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la bataille d’Allerheim (3 août 1645) d’après les témoins

la bataille d’Allerheim (3 août 1645) d’après les témoins

La bataille d’Allerheim par Ramsay, dans les mémoires de Turenne :

« M. de Mercy se retira plus avant dans le pays vers Dinkefpuhel, où il laissa trois ou quatre cents hommes et se campa à trois ou quatre lieues de là derrière des bois. Peu de jours après, l’armée du Roi arriva auprès de Dinkefpuhel et forma le dessein de l’attaquer ; on fit avancer des mousquetaires dans des maisons ruinées et l’on y ouvrit quelque tranchée ; mais avant minuit un Officier prisonnier qui s’était sauvé de l’armée de Bavière, vint avertir M. de Turenne que M. de Mercy croyant que l’armée du Roi s’attacherait au siège de Dinkefpuhel, marchait toute la nuit, et était à deux heures de-là , derrière les bois. M. de Turenne alla promptement en avertir M. d’Enghien qui résolut de laisser tout le bagage avec deux ou trois Régiments de Cavalerie, et de partir incontinent avec toute l’armée, pour suivre M. de Mercy.

On partit à une heure après minuit : M. de Turenne avait l’avant-garde et on traversa. Un bois : M. d’Enghien y était et avait laissé M. le maréchal de Gramont avec son armée à l’arrière-garde. En sortant du bois le jour était déjà assez grand pour voir une petite troupe des Bavarois; et peu de temps après en la poussant, on découvrit quelques escadrons ennemis, lesquels ayant vu la tête de notre avant-garde, se retirèrent en diligence vers le corps de leur année, dont ces troupes étaient l’avant-garde : de sorte que si l’on ne fut pas parti de trop bonne heure, on les eût trouvé dans la marche, et par conséquent en fort mauvaise posture. Ils s’arrêtèrent derrière plusieurs étangs, se mirent aussitôt en bataille, et ayant placé leur canon commencèrent à faire des travaux à leur tête et à se retrancher.

L’armée du Roi se mit aussi en bataille au sortir du bois ; mais elle ne put aller à eux que par des défilés. On fit avancer le canon qui les incommoda assez ; mais le leur qui était déjà placé nous fit beaucoup plus de mal. La journée se passa toute entière à se canonner de part et d’autre avec assez de perte. Le lendemain deux heures devant le jour nous nous retirâmes par le même chemin par lequel nous étions venus : c’était par un défilé dans le bois. L’ennemi ne suivit qu’avec quelque cavalerie, et il n’y eut qu’une escarmouche, quoiqu’il y eut un temps auquel il eût pu défaire une partie de notre arrière-garde. On repassa donc le bois et on alla joindre le bagage auprès de Dinkefpuhel où l’on campa : mais ne jugeant pas à propos de s’arrêter à une si petite Place, on résolut de marcher à Nördlingen d’y arriver avant l’ennemi ; ce qui était fort aisé. Le lendemain l’année partit de bonne heure, et ayant marché deux ou trois heures, arriva vers les neuf heures du matin dans la plaise allez proche de Nördlingen : n’у voyant rien paraître, on résolut de faire halte avec quel­que intention d’y camper, mais pas encore avec ordre de décharger le bagage ni de tendre les tentes. Comme M. de Turenne s’avança dans la plaine avec une petite garde, et que M. le Prince alla aussi se promener fort près delà avec un autre, il tomba sur un parti Allemand qui rodait et em­mena deux ou trois prisonniers qui dirent, que l’armée de l’ennemi passait un ruisseau à une heure de-là pour s’approcher de Nordlingen. M. de Turenne joignit promptement M. le Prince, et ayant appris qu’il n’y avait point de ruisseau entre le lieu où l’ennemi passait et celui où l’on était, on envoya à l’armée pour ordonner que personne ne s’écartât. M. le Prince et M. de Turenne s’avancèrent encore avec peu de gens pour reconnaître et apprendre plus certainement ce que faisait l’ennemi, et s’il continuait fa marche. La plaine est si rare et s’étend si loin, que l’on ne craignait pas de s’avancer avec peu de gens.

