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Catégorie : Histoire

Banderas de Tercios (1/2)

Banderas de Tercios (1/2)

Pour faire suite aux banderas de Rocroi, voici quelques banderas de tercios pour la période 1600-1635 :

Bandera de tercio en 1606 d’après le tableau du siège de Groenlo de Pieter Snayers

Bandera de tercio en 1625 d’après le tableau La reddition de Breda de D. Velazquez

Banderas de 3 compagnies d’un tercio en 1622 d’après le tableau Gonzalo Fernandez de Cordoba à la bataille de Fleurus de Vicente Caducho. Il s’agit probablement du tercio de Naples, commandé par Ibarra.

Bandera de tercio espagnol prise par les Suédois en 1633. Selon P. Picouet (2011), il pourrait s’agir du tercio Juan Diaz Zamorano de l’armée du duc de Feria (Armemuseum de Stockholm).

Bandera du tercio viejo de Sicilia (1534, source internet non identifiée).

    

Bandera du tercio viejo de Napoles (1534, source internet non identifiée).

Bandera du tercio viejo de Lombardia (1571) d’après Julio Albi de la Cuesta.

Stéphane Thion

La bataille d’Avins (20 mai 1635) d’après les relations

La bataille d’Avins (20 mai 1635) d’après les relations

Relation officielle de la bataille d’Avein (Chez Melchior Tavernier, graveur & imprimeur du Roy)

L’Armée du Roy destinée pour la Flandre, ayant commencé de marcher le douzième de ce mois dans le pays de Luxembourg & de Liège, pour s’aller joindre à celle de Messieurs les États, qui devait s’avancer d’un autre côté, après avoir traversé la forêt d’Ardennes, & plusieurs autres pays fort stériles, où la quantité de vivres dont elle fît provision avant que partir des frontières de France lui fut assez nécessaire, rencontra le vingtième de ce mois à sept heures du matin l’armée Espagnols, composée de dix mille hommes de pied, trois mil chevaux, & seize canons ; commandée par le Prince Thomas, campée sur son chemin très- avantageusement. Les escadrons qui se trouvèrent plus avancés, commandés par les sieurs de Moulinet & d’Alexis, ayant donné avis de l’état des ennemis, firent ferme assez longuement contre toute l’armée, soutenus seulement des régiments de Genlis & de Lusignan, & à la faveur de quelques haies, où le sieur de Camailleran les avait logé proche du canon.

Le brigade de Monsieur le Maréchal de Brezé qui faisait la moitié de l’armée, que ledit sieur Maréchal commandait toute ce jour là, se trouvant plus proche, fut mise par lui en bataille en un instant, & s’avança jusqu’au lieu où étaient les escadrons pour les soutenir. Monsieur le Maréchal de Châtillon qui était logé séparément, & avait été averti quelque temps auparavant que les ennemis s’étant avancé avec quelques troupes de sa brigade, dont les corps de Genlis, Luzignan, Alexis & Moulinet faisaient partis, arriva près d’eux par la main gauche presqu’en même temps que ledit sieur Maréchal de Brezé : & aussitôt fit descendre quatre mille hommes de pied, quatre cents chevaux, & quatre pièces de campagne d’un village, où Monsieur de la Meilleraye, en attendant sa venue les avait fait mettre en ordre par le sieur d’Espenan dans la plaine, où tout le reste de l’armée était déjà en bataille, excepté quelques régiments & compagnies de cavalerie de la brigade de Monsieur de Châtillon, qui n’avaient pu assez tôt recevoir les ordres pour s’y rendre, à cause que la longue traite du jour précédent les avait fait loger séparément, & éloignés les uns des autres.

Le Conseil de guerre fut tenu sur le champ de bataille, pour savoir si l’on devait continuer de marcher, faire ferme, où aller droit aux ennemis pour les combattre. Sur quelques diversités d’opinions, il fut trouvé bien de reconnaître encore de plus près la contenance des ennemis, pour faire jugement plus certain de leur dessein, de leur force, & de tout ce que l’on pouvait faire. Pour cet effet les sieurs de la Meilleraye, de Charnacé, & d’Espenan s’étant avancés jusqu’aux vedettes plus éloignées, qui avaient été posées en un lieu éminent, rapportèrent que les ennemis étaient en bataille à deux mille pas de là ; ce qu’ayant aussi été reconnu par lesdits sieurs de Châtillon,& de Brezé, personne ne douta plus qu’il ne fallut combattre. Ledit sieur de Brezé s’étant allé à l’aile droite, pource, comme il a été dit, que c’était son jour de commander l’armée, ledit sieur de Châtillon prit la gauche : & l’armée s’avança contre les ennemis au même ordre qu’elle était venue en leur présence.

Les ennemis voyant venir firent couler une partie de leurs troupes sur leur main gauche, & rangèrent leur infanterie dans un vallon, où elle était à couvert de leur canon,& de leur cavalerie. La bataille commença par l’aile droite, que ledit sieur de Brezé avait disposé de telle sorte, que la cavalerie & l’infanterie se soutenant l’un l’autre, il était impossible, sans un grand malheur, de les rompre & de les forcer. La décharge que les ennemis firent sur les nôtres de leurs carabins, canon & infanterie fut très-grande, quelques escadrons en furent ébranlés d’abord ; & après ce bruit la fumée du canon s’étant mêlée parmi une grande poussière que le vent élevait, mit quelque désordre parmi quelques-unes de nos troupes, qui ne se reconnaissaient presque plus, aucun ayant fait leur décharge contre les nôtres, même à l’endroit où était le Maréchal de Brezé. Nonobstant ce petit désordre, quelques escadrons de cavalerie ne laissèrent pas d’enfoncer les ennemis sur la droite : & Monsieur de Brezé ayant rallié tout ce qui s’était mis en désordre, les ramena au combat avec tant d’ardeur & de regret seulement d’avoir branlé, que les ennemis firent encore emportés en un autre endroit où ils donnèrent. L’aile droite ayant en cette sorte fait plier les ennemis, & déjà gagné leur canon, on s’aperçut que l’aile gauche où Monsieur de Châtillon commandait avait eu un pareil succès, & que la cavalerie des ennemis avait aussi lâché le pied de ce côté-là, si bien qu’il ne restait plus que leur infanterie qui avait fait ferme. Le sieur de la Meilleraye qui en fut averti par le sieur de Charnacé, laissa les escadrons de cavalerie, à la tête desquels il avait combattu jusqu’alors à l’aile droite ; & cependant qu’ils allaient poursuivant la victoire, s’en revint demander audit sieur de Châtillon les régiments de Champagne, de Cy, de Bellebrune, & de Mignieux, pour attaquer ce qui restait d’infanterie aux ennemis. Monsieur de Châtillon l’ayant trouvé bon, Champagne donna le premier courageusement, fut suivi & soutenu par les autres, ce qui acheva le combat ; car le sieur de Brezé avait fait avancer trois bataillons, & six ou sept escadrons pour les secourir, lesquels voyant qu’ils n’en avaient pas besoin avaient passé plus outre, pour empêcher le ralliement des ennemis, & assurer la victoire. Il ne fallut plus après cela que la poursuivre, ce qui fut fait si heureusement, que plus de cinq mil sont demeurés morts sur la place, seize pièces de canon, & le bagage pris, quatre-vingt neuf drapeaux, quinze cornettes, dix-huit cents prisonniers, presque tous leurs principaux officiers, entre lesquels de Comte de Fera (Feria), de la maison de Piemantel Gouverneur d’Anvers, & lieutenant général de l’armée, avec un sien neveu, & un sien cousin, un bâtard de l’Archiduc Leopold, le Comte de Billerval (Villerval) ayant le bras rompu d’une mousquetade, les colonels Ladron & Sfondrato, dont les régiments, l’un de deux mil Espagnols naturels, & l’autre d’autant d’Italiens, composés de quantité d’officiers réformés, & les meilleurs de tout le pays bas, ont été entièrement défaits.

Le Comte de Bucquoy se retira lui quatorzième dans Namur, après avoir eu deux chevaux tués sous-lui ; quelques- uns avaient cru mort le Prince Thomas, mais il se sauva de bonne heure parmi les nôtres ; car il n’y a eu que cinquante morts, & cent cinquante blessés ; mais quantités d’officiers se sont signalés dans le combat, parmi lesquels, outre la valeur & bonne conduite que Mes- sieurs les Maréchaux de Châtillon & de Brezé ont fait paraître en toute l’action, pour faire combattre toutes les troupes, & soutenir les endroits qui étaient ébranlés, où ils ont quelquefois été obligés de se mêler & de combattre de leurs mains ; Messieurs de la Meilleraye & de Charnacé y ont fait des merveilles en valeur & en jugement, se trouvant partout pour agir où il était nécessaire ; comme aussi le Marquis de Tavannes, & le sieur Lambert, le premier a été blessé légèrement au visage d’une mousquetade ; les sieurs d’Espenan& de Monsolens s’y sont autant qu’il est possible signalés ; les sieurs de Moulinet& d’Alexis ne sauraient être assez loués ; comme les sieurs de la Luzerne, Lenoncourt, d’Aumont, la Ferté-Seneterre, des Roches Saint-Quentin, des Roches-Baritaut, Ysault, Beauregard, Champros blessé légèrement de trois coups, & son cheval d’autant, Lansac, Praslin, Francieres, Bouchavanes, la Clavière, Viantais (Viantez) blessé légèrement au visage, & deux chevaux tués sous lui, Broully au Bayes, le Terail, Cambon, Asssera, Vatimont, Tivolieres, dont le cheval fut blessé en trois endroits, Beauregard, Blanchefort, Beauveau, Daint-Florent, Saintou, Vances, capitaine des Gardes de Monsieur le Maréchal de Brezé, dont le cheval a été tué d’une mousquetade, le Comte de Tonnerre, Marquis de Varennes, Calonge, Bellebrune, Genlis, Polignac, Castelnault, La Mothe-Houdencourt, & plusieurs autres Maîtres de camp, les volontaires y ont fait aussi parfaitement bien ; Messieurs de Vendômes, Prince de Marsillac, Marquis de Boissy, entre autres le Marquis de Narmoutié, Cursol, Hautefort, Beaumont, Builly, Guyancourt, Basoches Boisanval ; les autres aussi qui s’y sont portés très vaillamment, Chinoise & du Puits y ont été tués ; les sieurs de Grateloup, Montalet, & Chevaliers de Mousseleins qui menaient les enfants perdus de Piémont méritent aussi d’être particulièrement remarqués, après avoir fait faire leur décharge à bout portant, encore qu’ils vissent quelque petit désordre à leur main droite, ils ne laissèrent pas de s’y mêler à coups d’épée ; le sieur de Chastelier-Barlot ne s’y trouva pas, étant employé à ramasser douze cornettes de cavalerie, & les régiments de Mesdavy, Marquis de Brezé, Monmege & Mesnil, tirant de la brigade de Monsieur le Maréchal de Châtillon ; le sieur de la Ferté Imbaut ne combattit point aussi, ses compagnies étant destinées pour le gros de réserve.

Le lieu d’où parti l’armée du Roy, je jour du combat, se nomme Tinlo, & celui où la bataille fut donnée s’appelle Avein.

 

La bataille d’Avins selon le Mercure Français

On ne parlait que de guerre. Le rendez-vous général des troupes du Roy était à Mézières, sur les frontières de Champagne & du Luxembourg. Les Maréchaux de Châtillon & de Brezé étaient les Généraux de cette nouvelle armée, laquelle se trouva composée de vingt-cinq à trente mille hommes, tant Infanterie que Cavalerie, tous braves hommes & en très bon état, équipée de cinquante pièces de canon de divers calibre, avec leurs équipages & munitions. Lesdits sieurs Généraux s’étant rendus à Mézières, ils divisèrent leur armée
en deux parties, dont la première passa les 7 & 8 de May la rivière de la Meuse par le pont de Mézières, sous la conduite du Maréchal Châtillon, qui devait commander le premier jour, comme le plus ancien, & s’alla loger entre les rivières de la Meuse & de Samoy. L’autre
partie prenant la route & les postes de l’avant-garde passa le Samoy, depuis Bouillon jusques à Orcimont, suivis de l’artillerie & de son attirail ; & toute l’armée entière traversa les Ardennes dans le pays du Luxembourg. (…)

L’armée Française étant partie de Rochefort le 18 de May, leMaréchal de Châtillon conduisant l’avant-garde, prit le même jour Marche- en-Famine à capitulation, par laquelle trois cents soldats sortirent avec leurs armes seulement, & la ville fut mise sous la protection du Roy ; mais pour le peu d’importance de la place il n’y fut laissé aucune garnison. Le lendemain (19 mai 1635), toute l’armée fit une traite extraordinaire, et alla prendre ses quartiers aux environs de Freteur. Ce qui fit que les Français gagnèrent le devant, et empêcha qu’ils ne fussent coupés par l’armée du Prince Thomas, qui était composée de dix mille hommes de pied, et de trois mille chevaux. Le sieur de la Meilleraye voyant l’armée ennemie proche de son quartier, rallia les troupes près de lui si à propose, que les ennemis n’osèrent attaquer, et donna avis aux Maréchaux de Châtillon et de Brezé qu’ils s’approchaient avec de grandes forces. Aussitôt lesdits sieurs Maréchaux, logés à demi-lieue l’un de l’autre, montèrent à cheval chacun de son côté, et se joignirent en une plaine pour aller avec bon ordre vers ladite armée du Prince Thomas ; laquelle avait pris un poste fort avantageux, ayant placé toute leur infanterie dans un
petit vallon couvert de grosses haies, où ils avaient mis toute leur mousqueterie avec 16 pièces de canons, soit bien placées, et avaient avancé 1500 chevaux dans la plaine par où les Français allaient pour les attirer dans le gros de leur infanterie qu’ils tenaient cachée dans ce vallon. Ce qui empêcha d’abord les Français de bien reconnaître leurs forces ; le reste de leur cavalerie était dans une autre campagne par delà le vallon derrière leur infanterie. Les Maréchaux de Châtillon et de Brezé et le sieur de la Meilleraye s’avancèrent pour reconnaître leur contenance, et résolurent, après avoir consulté, d’aller droit à eux. Le Maréchal de Châtillon donna ordre audit sieur de la Meilleraye de faire venir douze pièces de campagne pour mettre à la tête des bataillons Français. Ce qu’il exécuta promptement.

La plaine par laquelle ils marchaient étant assez large pour mettre les deux brigades de front, le Maréchal de Brezé ayant l’aile droite de l’armée avec toutes ses troupes ensemble, et le Maréchal de Châtillon la gauche, avec une partie des siennes seulement, ils avancèrent
en très bon ordre, l’infanterie au milieu, et la cavalerie sur les ailes ; et pressant les ennemis, leur cavalerie qui était avancée se retira vers celle qui était derrière leur infanterie, laissant deux escadrons à côté de l’infanterie de main droite, et leurs carabins à côté desdits escadrons. L’aile droite qui était plus proche des ennemis, alla donner hardiment dans le corps de leur infanterie ; et les escadrons
Français de main droite s’avancèrent aussi contre ceux de l’ennemi, le Maréchal de Brezé à la tête leur montrant le chemin. Quelques
uns de ses escadrons ayant été surpris de la grande décharge des carabins et mousquetaires des ennemis, et leurs chevaux épouvantés du bruit et de la fumée de leurs canons, furent renversés sur des bataillons de l’infanterie qui les mirent en désordre : mais cela n’empêcha pas que le Marquis de Tavannes, à la tête des compagnies des sieurs de Vientes, la Luzerne, Lenoncourt, d’Aumont, la Ferté-Seneterre, Isaut, Beauregard-Champrou, Bouchavanes et la Claviere, avec une partie de leurs escadrons, n’enfonça la cavalerie des ennemis qui était de leur côté. Le sieur de Charnacé se trouva parmi eux, où il se fit signaler par son jugement et courage.
Le Maréchal de Brezé rallia ses bataillons qui avaient été en désordre, et les envoya attaquer l’infanterie des ennemis qui était à gauche de leur canon, laquelle ils emportèrent ; pendant qu’il les soutenait avec le reste de la brigade qui n’avait point passé, qu’il avait remis en ordre et que le sieur de Monsolins mena.

Le Maréchal de Châtillon étant à la tête de l’aile gauche, voyant les bataillons des ennemis qui étaient à main droite de leur canon, en bon ordre et en état de faire résistance, fit commandement au régiment de Champagne de les attaquer, le Marquis de Varennes à la tête, la pique à la main, leur montrant le chemin de bien faire. Ils y allèrent avec tel ordre et courage, qu’ils battirent d’abord un régiment Espagnol, et le régiment du Prince Thomas. Les régiments de Plessis-Praslin, Longueval, Genlis, Lusignan et Cy donnèrent ensuite, et achevèrent de mettre en route l’infanterie des ennemis ; et notre cavalerie de main gauche, le sieur Lambert Maréchal de Camp à leur tête, avec les compagnies des sieurs Moulinet, Brouilly, Cluy, Hocquincourt, Fourille, Comte d’Ayent, Aubais, Saint-Martin, Asserac, Belin, et les compagnies de carabins d’Arnaut, Bideraut, Maubuisson, Villars, couplées en escadron, ne perdirent point le temps d’aller droit à la leur, selon l’ordre qu’en avait donné le Maréchal de Châtillon ; et y allèrent avec telle hardiesse, que 1500 chevaux des ennemis ployèrent devant eux aux premiers coups de pistolet ; et l’escadron de Moulinet trouvant un régiment des ennemis qui commençait à se rallier, le tailla en pièces. Les Ducs de Mercoeur se trouvèrent à cette charge, où ils firent paraître leur courage, s’y étant portés très généreusement.

Il n’y eut plus qu’à poursuivre la victoire et à tuer. La compagnie de gendarmes et celle de chevaux légers de Monsieur demeura pour le gros de réserve, le sieur de la Ferté-Imbaut à leur tête, la contenance ferme de cet escadron donnant de l’effroi aux ennemis, sans toutefois combattre. Le sieur de Chastelier Barlot étant demeuré au quartier du Maréchal de Châtillon par son ordre très exprès, pour assembler le reste des troupes de sa brigade, ne manqua de s’avancer après le plus diligemment qu’il peut ; mais il ne vint qu’après le combat achevé. Il ne laissa pas d’arriver à propos. Car si les ennemis eussent fait plus de résistance ou se fussent ralliés, ce nouveau renfort eût bien aidé. Il est à remarquer en cette occasion que le Grand Maître de l’Artillerie fit aussi généreusement et judicieusement qu’un capitaine saurait faire, s’étant mis à l’aile droite, et partout où il y avait du péril. Les sieurs de Saint-Florent et de Beauregard-Blanchefort y servirent dignement et courageusement, portant avec promptitude et diligence les commandements aux troupes de l’aile gauche ; comme aussi les sieurs d’Espenan, de Monsolins, et de la Fitte de leur côté; Les Marquis de Boisy, de Narmontier, de Hautefort, le Comte de Beaumont, Chenoise qui y fut tué, le fils de Launay, Hercour, neveu du sieur Medan, firent très bien courageusement. Comme aussi le sieur de Charnassé, leMarquis de Tavannes qui fut légèrement blessé d’une mousquetade au visage, les sieurs Lambert, de Moulinet et d’Alexis, de la Luzerne, Lenoncourt, d’Aumont, la Ferté-Seneterre, des Roches, Saint-Quentin, des Roches-Baritaut, d’Isaut, Beauregard, Gadaigne autrefois Champron, celui-ci blessé légèrement de trois coups et son cheval d’autant, Lansac, Praslin, Francieres, Bouchavanes, la Claviere, Viantes blessé légèrement au visage et deux chevaux tués sous lui, Brouilly Aubayes, terrail, Cambon, Assarac, Vatimont, Tivolieres, Beauveau, Saintois, Vances capitaine des Gardes du Ma- réchal de Brezé, le Comte de Tonnerre, Marquis de Varenne, Calonge, Bellebrune, Genlis, Polignac, Castelnau, la Mothe-Odancourt et plusieurs autres, s’y rendirent remarquable par leur courage et jugement. Les volontaires y firent encore parfaitement bien, entre autres les Ducs de Mercoeur et de Beaufort, les Prince de Marsillac, Comte de Cursol, Beaumont, Bully, Guinancourt et Barches, du Puy qui y fut tué. Les sieurs de Grateloup Montalet, et Chevalier de Monsolins qui menaient les Enfants perdus de Piémont, méritent bien d’être particulièrement remarqués ; car après avoir fait faire leur décharge à bout-portant, encore qu’ils vissent quelque désordre à leur main droite, ils ne laissèrent pas de se mêler à coups d’épée.

