temps un si grand feu & un tel fracas qu’une grande partie des troupes de l’aile gauche en fut ébranlée. Ce fut alors qu’un officier considérable qui était à cheval proche de moi, & à qui je venais de parler prit tout d’un coup l’épouvante & s’enfuit à toute bride. Ceux qui le virent commencèrent à crier untel s’enfuit. Quoique je le connusse point particulièrement, je fus touché néanmoins de voir que cette seule action était capable de le perdre pour jamais. Et dans l’instant je dis à haute voix à ceux qui l’avaient remarqué ; Non, il ne s’enfuit pas, & il va où je lui ai commandé. En même-temps je lui envoyai un gentilhomme qui était auprès de moi, & à qui je me fiais, pour l’avertir de ce que j’avais témoigné en sa faveur, & l’obliger de revenir sur le champ reprendre son poste & me dire devant tout le monde qu’il avait exécuté l’ordre que je lui avais donné. En effet il revint à l’heure même ; il me parla comme me rendant compte de ce qu’il avait fait, & il eut toute sa vie une parfaite reconnaissance de ce bon office que je lui rendis alors. Nos troupes s’étant rassurées de nouveau après cette première épouvante, & faisant réflexion sur ce qu’on pourrait leur reprocher de s’être étonnés du bruit du canon, & d’avoir plié d’abord, rentrèrent au combat & marchèrent contre les ennemis avec tant de furie, qu’après une résistance opiniâtre qui dura longtemps de part & d’autre, ils furent enfin obligés de lâcher le pied & de nous abandonner le champ de bataille. Je remarquai alors le prince Thomas, qui après avoir combattu avec beaucoup de valeur se retira des derniers. Étant extraordinairement pressé, il fut obligé de sauter par dessus une petite muraille pour se sauver, & en sautant il laissa tomber son chapeau & sa canne, au bout de laquelle ses armes étaient gravées sur une poignée d’or. Comme je le suivais de fort près je ramassai cette canne, & la donnai ensuite au maréchal de Brezay qui en fit quelque temps après présent au Roi. De plus nous poussâmes si vivement le comte Feria son lieutenant général, qu’il fut obligé de me demander quartier en criant, sauve la vie ; rançon de 10.000 écus. Ainsi je le fis mon prisonnier.

Mais quelque grande & signalée qu’ait été cette victoire, elle fut sanglante pour la France, qui perdit un très-grand nombre de braves
gens qui y furent sacrifiés pour le bien général de l’État. On y prit une infinité de drapeaux & de cornettes, & on y fit beaucoup de prisonniers. Le principal était le comte de Feria dont j’ai parlé. Dom Charles, bâtard de l’archiduc Leopold, le colonel Sfondate Italien, le colonel Brons Anglais y furent aussi pris. Pour le prince Thomas & le comte Buquoy, ils trouvèrent leur sûreté dans leur fuite. j’eus un assez grand différent après le combat, avec celui qui commandait les enfants perdus, lequel soutenait que le comte de Feria avait demandé quartier, & que c’était à moi qu’il s’était rendu, & qu’au reste je m’en rapportais au jugement du prisonnier même.

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