Monsieur de Mercy qui commandait l’armée de Bavière à laquelle s’était joint un Corps de six ou sept mille hommes de l’Empereur, commandé par le Général Gléen, étant arrivé sur le bord d’un ruisseau à neuf heures du matin ; et jugeant, comme il était vrai, que l’armée du Roi était campée auprès de Nördlingen que nous voulions assiéger, crut qu’en passant ce ruisseau sans bagage il pourrait avec sûreté s’approcher de Nördlingen , à cause des montagnes et des avantages qu’il pouvait prendre avec l’on armée : il se persuada aussi qu’on ne l’attaquerait point et jour-là, et qu’ainsi il aurait le temps de se retrancher , ce qu’il était accoutumé de faire en grande diligence, n’ayant ordinairement à la suite de son armée d’autres chariots que ceux de munition de guerre et ceux dans lesquels étaient les outils. Il continua donc fa route et se posta à trois ou quatre cents pas du ruisseau sur une montagne, qui, à l’endroit où il l’abordait était аssеz haute, mais qui descendait insensiblement vers un village. Pour se servir du lieu selon la force de son armée et la situation du terrain, il commença à ranger son aile droite composée d’un corps de l’Empereur et de quelques unes de ses troupes, depuis l’endroit de la montagne qui approche le plus du ruisseau jusqu’au village, ayant deux régiments d’in­fanterie et son canon au lieu où commençait son aile droite. Dans l’endroit où l’aile droite finissait, l’infanterie s’étendait en bataille derrière le village, et dans l’action combattit presque toute pour le défendre ; mais au com­mencement il ne fut occupé que par quelques mousquetaires commandés dans l’église et au clocher. Ensuite de l’infanterie qui était sur deux ligne, de même que la cavalerie, l’aile gauche composée de la cavalerie de Ba­vière, et commandée par M. Jean de Werth finissait vers un petit château un peu élevé autour duquel il y avait de l’infanterie qui fermait la gau­che de l’armée, de même que ces deux régiments d’infanterie fermaient la droite. L’espace entre le village et le château était une plaine où se pouvaient bien tenir douze ou treize escadrons. C’est en cet ordre que se mit M. de Mercy, tant pour combattre que pour camper si on n’était pas venu à lui.

Monsieur le Prince ayant vu que l’armée de l’ennemi passait le ruisseau, manda aux troupes de se tenir prêtes à marcher, et étant confirmé par les partis et par sa vue même que l’ennemi ne s’éloignerait pas trop de vouloir com­battre, il passa l’endroit derrière lequel il avait un grand avantage et manda à toute l’armée de marcher. Sur le midi, l’armée s’avança dans cette grande plaine ; et vers les quatre heures du soir on vint en présence : il fallut allez de temps pour s’étendre et se mettre en état de combattre. Ce village qui était devant l’armée ennemie donnait avec raison différentes pensées ou de l’attaquer ou de marcher vers les deux ailes avec la cavalerie seu­lement : mais comme la chose n’est pas assez sure d’attaquer des ailes sans pousser en même temps l’infanterie qui est au milieu, on ne jugea pas à propos, quelque difficulté qu’il y eut à attaquer le village, d’aller au combat avec la cavalerie, sans que l’infanterie marchât de même front : et comme le village était plus de quatre cents pas plus avancé que le lieu où était leur armée, on crut qu’il fallait faire halte avec les deux ailes pendant que l’infanterie combattrait pour emporter les premières maisons de ce village, et s’en rendre maître, ou du moins d’une partie. Pour cet effet, on fit avancer le canon afin qu’on ne fut pas endommagé de celui de l’ennemi, sans l’incommoder avec le nôtre : mais comme celui qui est placé a beaucoup d’avantage sur ceux qui marchent, à cause qu’il faut toujours atteler les chevaux pour avancer, ce qui fait perdre beaucoup de temps, celui de l’ennemi incommodait plus qu’il ne recevait de dommage.

En cette disposition l’infanterie de l’armée du Roi marcha droit au village ; l’aile droite étant opposée à l’aile gauche de l’ennemi dans la plaine, et l’aile gauche à la droite de l’ennemi qui était sur cette montagne, laquelle descendait insensiblement au village.  L’infanterie trouva assez peu de résistance aux premières maisons ; mais quand elle entra plus avant, trois ou quatre régiments de l’ennemi (dont une partie occupait le cimetière et l’église, et l’autre avait percé les maisons) firent un si grand feu, qu’elle arrêta net tout court, et commença à plier : on la seconda d’autres régiments ; et M. de Mercy qui était derrière le village, fit soutenir la sienne par d’autres corps : ainsi le combat devint fort opiniâtre, avec beaucoup de pertes de part et d’autre ; mais moins de celle de l’ennemi, à cause qu’il était logé dans des maisons percées : et même pendant que la première ligne combattait dans le village, la seconde travaillait sur la hauteur. Ces expédients ne réussirent point ; mais ils montrent beaucoup d’habileté et de fang froid dans le général. M. le Prince vint souvent dans le village, y eut deux chevaux blessés fous lui, et plusieurs coups dans ses habits. Il laissa M. le maréchal de Grammont à l’aile droite de sa cavalerie. M. de Turenne faisait aussi ce qu’il pouvait pour faire avancée l’infanterie qui était dans le village proche de son aile. M. de Bellenave, maréchal de camp de son armée, y fut tué : M. de Castelnau maréchal de bataille dans celle de M. le Prince, fut très dangereusement blessé, aussi bien qu’un très grand nombre d’officiers. Dans le fort, et sur la fin de ce combat, M. de Mercy, Général de l’armée de Bavière , reçut un coup de mousquet, dont il mourut sur le champ ; et je crois que quand l’aile gauche de l’ennemi que commandait Jean de Werth avança contre la cavalerie de M. le Prince, qu’on ne savait pas sa mort : le combat avant duré plus d’une heure dans le village, où quelques escadrons étaient employés pour seconder l’infanterie, l’aile gauche de l’ennemi commença à marcher.