Il y demeura des ennemis sur le champ et sur le chemin de leur fuite 4 000 morts, toute leur artillerie prise, avec tous leurs drapeaux, et quelques cornettes aussi, et cent cinquante mille patagons. Le Comte de la Faira fils du Comte de Benevent, gouverneur d’Anvers, le Comte Vuillervad Lieutenant de l’artillerie, le colonel Alonse Ladron Espagnol, le colonel Sfondrate italien, le colonel Brons Anglais, Dom Carlos d’Autriche fils bâtard de l’Archiduc Leopold furent pris prisonniers, et quantité d’autres. Le Prince Thomas se sauva de bonne heure. Le Comte Buquoy se retira lui quatorzième dans Namur, après avoir tué deux chevaux sous lui. En tout cet heureux exploit les Français n’y perdirent que 200 hommes de pied et environ 60 maîtres. Il y eut force officiers du régiment de Champagne blessés, deux capitaines, cinq lieutenants, et un enseigne ; du régiment de Piémont un lieutenant mort, et cinq ou six autres officiers blessés ; le sieur de Beauregard-Champrou ci-devant nommé fut blessé en deux ou trois endroits, et entre autres d’un coup de pistolet au bras gauche.

La plaine où la bataille fut donnée s’appelle Avein, à cause du bourg ou village proche ainsi nommé, entre ledit bourg d’Avein et Ochen, derrière la ville de Hoye au pays de Liège. Le combat dura depuis environ midi jusqu’à 5 heures du soir. Les régiments de la Meilleraye, Maréchal de Brezé, Castelnau, Saucourt et Calonge secondèrent de leur côté fort courageusement. Le régiment de Piémont, surtout les officiers s’y portèrent très dignement. Les autres régiments qui les soutenaient firent bien leur devoir en demeurant fermes dans leur place ; mais ils n’eurent pas l’ordre ni le temps d’aller au combat, étant demeurés pour troupes de réserve, en cas qu’il y eut plus de résistance.

La bataille d’Avins (20 mai 1635) d’après les témoins

La bataille d’Avins (20 mai 1635) d’après les témoins

La bataille d’Avins dans les Mémoires de Richelieu

Cependant l’armée du Roi s’était déjà mise en chemin ; car après avoir demeuré quelque temps à attendre, enfin les généraux, considérant qu’il serait plus glorieux au Roi d’aller au-devant de ses alliés qu’eux venir à nous, et que ce délai nous était préjudiciable, non-seulement donnant lieu aux ennemis de se reconnaître et de reprendre courage, mais encore de nous nuire et d’empêcher ou rendre très-difficile la jonction de nos armées, si passant dans le Luxembourg ils se saisissaient des passages, et avec des arbres coupés traversaient nos chemins, se résolurent de ne différer pas de marcher, nonobstant que l’armée des Hollandais ne fût pas si avancée comme elle devait. Ils divisèrent l’armée en deux brigades, l’une pour être commandée par le maréchal de Châtillon, l’autre par le maréchal de Brezé, nommés par le Roi pour commander son armée avec pouvoir égal, et s’étant accordés entre eux que chacun commanderait alternativement toute l’armée, et marcherait à l’avant-garde avec sa brigade. Le maréchal de Châtillon, comme le plus ancien, commanda la première journée et passa la Meuse à Mézières le 7 et 8 mai, et fut suivi de l’autre brigade, du canon et de l’artillerie, et envoyèrent en chemin demander passage sur le pont de Bouillon, qui leur fut accordé par le sieur Fériff, gouverneur de ladite place, pource qu’il savait bien ne leur pouvoir résister ; il les pria néanmoins de ne pas faire passer le canon sur le pont, que jamais les Espagnols n’en avait usé ainsi, et qu’afin que cela ne lui pré- judiciât point à l’avenir, il les suppliait de faire de même, vu principalement qu’il y avait deux ou trois gués à cinq cents pas au-dessous où il n’y avait que deux pieds d’eau ; à quoi les généraux lui répondirent que s’ils avaient à passer sur sondit pont, ils en useraient avec toute la courtoisie qu’il leur serait possible, ce qu’ils firent ; car ils passèrent la rivière de Semoy en trois lieux, l’artillerie au gué de Cugnon, partie de l’infanterie sur le pont de Bouillon, et l’autre avec la cavalerie au gué de la Forêt. Le sieur de La Meilleraie avec deux régiments et deux couleuvrines passa par Orsimont, qu’il prit à composition, et tous les corps de l’armée s’assemblèrent le 13 mai à Palizeuil, où ayant séjourné le lendemain pour refaire leurs chevaux, ils passèrent le 15 la forêt de Tellin par un chemin qu’ils avaient fait reconnaître. Le maréchal de Brezé se logea au-delà sur le bord
du bois, et le maréchal de Châtillon en-deçà, et le 16 arrivèrent à Rochefort, lieu avait été donné pour rendez-vous à notre armée, où ils attendirent un jour pour apprendre des nouvelles de l’armée du prince d’Orange, et, n’en entendant point, résolurent d’aller au-devant de lui jusqu’à Maestricht, bien qu’ils eussent avis assuré que l’armée des Espagnols, qui était assemblée vers la Sambre, en était partie et venait de passer la Meuse à Namur pour venir au-devant de nous. Le 18, les deux brigades se séparèrent ; le maréchal de Châtillon, ayant ce jour-là l’avant-garde, prit la route de Marche-en-Famine, petite ville de Luxembourg où il y avait garnison espagnole, qui d’abord se rendit à composition et reçut ses troupes, qui ce même jour y logèrent, et le maréchal de Brezé avec l’arrière-garde prit la main gauche entre Namur et Marche pour s’opposer au secours, en cas que la place fit résistance, et campa autour du village de Nelten. Le lendemain, la nouvelle continuant du passage des Espagnols et qu’ils venaient à nous, il fut résolu entre les généraux que l’on marcherait en bataille, et que l’on suivrait au premier logement, qui fut ce jour même à Freteur pour la brigade du maréchal Châtillon, et à Tinlo pour la brigade du maréchal de Brezé, distant d’un quart de lieu l’un de l’autre. Mais le maréchal de Châtillon fut contraint, par la nécessité des vivres et la misère du pays, de séparer ses troupes en des logements un peu éloignés les uns des autres, ce qui n’apporta pas peu de difficulté le lendemain, comme nous verrons ; car les ennemis s’avancèrent jusqu’auprès de nous pour nous combattre. Le sieur de La Meilleraie en eut le premier l’avis, et les sachant si proche de son quartier rallia les troupes près de lui si à propos qu’ils n’osèrent l’attaquer, et donna avis aux maréchaux de Châtillon et de Brezé qui s’approchaient avec leurs forces : aussitôt lesdits maréchaux montèrent à cheval chacun de son côté, et se joignirent en une plaine pour aller avec bon ordre vers ladite armée du prince Thomas, laquelle avait prit un poste fort avantageux, ayant placé toute leur infanterie dans un petit vallon couvert de grosses haies où ils avaient mis toute leur mousqueterie avec seize pièces de canon fort bien placées, et avaient avancé quinze cents chevaux dans la plaine pour nous attirer dans le gros de leur infanterie qu’ils tenaient cachée dans ce vallon, ce qui nous empêcha d’abord de bien reconnaître leurs forces ; le reste de leur cavalerie était dans une autre campagne par là le vallon derrière leur infanterie. Les maréchaux de Châtillon et de Brézé et messieurs de La Meilleraye s’avancèrent pour reconnaître leur contenance, et se résolurent, après avoir consulté, d’aller droit à eux.

Le maréchal de Châtillon eut un peu de difficulté à se résoudre à donner bataille (le 20 mai), à cause des ordres précis de leur instruction qui portait que l’armée du Roi joignit celle des États ; mais après avoir considéré qu’ils ne pouvaient, ni demeurer longtemps en ce lieu à cause de la disette des vivres, ni passer outre en présence de l’armée ennemie, sans courir le hasard d’en être combattu à notre désavantage, et le courage de toute notre armée qui demandait la bataille avec une ardeur indicible, et ce premier feu de notre nation, qui pour peu qu’on le veuille retenir s’éteint facilement, il consentit à l’avis des autres, qui dès le commencement avaient été portés à combattre. Lors le maréchal de Châtillon donna ordre au sieur de La Meilleraye de faire avancer douze pièces de campagne pour mettre à la tête de nos bataillons, ce qu’il exécuta promptement ; la plaine par laquelle nous marchions étant assez large pour mettre les deux brigades de front, le maréchal de Brezé ayant l’aile droite de l’armée avec toute ses troupes ensemble, et le maréchal de Châtillon la gauche avec une partie des siennes seulement, bien qu’il crût pouvoir prétendre qu’en un jour de bataille, qui est une occasion signalée qui arrive rarement, il devait conserver son droit d’ancienneté et commander l’armée, nous avançâmes en très- bon ordre, l’infanterie au milieu et la cavalerie sur les ailes et pressant les ennemis ; leur cavalerie qui était avancée se retira vers celle qui était derrière leur infanterie, laissant deux escadrons à côté de l’infanterie demain droite et leurs carabins à côté desdits escadrons ; l’aile droite qui était la plus proche des ennemis alla donner hardiment dans le corps de leur infanterie, et nos escadrons de main droite s’avancèrent aussi contre ceux de l’ennemi, M. le maréchal de Brezé à la tête leur montrant le chemin : quelques-uns de ces escadrons ayant été surpris de la grande décharge des carabins et mousqueterie des ennemis, et leurs chevaux épouvantés du bruit et de la fumée de leurs canons, furent renversés sur des bataillons d’infanterie qu’ils mirent en désordre, entre lesquels était le régiment de Piémont qui fut mis en mauvais état, et après ce bruit la fumée du canon s’étant mêlée parmi une grande poussière que le vent élevait, mit quelque désordre
parmi quelques-unes de nos troupes qui ne se reconnaissaient presque plus, aucunes ayant fait leurs décharges contre les nôtres ;mais cela n’empêcha pas que le marquis de Tavannes, à la tête des compagnies des sieurs de Viantes, La Luzerne, Lenoncourt, d’Aumont, La Ferté-Senneterre, Isaut, Beauregard-Champroud, Bouchavane et La Clavière avec une partie de leurs escadrons n’enfonçât la cavalerie des ennemis qui était de leur côté ; le sieur de Charnacé se trouva parmi eux, où il se fit signaler par son jugement et son courage. Le maréchal de Brezé rallia les bataillons qui avaient été en désordre, et les envoya attaquer l’infanterie des ennemis qui était à gauche de leur canon, laquelle ils emportèrent, et lui les soutenait avec le reste de sa brigade qui n’avait point passé, qu’il avait remise en ordre et que le sieur de Montsolins mena. Le maréchal de Châtillon étant à la tête de l’aile gauche, voyant les bataillons des ennemis qui étaient
à main droite de leur canon en bon ordre et en état de faire résistance, fit commandement au régiment de Champagne de les attaquer ; le marquis de Varenne à la tête, la pique à la main, leur montrant le chemin de bien faire, ils y allèrent avec tel ordre et courage qu’ils
battirent franc d’abord un régiment espagnol et le régiment du prince Thomas ; les régiments du Plessis-Praslin, Longueval, Genlis,
Lusignan y donnèrent ensuite et achevèrent de mettre en route l’infanterie des ennemis ; et notre cavalerie de main gauche, le sieur Lambert, maréchal de camp, à leur tête, avec les compagnies des sieurs Moulinet, Brouilly, Cluy, Hocquincourt, Fourrilles, comte d’Ayen, Aubays, Saint-Martin, Asserac, Belin, et les compagnies de carabins d’Arnaud, Bideran, Montbuisson, Villars, couplées en escadron, ne perdit point de temps d’aller droit à la leur, selon l’ordre qu’en avait donné le maréchal de Châtillon ; il y allèrent avec telle hardiesse que quinze cents chevaux des ennemis ployèrent devant eux aux premiers coups de pistolet, et l’escadron de Moulinet trouvant un régiment des ennemis qui commençait à se rallier le tailla en pièces. Messieurs de Vendôme (les ducs de Mercoeur et de Beaufort, fils du duc de Vendôme) se trouvèrent à cette charge, où ils firent paraître l’ardeur de leur courage, s’étant portés très-généreusement ; alors il n’y eut plus qu’à poursuivre la victoire et à tuer.

La compagnie de gendarmes et celle de chevau-légers de Monsieur demeura pour le gros de réserve, le sieur de La Ferté-Imbaut à leur tête ; la contenance ferme de cet escadron donnant de l’effroi aux ennemis, Châtelier-Barlot étant demeuré au quartier du maréchal Châtillon par son ordre très-exprès pour assembler le reste des troupes de sa brigade, ne manqua de s’avancer après plus diligemment qu’il put, mais il ne vint qu’après le combat achevé; il ne laissa pas d’arriver à propos, car si les ennemis eussent fait plus de résis- tance ou se fussent ralliés, ce nouveau renfort nous eût bien aidés. En toute cette action, le grand maître de l’artillerie fit aussi généreusement et judicieusement que capitaine saurait faire, s’étant mis à l’aile gauche, à l’aile droite, et partout où il y eut péril. Il demeura des ennemis sur le champ, et sur le chemin de leur fuite, quatre mille morts ; toute leur artillerie prise avec tous leurs drapeaux, et quelques cornettes aussi. Leur armée était composée de dix mille hommes de pied, trois mille chevaux et de seize canons, avec un bel attirail, commandée par le prince Thomas comme général, et par le comte de Feria, gouverneur d’Anvers, comme mestre de camp général. Le prince Thomas se sauva de vitesse, et le comte de Feria fut pris prisonnier ; le comte de Villerval, lieutenant de la cavalerie du comte de Buquoy, le lieutenant général de l’artillerie, le colonel Alphonse Ladron, Espagnol, le colonel Bronz, Anglais, don Charles d’Autriche, fils d’une bâtarde de l’Empereur, sont prisonniers, et quantité d’autres. En tout cet heureux exploit nous ne perdîmes que deux cents hommes de pied et environ soixante maîtres ; y eut force officiers du régiment de Champagne blessés, deux capitaines, cinq lieutenants et un enseigne du régiment de Piémont ; un lieutenant mort et cinq ou six autres officiers blessés ; Beauregard-Champroud, ci-devant nommé, fut blessé en deux ou trois endroits, et entre autres d’un coup de pistolet dans le bras gauche, qui l’incommoda un peu. Après cette victoire, la poursuite finie, et les actions de grâces ayant été rendues à Dieu sur le champ de bataille, l’armée reprit le soir les mêmes logements ; la plaine où la bataille fut donnée s’appelait Avein, du lieu d’un village proche de là.
Source : Mémoires de Richelieu

La bataille d’Avins selon Jacques de Chastenet de Puységur (1600-1682), mestre de camp du régiment de Piémont

L’armée avant de passer le pont (de Mézières) fut séparée en deux brigades d’infanterie, de l’une desquelles Champagne était le chef, & Piémont l’était de l’autre. Il y avait dans chaque brigade onze mille hommes de pied, soldats effectifs portant piques & mousquets, sans comprendre les officiers, ni les sergents, ni les valets. La brigade de Champagne était celle que l’on appelait la brigade de Monsieur de Châtillon, & celle de Monsieur le Maréchal de Brézé se nommait la brigade de Piedmont. La cavalerie était composée de six mille chevaux, sans y comprendre aussi les officiers & les valets. Tous cavaliers étaient bien armés de bonnes cuirasses et de bonnes tassettes, chacun un casque en tête. On mit trois mille chevaux à chaque brigade. L’artillerie était composée de vingt-quatre pièces de
canon, douze à chaque brigade, & Monsieur de la Meilleraye y faisait sa charge de Grand Maître. Les chariots de vivres, pains & autres munitions nécessaires, étaient aussi complets, & en aussi bon ordre que l’on le pouvait souhaiter. Nous partîmes de Mézières la brigade de Monsieur de Châtillon ayant l’avant-garde, & allâmes camper à deux lieues de là. Le lendemain il nous fallut passer une rivière, dans laquelle les soldats avaient de l’eau jusqu’au nombril. Nous leurs fîmes ôter leurs souliers, leurs bas, & leurs hauts de chausse, qu’ils mirent sur les épaules avec leurs armes, & sitôt qu’ils furent passés, on fit halte pour leur donner le loisir de se rhabiller. Après nous allâmes camper à deux lieues de là avec la brigade de Monsieur de Brezé. Monsieur de Châtillon avec la sienne alla prendre Marche en Famine, qui ne tint que vingt-quatre heures. Nous étions pendant ce temps là dans un quartier qui couvrait le sien. Comme la place eut capitulé, il manda à Monsieur de Brezé de tirer droit à un village qui était proche d’un passage qui conduisait à Liège ; c’est un lieu d’un très difficile accès, où nous allâmes néanmoins loger, laissant un village nommé Autin, distant d’un quart de lieue du nôtre, pour loger la brigade de Monsieur de Châtillon. Nous ne mîmes de ce côté là qu’une petite garde de cavalerie, dans la pensée que nous avions que
Monsieur de Châtillon prendrait ce quartier là pendant la nuit. Néanmoins il n’y vint pas, & Monsieur le Prince Thomas qui commandait l’Armée de Flandre, se logea dans le village. Les députés de Liège vinrent trouver Monsieur de Brezé, qui leur avait envoyé donner avis du lieu où il était, & comme il fallait qu’on passât par un coin de leur païs pour aller à Mastrich, afin de joindre Monsieur le prince d’Orange ; durant le temps qu’il leur donnait audience, & qu’il les trouvait fort fiers, même en volonté de nous empêcher le passage, j’entrai dans sa chambre, & en présence de ces députés, je lui dis : Monsieur, le quartier qui est ici prêt, que vous aviez laisser pour Monsieur de Châtillon, est présentement occupé par le Prince Thomas & l’armée de Flandres. Comment savez-vous cela ? me dit-il. Je lui répondis : Monsieur, voilà deux soldats que je vous amène, qui ont été pris & dépouillés par les troupes qui y sont logées. Aussitôt il se tourna vers les députés, & leur dit : Je ne m’étonne pas si vous êtes si fiers, & si vous apportez tant de difficulté à nous laisser passer, puisque vos bons amis sont si près de vous : retournez vous-en, & moi je m’en vais me battre, & après cela vôtre fierté sera bien abaissée, & je vous assure que nous passerons malgré vous ; au même moment il les fit sortir hors sa chambre,& ils s’en allèrent. Il me commanda de faire battre le second, parce que le premier avait été battu, croyant marcher pour passer le Pas de Liège, en étant plus proche de la brigade de Monsieur de Châtillon. Je fis battre le second, & le dernier tout aussitôt, & prendre les armes.

L’armée fut presque en un instant rangée en bataille, & j’eus l’honneur de l’y mettre, d’autant que celui qui en était Sergent, était lors avec Monsieur de Châtillon, & moi j’en faisais la charge dans la brigade de Monsieur de Brezé, lorsqu’elle était séparée pour aller en bataille, depuis le quartier où nous étions, jusques à celui des ennemis. La plaine n’était pas trop grande pour la brigade de Monsieur de Brezé ; le la séparai en deux lignes, faisant cinq bataillons à la première, & cinq à la seconde ; & sur chaque aile des deux lignes, sept escadrons de cent chevaux chacun, & marchâmes droit aux ennemis. Monsieur de la Meilleraye arriva, qui venait d’avec monsieur de Châtillon, & comme il me rencontra le premier, parce que le m’étais avancé pour voir si la plaine ne se resserrait, ou ne s’agrandissait point, afin que selon les lieux je fisse le front ou plus grand ou plus petit, s’il en eût été besoin, il me dit : Hé, Puysegur, à quoi songe Monsieur de Brezé, de vouloir faire marcher l’armée, il hasarde de se faire battre ; & s’il attend les troupes de Monsieur de Châtillon, nous sommes assuré de gagner le combat. Je lui dis, il faut, Monsieur, que vous parliez à lui, s’il vous plaît, le voilà à la tête de l’armée, dans le milieu, monté sur un cheval qui est si bien caparaçonné. Il alla donc parler à lui, mais il lui répondit qu’il ne voulait rien attendre, qu’il allait droit aux ennemis, & qu’il les battrait.