On a souvent dit qu’il y avait eu quelques fautes en passant quelques fossés qu’il y avait entre les ailes, mais je ne trouve pas cela considérable ; car toute l’aile droite de l’armée du Roi était en bataille, et voyait devant elle celle de l’ennemi, laquelle en venant au petit pas au combat ne trouva pas grande résistance. Quoique M. le maréchal de Grammont y fit tout ce qui se pouvait, il fut fait prisonnier, n’ayant pu faire le devoir à la seconde ligne, non plus qu’à la première.

Monsieur le Prince qui était fort proche du village, passa à l’aile de M. de Turenne lequel voyant que l’attaque du village ne réussissait point, et que la cavalerie de l’aile gauche de l’ennemi marchait à la cavalerie française, s’avança avec son aile vers la montagne, et ayant parlé un instant avec M. le Prince, il lui dit, que si il lui plaisait de le soutenir avec quelques esca­drons de la seconde ligne et les Hessois, qu’il matchait pour aller à la charge : M. le Prince y ayant consenti, M. de Turenne continua de mon­ter la montagne à la tête du régiment de Flextein. Etant à cent pas de l’ennemi, il vit en se tournant que toute la cavalerie française et l’infanterie qui avait été poussée du village, était entièrement mise en déroute dans la plaine.

Comme M. de Turenne continuait à monter la montagne avec huit ou neuf escadrons de front, l’infanterie que l’ennemi avait aux deux extrémi­tés de l’aile fit une décharge , et le canon eut loisir de faire trois ou quatre décharges, les premières à balle , et la dernière avec des cartouches, dont le cheval de M. de Turenne fut blessé, et il en eut un coup dans sa cuirasse, et une partie des officiers du régiment de Flextein, et le colonel  même, furent blessés avant que de venir à la charge contre un régiment de cavalerie qui était devant lui. Cela n’empêcha pas que toute l’aile étant marchée d’un front, ne renversât toute la première ligne de l’ennemi avec plus ou moins de résistance de quelques escadrons ; et la seconde ligne de l’ennemi soutenant la première qui était renversée, le combat fut fort opi­niâtre : on n’avait qu’un escadron ou deux dans la seconde ligne ; et les Hessois qui étaient à la réserve, étaient un peu loin : cela fut cause que l’on fût un peu poussé, mais sans déroute ; car les escadrons étaient tou­jours en ordre, et même quelques-uns avaient de l’avantage sur ceux de l’ennemi ; mais leur grand nombre l’emportait.

Les Hessois arrivèrent, et M le Prince à leur tête agissait avec autant de courage que de prudence. La cavalerie Weimarienne voyant les Hessois approcher, se rallia, et on chargea tout d’un temps tout le corps de la cavalerie ennemie, qui s’était mis sur une seule ligne; on la rompit ; tout le canon qui était sur cette montagne fut pris, et les régiments d’Infanterie qui étaient avec l’aile droite furent défaits, et le général de l’armée de l’Empereur, nommé Gléen, pris.

D’un autre côté, toute la cavalerie de M. le Prince, première et seconde ligne, et même sa réserve commandée par le chevalier de Chabot, et toute l’infanterie qui s’en était fuie dans la plaine, étant chassée du village, fut entièrement défaite : Jean de Werth laissa suivre la victoire de ce côté là par deux régiments, qui poussèrent nos troupes deux lieues jusqu’au ba­gage, et revint pour seconder son aile droite, ou pour arrêter la déroute. Si au lieu de retourner par le même endroit, en laissant le village à main gauche, ils eussent marché dans la plaine droit à la cavalerie weimarienne et hessoise, l’on n’aurait pas été en état de faire aucune résistance, et le désordre se serait mis très facilement dans notre aile gauche ainsi enve­loppée.

Comme la cavalerie de M. de Werth commença à revenir derrière se vil­lage , le soleil était déjà couché, et la nuit venant incontinent après, let deux ailes qui avaient battu ce qui était devant eux, demeurèrent en ba­taille l’une devant l’autre ; et comme la cavalerie de l’armée du Roi était un peu plus avancée que le village , quelques régiments de l’ennemi qui étaient dans le cimetière et dans l’église se rendirent à M. de Turenne, et sortirent de là sans armes à l’entrée de la nuit, sans savoir que leurs trou­pes n’étaient pas à cinq cents pas de là.

La cavalerie demeura une partie de la nuit fort proche l’une de l’autre dans la plaine, les Gardes avancées de part et d’autre n’étant pas à cin­quante pas l’une de l’autre. A une heure après minuit l’armée des ennemis commença à se retirer, n’en ayant pas plus de raison que celle du Roi, si ce n’est qu’ils avaient perdu leur général : on n’entendit pas beaucoup de bruit, car ils n’avoient pas de bagage: je crois qu’ils n’emmenèrent que quatre petites pièces de canon, tout le rеste qui était douze ou quinze, demeura sur le champ de bataille. A la pointe du jour on ne vit plus personne, et on sût que les ennemis s’étaient retirés vers Donawert, petite ville où il y a un pont sur le Danube à quatre heures de-là. M. de Turenne les poursuivit jusqu’à la vue de Donawert, avec deux ou trois mille chevaux.

L’armée du Roi y eut toute son aile droite battue , et toute son infanterie entièrement mise en confusion, hors trois bataillons Hessois qui étaient à la réserve, et je crois qu’il y eut bien trois à quatre mille hommes de pied tués sur la place. De l’armée de l’ennemi toute l’aile droite fut battue, trois ou quatre régiments d’infanterie qui étaient mêlés avec elle, défaits, deux qui se rendirent dans l’église ; beaucoup de gens tués dans le village, et presque tout son canon pris. Pour parler de la perte des hommes, je crois que celle que fit l’armée du Roi fut plus grande que celle de l’ennemi. M. le maréchal de Grammont fut pris d’un côté, et le Général Gléen de l’autre, et un très grand nombre d’officiers et beaucoup d’étendards : notre cavalerie allemande des vieux Corps, fit très bien, comme aussi les régiments de Duras et de Tracy.

On fut quelques jours sans pouvoir mettre ensemble plus de douze ou quinze cents hommes de pied de toute l’infanterie française. Après avoir demeuré un jour ou deux auprès de Nördlingen, M. le Prince sachant que les bourgeois y étaient les plus forts, et que l’ennemi n’y avait que quatre cents hommes, résolut de l’attaquer : les habitants de la Ville demandèrent à capituler dès la première nuit, et on renvoya la garnison à l’ar­mée de l’ennemi ; mais je crois qu’on retint leurs armes. On demeura sept ou huit jours à Nördlingen, qui est une très grande et bonne ville, où l’on se raccommoda beaucoup : on y trouva des armes, assez de chevaux pour les équipages, des harnois, et beaucoup de médicaments pour les blessés. »

 

La bataille d’Allerheim par le maréchal de Gramont :

« Mais, comme les généraux mangeaient, on vit arriver à toute bride un reître suédois qui venait donner avis que les ennemis n’étaient qu’à demi lieue : ce qui parut si peu possible, et tellement hors de vraisemblance, que la compagnie se mit à rire, et que le duc d’Enghien, en le plaisantant, lui dit : « Tu con­viendras au moins, mon ami, que nous avons affaire à des gens trop sages et trop habiles pour qu’étant aussi prêts que tu nous l’assures, ils n’aient pas mis la rivière de Vernitz entre eux et nous. « Ma foi, Monseigneur, répondit le cavalier, Votre Altesse en croira tout ce qu’elle voudra ; mais si elle veut se donner la peine de venir avec moi à cinq cents pas d’ici, sur cette petite hauteur qui est là à sa gauche, je lui ferai voir que je ne suis ni aveugle ni poltron ; et elle conviendra avec moi que l’armée de Mercy n’est séparée de la sienne que par une plaine unie comme la main. »

Le reître parla si positivement et avec tant d’assurance que l’on commença à craindre qu’il n’accusât juste. Le duc d’Enghien, les deux maréchaux de France et les officiers gé­néraux montèrent à cheval avec quelques esca­drons pour reconnaître eux-mêmes de quoi il était question, et la vérité d’une nouvelle si circonstanciée; et en s’avançant ils trouvèrent que les ennemis se mettaient en bataille, les­quels, ayant la hauteur sur nous, voyaient tous les mouvements de notre armée. C’est là où Mercy et Gleen firent une lourde faute; car s’ils eussent détaché un gros corps de cavalerie avec des débandés à la tête pour gagner huit ou dix pruniers où le duc d’Enghien et tous les gé­néraux s’étaient mis pour observer de plus près le mouvement des ennemis, ils se trouvaient engagés si avant et tellement éloignés du reste de leurs troupes, qu’ils eussent été infaillible­ment pris ou tués. Mais comme il n’est pas dans l’homme de penser à tout, cela ne passa ni par la tête de Mercy ni par celle de Gleen ; et ils ne songèrent, voyant qu’ils allaient donner une bataille, qu’à prendre un poste tout à fait avantageux : à quoi ils réussirent en perfection, car il n’en fut jamais un pareil que celui qu’ils choi­sirent.

Il y avait un village au milieu de la plaine, duquel ils garnirent les maisons et l’église d’in­fanterie ; et pour le soutenir ils levèrent une espèce de retranchement, où ils mirent leur gros corps d’infanterie à la droite et à la gau­che. Il y avait deux petites éminences, sur cha­cune desquelles était un vieux château ruiné ou leur canon était posté : leur première aile de cavalerie, composée des cuirassiers de l’Empe­reur, tenait la droite du village jusqu’au-dessous de l’éminence où était le canon ; l’aile gauche, composée des troupes de Bavière, s’étendait jusque sous l’autre éminence ; et la seconde ligne était dans la distance nécessaire. Ces postes si bien pris n’empêchèrent pas la résolution de les combattre : et comme il se faisait un peu tard, l’on pressait extrêmement les troupes de se former, jugeant bien que si l’on attendait au lendemain, l’affaire deviendrait plus diffi­cile, d’autant que les ennemis achèveraient de perfectionner leur retranchement qu’ils avaient déjà commencé, et qu’alors il serait inattaquable.