Dans ce même temps là l’armée de Monsieur de Châtillon parut, qui venait en toute diligence du côté de notre main gauche, qui était celle qu’elle devait tenir en combattant, à cause que Monsieur de Brezé étant en jour de commandement, devait avoir la droite. Comme il approchait de nous, sa cavalerie arrivant la première, je fis de faire à droite aux sept escadrons qui couvraient notre aile gauche, & proche de nôtre infanterie ; & en même temps que celle de Monsieur de Châtillon arrivait, ils prenaient leurs postes. Nous marchâmes droit à Avein. Les ennemis n’étaient point rangés en bataille vis à vis de nous, mais ils étaient retranchés dans de grands chemins, &
dans des champs fort élevés, comme sont tous les villages du pays de Liège. Notre cavalerie s’avançant sur nôtre aile droite, les ennemis
firent une décharge dessus. Il y eut la moitié des escadrons qui prit la fuite, & en fuyant rompit la moitié de l’aile droite de nos mousquets. Nôtre infanterie avançait toujours, & était fort proche de leurs retranchements. Ils tirèrent deux coups de canon chargés à cartouche, dont ils tuèrent dans le bataillon trente ou quarante hommes ; & en blessèrent autant. Nous les enfonçâmes avec l’infanterie, & nous gagnâmes tout le bourg & toutes les avenues. Quand nous fûmes rendus maîtres du bourg, & que nous eûmes passé, leur cavalerie voulut venir à nous ; mais la nôtre chargea si bien à point qu’elle la défit. Dans le temps que le combat se donnait, Monsieur le Prince d’Orange avait envoyé un cornette de la compagnie de Monsieur de Bouillon, avec vingt maîtres, pour savoir où était l’armée de France ; & comme il arriva pendant le combat, lui & ses vingt maîtres furent pris & dépouillés, comme s’ils eussent été ennemis.

Le Prince Thomas perdit la plus grande partie de sa cavalerie & toute l’infanterie qu’il avait menée, avec quantité d’Officiers, Colonels, & Capitaines pris, du nombre desquels était Dom Esteve de Gamara. La bataille ainsi finie & gagnée, nous coupâmes en un lieu où Messieurs de Liège vinrent offrir passage, & les vivres tels qu’on les voudrait prendre dans leur ville. Nous passâmes près de Liège, & allâmes joindre Monsieur le Prince d’Orange à Mastrich. Il vint au camp voir l’armée, qu’il trouva fort leste & fort belle.

 

La bataille d’Avins selon Louis de Pontis (qui fut capitaine du compagnie des Gardes Françaises)

Je suppliai Sa Majesté de me donner quelque emploi, & de me permettre d’aller avec monsieur le maréchal de Brezay en Hollande. (…)
Monsieur le maréchal de Brezay (…) me chargea de lever son régiment, dont il me fit premier capitaine & major, & de plus comme son aide de camp. L’armée de Picardie qu’il commandait alternativement avec monsieur le maréchal de Châtillon, n’était pas moins de 20.000 hommes de pied, & de 6 à 7.000 chevaux. Le dessein des généraux était d’aller assiéger la ville de Namur située sur la Meuse. C’est pourquoi lorsque l’armée en approcha de quatre ou cinq lieues, monsieur le maréchal de Brezay nous envoya à monsieur de Vientais, monsieur de Lansac & moi, pour reconnaître auparavant les ennemis & le dehors de la ville, & nous donna une escorte de 300 chevaux. Nous prîmes au village d’Avein quelques prisonniers, de qui nous sûmes que les ennemis s’avançaient avec toute leur armée sous la conduite du prince Thomas qui en était général, du comte Feria fils du comte de Benevent gouverneur d’Anvers son lieutenant général,& du comte de Buquoy qui commandait la cavalerie. Nous marchâmes toute la nuit, & nous étant avancés jusqu’assez près de Namur, nous laissâmes dans un bois notre escorte, afin de pouvoir nous approcher davantage de la ville, & mieux reconnaître toutes choses. (…)

Nous commençâmes aussitôt à voit l’armée qui passait sur le pont de la Meuse, & nous comptâmes jusqu’à 40 compagnies de cavalerie.
En ayant trop vu & entendu pour n’être pas assurés que ce ne fût l’Armée ennemie, nous retournâmes promptement joindre notre escorte, & regagner le village d’Avain au grand trot ; car il ne faisait pas trop sûr de s’arrêter en chemin, les ennemis ayant commencé bientôt après à détacher quelques pelotons de cavalerie pour battre la campagne,& venir reconnaître notre Armée. Si j’eusse voulu croire Messieurs de Vientais & de Lansac, nous nous fussions arrêtés à Avain pour nous reposer à cause que nous étions extrêmement fatigués ; mais je leur présentai si fortement le péril où ils s’exposaient d’être égorgés par les coureurs, ce qui ne leur eût pas été honorable, que nous continuâmes notre marche jusqu’à l’Armée. Nous fîmes notre rapport à Monsieur le Maréchal de Brezay, qui eut d’abord quelque peine à croire que les ennemis fussent si proches :mais ne pouvant néanmoins démentir nos yeux & nos oreilles, il donna à l’heure même tous les ordres pour que nous ne fussions pas surpris par les ennemis.

Monsieur le maréchal de Châtillon avec toute l’arrière-garde était encore assez éloigné ; & quoique le maréchal de Brezay ne fût pas fâché de commencer la bataille sans lui, il l’envoya néanmoins avertir de s’avancer en diligence. Le maréchal de Châtillon arriva peu
de temps après ; & considérant avec sa froideur accoutumée la posture des ennemis, il dit fièrement aux officiers qui étaient présents ; je me réjouis de les voir si près de nous ; je les aime mieux là qu’à Bruxelles. Les ennemis s’étant emparés du village d’Avein, on fut obligé de disposer notre armée en bataille dans un vallon fort étroit, où nos généraux n’eurent pas peu de peine à corriger par leur habileté le désavantage du lieu. Le maréchal de Brezay prit l’aile gauche, & le maréchal de Châtillon l’aile droite (ndlr : c’est une erreur, Châtillon prit la gauche). Monsieur de Brezay qui me faisait l’honneur, comme j’ai dit, de me témoigner beaucoup de bonté, & qui croyait que j’avais quelque expérience dans la guerre, voulut ce jour-là que je fisse la charge de sergent de bataille ; ce qui m’obligeait à me trouver en divers lieux pour y faire exécuter les ordres des généraux.

Au commencement du combat, les enfants perdus des ennemis repoussèrent les nôtres, qui tombèrent avec assez de désordre sur ceux qui les soutenaient. Leur artillerie qui était postée très-avantageusement pour eux fit en même temps un si grand feu & un tel fracas qu’une grande partie des troupes de l’aile gauche en fut ébranlée. Ce fut alors qu’un officier considérable qui était à cheval proche de moi, & à qui je venais de parler prit tout d’un coup l’épouvante & s’enfuit à toute bride. Ceux qui le virent commencèrent à crier untel s’enfuit. Quoique je le connusse point particulièrement, je fus touché néanmoins de voir que cette seule action était capable de le perdre pour jamais. Et dans l’instant je dis à haute voix à ceux qui l’avaient remarqué ; Non, il ne s’enfuit pas, & il va où je lui ai commandé. En même-temps je lui envoyai un gentilhomme qui était auprès de moi, & à qui je me fiais, pour l’avertir de ce que j’avais témoigné en sa faveur, & l’obliger de revenir sur le champ reprendre son poste & me dire devant tout le monde qu’il avait exécuté l’ordre que je lui avais donné. En effet il revint à l’heure même ; il me parla comme me rendant compte de ce qu’il avait fait, & il eut toute sa vie une parfaite reconnaissance de ce bon office que je lui rendis alors. Nos troupes s’étant rassurées de nouveau après cette première épouvante, & faisant réflexion sur ce qu’on pourrait leur reprocher de s’être étonnés du bruit du canon, & d’avoir plié d’abord, rentrèrent au combat & marchèrent contre les ennemis avec tant de furie, qu’après une résistance opiniâtre qui dura longtemps de part & d’autre, ils furent enfin obligés de lâcher le pied & de nous abandonner le champ de bataille. Je remarquai alors le prince Thomas, qui après avoir combattu avec beaucoup de valeur se retira des derniers. Étant extraordinairement pressé, il fut obligé de sauter par dessus une petite muraille pour se sauver, & en sautant il laissa tomber son chapeau & sa canne, au bout de laquelle ses armes étaient gravées sur une poignée d’or. Comme je le suivais de fort près je ramassai cette canne, & la donnai ensuite au maréchal de Brezay qui en fit quelque temps après présent au Roi. De plus nous poussâmes si vivement le comte Feria son lieutenant général, qu’il fut obligé de me demander quartier en criant, sauve la vie ; rançon de 10.000 écus. Ainsi je le fis mon prisonnier.

Mais quelque grande & signalée qu’ait été cette victoire, elle fut sanglante pour la France, qui perdit un très-grand nombre de braves
gens qui y furent sacrifiés pour le bien général de l’État. On y prit une infinité de drapeaux & de cornettes, & on y fit beaucoup de prisonniers. Le principal était le comte de Feria dont j’ai parlé. Dom Charles, bâtard de l’archiduc Leopold, le colonel Sfondate Italien, le colonel Brons Anglais y furent aussi pris. Pour le prince Thomas & le comte Buquoy, ils trouvèrent leur sûreté dans leur fuite. j’eus un assez grand différent après le combat, avec celui qui commandait les enfants perdus, lequel soutenait que le comte de Feria avait demandé quartier, & que c’était à moi qu’il s’était rendu, & qu’au reste je m’en rapportais au jugement du prisonnier même.

La bataille d’Avins (20 mai 1635)

La bataille d’Avins (20 mai 1635)

Au début de l’année 1633, Richelieu poussait Louis XIII à financer la guerre en Allemagne et en Hollande, craignant que si la paix se faisait en Allemagne et la trêve en Hollande, ou l’une des deux seulement, la France aurait à supporter seule une guerre défensive, qu’on lui apporterait jusque dans ses entrailles, sans qu’elle la pu éviter. La défaite des armées suédoises à Nördlingen, le 6 septembre 1634, allait précipiter les choses : Louis XIII s’engageait alors dans la guerre aux côtés des Protestants et contre l’empire Habsbourg. Le 8 février 1635, la France et la Hollande signent un Traité d’alliance. En mars 1635, le Cardinal Infant attaque la ville de Trèves dont l’Électeur s’était mis sous la protection de la France. Il prend la ville et fait prisonnier l’Électeur et la garnison française. Louis XIII et Richelieu prennent alors ce prétexte pour déclarer la guerre à l’Espagne.

L’armée de Picardie a pour ordre de traverser la Meuse et de faire la jonction avec celle du prince d’Orange à Rochefort, en Wallonie. Les corps des maréchaux Châtillon et Brézé se réunirent le 7 mai à Mézières.

Début 1635, le cardinal de Richelieu, demeurant sur la défensive du côté de l’Espagne, met sur pied cinq armées : la première en Picardie et destinée aux Pays-Bas, sous les maréchaux Brézé et Châtillon (12 500 à 16 000 hommes de pied et 3 500 chevaux selon Richelieu) ; la seconde en Lorraine, chargée de surveiller Brisach, sous le maréchal de La Force (12 à 15 000 hommes de pied, 1 000 dragons et 4 000 chevaux) ; la troisième sur la Sarre, pour s’opposer aux Impériaux de Galas, sous le cardinal de La Valette (11 à 16000 hommes de pied, 1 700 dragons et 3 500 chevaux) qui peut aussi compter avecl’aide des Weimariens de Bernard de Saxe-Weimar (12 000 hommes de pied et 6 000 chevaux) ; la quatrième en Valteline sous le duc de Rohan (12 000 hommes de pied et 500 chevaux) ; enfin, en Italie, l’armée franco-savoyarde du duc de Savoie et du maréchal de Créqui (14 000 hommes de pied et 1 500 chevaux). Une seconde armée était en cours de constitution, en Picardie, pour attaquer la Flandre (7 000 hommes de pied, 500 dragons et 1 480 chevaux), et le Roi gardait auprès de lui une armée de 15 à 25 000 hommes de pied, 1 000 dragons et 2 000 cavaliers. À toutes ces armées, s’ajoutaient l’ensemble des garnisons faisant 30 000 hommes.

Le 20 mai, le prince Thomas poste avantageusement son armée près du village d’Avins. Les espagnols sont en effet bien retranchés devant le village. La brigade Brézé, qui occupe le flanc gauche de l’armée française, se met alors en bataille. Peu de temps après, la brigade de Châtillon arrive et se déploie à gauche de la brigade Brézé.

L’armée française des maréchaux Châtillon et Brézé compte plus de 20 000 fantassins et 6 à 7 000 chevaux selon Pontis, 22 000 fantassins & 6 000 chevaux hors officiers et valets, en deux brigades de 11 000 fantassins et 3 000 cavaliers, et 24 canons selon Puysegur. Chaque brigade compte 11 000 fantassins et 3000 chevaux selon Puysegur (mais lorsqu’il déploie son armée, il ne compte plus que 14 escadrons de 100 chevaux). La carte de Melchior Tavernier recense, pour l’infanterie, 22 régiments faisant chacun un bataillon, et 30 escadrons de cavalerie composés chacun – le plus souvent – de deux compagnies de cavalerie.

Le corps du prince Thomas de Savoie qui affronte l’armée française ne compte qu’une partie de ces forces : 10 000 fantassins en 120 enseignes, 3 000 chevaux en 45 cornettes et 16 canons selon Richelieu, 8 000 fantassins et 2 000 chevaux selon Gualdo Priorato, 7000 fantassins et 2 500 chevaux selon une source espagnole. Le comte de Feira en était maître de camp général, le comte de Buquoy y commandait la cavalerie et le comte d’Hoochstrate, l’infanterie. La relation du Mercure Français cite le tercio espagnol d’Alfonso de Ladron de Guevara, le tercio italien de Sfondrato, le régiment anglais de Brons, le régiment allemand d’Hoochstrate et le régiment du prince Thomas.

La bataille commence par un combat entre enfants perdus qui tourne à l’avantage des espagnols. Puis la cavalerie espagnole de l’aile gauche se retire derrière son infanterie. La cavalerie de l’aile droite française s’avance alors sur la gauche espagnole mais essuie un fort feu de mousqueterie et d’artillerie qui met la moitié des escadrons français en fuite. Les bataillons d’infanterie de Brézé sont en aussi mis en désordre. Une fois ses bataillons ralliés, Brézé lance sa brigade sur l’aile droite espagnole et l’enfonce. La cavalerie de Tavannes en soutien de la brigade enfonce de son côté les escadrons espagnols.

L’aile gauche française s’ébranla peu après le succès de l’aile droite. Champagne, soutenu par le reste de la brigade, enfonce le reste de l’armée espagnole. La réserve n’aura pas à donner, la victoire est consommée. Plus de 4 000 morts seraient restés sur le terrain du côté espagnol pour moins de 500 côté français. Feira est fait prisonnier mais le prince de Savoie et Bucquoy parviennent à s’échapper.

 

L’armée française (Brézé et Châtillon) : 20 000 fantassins en 22 bataillons, 6 000 chevaux en 29 escadrons et 24 canons.

Ligne d’artillerie : 24 pièces alignées sur le front de l’armée, à priori principalement sur le front de la brigade Brézé. Sur les différents plans de la bataille, il semble que seulement 7 pièces d’artillerie aient été déployées sur le front de la brigade Brézé.

Aile gauche (Châtillon) :

Première ligne de cavalerie (de gauche à droite) : 5 escadrons des compagnies de carabins d’Arnaud (2 escadrons), Moulinet et Hocquincourt (1 escadron), Brouilly (1 escadron) et Aubaye (1 escadron).

Seconde ligne de cavalerie : 5 escadrons des compagniesCleay (1 escadron), Creuzy et Tavannes (1 escadron), Ouzonville et Bourry (1 escadron), Fourille et Agin (1 escadron) et Belin (1 escadron).

Première ligne d’infanterie : 5 bataillons d’infanterie des régiments (de gauche à droite) Champagne, Plessis-Praslin, Longueval, Senlis, et Lusignan
Seconde ligne d’infanterie : 4 bataillons d’infanterie des régiments Sy, Chuin, Coursan, et Calonge.

Aile droite (Brézé) :

Première ligne d’infanterie : 5 bataillons d’infanterie des régiments (de gauche à droite) : Maréchal Brézé, La Mothe-Houdencourt, Saucourt et Piémont.

Seconde ligne d’infanterie : 1 escadron de gendarmes et chevaux légers de Monsieur (entre les deux brigades)  puis 4 bataillons d’infanterie des régiments Bellebrune, Castelnau, Polignac et Migneux.

Première ligne de cavalerie (de gauche à droite) : 6 escadrons de cavalerie formés des compagnies Roche-Baritanet et Lansac (1 escadron), Lenoncourt et Aumont (1 escadron), La Ferte-Seneterre (1 escadron), Roche-Saint-Quentin et Beaupré (1 escadron), Beauregard et Tivolières (1 escadron), Viantez et Terail (1 escadron).

Seconde ligne de cavalerie : 5 escadrons formés des compagnies La Colonelle et Clavière (1 escadron), Praslin et Francierre (1 escadron), La Courbe et Requin (1 escadron), La Valette et Isaut (1 escadron), Luzerne et de la Tour (1 escadron).

Réserve (Chastelier-Barlot) :

Troisième ligne, de gauche à droite :

2 escadrons de cavalerie (compagnies Batterie et Saint-Martin), 1 bataillon d’infanterie du régiment de Grancey, 1 escadron de cavalerie (La Chapelle-Balou), 1 bataillon d’infanterie du régiment Mesnilserran, 2 escadrons de cavalerie (formé avec les compagnies Esche et Saint-Simon pour le premier, Mestre-de-camp et Baritaut pour le second), 1 bataillon d’infanterie du régiment Monmege, 1 escadron de cavalerie (compagnie Pont de Gourlay), 1 bataillon d’infanterie du régiment marquis de Brézé, 2 escadrons de cavalerie (compagnies Guiche et La Trousse).

Les bataillons d’infanterie sont à 900 hommes et les escadrons de cavalerie à 200 chevaux.

Pour LM Tercios, les 22 bataillons d’infanterie sont reformed battalion. Deux de ces bataillons sont reformed battalion veteran (Champagne et Piémont). Les 29 escadrons de cavalerie sont cuirassiers modern cavalry. L’artillerie est représentée par 1 canon moyen et 1 canon léger.

Quelques drapeaux de régiments français présents à Avins :

Piémont

Champagne

Grancey

Plessis-Praslin

Castelnau

La Mothe-Houdencourt

 

L’armée espagnole du prince Thomas de Savoie : 10 000 fantassins en 7 bataillons, 3 000 chevaux en 17 escadrons, 16 canons

Le corps du prince Thomas de Savoie qui affronte l’armée française ne compte que 10 000 fantassins en 120 enseignes, 3 000 chevaux en 45 cornettes et 16 canons selon Richelieu, 7 000 fantassins et 2 500 chevaux selon une source espagnole. Le comte de Feira en était maître de camp général, le comte de Buquoy y commandait la cavalerie et le comte d’Hoochstrate, l’infanterie. Régiments d’infanterie présents : tercio espagnol d’Alfonso de Ladron de Guevara, tercio italien de Sfondrato (tercio viejo), tercio wallon de Frezin, le régiment anglais de Brons, le régiment allemand d’Hoochstrate et le régiment du prince Thomas.

Front de l’armée : artillerie (16 pièces)

Première ligne :

Aile gauche (comte de Vilerval ?) : 3 escadrons de cavalerie disposés en échiquier (2 en première ligne, 1 en derrière)

Centre (Bucquoy) : 4 escadrons de cavalerie en ligne et 4 escadrons probablement du régiment de Bucquoy, disposés en échiquier (2 devant et 2 derrière). Cette ligne de cavalerie va dès le début de la bataille retraiter derrière l’infanterie.

Aile droite : 3 escadrons de cavalerie disposés en échiquier (2 en première ligne, 1 en derrière)

Seconde ligne :

Centre (Hoochstrate) : 7 bataillons d’infanterie disposés en échiquier. En première ligne : 4 bataillons/escadrons des tercios de Sfondatro (à droite, puisque le plus ancien des tercios présents), Ladron de Guevara et Frezin (si réellement présent) en première ligne, 3 bataillons des régiments de Brons, d’Hoochstrate et  prince Thomas probablement en seconde ligne.