Le maréchal de Gramont avait l’aile droite opposée à celle de Bavière : et comme l’on crut qu’il était impossible d’attaquer leur cavalerie, qui se trouvait flanquée de l’infanterie du village et du canon des deux éminences, qu’aupa­ravant l’on ne se rendît maître du village, on résolut de l’attaquer, bien que la chose parût dure et difficile. Marsin et Castelnau furent chargés de cette expédition. Un officier de con­fiance eut ordre, avec quelques autres, d’aller reconnaître un endroit qui d’un peu loin paraissait un défilé entre l’aile gauche des enne­mis et notre droite ; mais ce passage fut mal reconnu par ces messieurs, qui rapportèrent, sans l’avoir vu (le péril d’en approcher de trop près étant manifeste), que c’était un défilé con­sidérable, et par où les escadrons ne pouvaient passer : ce qui fut cause d’un grand malheur ; et peu s’en fallut que le duc d’Enghien ne les fît mettre au conseil de guerre, le cas le méri­tant tout à fait.

Cependant l’attaque du village devenait ter­rible , et le duc d’Enghien ne cessait de tirer des troupes de l’aile droite pour soutenir son infanterie, qui était fort maltraitée et qui pliait de moment en moment : ce que le maréchal de Gramont voyant avec douleur, le fut trouver à toute bride pour lui représenter le grand in­convénient qui en pourrait arriver ; puis s’en retournant à son poste, il vit que les ennemis faisaient descendre de l’infanterie de l’éminence où était leur canon , laquelle commençait déjà à endommager beaucoup les escadrons de notre droite : ce à quoi voulant remédier, il fit avan­cer la seconde ligne, les régiments de Fabert et de Wal, irlandais. Dans cette escarmouche, qui fut très vive, il reçut un coup de mousquet au milieu de son casque, dont il fut tellement étourdi, qu’il tomba sur le cou de son cheval comme mort ; mais il revint à lui peu après, et 1e coup n’ayant point percé, il en fut quitte pour une violente contusion, qui toutefois ne l’empêcha pas d’agir le reste de l’action et de se porter partout où sa présence fut néces­saire.

Dans ce même temps, les deux régiments d’infanterie de Fabert et de Wal chassèrent celle des ennemis, qui incommodait notre ca­valerie; mais dans le même moment il parut un commencement de désordre et de confusion dans le village, le baron de Marsin et le mar­quis de Castelnau ayant été extrêmement bles­sés et contraints de se retirer. Le duc d’Enghien voyant que l’affaire du village allait mal, et qu’elle était presque sans remède, passa à l’aile gauche, qui était composée des troupes de Hesse que le maréchal de Turenne commandait, et trouva en y arrivant que ce géné­ral s’ébranlait pour aller à la charge : et c’est là ou se firent ces belles charges de cavalerie qui ont tant fait de bruit et dont on a tant parlé.

Sur ces entrefaites, l’aile gauche des bava­rois vint charger notre droite, et passa en ba­taille dans l’endroit qu’on avait rapporté être un défilé presque impraticable; ce qui causa tant de surprise et d’épouvante à toute notre ca­valerie française, qu’elle s’enfuit à deux lieues delà, sans attendre les ennemis à la portée du pistolet : chose qui n’aura peut-être jamais d’exemple.

Tout ce que put faire le maréchal de Gra­mont , ce fut de se mettre à la tête des deux ré­giments de Fabert et de Wal, qui ne branlèrent point de leur poste, et qui firent à bout touchant une si furieuse décharge sur la cavalerie enne­mie, qu’elle ouvrit les escadrons qui venaient à la charge, et le maréchal de Gramont pris ce temps là pour entrer dedans avec ce qui lui restait de gens auprès de lui: ce qui ne lui servit pas à grand’ chose, se trouvant enveloppé de toutes parts, et quatre cavaliers sur le corps qui l’allaient tuer, en disputant ensemble à qui l’aurait. Son capitaine des Gardes en tua un, et Hemon, son aide de camp, un autre : ce qui lui ayant donné un peu de relâche, il survint, par bonne fortune pour lui dans le moment, un ca­pitaine du régiment de La Pierre, nommé Sponheim, lequel, entendant nommer le maréchal de Gramont, rallia deux ou trois officiers de ses amis, qui ayant écarté la compagnie le tirè­rent d’intrigue et lui sauvèrent la vie. Le capi­taine de ses Gardes resta mort sur la place, le lieutenant blessé et prisonnier avec lui, le cor­nette et le maréchal des logis tués, et toute la compagnie de ses Gardes, qui était de cent maî­tres, à la réserve de douze qui furent aussi pris ; quatre aides de camp tués, trois de ses pages, et généralement tous ses domestiques qui l’avoient suivi, furent pareillement tués à ses côtés. C’est ce que produit l’affection pour un maître qu’on aime.

Il lui arriva encore un accident assez extra­ordinaire : car le capitaine qui le conduisait le voulant toujours mener au général Mercy, du­quel il ignorait la destinée , ne sachant pas en­core qu’il avait été tué par les premiers mous­quetaires commandés à l’attaque du village , trouva un petit page lorrain du baron de Mercy, âgé de quinze ans , lequel entendant dire qu’on menait le général des français, voulut venger sur lui la mort de son maître : et comme il n’avait point de pistolets , et qu’on menait le ma­réchal de Gramont les rênes de son cheval ra­battues, il sauta sur un des siens et lui tira dans la tète ; mais par bonne fortune ayant été déchargé dans le combat, il ne lui put faire de mal. Les allemands voulurent châtier sévèrement une action aussi noire ; mais le maréchal de Gramont dit que c’était un enfant à qui il voulait qu’on pardonnât, et empêcha qu’il ne fût pistolé sur-le-champ, les allemands étant sans miséricorde pour pareils attentats.

Pendant que les choses se passaient ainsi du côté de notre aile droite, il n’en allait pas de même à celle des ennemis, qui, après un furieux combat, fut entièrement défaite par le duc d’Enghien et le maréchal de Turenne, qui étaient à la gauche. Le général Gleen, qui y commandait, y fut blessé et pris, et un nombre infini d’officiers principaux et de soldats, beaucoup de canons et d’étendards. Le champ de bataille nous demeura avec toutes les marques de la vic­toire : ce que voyant Jean de Werth, qui commandait l’armée de Bavière, et Mercy mort, il ne songea plus qu’à se retirer dans le meilleur ordre qu’il put sur une montagne auprès de Donawert, nommée Schellemberg, qui était déjà retranchée dès le temps du roi de Suède. »

 

Stéphane Thion

La bataille d’Allerheim ou Nördlingen (3 août 1645)

La bataille d’Allerheim ou Nördlingen (3 août 1645)

 

Ci-dessus : Condé (qui n’est encore que duc d’Enghien en 1645)

La bataille d’Allerheim est intéressante à plus d’un titre. Elle est probablement à l’origine d’un tournant dans la carrière de deux des plus grands généraux français. Il s’agit de la troisième bataille (après les deux journées de Fribourg en 1644) qui voit le duc d’Enghien et Turenne affronter, côte à côté, un des plus grands généraux bavarois : Gaspard de Mercy. Et ce sera la troisième bataille, après ces deux journées de Fribourg, a se terminer en de demi-succès (ou demi-échecs) même si la seconde journée de Fribourg et Allerheim sont considérées comme des victoires françaises, le champ de bataille restant à Enghien et Turenne. Fribourg et Allerheim seront en effet des victoires à la Pyrrhus (voire des boucheries, il ne restera que 1500 fantassins français opérationnels le lendemain d’Allerheim) face à Mercy, excellent général et, dans les deux cas, très bien retranché. La victoire d’Allerheim est par ailleurs probablement due à la mort de ce général, dès le début de la bataille.

Ces trois batailles sont intéressantes à double titre : (1) elles révèlent la formidable énergie du futur Condé et de Turenne ainsi que leur capacité à prendre des décisions. Rocroi fut la première bataille commandée par le duc d’Enghien et il était bien conseillé. Turenne obtient son premier grand commandement en 1643, en remplacement de Guébriant à la tête de l’armée d’Allemagne. Les années 1644 et 1645 sont donc de vrais tests et ces tests, contrairement aux apparences, sont plutôt réussis ; (2) en second lieu, Enghien comme Turenne vont énormément apprendre lors de ces deux années. La superbe victoire de Condé à Lens (1648) voit le duc devenu prince refuser d’attaquer un ennemi bien retranché et l’attirer en plaine. A l’issue d’une superbe campagne, l’année 1646 verra Turenne aller à l’aide des Suédois et mettre la Bavière à genou sans livrer une seule bataille. Un exploit peu connu et exceptionnel. Jetons donc un coup d’œil à cette bataille d’Allerheim, aussi appelée seconde Nördlingen, qui aura eu un impact majeur sur les carrières de ces deux superbes commandants.

Ci-dessus : Turenne

3 août 1645 : La bataille

Après sa défaite à Fribourg le général bavarois Mercy se retire vers Dinkelpuhel. Enghien et Turenne le suivent. Les escadrons de Mercy refluent devant l’armée française. Le 3 août 1645 vers 9 heures du matin, l’armée française débouche dans la plaine de Nördlingen. Mercy qui vient d’être rejoint par le corps impérial de Gleen (6 à 7 000 hommes), est persuadé que les français n’attaqueront pas ce jour-là. Il se retranche sur une montagne, à 400 pas derrière un ruisseau et le village d’Allerheim. Il place le corps impérial sur son aile droite, ses bavarois occupant le centre, derrière le village et sur l’aile gauche. Quelques mousquetaires commandés occupent l’église du village. A midi, l’armée française débouche dans la plaine. Le déploie va prendre du temps. L’intention du duc d’Enghien est de prendre le village afin de ne pas désarticuler ses deux ailes de cavalerie.