Aile droite : 3 escadrons de cavalerie disposés en échiquier (2 en première ligne, 1 en derrière)

Selon ces effectifs donnés par Richelieu (probablement surestimés), les bataillons/escadrons d’infanterie sont à 1430 hommes et les escadrons de cavalerie probablement à 177 chevaux.

Pour LM Tercios : les tercios espagnols et wallons sont tercios modernised  (les 4 bataillons de première ligne) dont 2 (Sfondatro) sont tercios viejos modernised. Les 3 bataillons de seconde ligne sont classic squadron modernised, large squadron. Les 17 escadrons de cavalerie sont cuirassiers. L’artillerie est représentée par 2 canons moyens. Toute l’infanterie est protected et l’artillerie espagnole est fortified. N’hésitez pas à donner de meilleurs généraux aux espagnols pour équilibrer la partie (le prince Thomas de Savoie est effectivement un bon général).

Pour les éléments du champ de bataille, voir les plans ci-dessous.

 

Stéphane Thion

Bannières et banderas de Rocroi (1643)

Bannières et banderas de Rocroi (1643)

Et voici une série de drapeaux de régiments d’infanterie pour la bataille de Rocroi.

1- Drapeaux de régiments français présents à Rocroi :

Régiment de Piémont

 

Régiment de Picardie

Régiment de La Marine

Régiment de Persan

Régiment d’Aubeterre

Régiment de Bourdonné

Régiment de Gesvres

Régiment de Guiche

Régiment des Gardes écossaises

Régiment suisse de Molondin

Régiment suisse de Watteville

Régiment suisse von Roll

 

2- Drapeaux de tercios espagnols, italiens, wallons, bourguignons et régiments allemands présents à Rocroi :

Bandera supposée du tercio d’Albuquerque, conservée au musée de l’Armée de Paris (Dimension : 2m x 2,50m ; sources : L.S Muzás , R&D 2002 ; Hugo A Cañete, 2016)

Autre version de la bandera du tercio d’Albuquerque d’après Gerrer, Petit et Sanchez-Martin (2007)

Bandera du tercio italien de Strozzi

Drapeau du régiment allemand de Frangipani, d’après un drapeau de compagnie conservé à Chantilly.

(source : Alessio Pasquini, 2017, Associazione Culturale Veterani delle Fiandre ; une bandera avec un motif comparable se trouve représentée sur le tableau de Jusepe Leonardo “La reddition de Juliers” (1622))

Toutes les bannières ci-dessous ont été reconstituées à partir de la gravure “les trophées de Rocroy” de Nicolas Cochin (voir la gravure en tête d’article) : les couleurs sont donc hypothétiques. La forme rectangulaire est inspirée du tableau du Ridderzaal de Dirk Van Delen (1651) ainsi que de la gravure de Nicolas Cochin.

Bandera d’un tercio : les couleurs sont inspirées du blason de la ville de  Garciaz, représenté au centre de cette bandera. Cette bandera pourrait donc être une de celles du tercio de Garciez, sachant que les dernières compagnies valides de ce tercio ont obtenu une capitulation et le droit de repartir en Espagne avec leurs bannières (couleurs hypothétiques).

Bandera du même tercio (interprétation de Ferrer-Dalmau)

Interprétation d’une bandera de tercio d’après la gravure des trophées de Rocroi (couleurs hypothétiques)

Interprétation d’une bandera de tercio d’après la gravure des trophées de Rocroi (couleurs hypothétiques)

Six des banderas présentées en trophée par Nicolas Cochin possèdent des signes aux quatre coins : 4 cercles ci-dessus, 5 dans la bandera au-dessus, un cercle dans celle supposée de Garciez et un signe que j’ai interprété comme la lettre D dans la bannière suivante. Il s’agit peut-être de la façon de distinguer les différentes compagnies au sein du tercio. A cette époque, un tercio comporte 12 ou 15 compagnies.

Bandera du tercio italien de Visconti d’après la gravure des trophées de Rocroi (couleurs hypothétiques, deux versions proposées)

Bandera de tercio d’après la gravure des trophées de Rocroi (couleurs hypothétiques; d’après Picouet, 2011)

Interprétation d’une bandera de tercio d’après la gravure des trophées de Rocroi (couleurs hypothétiques)

Interprétation d’une bandera de tercio d’après la gravure des trophées de Rocroi (couleurs hypothétiques, deux versions proposées)

Bandera du tercio Sarde de Castelvi d’après la gravure des trophées de Rocroi (couleurs hypothétiques)

Interprétation d’une bannière de régiment allemand d’après la gravure des trophées de Rocroi (couleurs hypothétiques)

Interprétation d’une bannière appartenant à un tercio wallon (Ribaucourt, Bassigny, Granges, Meghem) ou bourguignon (Saint-Amour) ; les couleurs, hypothétiques, sont celles d’Albert François de Croÿ, comte de Megehem.

Autre interprétation de cette même bannière (couleurs hypothétiques).

Pour le scénarion LM Tercios de la bataille de Rocroi, c’est ici.

Stéphane Thion

Drapeaux suédois pour la bataille de Lützen

Drapeaux suédois pour la bataille de Lützen

Et voici quelques drapeaux de régiments d’infanterie suédois pour simuler la bataille de Lützen.

La brigade “nouveau bleu” ou “brigade suédoise” composée des régiments Hand (bleu), Hard et Hastfer :

Drapeau d’une compagnie du régiment bleu ou vieux-bleu (alt-blau) d’après K.A. Wilke (malheureusement, il me manque la légende)

Drapeau possible d’une des compagnies du régiment bleu (blau)

La brigade jaune, composée des gardes du corps et du régiment jaune de la garde :

Drapeau d’une compagnie du régiment jaune selon K.A. Wilke (gardes du corps royaux ?)

Drapeau d’une compagnie du régiment jaune (Gelb)

La brigade “vieux-bleu” (alt-blau) composée du régiment Winckel :

 

Drapeau d’une compagnie du régiment vieux-bleu (Alt-blau)

La brigade blanche : elle était constituée uniquement du régiment Knyphausen (dont je n’ai pas le drapeau), ce régiment étant formé  en septembre 1632 en réunissant le régiment “vieux blanc” de Bürt et le régiment Mitschefall

Drapeau d’une compagnie du régiment Wilhelm Bürt (vieux-blanc).

3 drapeaux de compagnies du régiment Mitschefall, dissout en septembre 1632 et amalgamé avec le régiment Bürt ci-dessus.

La Brigade verte à Lützen, composé du régiment vert de Bernard, du régiment noir de Wildenstein et du régiment écossais de Leslie :

Drapeau du régiment Bernard de Saxe-Weimar

Drapeau du régiment écossais Leslie

Drapeau du régiment écossais Henderson

La brigade du duc Guillaume de Saxe-Weimar composée du régiment du duc Guillaume et des régiments saxons Bose et Pforte :

Drapeau du régiment Guillaume de Saxe-Weimar

 

 

 

 

 

Stéphane Thion

Les soldats de Barcelone pendant la guerre des faucheurs (1640-1652)

Les soldats de Barcelone pendant la guerre des faucheurs (1640-1652)

Les soldats de Barcelone pendant la guerre des faucheurs

(1640-1652)


CHAPITRE PREMIER – La révolte jusqu’à la bataille de Montjouic (26 janvier 1641)

I. Une ville avec une longue tradition armée

Depuis le moyen âge, Barcelone avait une tradition d’autodéfense. Les habitants de la ville et en général ceux de la Catalogne avaient l’obligation de s’armer à ses frais et servir leur comte en cas de menace d’invasion extérieure ou de menace pour la sécurité du comte. Ce comte était le souverain qui gouvernait le pays ensemble avec le peuple moyennant des lois pactionnées.

À partir de 1544, la ville de Barcelone se voit attribuer une nouvelle organisation de ses milices. Le Conseiller en chef (“Conseller en cap”) se voit attribuer le titre de “Coronell” ou colonel et les milices sont organisées en compagnies formées d’hommes des diverses confréries des corps de métier.

Le nombre de compagnies augmentera en fonction de l’évolution démographique de la ville, mais surtout de celle des diverses confréries. En effet, pour former une compagnie on a besoin d’un minimum de 60 hommes et les confréries que n’atteignaient pas ce nombre étaient regroupées en une compagnie formée par les membres de plusieurs compagnies. Comme on peut le supposer, le nombre d’hommes de chaque compagnie variait beaucoup. Certaines compagnies avaient les effectifs minimaux, mais d’autres en avaient plus de 300. C’était le cas pour les professions plus répandues ,comme celle des tailleurs ou des chausseurs. Aucune profession était exempte de servir, ainsi la ville levait des compagnies de notaires royaux ou de commerçants. En cas de menace, même les religieux avaient l’obligation de servir. Le soir, si un quelconque risque existait, les compagnies ou une partie de celles ci faisaient la garde de la ville chacune leur tour.

En 1638, la milice était organisée en 39 compagnies différentes. Ces compagnies s’exerçaient d’une façon plus ou moins régulière et elles arrivaient à se former aux batailles grâce à la pratique des manœuvres des troupes. Cette année là, deux formations regroupant au total 10 compagnies s’exercèrent aux environs de la ville en simulant un combat. Une des compagnies, celle des marchands a pu servir à cheval et à servi aux réceptions des autorités. Cependant ce n’est pas une unité de parade. Ses maîtres sont chevronnés dans l’art équestre et se montreront bien compétents au combat.

Les compagnies servaient à la défense de Barcelone face à des menaces directes. Cependant, en cas d’une mobilisation qui oblige à mobiliser des hommes pour une expédition à l’extérieur de la ville, l’organisation était toute autre. Une levée de soldats était organisée et ceux-ci, volontaires ou désignés par les confréries au sein de ses membres formaient un tercio avec diverses compagnies armées. Le nom de ce tercio était le Tercio de la Bannière de Sainte Eulalie (“Terç de la bandera de Santa Eulàlia”), parce qu’il arborait la bannière de la sainte patronne de la ville. Un des cinq conseillers de Barcelone était désigné comme colonel, mais normalement le Conseiller en Chef restait dans la ville et donc c’était  le Conseiller militaire (choisi entre les nobles), qui était désigné.

 

Catalogne vers 1640

II. La révolte des faucheurs éclate

Le 7 juin 1640 la colère des faucheurs venant à Barcelone éclate. Les quartiers populaires et plus pauvres de la ville rejoignent la colère contre les officiers royaux. Le juges de l’Audience sont particulièrement visés et s’ils n’arrivent pas à se cacher, ils sont massacrés. Le vice-roi Dalmau de Queralt fuit au bastion de la mer (Bastió del mar) mais les révoltés forcent les portes. Obligé à fuir vers Montjouic, il est rattrapé et tué à coups de poignard. La compagnie de Bernardino de Marimón, en garnison à l’arsenal royal des Drassanes, incapable de résister à la foule se disperse. Ses membres qui sont identifiés sont passés par les armes.

Si ce jour là, les Conseillers de Barcelone ont essayé de calmer la révolte usant de la modération, le jour suivant les désordres dérivent vers le pillage. Le soir, les autorités mobilisent 5 compagnies: celles des veloutiers, marchands, argentiers, commerçants et étudiants, soit 470 hommes des classes plus aisées. Celles ci expulsèrent  les révoltés plus bruyants de Barcelone. Le reste ira vers Granollers ou soit disant on regroupait 500 hommes pour lutter contre les tercios espagnols à Perpignan. Ces premiers jours, la ville ferme toutes ses portes moins trois (Marina, portails Nou et Sant Antoni). Dans chacune l’on met une garnison permanente de 25 hommes.

Les premières levées pour servir à l’extérieur de la ville vont se faire à partir du mois de juillet. La ville a occupé l’arsenal royal du chantier naval (“Drassana”) où étaient stockés des milliers d’armes et fournitures, mousquets, arquebuses, épées, 130 canons, 80.000 balles de fer, 500 quintaux de poudres… et même deux galères qui attendent des travaux de réparation. À partir de ce moment les armes ne manquent pas et 4 compagnies de 100 mousquetaires à pied (capitaines Aiguaviva,  Galceran Cors, Josep Molins et Mitjans) et 2 compagnies de cavalerie (Josep de Pinós et Josep d’Ardena – lieut. Francesc Borrell) avec 120 chevaux sont formées. On arme les maîtres avec 2 pistolets, une espingarde et une épée. Elles sont envoyées vers la partie sud ou orientale de la province. Sa mission est purement défensive et une des compagnies de mousquetaires est envoyée à Flix. Barcelone protège ainsi la ville dont elle possède le domaine seigneurial (perception de censives et justice).

À l’intérieur de Barcelone se multiplient les exercices des milices et les premières compagnies de religieux commencent leurs exercices. Les compagnies de religieux sont armés avec un tiers de mousquets, un tiers d’arquebuses et un tiers de piques. Cette proportion va devenir le standard pour les troupes. Elle correspond aux prescriptions des traités militaires de l’époque.

Cependant, la première mobilisation sérieuse se fait en décembre. Pour s’opposer à l’invasion de l’armée du marquis de Los Vélez, le tercio de Sainte Eulalie est levé. Il est formé initialement par 6 compagnies qui regroupent 800 volontaires plus les effectifs de la compagnie de Josep Molins, déjà levée, qui se réunit à Tarragone au tercio. Sa structure est la suivante:

Tercio de la bannière de Sainte Eulalie
Colonel: Le Conseiller tiers Pere Joan Rossell

Lieutenant de colonel: Lluís de Paguera (il était à Lerida et ne sert pas)

Sergent Majeur: Anton Meca (jusqu’au 2 janvier quand il est nommé lieutenant de Colonel)

Enseigne de la bannière de Sainte Eulalie: Geroni Agulló

Consulteurs: Rafael Cervera et Baltasar Càrcer

Un chirurgien, Pau Moles et 4 jeunes chirurgiens.

Compagnie du Lieutenant de colonel (Lluís de Paguera): Enseigne Pere Modolell

Compagnie du sergent majeur Anton Meca

Compagnie du capitaine Anton de Paguera

Compagnie du capitaine Jordi de Paguera

Compagnie du capitaine Martell

Compagnie du capitaine Josep Molins (jusqu’au 2 janvier 1641 quand il est nommé Sergent majeur, substitué par Pere Modolell)

Compagnie de la ville et sous-viguerie d’Igualada

Le tercio sort de Barcelone le 16 décembre et se dirige vers Tarragone. Derrière lui reste le train d’artillerie qui n’est pas encore prêt. Il doit se réunir avec les milices catalanes de la ville et l’armée du Maréchal Espenan. En effet, la Députation du Général (“Diputació del General”) dirigé par le député Pau Clarís a accordé un pacte d’aide avec la France. Pour l’instant 3.092 soldats à pied et 1.040 maîtres rentrent en Catalogne. Ils forment 80 compagnies à pied et 17 à cheval. Passant par Ille (où vont tenir garnison les 20 compagnies du régiment de Tonneins) et Figueres, une partie, soit 24 compagnies à pied et 5 à cheval, est laissé à Castelló d’Empúries pour assurer les communications menacées par les garnisons de Roses. Le reste des troupes passe par Barcelone puis se dirige à Tarragone.

III. Espenan renonce à défendre Tarragone

Espenan s’avance en premier avec 800 chevaux. Un peu plus loin, entre Barcelone et Tarragone arrivent les régiments d’Enguien et 16 compagnies d’Espenan. À Tarragone vont se retrouver la cavalerie d’Espenan, les milices de la ville (7 compagnies), le Tercio de Sainte Eulalie et 3 compagnies de cavalerie catalanes, les deux de la ville et une troisième levée par la Députation , Soit un total de près de 2.200 soldats à pied et 1.000 chevaux. Espenan se plaint qu’on lui avait promis de trouver une armée de 8.000 catalans mais que rien n’est prêt.

S’opposer à l’armée de Los Vélez qui arrive sur lui est suicidaire. Cette dernière est formée par 22.000 soldats à pied, 3.000 chevaux et 24 pièces d’artillerie. En plus, le port de Tarragone n’est pas fortifié et la ville n’est pas prête à résister. Sans doute les massacres qui se sont produits aux villages qui ont résisté: El Perelló, ou 12 miliciens ont été pendus, Cambrils avec 700 prisonniers désarmés exécutés et Vila-seca avec 300 habitants passés par les armes, l’en dissuadent . Un climat de suspicions s’installe entre Français et Catalans mais finalement Espenan négocie la capitulation. Celle-ci est accordée au Marquis de Torrecuso le 23 décembre et inclut les troupes françaises entre Barcelone et Tarragone. Mais, les troupes catalanes sont averties et à l’exception des milices, elles fuient vers Vilafranca puis Martorell. Quand aux troupes françaises elles doivent rentrer en France avant de pouvoir combattre à nouveau.

Ce sera sur cette dernière ville que vont s’affronter pour la première fois les troupes de Barcelone et l’armée de Sa Majesté Catholique.

IV. Le conflit converge sur Martorell

Les miquelets de Joseph de Margarit vont éviter la persécution de l’armée de Los Vélez. Nommé maître de champ du Tercio de la Viguerie de Villefranche en substitution de Felicià Sayol. Ils vont prendre position au Col de Balaguer au sud de Tarragone. Ils interrompent ainsi le flux de fourniture de l’armée par terre, chars et charrettes sont capturés. Los Vélez ne veut pas l’ignorer. Ayant vaincu les Catalans dans toutes les rencontres jusqu’à ce jour, l’affaire semble simple. Ainsi, le Tercio du Comte Duc rebrousse chemin pour nettoyer le passage de ces miliciens qui l’incommodent.

Mais Margarit est un adversaire inespéré. Ayant combattu très jeune dans les bandosités des Nnyers et des Cadells qui divisent la petite noblesse catalane. Il n’a aucune leçon à prendre en l’art de Mars. En plus des 200 soldats mobilisés par la viguerie de Villefranche, il compte avec les miquelets des capitaines Cabanyes et Caselles, soit au total 400 hommes. Ces miquelets sont une espèce de dragons qui combattent à pied mais se déplacent à cheval, en une tradition qui se remonte aux Almogavres du moyen âge. La petite guerre est leur affaire. Le tercio du Comte Duc sera repoussé subissant une cuisante défaite. Les sources hispaniques indiquent qu’il y aurait eu plus de 500 morts et blessés, en réalité ils seront assez moins.

Au retour du tercio, Los Vélez ne peu plus attendre. Les jours passent et on est déjà au mois de janvier. Il lui faut avancer vers Barcelone au plus tôt avant que l’hiver n’empêche de poursuivre les opérations. Il laisse donc un Tercio  de Fernando de Tejada à Tarragone, avec quelques compagnies de cavalerie. Une garnison de 50 soldats est mise au château de Constantin pour garder 370 Catalans survivants du massacre de Cambrils qui n’ont pas été mis aux galères. Après ces dispositions, son armée se dirige sur Vilafranca. Même si une muraille protège la ville, elle date du moyen âge. Il n’est pas surprenant qu’elle soit occupée sans résistance le 4.

Uniquement trois compagnies de cavalerie, une de catalane et deux française font quelque opposition aux alentours de la ville. Pour les Espagnols le scandale est énorme. Les Français auraient cassé l’accord de capitulation. Les missives de Torrecuso et de son fils, le Duc de Saint Georges envers Espenan du 6 arrivent l’une après l’autre et menacent de pendre les Français qui seront capturés. Mais les troupes d’Espenan sont payées par la Députation et celle-ci ne veut rien savoir d’une capitulation qu’elle n’a pas approuvé. Pour la Députation comme il n’y a pas de pitié pour les Catalans, les lois de la guerre ne s’appliquent plus. Les Espagnols vont laisser une garnison de 300 hommes à Vilafranca et vont traiter les malades à l’hôpital, en ville.

Tout l’effort de guerre converge sur Martorell. Le Tercio de Barcelone se voit renforcé de nouvelles compagnies, une de 70 hommes de Sabadell et une autre de 200 de Tarrassa s’incorporent le 25 décembre. Le même jour une centaine de miquelets de Pau Goday, criminel condamné à mort qui se voit libéré en échange de lutter contre les Espagnols, s’incorporent aussi au Tercio. Truffée de criminels, cette compagnie va perpétrer les pires crimes. Ses actions sont si scandaleuses que les Conseillers vont dissoudre la compagnie le 7 janvier et demander l’exécution de Goday à la première occasion.