Il est 17 heures : le duc d’Enghien fait canonner le village puis il le fait attaquer par quelques bataillons de Marsin. Les premiers retranchements sont forcés mais les mousquetaires positionnés dans le village repoussent cette attaque par une violente décharge. Le duc d’Enghien, soutenu par Turenne, lance un second puis un troisième assaut, dont il prend la tête, sans plus de succès. Enghien a deux chevaux légers sous lui. Mercy s’écrit alors : Dieu a tourné la tête aux français, ils vont être battus ! Prenant la tête de l’infanterie, il attaque à son tour le village. Mais il est tué à la tête de ses hommes. Les Bavarois, rendus fous de rage par la mort de leur général, taillent l’infanterie française en pièces. Sur l’aile gauche bavaroise, la cavalerie de Jean de Werth charge et enfonce son homologue française. Grammont tente de stopper la cavalerie bavaroise en engageant la réserve de Chabot, sans succès. Sur l’aile gauche française, Turenne gravit la colline, malgré les décharges continuelles de leur artillerie, et charge l’aile droite bavaroise.

A l’aile gauche, Turenne gravit la montagne à la tête de 8 ou 9 escadrons mais se fait accueillir par un feu nourri. Il s’aperçoit alors que le centre et l’aile droite de l’armée française sont en déroute. Heureusement, de Werth se laisse emporter inconsidérément dans sa poursuite.  Après plusieurs charges, Turenne parvient à passer la première ligne bavaroise mais Gleen s’avance à la tête de la seconde ligne.

Il reste le corps hessois de Geyso. Turenne et Enghien lancent ce corps à l’attaque. Les escadrons et bataillons de Gleen sont rompus. Turenne retourne l’artillerie contre les Bavarois et prend les derniers défenseurs de flancs. Les régiments qui s’étaient retranchés dans l’église et le cimetière se rendent, les autres se retirent. C’est alors que Jean de Werth revient avec sa cavalerie victorieuse, mais il est trop tard.

À minuit, tout est fini. A une heure, de Werth profite de la nuit pour se retirer et regagner Donauwörth avec les restes de l’armée, poursuivi par Turenne. Toute l’aile droite française a été très malmenée. Trois à quatre milles hommes sont morts sur le champ de bataille. A l’inverse, l’aile droite bavaroise et impériale a beaucoup souffert. Mais globalement, les pertes françaises sont supérieures : « On fut quelques jours sans pouvoir mettre ensemble plus de douze ou quinze cents hommes de pied de toute l’infanterie française » écrira Ramsay dans les mémoires de Turenne.

 

L’armée alliée : 7800 fantassins en 20 bataillons (390 hommes par bataillon), 9200 cavaliers en 40 escadrons (230 chevaux par escadron) et 27 canons

L’armée de Condé comptait 3 contingents : les restes de l’armée d’Allemagne de Turenne (5,000 hommes), l’armée de France de Gramont (6,000 hommes) et l’armée Hessoise de Geiso (6,000 hommes), pour un total de 17 000 hommes. L’armée alliée compte au total 7800 fantassins (20 bataillons), 9200 cavaliers (40 escadrons) et 27 canons (vraisemblablement des nouvelles pièces de 4 ou de 8 livres).

Armée de France (Enghien) : 11 bataillons d’infanterie totalisant 3 300 hommes et 17 escadrons de cavalerie formés à partir de 11 régiments, pour un total de 2 700 chevaux.

Armée d’Allemagne (Turenne) : 3 bataillons d’infanterie totalisant 1500 hommes et 13 escadrons de cavalerie formés à partir de 10 régiments de cavalerie, pour un total de 3 500 chevaux.

Armée hessoise (Geiso) : 6 régiments d’infanterie formant 6 bataillons faisant 3 000 fantassins et 10 escadrons de cavalerie formés à partir de 6 régiments, pour un total de 3 000 chevaux. L’armée Hessoise a été formée à la fin de 1631 sur le modèle suédois (en termes d’organisation et de tactique de combat).

En moyenne, les bataillons français sont à 343 hommes et les escadrons français et weimariens à moins de 207 chevaux. Les bataillons hessois sont à 500 hommes et les escadrons à 300 chevaux.

Déploiement de l’armée, de gauche à droite :

Aile gauche française (Turenne)

Première ligne : 7 escadrons de cavalerie des régiments Russwurm (weimariens, 1 esc), Mazarin (allemands, 1 esc), Taupadel (weimariens, 1 esc), Tracy (1 esc), Turenne (franco-allemands, 1 esc), Oysonville (1 esc) et Beauveau (1 esc).