Le 28 décembre est arrivée une compagnie de Mataró avec 215 hommes et le 29, 100 de plus de la Baronie de Montbui dont Barcelone en a le domaine éminent. Ces derniers vont s’intégrer dans la compagnie d’Anton Paguera. Le 3 janvier un renfort de 100 Barcelonais s’intègre au Tercio. En plus, le 14 c’est le tour de la compagnie à cheval des marchands, aux ordres du capitaine Josep de Clariana, qui arrive à Martorell. Enfin, les 6 pièces d’artillerie de 3 et 4 livres prévues pour l’expédition de Tarragone, rejoignent la place d’armes.

Mais le Tercio de Sainte Eulalie n’est pas seul à Martorell. Il est rejoint par des Tercios formés par des levées des vigueries qui ont convergé sur Martorell. La Députation et diverses villes ont mobilisé le Tercio de Vic (800 h.), celui de la Ville et viguerie de Manresa, celui de la viguerie de Barcelone, le Tercio d’Hostalric et des vicomtés de Cabrera et Bas et celui de Piera. Au total, en comptant près de 1.500 soldats du Tercio de Sainte Eulalie l’infanterie catalane comptera avec 6.000 hommes. La cavalerie quelques 400 maîtres, 220 mobilisés par Barcelone en 3 compagnies et le reste par la Députation.

À ces troupes vont s’ajouter les françaises. Cependant, à Martorell Espenan est dans l’embrouille. D’un côté les pactes de Céret font de lui un mercenaire au service de la Députation à qui il se doit d’obéir. Par contre, il se doit de respecter les pactes de capitulation de Tarragone. Il expose ses régiments à une guerre à mort s’il les brise. Finalement il se décide à respecter les pactes dans sa forme. En premier lieu il encaisse un paiement de 39.000 livres de la Députation puis le 7 janvier il retourne en France.

Il a eu le temps d’écrire une lettre à la Députation lui annonçant qu’il rappelle les troupes laissées à l’Empordà pour venir défendre Martorell. En plus et de forme subreptice, il verse la plus grande partie des maîtres des régiments de Saint Simon et de Boissac dans les compagnies qui ont resté à l’Empordà. Rentreront en France des compagnies encadrées, avec les officiers et quelques soldats. Le résultat est que les 3 compagnies de Boissac auront des effectifs de plus de 320 maîtres et les 2 de Saint Simon 140, soit presque le double du nombre auquel on pourrait s’attendre. Cependant si les troupes à cheval vont arriver le 17 janvier à Barcelone, les choses se compliquent pour l’infanterie. Le régiment de Serignan et les 4 compagnies d’Espenan ont besoin de plus de temps pour faire la route. Ils ne seront à Barcelone que le 21.

V. Barcelone se mobilise

Bien évidemment la mobilisation à l’intérieur de Barcelone sera aussi frénétique. De nombreuses compagnies de religieux seront levées ainsi que celles du Châpitre de la Cathédrale et celle des étudiants de théologie. Sans doute la guerre contre les Tercios hérétiques de Philippe IV était une guerre juste. Les  profanations d’églises par les tercios italiens avaient provoqué la colère des autorités ecclésiastiques. L’évêque de Gérone avait excommunié les tercios de Juan de Arce à cause de la mise à sac des églises de Montiró et Riudarenes. Le 24 décembre la Députation décrète le “somatent” général dans toute la Catalogne, équivalent à l’arrière ban en France.

L’Illustre Châpitre de la Cathédrale, forme le même jour une compagnie de 107 hommes, aux ordres du capitaine, le Docteur Francesc Paga, l’enseigne Fructuós Tos et deux sergents. Le lendemain commence à servir la compagnie des religieux des couvents de Saint Pierre et de Sainte Catherine aux ordres du capitaine Marià Miret avec l’enseigne, le frère Antoni Colomer, et un sergent. Les frères des couvents de Jesús (Jésuites) et de Sant Francesc (Franciscains) et les Capucins forment aussi leurs compagnies.

Au total, l’organisation des compagnies de religieux était la suivante:

Désignation de la compagnie Endroit désigné pour le service le 26 janvier 1641
Pares de Santa Madrona

Pares de Sant Pere i Santa Caterina

Religiosos de Sant Francesc

Pares de la Mercè

Pares de la Trinitat

Religiosos de Sant Agustí

Ilustre Châpitre de la catedrale et bénéficiés

Chanoines de Santa Anna

Pares de Jesús

Pares servites

Pares del Carme

Clergues del Pi

Frares de Santa Mònica

Trinitaris descalços (séculiers)

Porta de la Boqueria (Ancienne muraille des Ramblas)

Entre le bastion de Junqueres et la tour devant de l’hort du Favar

Bastion de Santa Eulalia

Bastion del vi

Bastion de Sant Francesc

Pla de’n Llull

Pla de’n Llull

Porta de l’Àngel

Porta de l’Àngel

Porta de Tallers

Porta de Sant Antoni

Porta de Sant Pau

Porta de Sant Pau

Porta de Sant Bertran

Déjà a Cambrils, Los Vélez s’est retrouvé avec 120 prisonniers religieux sous les bras. Et les religieux de Barcelone, comme les membres des milices ne vont pas se ménager. En effet, connaissant que les troupes espagnoles se rapprochent de Martorell, un nouveau Tercio va être levé, formé à partir d’un noyau d’une compagnie d’étudiants (probablement celle des étudiants de théologie) et des religieux qui font 400 hommes. A eux s’ajoutent des volontaires des diverses confréries. Ils forment le Tercio de la bannière de Saint Raymond de Peñafort, avec des effectifs d’entre 800 et 1.000 hommes selon les sources.

 

Francesc Via – Milicien de la compagnie des argentiers en 1652

À côté de cette organisation, Barcelone organise aussi ses confréries. En se moment elles sont formées par 40 compagnies numérotées sur le feuillet ici reproduit et partiellement traduit:

Aux murailles Endroit
Bastion de Santa Eulària Notaris Causídics (1) A la maison de Ville Le colonel et autres conseillers et conseil de guerre

Notaris de Barcelona (38)

Personnes militaires

Bastion de Sant Francesc Manyans (2)
Bastion del vi (ou de Ponent) Matalassers (3)
Portail de Mar Mercaders (4) Au Pedró Personnes célibataires du Quartó del Raval
Bastion de Migjorn Capitaine de l’artillerie

Argenters (5)

En la montagne de Montjuic L’aide de camp

Sabaters (39)

Sastres (40)

Sur le Rec (Comtal) Julians i sombrerers (5)
Casamate du Bastion de Llevant Pescadors (7)  Rue del Hospital devant de l’ange protecteur Cavalerie del Raval
Bastion de Llevant Mariners i descarregadors (8)
Tour de Sant Joan Carnissers i pastissers (9) Aux Ramblas devant des Agustins descalços Cavalerie du Quartó de Sant Miquel
Portail de Sant Daniel Hortolans del Portal Nou – capitaine Josep Jover (10)
Devant de tiradors Blanquers i cotoners (11) Rambla, devant Sant Josep et Carmelites descalços. Cavalerie du Quartó del Pi
Portal Nou Paraires (12) – capitaine Jacint Vilanova
Portail de Junqueres Velluters i torcedors de seda (13)
Portail de l’Àngel Teixidors i retorcedors de llana (14) La cavalerie du Raval, du Quartó del Pi et du Quartó de Sant Miquel doit sortir de la ville et se mettre sur une éminence entre la Creu Coberta et la montagne de Montjuic protégée de cent mousquetaires.
Tour de Sant Sever Mestres de cases (15)
Portail de Tallers Ollers i gerrers (16)
Devant de Natzaret Fusters (17) – capitaine Lluís Sans Al Pla d’en Llull Cavalerie du Quartó de Santa Maria del Mar
Portail de Sant Antoni Hortolans del Portal de Sant Antoni (18)
Portail de Sant Pau Escudellers i daguers (19) – capitaine Ramón Romeu Place de Santa Anna Cavalerie du Quartó de Sant Pere
Devant la rue des Comèdies Pintors i flassaders (20)
Portail de Sant Bertran Cirurgians i droguers (21) La cavalerie du Quartó de Santa Maria et du Quartó de Sant Pere doivent sortir à la campagne et se mettre sous l’éminence de  Sant Francesc de Paula.
Aux places publiques
Salles des armes Pellers (22)

Assaonadors i carders (23)

Place de la Arboleda Le sergent majeur

Forners i flequers (24)

Taverners i hostalers (25)

Ferrers (26)

Corders (27)

Gent soltera del Quartó de Santa Maria

Place de Sant Agustí Personnes célibataires du Quartó de Sant Pere
Placeta de Sant Pere Passamaners (28)

Calceters, llibreters i vidriers (29)

Place de Junqueres Julians, mercers i botiguers (30)

Notaris reials (31)

Porta Ferrissa Velers i perxers (32)

Teixidors de lli (33)

Gent soltera del Quartó del Pi.

Au portail devant les Drassanes Le sergent majeur

Boters, capsers, torners i esparters (34)

Revenedors (35)

Apotecaris (36)

Estevans i tapiners (37)

Personnes célibataires du Quartó de Sant Miquel.

Le gouverneur des armes n’a pas de place fixe, car il doit aller et aider où le péril est plus grand.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les armes à feu des milices barcelonaises sont l’arquebuse et le mousquet. Le mousquet est hors normes en cette Europe du XVII siècle. En effet, si les mousquets français lancent des balles avec un poids de 3/4 d’once et les espagnols de 0,8 onces, le mousquet de Barcelone a un calibre supérieur et des balles d’une once de poids. Ce calibre permet d’atteindre l’adversaire à une portée supérieure, soit atteindre sans être atteint. Il fait bien plus de dégâts, notamment sur la cavalerie, que les autres mousquets. Cela aura des conséquences sur divers épisodes de la guerre des faucheurs.

Ces armes ont une marque pour les identifier comme appartenant à Barcelone. Si le soldat manque d’armes, en cas de nécessité, la ville lui en prète, mais ce soldat se doit de garantir le prix du matériel livré. On rend ainsi plus difficile que le soldat abandonne des armes qu’il devra payer en cas de perte. Toutefois la norme a ses exceptions. Si l’arme est perdue à cause d’une capitulation ou si le porteur est blessé mais s’est bien battu, on ne lui réclame pas les frais.

VI. L’encontre de Martorell

L’inexpliquée lenteur de Los Vélez entre Vilafranca et Martorell va permetre arriver à cette dernière ville à la cavalerie française. En effet, la première ville est occupée le 4 et la première attaque sur Martorell se fait le 20 janvier. Le changement du rythme de progression se fait évident:

Trajet de l’armée espagnole Jours Distance (km) Vitesse (km/jour) Troupes
Tortose – Cambrils

(7-14 décembre 1640)

7 70 10 Armée
Tarragone-Vilafranca

(31 décembre-4 janvier)

5 52 10,4 avant-garde de cavalerie
Tarragone – Martorell

(4 – 20 janvier)

16 80 5 Gros de l’armée
Martorell – Barcelone

(22-25 janvier)

4 28 7 Gros de l’armée

Certes, Los Vélez doit transporter un train d’artillerie formé par 24 pièces et le terrain devient de plus en plus montagneux entre Vilafranca et Martorell. Mais cela ne justifie pas la vitesse d’escargot de son armée. Quoique les sources consultées ne parlent pas d’incidences météreologiques, uniquement celle cis peuvent expliquer le changement du rythme de progression. Après la prise de Tarragone on est en plein hiver et probablement des pluies abondantes ralentissent la progression.

Une autre cause du ralentissement de la progression peu avoir relation avec les opérations que mène Joseph de Margarit dans l’arrière-garde française. La nuit du 13 janvier il converge sur Constantí avec 1.500 hommes de son Tercio, les deux compagnies de miquelets des capitaines Caselles et Cabanyes et plus de 1.000 miliciens non encadrés des villages des alentours de Tarragone qui sont venus libérer ou venger leurs parents capturés à Cambrils.

Les catalans vont escalader les murs de Constantí et s’aposteront à l’entrée du château. Le matin du 14 quand les espagnols ouvrent les portes, le sergent Pere de Torres et quelques soldats se font passer par des commerçants d’eau de vie. Ils éliminent rapidement les gardes et entrent en masse dans le château. La garnison résiste désespérée, atendant le secours de Tarragone. Et en effet, 400 hommes de la garnison de Tarragone vienent au secours. Mais Margarit a disposé les miquelets de Cabanyes et Caselles et la compagnie du capitaine Potau. Margarit va envoyer à leur secours ses miliciens. Supérieurs en nombre ils menacent le flanc des espagnols qui doivent se replier au plus vite à Tarragone. Les espagnols doivent déplorer 14 morts et 4 blessés qui sont capturés avec le reste de la garrison.

L’assassinat des prétendus malades et blessés d’un hôpital hispanique situé au château est un mythe répété maintes fois depuis la description qu’en a faite Francisco Manuel de Melo et destiné à tacher la figure de Joseph de Margarit qui bien vite va devenir la bête noire de la monarchie hispanique. Pour preuve, les propositions de la même monarchie pour que Margarit change de parti l’année suivante.

Peu de jours plus tard, la Députation va demander à Margarit qu’il raproche ses soldats de Martorell et continue à attaquer l’arrière-garde de l’armée de Los Vélez. Margarit va le faire et les compagnies montées vont s’avancer vers Martorell.

Sur cette ville converge l’armée hispanique. Les catalans ont eu le temps de préparer des défenses. Des tranchées ont été creusées à l’entrée du village. Mais Martorell est une ville ouverte dont le domaine appartient au Marquis de Los Vélez. Bien sûr la Députation a sequestré les biens de Los Vélez, lors de l’invasion de la Catalogne, mais les habitants ne fuient pas. Si los Vélez ocupe l’endroit ils s’attendent à être bien traités. Un pont romain, le Pont du diable, permet de traverser le Llobregat, le fleuve qui est derrière le village. Aucun autre pont permet de traverser la Llobregat jusqu’à son embouchure. C’est donc un lieu de passage obligatoire pour Los Vélez qui ne pourrait faire traverser son artillerie à un autre endroit qu’avec beaucoup de travaux.

La cavalerie espagnole se présente par deux fois devant de Martorell et est renfoulée. Mais ce ne sont que des éclaireurs. Quand l’armée Los Vélez se met en marche 9 tercios aux ordres de Gerí de la Rena et la cavalerie de las Ordenes comandée par Álvaro de Quiñones (20 compagnies et 1.480 maîtres au début de la campagne) avancent directement sur Martorell par le chemin de Gelida.

Le 18, la cavalerie hispanique arrive devant Martorell avant que son infanterie. Leur nombre n’impressiones pas les francocatalans qui sortent devant la ville faire des escaramouches avec sans arriver à la lutte corps a corps. La partie n’est paas facile pour les espagnols, le cheval de Dom Juan de Garay recevant deux blessures et il y a aussi quelques blessés. La lutte va cesser jusqu’au lendemain après-midi quand arrive l’infanterie.

Le 19, à 4 heures de l’après-midi, les espagnols attaquent à nouveau avec 500 soldats comandés per le Sergent Pedro de Cañaveral et délogent les catalans d’une coline situé à côté du village. La nuit tombe mais les escarmouches se poursuivent entre les deux armées.

Entretemps, le marquis de Torrecuso avec 7 tercios qui font 6.000 hommes et le Duc de San Jorge comandant la cavalerie d’Aragon, prennent un chemin situé à leur gauche et qui passe par  le Col del Portell, Corbera et débouche sur Sant Andreu de la Barca puis Martorell. Ils ’emportent quelques mansfelts. Leur objectif, de concert avec le corps principal, prendre les catalans dans une nasse. Le 21 est le jour du rendez-vous à Martorell.

Le 20 après-midi, il arrive à Corbera dont il capture le château après un petit combat. En effet, parmi les 700 catalans commadés per Dídac de Vergós, c’est le chaos. Ils ne s’attendaient pas a l’attaque et pris par surprise une partie des miliciens fuit au plus vite, en commençant par son chef. Cependant, le clocher de Sant Andreu donne le signal d’alarme. La nuit, il y aura aussi des escaramuches avec les troupes catalanes.

Le lendemain Torrecuso se remet en marche. Les escaramouches comencent tout de suite et s’intensifient au fur et mésure de leur progression vers Martorell. Un milier de catalans se replient sur la ville au fur et à mesure de leur avance.

De son côté, le 21 au matin les catalans sortent avec leur cavalerie de Martorell et attaquent l’éminence capturée le jour avant par les espagnols. Ceux ci après avoir résisté pendant quelque temps doivent se replier après avoir épuisé leurs munitions. Cependant los Vélez contrataque. Il envoie une compagnie de chevaux et un bataillon d’infanterie pour récupérer l’éminence et les catalans doivent se réplier sur ses tranchées. La ils résistent avec obstination les avances des espagnols.

Cependant, à 9 heures du matin Torrecuso est arrivé à proximité de Martorell. Se voyant en risque d’être encerclés les catalans abandonnent les tranchées et fuient à travers le Llobregat sur le Pont du Diable. Avant de partir ils incendient leurs poudres, ce qui provoquera plusieurs victimes sur l’armée hispanique. Certaines armes et  munitions sont même entérrées, mais l’artillerie est abandonnée. Cependant, dirigée par des artilleurs français, elle a le temps de faire une décharge sur les troupes qui arrivent, avant que les artilleurs décampent. La ville est prise à l’assaut des deux côtés et commence le sac ce qui facilite la retraite francocatalane.

La cavalerie française protège aussi la retraite et se positionne de l’autre côté du Llobregat pour recevoir les fuyards. entretemps,  le juré en chef de Martorell , pau Roca, se présente devant Los Vélez avec ses insignes pour demander la protection du marquis. Cela ne sert a rien, il est égorgé et le sacage continue. Aux yeux de Los Vélez la ville est doublement traite à son Roi et à son seigneur. Elle est brûlée, les femmes sont violées puis assassinés et même les enfants sont mis à mort, beaucoup d’eux lancés du haut du Pont du Diable dans le Llobregat. Au total on compte plus de 800 morts, pire que Cambrils…

Le pont du Diable vers 1860 (Martorell)

D’autre part, le 21 au matin, sortent de Barcelone le régiment de Serignan et le Tercio de Saint Raimond pour se porter au secours de Martorell. Malgré leur hâte ils n’arrivent pas plus loin que Sant Feliu de Llobregat. De l’autre côté de la rivière Torrecuso a répéré leur progression et fait traverser la rivière à sa cavalerie. L’infanterie francocatalane forme à la défensive et doit supporter le feu des maîtres ennemis. En un premier moment la compagnie de Francesc Borrell arrive à leur secours, mais ils sont trops peu pour faire face aux espagnols. Heuresement peu après arrive le gros de la cavalerie francocatalane.

En effet la plus grande partie de l’infanterie catalane s’est repliée vers la comarque du Vallès à travers d’un terrain montagneux qui empêche aux espagnols de les menacer avec leurs chevaux. Cependant ils sont pressés et ils abandonnent plus de 90 armes à feu dans le terme d’Esparraguera. Plus de la moitié du Tercio de Santa Eulalia se dirige vers Barcelone, cependant les compagnies colonelle et celle du lieutenant-colonel avec le Conseiller Rossell partent vers Tarrassa.

La cavalerie par contre se dirige à Barcelone et rencontre l’infanterie qui est en difficuté. Grâce à eux l’infanterie francocatalane peut se rapprocher des montagnes qui longent le Llobregat et se replier sur Barcelone. En fin de compte, les catalans perdent plus de 1.000 soldats en la déroute et toute leur artillerie, 6 pièces. Les espagnols de leur part uniquement quelques centaines. C’est donc une nouvelle et cuisante défaite.

 

Murailles de Barcelone près du portail de Santa Madrona

VII. Le miracle de Monjouic

Le 22 janvier la situation de Barcelone semble désespérée. L’armée de Los Vélez est à moins de 30 km, distance qu’elle peut parcourir en 2 jours. Les défenses de la ville sont considérables, car sur le papier les murailles sont bastionnées, cependant la muraille médiévale est faible sur certains endroits. el date du XIVe siècle. En plus, sur une grande partie du tracé les bastions sont trop séparés  et ne se protègent pas mutuellement. Sur Montjouic, à l’endroit où il y a la tour de signaux, on a improvisé un fort en pierre sèche dont les murs sont peu élevés. Le fort ne compte même pas avec des pièces d’artillerie.

Dans la ville Du Plessis-Besançon négocie avec Pau Clarís les conditions sous lesquelles la Catalogne peu recevoir la protection de la France. Le 16 janvier, Catalogne a déposé Philippe IV et est devenu une république. Le 23, devant l’évidence de la déroute de Martorell, est votée l’élection de Louis XIII comme Comte de Barcelone. C’et ainsi qu’il devient Louis Ier. À partir de ce moment les militaires français prennent les choses en main.

Les travaux sur Montjuïc s’accélèrent. Sur la montagne on creuse des tranchées pour protéger les accés et le fort de Montjuïc est rehaussé. En plus il est artillé avec 8 pièces, et on y met en garnison près de 300 soldats de 4 compagnies du régiment d’Espenan (Aubigny, La Val, La Conté et Du Bagnan) et probablement de 2 autres du régiment de Serignan. La moitié de ces soldats étant armés de piques, la Députation va les armer avec 152 arquebusses, plus maniables pour des soldats habitués à utiliser des piques. Apparament les mousquetaires de ces compagnies ont été séparées et servent en d’autres endroits.

Devant la porte de Sant Antoni, se situe la compagnie colonelle de Palliers. Ils sont protégés par des une pallissade en forme de bastion formée de tonneaux remplis de pierres et de terre. Dans ces tonneaux on fixe des piques pour éviter que des chevaux puissent supérer l’obstacle. Fortification improvisée, c’est un obstacle formidable contre les armes à feu. Cependant, elle ne peu pas résister le feu de l’artillerie. Ce ne sera pas le dernier cas qu’on utilisera ce système pendant la guerre des faucheurs.

Les compagnies du régiment de Serignan servent dans la majorité des portes et bastions de Barcelone pour les assurer.

Troupes françaises qui combatron à Montjouic le 26 de janvier 1641
Régiment Compagnies d’infanterie Compagnies de cavalerie Effectifs d’infanterie Effectifs de cavalerie
Sérignan 20 c. 800
Espenan 4 c. 250
Boissac 3 321
Saint Simon 2 140
Total 24 5 c. 1.050 c. 460

La cavalerie française est formée par trois compagnies du régiment de Boissac, celles de Fontrailles, Bridoire et Massane et deux compagnies de Saint Simon, celles de Gudane et celle de Vauvette, dont le lieutenant est le Chevalier de Sage.

La cavalerie catalane est formée par la compagnie des marchands de Francesc Borrell qui compte une centaine de maîtres, celles des capitaines Josep d’Ardena et Josep Pinós avec chacune 60 maîtres. Ces trois compagnies sont formées par la ville de Barcelone. Suivent les compagnies de Manel d’Aux, qui revient du Roussillon et a des effectifs d’une trentaine de maîtres et celle du frère Enric Joan avec une cinquantaine.

Cette cavalerie utilise des cuirasses complettes sorties des arsenaux de la ville et des particuliers, qui ont vendu les protections à la Députation. Des casques et des protections pour les bras sont aussi disponibles. Les maîtres sont armés de deux pistolets ou deux “pedrenyals” (arme traditionelle a mi-chemin entre le pistolet et le fusill). Ils ont peut-être une apparence étrange, démodée qui rappelle celle des chevaliers de la renaissance, mais la protection se démontrera très effective. L’avantage pour les catalans est que le combat se fait à côté de Barcelone et les maîtres n’ont pas à supporter de longues marches avec les incomodités d’une armure.

Même si les tercios de Martorell se sont replié sur la Vallès, Barcelone compte sur  les hommes des villages de la vallée du Llobregat qui devant l’avance de Los Vélez désertent en masse la contrée. Les jours suivants l’avance de Los Vélez peu se voir par la progression des incendies qui ne respectent même pas les églises. Même Molins de Rei qui fait partie du domaine du Marquís est incendié.

Ainsi, dans la ville se rassemblent les levées des populations voisines de Barcelone. Trois compagnies de Mataró, reunissant 480 hommes, arrivent dans la ville. Si on leur additionne les nouveaux venus. On peu estimer à plus de 2.000 les hommes armés d’en dehors de Barcelone qui défendront la ville.

Traversant les lignes hispaniques et démontrant à nouveau leur mobilité, les compagnies de miquelets des capitaines Cabanyes et Caselles arrivent à Barcelone. Troupes expérimentées au combat, on les destine à l’endroit le plus risqué, la montagne de Montjouic. Elles comptent une centaine d’effectifs chacune. Avec eux sont aussi arrivé les compagnies du tercio de la Bandera de Santa Eulalia, celle de Pere Modolell (avant Molins), Martell, d’Antoni Paguera et de Jordi Paguera. Au total quelques 800 soldats.

Ces troupes ne se sont pas les seules à avoir pris le chemin de Barcelone, la compagnie du capitaine Lluís Valencià qui forme part très probablement du Tercio de “Piera” est avec eux. Celle ci et celle du capitaine Ambrosi Gallart se situent au couvent de Santa Madrona.

Barcelone va prendre ses dispositions pour se défendre. En premier lieu elle organise 5 tercios. Le premier est celui de Montjouic. Il estformé par 9 compagnies des confréries qui ocupent la montagne. À l’intérieur du fort se situent les compagnies des Julians (marchands de toiles). Celles des Sastres et Sabaters (chausseurs) professions bien nombreuses qui réunissent plus de 300 membres chacune, sont situées dans la montagne de Montjouic. Sont aussi présentes les compagnies des confréries des Passamaners, Velers, Taberners et Teixidors de lli et Pellers qui forment ensemble. Fomellement le tercio réunissait plus de compagnies, comme celle des Notaires publics, Ferrers,

A la Tour de Damians, se situe la compagnie des Blanquers et à l’extrémité de la montagne regardant le Llobregat se situe la compagnie des Estevers. Les compagnies de Rafel Casamitjana et Vives sont aussi présentes. On ne leur a pas su attribuer l’origine et nombre de ses soldats. La compagnie des étudiants (de droit) du capitaine Lluís Valencià est aussi présente.

Les autres tercios, composés des milices des confréries sont ceux de Galceran Dusay avec le sergent majeur Jeroni de Miquel, celui de Rafel Cervera avec le sergent Baltasar de Cárcer, celui de Josep Navell et Joan Tello.

De l’autre côté, l’avance vers Barcelone est menacé par les miliciens de Margarit qui ont arrivé aux alentours de Martorell. Pour protéger son arrière-garde, le 22, Los Vélez laisse deux tercios à Martorell et la cavalerie des Ordenes. ils vont partir le jour suivant, mais l’infanterie n’arrivera pas à temps pour la bataille.

Effectifs de l’armée de Los Vélez Inafanterie *M = présent à Montjouic Cavalerie *M=présence confirmée à Montjouïc
Entrée en Catalogne

Capitaine général et Viceroi Marquis de Los Vélez

Mestre de camp général: Marquis de Torrecuso

Ingénieur général: Marco Antonio Gandolfo

Gouverneur de l’artillerie: Gerí de La Rena.

23 pièces d’artillerie

250 artilleurs

20 tercios avec 22.100 soldats

Régiment de la Guardia (Colonel Fernando de Ribera – Sgt. Maj. Manuel de Aguiar) *M +1.600 h.

¿Régiment du Conde-Duque? (Colonel Luís de Ribera) *M

Régiment du Marquis de Los Vélez (Colonel Gonzalo Fajardo – Sgt. Maj. Castañissas) *M +1.200 h.

Régiment du Duc de Medinaceli (Colonel Martin de Azlor) *M +1.000 h.

Régiment du Duc del Infantado (Colonel Iñigo de Mendoza)

Régiment du Comte d’Oropesa (Colonel Comte Bernabé de Salazar) *M

Régiment du Gran prior de Castilla ou de La Mancha (Colonel Diego Guardiola y Guzmán)

Régiment du Comte de Morata (Colonel Luís Jerónimo de Contreras)  *M

Régiment du Duc de Pastrana (Colonel Pedro de Cañaveral – Sgt. Maj. Villafañé) *M

Régiment du Comte de Montijo ou de Castilla (Colonel Pedro Fernández de Portocarrero, Comte de Montijo)

Tercio d’Alonso de Calatayud *M

Tercio de Diego de Toledo y Guzmán *M

Tercio de Pedro de Lesaca *M

Tercio de Fernando de Tejada

Tercio de Martín de los Arcos (Sgt. Maj. Diego de Cárdenas y Lusón) *M

Tercio irlandais du Comte de Tyrconnel ( Mestre de camp Eugenio O’Neil – Sgt.Maj. Constantine O’Neil) *M

Tercio valon du Duc d’Isinguien *M +1.500 h.

Tercio portuguais de Simón Mascarenhas *M

Tercio portuguais de los presidios de Portugal ou de Lisboa (mestre de camp Tomás Mecía de Acevedo)

 

3.400-3.600 maîtres

Compagnie de la garde du Viceroi Los Vélez, capitaine Alonso Gaitán c. 100 maîtres *M

Ordenes militares (Comissaire géneral Rodrigo de Herrera – Lieutenant général Alvaro de Quiñones) 20 compagnies avec 1.480 maîtres: compagnies de l’ordre d’Alcantara: Tomás de Beaumont, Pedro Chirino de Narváez, Manuel de Arriarán. Compagnies de l’ordre de Calatrava: Francisco Mayoralvo y Sande, Marquis de la Conquista (lieut. José de Alloza),  Pedro Lisón de Fonseca, Rodrigo Arista de Zúñiga Tenorio (arquebussiers), Sancho de Londoño, Juan de Egues y Beaumont. Compagnie de l’ordre de Montesa: Comte de Olocau. Compagnies de l’ordre de Santiago: Rodrigo Herrera de Céspedes, Luís Calderón de Chaves, Diego de Villalba y Toledo, Sebastián Centurión y Córdoba, Pedro Cañaveral y Córdoba, Iñigo de Angulo y Velasco, Manuel Suárez Treviño, Gabriel de la Puebla Escobedo, Juan Bautista de Otto (arquebussiers), Antonio Venegas de Córdoba (formellement compagnie du Comte Duc d’Olivares).

 

Guardas de Castilla (Lieutenant général Duc de San Jorge): c. 1.000 maîtres.

comp. du Duc de San Jorge *M, Cristóbal López.

Guardas de Castilla (Comissaire général Filippo Filangieri / connu comme Felipe Felincher): c. 600 maîtres de cavalerie légère.

Les Guardas de Castilla sous l’autorité de San Jorge ou Filangieri se composent des:

compagnies de Federico Spatafora *M, Mucio Spatafora *M, Fabricio Prignano, Francisco Arias, García Cabanillas *M, Mateo de la Mata,  Juan Muñoz del Peral, Miguel de Iturbide, Luís de Mendoza, Jerónimo Álvarez. (+ d’autres compagnies)

Compagnie d’arquebussiers valons de Bridard.

Laissé à Fraga Tercio du Comte de Montijo c. 1.100 h.
Laissés à Tortose  Bartolomé de Medina c. 1.500 h.
Laissés à Tarragone Tercio de Fernando de Tejada c. 1.000 h. 2 compagnies c. 150
Perdus au Col de Balaguer ¿Régiment du Conde-Duque?  c. 200 h.
Laissés à Vilafranca del Penedès Entre 300 et 400 h.
Perdus à Martorell Autour de 200 h. Autour de 100
Laissés à Martorell n’arrivent pas à temps à Montjouic Tercio de Lisboa et un autre tercio c. 1.700 h. La cavalerie arrive à temps
Arrivés devant Barcelone 14 tercios non complets. c. 13.000 c. 2.700-3.000

Le 23, le mestre de camp du tercio de Montjouic, Josep de Rocabertí, déserte avec son sergent majeur. Il arrive la nuit au camp espagnol et va informer le commandement espagnol des caractéristiques du fort de Montjouic, hauteur des murs, uniquement 1,2 mètres et profondeur des fossés, garrison, absence d’artillerie etc… Mais l’information deviendra caduque bientôt, à cause des dispositions d’Aubigny et de Du Plessis-Besançon, et donc en fin de compte perjudicielle.

En effet, sous la direction d’Aubigny, le fort de Montjouic va être amélioré. Même s’il reste une construction en pierre sèche et donc très vulnérable au feu de l’artillerie, Aubigny fait travailler tout le monde de forme frénétique. Les murs du fort sont rehaussés. En plus il est armé avec 8 pièces d’artillerie qui sont installées sur ses bastions, 2 sacres et 6 fouconneaux de 4 livres. Les pièces ont un calibre de  De son côté, l’aide de camp Tapiolas, du Tercio de Montjouic reste dans le fort aux ordres de son nouveau gouveneur le seigneur d’Aubigny.

Les francocatalans s’organisent aussi en un comandement nominalement tricéfale. La direction est compartie entre le député Tamarit, le conseiller en chef, le Docteur Joan Pere Fontanella et Du Plessis-Besançon, mais c’est ce dernier qui va prendre les choses en main. En vue du traitement des espagnols ils sont prets à résister jusqu’à la dernière extrémité. Négocier avec les espgnols qui ne respectent pas les pactes est impensable.

Arrivés le 25 à Sants, Los Vélez planifie les operations du jour suivant. La décision est de conquérir Montjouic pour avoir une communication aisée avec les galères du Duc de Fernandina. Les fournitures de toutes les munitions de bouche et de guerre peut se faire uniquement par mer. En effet, le pays est en pleine révolte et les fournitures par voie terrestre sont impensable avec Margarit sur l’arrière-garde. En plus, si les catalans perdent Montjouic ils comptent que la ville sera démoralisée. Il y a des chances qu’elle capitule ou que des partidaires prohispaniques ouvrent une porte.

Carte de la montagne de Montjouic et plaine de Valldonzella près de Barcelone

(À partir d’une carte du siège de Barcelone en 1652)

Le 26 au matin, Torrecuso exécute les instructions du conseil de guerre. Lui dirige les sept tercios qui doivent ocuper la montagne et converger sur le fort de Montjouic. Juan de Garay reste à la tête des sept autres doivent faire face à n’importe quelle menace venue de Barcelone. Pour aider ces dernières troupes, la cavalerie doit nettoyer d’ennemis la plaine de Valldonzella. Ainsi Montjouic restera isolée et ne pourra recevoir des aides de la ville.

A 8 heures du matin, commence la progression des hispaniques. Sur le flanc de la montagne qui regarde le Llobregat et Castelldefels monte un escadron volant aux ordres du Comte de Tyrconnel. Il est suivi par le tercio de Simón Mascarenhas. Sur leur côté gauche et donc plus à l’intérieur progresse le tercio de Martín de Azlor (celui du Duc de Medinaceli). Contrairement au mythe du manque d’échelles, les attaquants en transportent avec eux, peut-être en nombre insufisant. Mais ils savent bien qu’àprès avoir traversé la montagne ils devront prendre le fort.

A travers d’un petit vallon, monte un escadron de Fernando de La Ribera. Les témoins oculaires catalans indiquent qu’il est suivi d’un deuxième escadron, probablement formé aussi de soldats du régiment de la Guardia ou du tercio de Los Vélez, qui ataquera aussi le fort de Montjouic. La dépression cache leur progression. Finalement un autre escadron progresse vers les couvents de Santa Madrona et Sant Ferriol. Au total entre 6.600 et 7.000 soldats attaquent Montjouic.

Il est aussi prévu de faire monter plusieurs pièces d’artillerie pour battre le fort. Mais celui ci est considéré si faible que Torrecuso ne se presse pas pour l’instant à Geri de La Rena qui doit s’en charger. Pour l’instant celui-ci prépare ses canons en une batterie pour empécher que des secours de Barcelone arrivent à Montjouic, une tâche lente qui prend beaucoup de temps.

La colonne des irlandais progresse par la montagne mais trouve les compagnies catalanes retranchées. Les catalans laissent les adversaires s’avancer, font des décharges puis décampent vers la suivante tranchée. En cet encontre le mestre de camp irlandais est blessé sérieusement.  Les irlandais plus préocupés par son chef que d’avancer s’arrêtent. Devant cette situation le mestre de camp Mascarenhas prend les choses en main et les hispaniques se déploient en un front plus grand formé par les tercios de Tyrconnel et Mascarenhas, dont ce dernier est en avance. De cette façon ils arrivent à couper une partie de la compagnie des Estevers qui doit se frayer un chemin en une féroce lutte corps a corps dans laquelle les officiers catalans comptent avec des écus. Finalement ils arrivent à passer mais la compagnie pert entre 10 et 12 hommes. Le gros de la compagnie se replie vers le fort de Montjouic. le comte de Tyrconnel descendra la montagne sur son prope pied mais il va mourir le lendemain. Son tercio sera comande par le sergent majeur Constantine O’Neil.

Par contre, l’escandron des mosquetaires aux ordres de Fernando de Ribera, s’approcha à proximité deu fort sans autant d’opposition, faisant son chemain par le lit d’un torrent. En arriver au petit plâteau ou est situé le fort, sa présence fut découverte par les catalans qui chargèrent les espagnosl avant qu’ils puissent se déployer et les refusèrent jusqu’au torrent pour le moment.

Entretemps, Simon Mascarenhas profita pour attaquer les catalans ensemble avec le tercio de Martín de los Arcos qui  montait la montagne à sa gauche, comandé par Diego de Cardenas, car son mestre de camp était malade. Mais la première attaque fut refusée et Diego de Cardenas tué. En une nouvelle attaque, il réussit a suppérer l’obstaque et la tenaille fut prise. Les catalans fuirent par le chemin couvert en direction de Barcelone et probablement s’uniront  avec les défenseurs des couvents de Santa Madrona et Sant Ferriol vu le manque de nouvelles d’un replit de Monjouic qui aurait rentré à Barcelone. Cependant une bonne partie se protège derrière le fort et aidera à défendre celui-ci.

Une fois en vue du fort, Mascarenhas anima ses soldats à l’attaquer et ensemble avec unenseigne qui arborait une bannière ils arrivèrent au pied de ses murs. Tout son tercio le suivait. Aubigny laissa que le gros des soldats hispaniques s’aprochassent avant de faire une décharche mortelle avec ses canons chargés avec des balles de mousquet. De cette façon bien peu des soldats hispaniques arrivèrent au pied du fort, car beaucoup firent demi tour voyant la chaude réception qu’on leur faisait. Malgré tout, Mascarenhas continuerait à avancer et pendant qu’il levait une échelle un tir à la tête le laissa sérieusement blessé. Sur ce point, malheuresement pour les historiens, Mascarenhas interromp son histoire. Pour son bonheur, son casque li sauva la vie. Le mestre de camp fut retiré par ses soldats, mais l’assaut devait provoquer beaucoup de victimes hispaniques qui attaquaient au decouvert une position artillée.

En vue de cette description, on peu déjà conclure que el mythe selon lequel on ne comptit pas avec des échelles est une version intéressée pour justifier la déroute et charger de responsabilité à Torrecuso. En fait les témoignages hispaniques et catalans, c’est à dire  Mascarenhas, Sivilla et un journal anonyme, coincident en que le fort de Montjouic fut assauté. Mascarenhas admet, qu’il disposait au moins d’une échelles mais on peu supposer qu’elles seraient quelques plus, peut-être uniquement 5 des 20 demandées, car sans échelles ou avec une échelle quel sens avait d’attaquer le fort?

De même les hispaniques tentèrent d’entourer avec leur cavalerie la compagnie du capitaine Cabanyes située à l’extremité de la montagne de Montjouic, mais le feu de l’artillerie depuis les murailles de Barcelone leur empêcha de procéder.

Entretemps, sur la Plaine de Valldonzella, la lutte avait comencé aussi très tôt. Le Duc de San Jorge dirigeait la cavalerie des Ordenes. Son objectif était la conquête de Sant Ferriol. Pour s’opposer, la compagnie de Manel d’Aux sortit de Barcelone pour provoquer les hispaniques. Ceux ci poursuiviren la compagnie d’Aux qui les atira envers une troupe d’infanterie catalane formée par 300 effectifs qui avait pris ses posicions darrière un mur et qui fit feu contre eux. Le Duc de San Jorge demanda alors le support d’un escadron de mousquetaires. Ces derniers tarderent en arriber et  la cavallerie continua acumuler des pertes. Cependant, dès leur arrivée, les mosquetaires catalans furent obligés de se replier à la demi lune devant la porte de Sant Antoni, ensemble avec les soldats de Serignan.

Pendant ce temps, la cavalerie francocatalane qui s’avait situé à la droite de la fortification devant la porte de Sant Antoni, s’avança imprudenment vers les hispànics. Quand elle découvrit l’infériorité en laquelle elle se trouvait, elle de replia vers ses positions initiales, sans être perturbée par San Jorge qui devait vaincre encore la resistance des mousquetaires catalans.

Finalement, San Jorge ira ocuper les positions abandonnées par les catalans, dans un camp d’oliviers,  mais il avait mal calculé, car celui ci était à portée de l’artillerie de Barcelone. Des tirs comenceront à pleuvoir sur ses maîtres. En plus la cavalerie francocatalane fit une sortie et comença à escaramoucher avec les hispaniques. San Jorge, en une décision plus qu’imprudente, decida poursuivre les francocatalans qui se replièrent vers les muralles. Ainsi, suivi par un bataillon de cuirasses aux ordres de Felipe Felincher, il reçu le feu de l’artillerie et aussi des mousquets catalans. Tout ensemble le desorganisa suffisamment pour que la contreataque des compagnies de Massane et Gudane l’entourrassent.

Alors, le Duc de San Jorge se decida à s’aproximer rapidement au portail de Sant Antoni et lors de leur aproximation, les soldats français de Monsieur de Palliers les reçurent avec une décharge. San Jorge reçu cinc balles qui lui furent fatales. La cavallerie hispanique se lança sur son corps pour essayer de le recupérer et labas tomba une bonne partie de l’officialité hispanique incluant deux capitans. La melée entre les cavaleries fut confuse, mais même si les hispaniques doublaient en nombre les francocatalans, la cavalerie catalane était très bien protégée et fut clairement supérieure à l’hispanique.. Dans la confusion, certains chevaux valons qui poursuivaient les francocatalansarrivèrent à entrer dans le portail de Sant Antoni, mais les catalans fermèrent l’herse et ils se virent encerclés de toutes parts. Les valons fuyèrent à toute bride jusqu’à devant le Couvent de las Jerònimes, ou aculés, ils furent mis à mort. Felipe Felincher, també fut blessé en cette action, mais il réussit à s’échapper avec une cavalerie hispanique completement desordonnée. Elle laissait quelques 150 morts sur le terrain et s’échappait avec de nombreux blessés. De leur côté, les francocatalans  eurent seulement 10 victimes mortelles, incluant le lieutenant de la compagnie de cavallerie des commerçants Francesc Borrell. Cependant, les blessés seront beaucoup plus nombreux, environ 90. En ce sens, le même Borrell perdit son cheval au combat.

Une fois le combat se termina, DuPlessis Besançon situa la cavalerie francocatalana à gauche de la demi-lune devant le portail de Sant Antoni, ou il estimait qu’elle serait plus protégée. Après il entra à Barcelone et il réunit deux contingents de mousqutaires. Environ 500 hommes du quartier de la Ribera vont partir pour Montjouic sur des barques et lui personnellement conduira un autre contingent de 3.000 hommes vers la montagne.

Quand Torrecuso arriva à la primière ligne, l’infanterie attaqua à nouveau le fort, sans un nombre acceptable d’échelles et comme on devait s’y attendre son effet fut uniquement celui de  debilitar encara més les forces hispàniques que de nou es replegaren. Ainsi la souffrance des troupes hispaniques était si important que Torrecuso ordonna que celles qui étaient situées à la gauche du fort se réfugient en un champ d’oliviers et probablement ils se cachèrent aussi derrière la pente de la montagne pour ne plus offrir une cible à la garrison du fort. S’ils ne reculaient plus c’est parce qu’ils attendaient qu’une fois pour toutes l’artillerie arriverait. Ils avaient envoyé des hommes la chercher à l’arrière garde et devait être formée de quelques quarts de canon et demi-canons. Avec eux  le fort en pierre sèche qu’ils avaient devant serait démolit en un instant. D’autre part, l’échange des tirs laissait les hisoaniques avec de moins en moins de munitions. En définitive, à la vue du fort restaient peu de soldats hispaniques qui escaramoussaient avec les francocatalans.

Mais les troupes qui ocupaient le fort n’étaient pas non plus confiantes. Beaucoup començaient à défaillir car ils s’attendaient à un assaut final des hispaniques. En plus, leur feu avait fait quelques avait fait quelques morts et blessés entre les défenseurs. Alors, le sergent Francesc Ferrer monta en haut de la tour et malgré le feu hispanique, il pu voir que le secours venu de la Ribera était bien proche et que celui qui sortait de la ville, formé par les mousquetaires catalans de Du Plessis, n’était pas beaucoup plus loin. Il commença à crier pour animer aux défenseurs. De leur côté, ceux de la Ribera  lançairent leur crit de guerre: «A carn!, a carn!, que meurent ces traîtres, ici viennent 500 hommes de la Marine, pour défendre la Patrie, courage!». “A carn”, c’est à dire “à la chair”, le crit de guerre traditionnel catalan depuis le moyen âge et qui indiquait à l’ennemi que l’on allait se lancer sur eux au combat corps à corps.

Ceci provoca que l’aide de camp majeur, Tapioles sortit du fort et chargea les hispaniques. A lui se réunit une bonne partie de la garrison du fort et les hommes venus de la Ribera, comandés par un religieux capucin qui croix en main animait son troupeau d’envoyer se réunir l’ennemi hérétique au plus vite avec le créateur. Les troupes hispaniques qui escaramouchaient avec les soldats du fort furent renfoulés sur les gros des troupes qui s’était caché sur le vessant de la muntagne pour ne pas recevoir le feu de Montjouic. Si ce n’était pas suffisant, alors arriveraient les troupes de Du Plessis-Besançon, avec leur masses de 3.000 mousquetaires, qui arrivant à la pente, firent une décharge sur la première ligne hispanique. Leurs soldats, qui ne pouvaient ni soupçonner ce qui leur tombait dessus, se desintégra et même si la deuxième ligne intenta résister, devant l’attaque inespérée, fut aussi prise de panique. En fait, une bonne partie des troupes hispaniques étaient des nouveaux recrues, c’était la première fois en toute la campagne que l’ennemi les attaquait et en plus ils étaient presque à bout de munitions. En définitive pris de la panique ils vont fuir vers la plaine, abandonnant piques, mousquets et arquebusses pour courir au plus vita. Suivis de bien près par les catalans, certains tombaient ou essoufflés étaient ratrappés. Ils imploraient “Quartier!” mais les catalans répondaient “On vous donnera celui de Cambrils!” et étaient tués.

La fuite pu être contrôllée seulement au pied de la montagne par Garay et d’autres officiers qui déployèrent deux tercios pour contenir les fugitifs . Grace aux menaces, insultes et coups d’épée, ils réussirent finalement à calmer la panique. Une partie des troupes  s’ordonna et protegea la retraite des quarts de canons qui avaient déjà commencé a grimper la montagne. De toutes formes après le combat, les troupes hispaniques restèrent desordonnées et démoralisées. Les pertes de son infanterie étaient d’entre 1.500 et 2.000 soldats. Par contre sur Montjouic, les catalans avaient soufert 43 morts et une centaine de blessés. Les pertes françaises, des compagnies protégées derrière les murs du fort seraient négligeables.

À Barcelone on crut au miracle. Les encontres entre troupes réglées catalanes et espagnoles se comptaient par défaites. Le bon dieu à écouté les prières que l’on a fait la veille. Toutes les églises de la ville ont demeurées ouvertes pendant toute la nuit et elles ont été remplies par la population. La ville va garder 9 des étendards capturés et envoyer les 5 autres à son Comte, Louis Ier.

Si les espagnols ont trainé pour faire le trajet Tarragone-Barcelone, leur retraite se fait à une vitesse d’éclair. Dans le désordre de la retraite les tercios portuguais vont se débander. Les désertions se feront en masse, avec soldats et officiers décampant ensemble les rangs des hispaniques. Une fois la retraite finie le tercio de Mascarenhas sera réformé et leurs soldats répartis entre les autres troupes. Cela va ralentir la désertion mais ne l’évitera pas. Mascarenhas se verra attribuer le commandement du tercio de Martín de los Arcos, en substitution de celui ci.

Le 4 février, Los Vélez est à Tarragone. Philippe IV surprenu par le résultat de la campagne ne va pas tarder à le destituer  et nommer un nouveau commandant. Los Vélez sera le bouc émissaire de la défaite, mais les décisions du haut comandement espagnol les deux années suivantes vont se démontrer aussi désastreuses et Philippe IV perdrà jusqu’à 4 armées presque au complet. Le conflit est à ses débuts et les soldats de Barcelone auront de nouvelles ocasions de se distinguer.

(à continuer par)

CHÂPITRE DEUXIÈME – Les soldats de Barcelone jusqu’à la consolidation du Bataillon de Catalogne (février 1641 – 7 d’octobre 1642)

CHÂPITRE TROISIÈME – Les soldats de Barcelone jusqu’à la chute de Tortose (octobre 1642 – décembre 1650)

CHÂPITRE QUATRIÈME – L’apocalypse sur Barcelone, peste, famine et siège (janvier 1651 – octobre 1652)

CONCLUSIONS – L’effort de guerre de Barcelone et récapitulatif

Sources:

Archives consultées:

Archives du  Ministère des Affaires Extérieures (AMAE)

Mémoires et documents num. 1631 et 1633.

Correspondance Politique Espagne num. 21 et 25.

Supplément Espagne num. 3 et 4.

Archives de l’Abbaye de Montserrat (AAM)

Philippe IV d’Habsburg. “Cartas de su Magestad al Sr. Don Juan Ramírez, Marques de la Ynojosa, gouernando el ejercito de Cataluña los años del 1641 y 642 y 43”. Manuscrit num. 1242.

Archives de la Couronne d’Aragon (ACA)

Correspondència Virrei Comte Santa Coloma num.  12.007, 12.015, 12.053, 12.091 et 12.117.

Sèrie general (N), llibres num. 46, 195, 196 et 199.

Sèrie general: Registre de lletres trameses (N), llibre num. 856 et 859.

Arxiu Històric de la Ciutat de Barcelona (AHCB)

Deliberacions de guerra 1B III-2.

Registre de deliberacions 1B II-150.

Lletres closes 1B VI-86.

Lletres comunas originals 1B X-78.

Armades i port 1C VII-24 (Inventari del 1640 de les Drassanes).

Manuscrits C6 B150 La Famosa Comedia de la Entrada del Marques de los Vélez en Catª. rota de las tropas castellanas y assalto de Montjuich. 1641. Dietari de la Guerra dels Segadors de Francesc Puig. Dietari (1649).

Manuscrits C6 B148 Successos de Catalunya en los anys 1640 a 1641.

Manuscrits C6 A73 Successos de Catalunya de 1639 y 1640.

Biblioteca de Catalunya (BC)

Fons Històric de l’Hospital de Santa Creu.Llibre dels malalts que éntran y moren en lo present Hospital general de Santa Creu de Barcelona, començant […] janer de 1641 […]”. BC AH 68.

Fullets Bonsoms. “Verdadera relation de los sucesos de memorables de Illa asetiada dos veces por Don Juan de Garai, Governador de las armas en los Condados de Rosellón”. Manuscrit num. 2073.

Biblioteca Nacional de España (BNE)

– Anonyme. “Diario de las guerras de Cataluña. 1640, 1641 y 1642”. Manuscrit num. 2337.

– Auteurs divers. “Manuscritos del reinado de Felipe IV”. Volum III. Manuscrits num. 7794.

– Auteurs divers. “Sucesos del año de 1641”. Manuscrit num. 2372.

– Auteurs divers, “Documentos relativos a Carlos Andrés Caracciolo, Marqués de Torrecuso”. Manuscrit num. 1630.

– Tormé Liori, Alberto. “Misceláneos históricos y políticos sobre la guerra de Cataluña desde el año 1639”. Manuscrit num. 1927.

Bibliotèque Nationale de France (BNF)

– Auteurs divers. Manuscrit Dupuy num. 590.

– Sivilla, Magí. “Historia General del Principado de Cataluña, Condados de Rossellón y Cerdaña, seguida la conclusión de las Cortes de Barcelona Año 1599”. BNF Manuscrit Espagnol num. 115.

M. Peny. “Cartes diplomatiques”. BNF Manuscrit Français num. 10.760.

Université de Barcelone (UB).

Lumen domus o Annals del convent de Santa Caterina de Barcelona. Vol. 2. Manuscrit num. 1.006.

Musée Condé (MC)

Lettres de Condé M 21.

Papiers de Condé N 20, 23 et 25.

 

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– Zudaire Huarte, Eulogio. “El Conde-Duque y Cataluña” (Madrid), Consejo Superior de Investigaciones Científicas, 1964.

Drapeaux impériaux pour la bataille de Lützen

Drapeaux impériaux pour la bataille de Lützen

Voici quelques drapeaux d’unités ayant probablement participé à la bataille de Lützen.

Drapeau supposé du régiment Breuner

Drapeaux de plusieurs compagnies d’un (ou plusieurs) régiment(s) non connu vraisemblablement présent(s) à Lützen (source : Armémuseum de Stockholm, le premier en haut à gauche mesure 280×305 cm, le second 370×330 cm).

Drapeau d’un régiment non connu probablement présent à Lützen (source : Armémuseum de Stockholm, taille réelle : 185×200 cm). Au vu des couleurs, probablement des régiments de la ligue catholique (Comargo ou Reinach ?).

 

 

Ci-dessus : drapeaux de la Ligue et de l’Empire, régiments peut-être présents à Lützen.

 

Et pour finir, quelques aigles impériaux pour des drapeaux génériques…

 

 

Stéphane Thion

La bataille de Lützen (16 novembre 1632)

La bataille de Lützen (16 novembre 1632)

Avertissement : tous les schémas qui accompagnent la description de la bataille sont extraits de la superbe thèse d’André Schürger (2015), The archaeology of the Battle of Lützen: an examination of 17th century military material culture.

Après sa victoire de Breitenfeld sur Tilly (17 septembre 1631), Gustave Adolphe confie à l’Electeur de Saxe le soin de porter la guerre en Bohême alors que lui-même lance une offensive sur la Thuringe. Pendant ce temps, l’empereur Ferdinand propose à Wallenstein de reprendre le commandement de l’armée impériale., ce que ce dernier finit par accepter. De son côté, Tilly essaie de ralentir l’avance suédoise avant de se retirer en Haute-Franconie. En mars 1632, Gustave dirige son offensive sur la Bavière et se présente devant la rivière Lech défendue par Tilly. Celui-ci est alors gravement blessé lors d’une reconnaissance. Tous les espoirs de l’Empereur et du duc Maximilien de Bavière reposent maintenant sur Wallenstein. Mais le nouveau généralissime se préoccupe peu de la Bavière. Le 17mai, Gustave Adolphe fait son entrée à Munich. Le 11 juin, à la demande du duc de Bavière, Wallenstein finit par réagir. Le 11 juillet, alors que Gustave Adolphe cantonne non loin de Nuremberg, Wallentein se présente devant cette ville. Il établit son camp à Alta Feste, une forteresse proche de là. Durant deux mois, les Suédois vont s’employer à prendre cette forte position défensive. Sans succès. De son côté Holk, à la tête d’une seconde armée impériale, est parvenu à repousser les Saxons de Bohême. Il occupe maintenant Leipzig. Alerté, Gustave Adolphe se retire et se dirige vers la Saxe. Wallenstein le suit et rejoint Holk à Leipzig. C’est donc à Lützen que va se jouer l’avenir de la Saxe.

Ci-dessus : la bataille de Lützen selon P. Snayers. Ce tableau représente relativement fidèlement le champ de bataille vu de l’arrière des lignes impériales.

Le 15 novembre, alors que Wallenstein n’a pas encore connaissance de la position des ennemis, l’avant-garde impériale est accrochée par les Suédois, quelques kilomètres au sud de Lützen. Wallenstein envoie immédiatement un courrier à Pappenheim qui se trouve à une quarantaine de kilomètres de Lûtzen pour venir le renforcer. Celui-ci ayant reçu la lettre se met en marche vers minuit. Pendant ce temps, Wallenstein déploie son armée sur une ligne allant de Lützen à Leipzig, son flanc droit appuyé sur une petite colline et les moulins de Lützen. Au point du jour, Gustave Adolphe se change, refuse de prendre son casque et sa cuirasse, son épaule étant douloureuse du fait d’une blessure de mousquet, et monte sur Streiff, son cheval gris-pommelé. Il débouche sur le champ de bataille vers 9 heures du matin. La brume et le terrain parcouru de fossés ralentissant le déploiement de son armée, l’attaque ne commencera qu’à 11 heures.  L’aile gauche de cavalerie est menée par Bernard de Saxe-Weimar, l’aile droite par Stalhansk, le centre par Brahe.

Ci-dessus : déploiements impérial et suédois (Schürger, 2015)

La principale attaque est menée par Gustave Adolphe : 3 000 cavaliers suédois progressent difficilement vers les lignes ennemies, à travers les fossés. Heureusement les détachements de mousquetaires en soutien, par la supériorité de leur feu, sauvent l’offensive qui s’annonçait désastreuse. Heureusement, le soutien d’infanterie a suivi. La brigade bleue, soutenue par la brigade jaune bouscule l’aile gauche impériale et prend la batterie d’artillerie. Le reste de la cavalerie perd beaucoup de temps à traverser les fossés.

Ci-dessus : la situation entre 10h30 et 11h (Schürger, 2015).

La situation entre 10h45 et 11h15 (Schürger, 2015).

Pendant ce temps, la brigade verte s’avance vers la batterie de l’aile droite impériale devant les moulins et l’aile gauche de cavalerie weimarienne se heurte aux mousquetaires ennemis bien retranchés. C’est un échec. Mais Bernard de Saxe-Weimar, obsédé par la prise de Lützen, s’acharne et revient à la charge, sans autre résultat que de mettre le feu au village.

Ci-dessus : situation entre 11h et 12h (Schürger, 2015).

Il est midi. Sur l’aile droite, alors que la cavalerie suédoise se reforme, Brahe lance ses brigades sur l’infanterie impériale. Alors que les cavaliers suédois s’avancent, les cuirassiers de Gotz décident de se retirer, ébranlant ainsi les trois régiments d’infanterie à sa droite. Alors que le brouillard se lève, Wallenstein réalise que c’est sur son aile gauche qu’est dirigée la principale attaque : il la fait renforcer par les cuirassiers de Desfours et par une partie de sa réserve de cavalerie. Puis il lance sa seconde ligne d’infanterie contre Brahe.

Ci-dessus : situation entre 11h30 et 12h30 (Schürger, 2015).

C’est alors que l’énergique Pappenheim débouche sur le champ de bataille avec sa cavalerie accourue à marche forcée. Son infanterie n’arrivera qu’en fin de journée. Il prend immédiatement les choses en main sur l’aile gauche impériale et, vers 13 heures, lance une contre-attaque ayant pour but d’envelopper l’aile droite suédoise. Alors que les Croates débordent les cavaliers ennemis et foncent sur les bagages, les cuirassiers de Piccolomini enfoncent les régiments d’Östgota et de Smaland. Mais les mousquetaires commandés suédois accueillent les cuirassiers impériaux par un feu nourri de mousqueterie et d’artillerie légère. Pappenheim, touché par deux coups de mousquets et un boulet de 3 livres, s’effondre. Il est évacué du champ de bataille. Alors que Stalhansk réorganise son aile, les cuirassiers impériaux, découragés par la perte de leur général, stoppent leur offensive.

Ci-dessus : situation entre 12h et 13h (Schürger, 2015).

Dans le même temps, au centre, l’infanterie impériale renforcée par sa seconde ligne a contre-attaqué.  La brigade bleue et la brigade jaune sont attaquées à la fois de face par l’infanterie et de flanc par les escadrons de cuirassiers impériaux (régiment Bredau). Piccolomini, à la tête de ses cuirassiers, Brahe, à la tête de ses brigades sont blessés. Les brigades bleue et jaune sont pratiquement anéanties. L’infanterie suédoise se retire en ordre. C’est alors que Gustave, apercevant l’infanterie de Brahe en difficulté, charge la tête des régiments de Smaland et Östgota après les avoir réorganisés. Un peu après 13 heures, une balle de mousquet va mettre un terme à son épopée. Son corps ne sera retrouvé que 2 heures plus tard. Alors que la contre-attaque impériale s’essouffle et que les cuirassiers impériaux, suivant les ordres, se désengagent, les suédois se réorganisent. Bulach (seconde ligne de cavalerie) est parvenu à repousser les croates et à rallier ses escadrons de cavalerie. Au centre droit, les brigades suédoises orphelines de leur commandant parviennent néanmoins à se reformer.

Ci-dessus : la destruction de la brigade jaune suédoise par la charge de flanc des cuirassiers de Bredau (entre 11h et 13h) avec, en surimpression, toutes les balles de mousquets, carabines et pistolets retrouvées sur le champ de bataille (Schürger, 2015).

Ci-dessus : situation entre 12h30 et 14h (Schürger, 2015).

Bernard de Saxe-Weimar qui commande l’aile gauche suédoise, monte alors une attaque coordonnée avec le centre gauche. Il ordonne aux brigades de seconde ligne de renforcer la première ligne, Mitzlaff à gauche de sa brigade verte et Thurn à droite de cette brigade. L’artillerie lourde parvient à se déployer à droite de la brigade Thurn et est prolongée sur sa droite par la vieille brigade bleue (Alt-Blau). Bernard lance son attaque, probablement vers 13h30. L’aile droite impériale, venant de perdre plusieurs régiments de cuirassiers envoyés renforcés l’aile gauche, vacille. L’infanterie de Bernard parvient à prendre pied sur la colline, à emporter les canons placés à l’aile droite et à refouler la première ligne d’infanterie impériale. Mais une contre-attaque menée par Holk parvient à regagner le centre et à refaire sa ligne de front. Les moulins sont repris et les suédois se replient.

Sur l’autre aile, alors que la cavalerie suédoise, victorieuse, enveloppe ses adversaires, une nouvelle, terrible, se répand. Le roi est mort. L’impact moral de ce drame est terrible. L’élan des troupes protestante est stoppé. Au même moment, Piccolomini annonce la nouvelle aux troupes impériales.

Ci-dessus : la situation entre 14h et 15h (Schürger, 2015).

Bernard de Saxe-Weimar prend alors le commandement de l’armée protestante. Il est autour de 14h30. Toute la ligne suédoise est maintenant épuisée ou démoralisée. A l’exception de la réserve de Knyphausen, pratiquement intact. L’état de l’armée impériale n’est guère meilleur. Les deux adversaires font une pause et se réorganisent. Vers 15 heures, Knyphausen et Bernard débattent de la situation. Le premier suggère une retraite en bon ordre mais le second n’est pas d’accord. Il est persuadé que l’état de l’armée suédoise est bien meilleur que celui de l’adversaire. Il est persuadé qu’un nouvel assaut dirigé sur son aile peut gagner la journée. Le plan de Bernard est d’envelopper Lützen et l’aile droite impériale avec sa cavalerie alors que les brigades verte, Mitzlaff et Knyphausen prendront les moulins d’assaut.

Ci-dessus : la situation entre 15h et 16h (Schürger, 2015).

L’aile gauche suédoise s’ébranle vers 15h30 couverte par un feu intense d’artillerie. C’est une surprise pour les impériaux qui pensaient la bataille gagnée. Les brigades suédoises prennent pied sur la colline sans réelle opposition. Perdant leurs nerfs, les régiments impériaux d’arquebusiers à cheval quittent le champ de bataille. Les suédois tombent alors sur les régiments de cuirassiers restant. Alors que différents régiments se dissolvent, Piccolomini parvient à rétablir la situation. Une contre-attaque impériale est lancée mais Bernard parvient à la repousser et à garder la position.

Ci-dessus : la situation entre 16h et 17h (Schürger, 2015).

Il est maintenant entre 17 et 18 heures. La nuit tombe. L’infanterie de Pappenheim (2 900 hommes commandés par Reinach) apparaît sur le champ de bataille. Mais Wallenstein n’y croit plus. Il ordonne une retraite en bon ordre, couverte par l’infanterie de Reinach. Les Suédois restent maître du champ de bataille mais il s’agit d’une victoire coûteuse. Ils perdent 6 000 hommes, morts, blessés ou disparus soit probablement un peu plus que les impériaux. Et surtout, ils perdent leur leader emblématique.

 

Ordres de bataille

Remarque : pour des ordres de bataille plus détaillés, voir mes précédents articles sur les armées impériale et suédoise à Lützen (en saisissant “1632” ou “Lützen” dans le moteur de recherche du site).

L’armée suédoise (Gustave Adolphe) : 20 900 hommes (13 032 fantassins en 8 brigades et détachements de mousquetaires, 6 240 cavaliers en 25 escadrons, 60 canons).

Aile gauche (2980 chevaux, 1000 fantassins, 10 canons de 3 livres avec mousquetaires commandés) :

Première ligne (Bernard, 1550 chevaux, de gauche à droite) : 6 escadrons de cavalerie weimarienne et allemande des régiments Bernard de Saxe-Weimar (2 escadrons), Carberg, Domhoff/Courlande, Tiesenhausen-Livoniens et Courville, 5 détachements de 200 mousquetaires avec 2 pièces de 3 livres par détachement.

Deuxième ligne (Anhalt, 1430 chevaux, de gauche à droite) : 6 escadrons de cavalerie saxonne des régiments Hoffkirch, Anhalt, Lowenstein, Brandenstein, Steinbach et Stechnitz.

Centre (11 030 fantassins en 8 brigades de 1 350 hommes, 300 chevaux et 18 canons moyens et lourds, 24 canons légers de 3 livres) :

Première ligne (de droite à gauche) : Brigade bleue suédoise, brigade jaune, brigade “ancien-bleu”, brigade verte, une compagnie de mousquetaires (écossais d’Henderson) en réserve, 4 batteries de 5 canons.

Deuxième ligne (de droite à gauche) : Brigade duc Wilhelm, brigade blanche Knyphausen, brigade Thurn et brigade Mitzlaff et escadron de cavalerie Ohm en réserve en réserve.

Aile droite (2960 chevaux, 1000 fantassins, 10 canons de 3 livres avec mousquetaires commandés) :

Première ligne (Stalhansk, 1860 chevaux, de droite à gauche) :  6 escadrons de cavalerie suédoise des régiments Stalhansk (finnois), Stoop (Västgota), Sack (Sodermanland), Silversparre (Uppland), Sperreuter (Östgota), Stenbock (Smäland), 5 détachements de 200 mousquetaires avec 2 pièces de 3 livres par détachement.

Seconde ligne (Bulach, 1100 chevaux, de droite à gauche) :  6 escadrons de cavalerie weimarienne et hessoise des régiments Wilhelm Leib, Goldstein, Bulach, Beckermann, Rostein/Dalwigt-hessois et G. Uslar-hessois.

 

Pour LM Tercios, les brigades d’infanterie suédoise sont à 1 580 hommes et les escadrons de cavalerie à un peu moins de 250 chevaux. Les 8 brigades suédoises sont représentées chacune par un modern squadron reinforced, avec une stamina de 5 (et non 3 comme dans le livre de règles). Les brigades bleu suédoise et jaune étant veteran. Les 4 brigades de première ligne ont en plus la règle regimental gun. Les détachements de mousquetaires sont représentés par 4 compagnies (2 sur chaque aile) shot company musketeers brigade rule avec regimental gun. Les 25 escadrons de cavalerie (250 chevaux par escadron) sont cuirassiers modern cavalry, l’escadron de finnois (Stalhansk) étant en plus fearless. L’artillerie est représentée par 1 canon lourd et 2 canons moyens (les pièces légères étant intégrées dans les brigades d’infanterie).

 

L’armée impériale (Wallenstein) : 12 000 hommes (8 200 fantassins en 8 bataillons, 5 250 chevaux en 17 escadrons, 34 canons)

L’infanterie est déployée en 7 brigades de théoriquement 1000 h, 900 hommes une fois les mousquetaires détachés, dont 5 en première ligne et 2 en seconde lignes.

Devant l’armée : 24 canons moyens et lourds (9 canons de 24 livres, 2 de 16 livres, 6 de 12 livres, un de 10 livres, 6 de 6 livres) plus théoriquement 1 à 2 pièce légère par régiment d’infanterie).

Aile gauche (Holk, 2 350 cavaliers dont 900 croates, compagnie de mousquetaires et 7 canons) :

4 escadrons de cavalerie en échelons, plus 3 escadrons de croates, du centre vers l’extérieur, flanquant les 3 lignes du centre : cuirassiers de Gotz, arquebusiers à cheval de Piccolomini, arquebusiers à cheval de Leutersheim, cuirassiers de Lohe et arquebusiers de Loyers en un escadron, 4 croates d’Isolano, et un petit détachement de mousquetaires (150 hommes).

Centre (Wallenstein, 7 500 fantassins en 7 brigades/bataillons, 1 050 cavaliers et 20 canons, plus réserve) :

10 canons.

1ère ligne d’infanterie (de gauche à droite) : 5 bataillons des régiments Comargo, Breuner, Breuner & Grana, Colloredo & Chiesa, Waldstein & Alt-Saxen.

2nd ligne (de gauche à droite, 2 bataillons d’infanterie et 3 escadrons de cavalerie) :   un escadron de cuirassiers de Tontinelli/Lindelo, un bataillon d’infanterie du régiment Baden, un escadron de arquebusiers à cheval de Westfalen, un bataillon d’infanterie du régiment Jung-Breuner, un escadron des cuirassiers de Breda.

3ème ligne : un escadron d’arquebusiers à cheval de Goschütz et un escadron d’arquebusiers à cheval de Westrumb encadrant un petit bataillon d’infanterie (compagnies de mousquetaires).

Aile droite (Colloredo, 1 850 cavaliers, compagnie de mousquetaires/dragons et 7 canons) :

14 canons devant le moulin.

4 escadrons de cavalerie, 1 escadron de croates et un détachement de mousquetaires/dragons (550 hommes), en échelons, avec du centre vers la droite : un escadron des cuirassiers de Holk, un escadron des cuirassiers de Trcka & Desfours, un escadron des arquebusiers à cheval de Hagen et un escadron des arquebusiers à cheval de Drost, détachement de mousquetaires et dragons (dragons de Trcka) dans Lützen.

Corps de Pappenheim :

La cavalerie de Pappenheim arrive sur le champ de bataille (par le côté de table du joueur impérial) vers midi (quelques régiments de cavalerie sont déjà arrivés et en ligne). L’infanterie de Pappenheim n’arrivant sur le champ de bataille qu’à la nuit tombée, elle n’est pas intégrée dans ce scénario*.

Cavalerie : 6 escadrons de cavalerie se décomposant en 1 escadron de cuirassiers (régiment Sparr, 300 chevaux), 2 escadrons d’arquebusiers à cheval (régiments Bönninghausen et Lamboy, 750 chevaux), 1 escadron de dragons (régiments Merode et Pappenheim, 220 à 300 hommes) et 2 escadrons de croates (régiments Batthyanyi, Forgacs, Orossy et polonais, 1 000 hommes).

*Pour information, l’infanterie de Pappenheim comprend les régiments d’infanterie Gil de Haes, Goltz, Moriamez, Pallant, Reinach et Würzburg pour un total d’un peu plus de 2900 hommes (probablement 3 bataillons de 950 à 1 000 hommes).

 

Pour LM Tercios : les bataillons d’infanterie impériaux sont à 1000 hommes,  sauf celui de troisième ligne qui est à 500 hommes, auxquels s’ajoutent et 17 escadrons de cavalerie à 310 chevaux chacun. Les 7 bataillons d’infanterie des deux premières lignes sont classic squadron modernised musket only. Le bataillon de dernière ligne, constitué de compagnies de mousquetaires, est shot company musketeers. De plus, deux des bataillons de première ligne ont un regimental gun.  Les 2 autres compagnies de mousquetaires (une sur chaque aile sont shot company musketeers). La compagnie de l’aile droite inclue les quelques dragons de Trcka (100h). Les 6 escadrons de cuirassiers sont cuirassiers large formation, les 7 escadrons d’arquebusiers à cheval sont mounted arquebusiers large formation avec pistol, les 4 escadrons de croates sont light horse. L’artillerie se décompose en 2 canons lourds et 2 canon moyens.

Le champ de bataille : vous pouvez vous inspirer de la gravure du Theatri europaei ci-dessous. Le déploiement impérial y est faux mais les éléments de terrain sont bons.

Les impériaux sont protégés par un fossé : ce fossé est  very difficult. De plus, les deux compagnies de mousquetaires (et uniquement elles) placées sur les ailes et derrière ce fossé sont considérées protected. La compagnie de mousquetaires placée à l’aile droite (dans Lützen et la maison du meunier au pied des 3 moulins) est en plus covered. Les bataillons d’infanterie et les escadrons de cavalerie, placés derrière, sont plus éloignés du fossé et ne profitent donc pas de ces couvertures.

Ci-dessous : quelques représentations de ce fossé.

Ci-dessus et ci-dessous : d’après Schürger (2015).

 

La bataille commence à 11 heures et se termine vers 17-18 heures à la nuit tombée. A Lützen, le soleil se couche vers 16h20 le 16 novembre. La partie se joue donc en 7 tours. La cavalerie de Pappenheim arrive à midi sur le champ de bataille, c’est à dire au tour 2. Les 3 bataillons d’infanterie du corps de Pappenheim arrivent au 6e tour sur un 4+ sur un dé 6 ou automatiquement au 7e tour de jeu. La visibilité se réduit à partir du tour 5 : elle est de 8 pouces au tour 5, de 4  pouces au tour 6 et 2 pouces au tour 7. Il n’est pas possible de tirer et charger au-delà de ces distances.

Stéphane Thion

Sources :

W.P. Guthrie (1953), Battles of the Thirty Years War (Greenwood Press)

R. Brzezinski (2001), Lützen 1632 (Osprey Military)

A. Schürger (2015), The archaeology of the Battle of Lützen: an examination of 17th century military material culture. PhD thesis.

La bataille de Pfaffenhoffen (1er août 1633)

La bataille de Pfaffenhoffen (1er août 1633)

Et voici une petite bataille sympathique opposant 10 000 hommes de chaque côté. Bataille d’autant plus originale qu’elle voit s’affronter les suédois de Birkenfeld au lorrains du duc Charles de Lorraine en Alsace.

A l’automne 1632, l’Alsace est envahie par les Suédois de Birkenfeld. Selestat, Benfeld et Colmar sont prises, Haguenau acceptant de son côté de loger une garnison suédoise. Mais le compte de Salm parvient à reprendre Haguenau au nom du duc Charles de Lorraine. La garnison suédoise y est massacrée. Le 2 juillet 1633, les Suédois remettent le siège devant la ville. Le duc Charles réagit, confie 10 000 hommes à Florainville et lui demande de secourir Haguenau. Par un temps orageux, Birkenfeld se détourne d’Haguenau pour affronter Florainville. Le terrain boueux, et la mauvaise volonté des paysans locaux ayant repris les chevaux servant à tracter ces pièces, oblige les Lorrains à abandonner leur canon. Pire, les Suédois occupent les hauteurs. Qu’à cela ne tienne, faisant suite à une escarmouche mal contrôlée, Florainville lance 1 200 de ses cuirasses contre la cavalerie suédoise, plus légèrement protégée. Malgré la pente et le terrain boueux, les Lorrains renversent la cavalerie suédoise, pourtant plus nombreuse.

Pendant ce temps, les nerfs de l’infanterie lorraine, accablée par le feu de l’artillerie suédoise, lâchent. Toute l’infanterie part en déroute sans avoir combattu ! Pire, l’escadron de mercenaires allemands prêté par le comte d’Hanau décide qu’il lui serait plus aisé de piller les bagages lorrains que ceux de l’ennemi…

Lorsque Florainville revient de sa poursuite, il se retrouve face à l’infanterie suédoise bien commandée par Ranzau. Florainville n’a d’autre choix que de fuir le champ de bataille, malgré l’exploit de sa cavalerie. Les Lorrains laissent plus de 600 morts sur le champ de bataille et 200 prisonniers aux Suédois. Ces derniers n’auraient perdu que 200 morts.

Les Suédois lèveront peu après le siège d’Haguenau. Lorrains et Impériaux en profitent pour reprendre Pfaffenhoffen le 9 octobre.

En 1635, Josias Ranzau passera au service de la France. Il sera nommé Maréchal de France en 1645.

Josias Ranzau

 

L’armée lorraine du duc Charles (Florainville) : 8 000 fantassins en 5 bataillons et 2 000 cavaliers en 10 escadrons

Première ligne (Florainville) : 3 escadrons de cuirassiers (200 chevaux par escadron)

Seconde ligne (Lermont, sergent de bataille) : 2 bataillons d’infanterie (1600 hommes chacun) encadrant un escadron de cuirassiers (200 chevaux)

Troisième ligne : 1 bataillon d’infanterie (1600 hommes) encadré par un escadron de dragons de Saint-Ignon) sur sa gauche et un escadron de cuirassiers sur sa droite

Quatrième ligne : Seconde ligne : 2 bataillons d’infanterie (1600 hommes chacun) encadrant un escadron de cuirassiers (200 chevaux)

Cinquième ligne : 3 escadrons de cuirassiers (200 chevaux par escadron)

Les bataillons d’infanterie proviennent des régiments de Gâtinois, de Bassompierre, de Mauleon, les autres régiments n’étant pas connus. En 1627, le duc Charles avait 7 régiments d’infanterie à sa solde : prince François, Florainville, Couvonge, Tantonville, Bonnecour, Fletcheny et Morhange. Les deux bataillons restant sont peut-être formés de deux d’entre-eux.

La seule unité de cavalerie identifiée est celle des dragons de Saint-Ignon et la compagnie des Mousquetaires de la Garde du duc Charles. En 1627, la cavalerie du duc Charles comprenait les Gardes ordinaires (200 chevaux), les gardes de la duchesse (100 chevaux), 7 compagnies de cavalerie de 100 chevaux (duc Charles, Siray, Gâtinois, Vault de Poully, Tricheteau, Bern et Endury) et trois régiments de 500 chevaux (Mouy, Fontaines et Araucourt), soit 2500 chevaux au total. Les 6 escadrons manquant proviennent probablement de certains de ces régiments ou de ces compagnies.

Pour LM Tercios, l’infanterie lorraine est Classic squadron modernised musket only, raw (au vu de son comportement !) et large squadron ; les dragons de Saint-Ignon et les mousquetaires de la Garde sont dragoons, les mousquetaires de la garde étant dragoons veteran. Les 8 autres escadrons de cavalerie sont cuirassiers. L’escadron allemand (Hanau) est cuirassiers mercenaries heavy, les 7 escadrons lorrains sont cuirassiers, heavy et fearless. L’artillerie de Florainville est embourbée donc pas de canon alignés !

 

L’armée suédoise (Birkenfeld) : 7 500 fantassins en 5 brigades et 2 500 cavaliers en 11 escadrons

Aile gauche (Birkenfeld) :

Première ligne :  4 escadrons de 225 chevaux avec 4 détachements de mousquetaires commandés intercalés.

Seconde ligne : 1 escadron de cavalerie.

Centre (Ranzau) : 5 brigades (i.e. bataillons d’infanterie) de 1200+ hommes, une partie des mousquetaires ayant été détachés sur les ailes

Première ligne :  3 brigades d’infanterie avec 2 escadrons de cavalerie intercalés entre elles. Au moins 13 canons (probablement beaucoup plus) avec une majorité de canons légers régimentaires.

Seconde ligne : 2 brigades d’infanterie.

Aile droite (Vitzthum) :

Première ligne : 3 escadrons de cavalerie avec 3 détachements de mousquetaires commandés intercalés.

Seconde ligne : 2 escadrons de cavalerie.

La composition des brigades et escadrons de cavalerie n’est pas précisément connue. L’armée de Birkenfeld comprenait, en 1633, les régiments suivants (avec nombre de compagnies théorique entre parenthèses). Régiments d’infanterie Birkenfeld (12), Red (8), Vitzthum (12), Ramsay (8), Moda (8), Ecossais (16), Burgsdorf (8), Baudissin (4), Schodiowa (4), Immel (4), Schmidt (2), Kagge (2), Uranian (16), Hanau (12), Isenburg (8) et régiments de cavalerie Birkenfeld (12), Rhingrave (10), Finnois (4), Kalkreuter (8), Pless (8), Schmidt (2), Debitz (6), Solms (8), Zilow (4), Hohenlohe (10) et Freitag (1).

Pour LM Tercios, les 5 brigades (prendre un bataillon par brigade) sont modern squadron. Les 3 brigades (s) de premières lignes ont un regimental gun. Prendre 2 unités de mousquetaires commandés shot company musketeer (un sur chaque aile), pour représenter les détachements de mousquetaires). Les escadrons de cavalerie (dont la composition n’est pas connue précisément) sont tous cuirassiers modern cavalry.

Les Suédois sont déployés sur une colline, les Lorrains sont au pied de la colline.

Stéphane Thion

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