Seconde ligne : 5 escadrons des dragons de Rosen (weimariens) et des régiments de cavalerie weimariens Alt-Rosen, Fleckenstein et Kanoffsky (2 escadrons).

Troisième ligne : 2 escadrons des régiments de cavalerie weimariens Ohm et Betz, et corps hessois de Geiso : 2 escadrons du régiment de cavalerie Rauchhaupt, 2 escadrons du régiment de cavalerie Schwer, 6 bataillons d’infanterie des régiments Franc, Lopez, Uffel, Wrede, Staufer et Kotz, 2 escadrons de cavalerie du régiment Bruckhurst, 2 escadrons du régiment Groot, 2 escadrons des gardes du corps de Geiso.

Centre (Enghien) :

Première ligne : 7 bataillons d’infanterie des régiments Bellenave, Oysonville, Mazarin français, Mazarin italien, Conti, Enghien et Persan.

Seconde ligne : 3 bataillons d’infanterie des régiments Gramont, Le Havre et Montausier.

Troisième ligne : 3 escadrons de gendarmes.

Aile droite (Gramont) :

Première ligne de cavalerie : 1 escadron de gardes du corps d’Enghien et 1 escadron de carabins d’Arnaud.

Seconde ligne de cavalerie :  6 escadrons des régiments de cavalerie Gramont, Mazarin (2 escadrons), et Enghien (3 escadrons).

Troisième ligne de cavalerie : 4 escadrons des régiments de cavalerie Gramont, Chambre, Boury, et La Clavière

Quatrième ligne, corps de Chabot (4 bataillons et 4 escadrons) : 2 escadrons de cavalerie weimarienne Neu-Rosen, 4 bataillons d’infanterie des régiments Trousses, Wahl (irlandais), Fabert, et de la garnison de Lorraine, et 2 escadrons du régiment de cavalerie Marsin.

Remarque : selon une carte allemande que vous trouverez ci-dessous, la cavalerie du centre et de l’aile droite française est placée de façon légèrement différente.

 

Pour LM Tercios, tous les bataillons d’infanterie alliés (y compris hessois) sont des bataillons réformés modernisés (musket only).

Les escadrons de cavalerie sont tous des escadrons de demi-cuirassés modern cavalry demi-cuirassiers (voir extension Kingdom) à l’exception des escadrons de gardes et de gendarmes qui sont modern cavalry gendarmes (voir extension Kingdom) et les carabins qui sont mounted arquebusiers.

Les 27 pièces d’artillerie peuvent être simulés par 5 canons légers (light artillery).

Quelques drapeaux (supposés) de régiments d’infanterie présents à Allerheim :

Mazarin-Italien (ex-Languedoc)

Montausier

Enghien

Mazarin-français

 

Persan

Conti

 

L’armée bavaroise : 8800 fantassins en 14 bataillons (630 hommes par bataillon), 7200 cavaliers en 39 escadrons (185 chevaux par escadron) et 28 canons

L’armée bavaroise et impériale compte au total 16 000 hommes (4,500 impériaux et 11,500 bavarois) dont 8,800 fantassins, 7,200 cavaliers et 28 canons. Elle se décompose en 14 bataillons soit 630 hommes par bataillon (7 bataillons bavarois et 7 impériaux) et 39 escadrons (31 escadrons bavarois et 8 impériaux) de 185 chevaux en moyenne.

Déploiement de l’armée, de gauche à droite :

Aile gauche (de Werth) :

Première ligne : 9 escadrons de cavalerie : Lapierre (cuirassiers bavarois, 2 escadrons), Sporck (arquebusiers bavarois, 2 escadrons), Fleckenstein (cuirassiers bavarois, 2 escadrons) et de Werth (arquebusiers bavarois, 2 escadrons).

Seconde ligne : 8 escadrons de cavalerie : Sporck (arquebusiers bavarois, 2 escadrons), Fleckenstein (cuirassiers bavarois, 1 escadron), Salis (demi-cuirassiers bavarois, 2 compagnies), de Werth (arquebusiers bavarois, 1 escadron).

Troisième ligne à l’extrême gauche : Lapierre (dragons bavarois, 2 escadrons).

Des unités d’infanterie se trouvent dans le château d’Allerheim (à l’extrême gauche), et dans le village d’Hunnerberg (derrière les dragons de Lapierre) : 2 bataillons des régiments bavarois de Winterscheid et Puech occupaient le château d’Allerheim.

Centre (Mercy) :

Première ligne (en retrait, entre les deux premières lignes des ailes de cavalerie) : 7 bataillons : Royer (bavarois), Kolb (bavarois), Halir (impériaux), Gold (bavarois), H. de Mercy (bavarois), Cobb (bavarois), Bournonville-Hennin (impériaux polonais).

3 bataillons des régiments impériaux de Ruischenberg, Marimont et F. Mercy se trouvent dans le village d’Allerheim.

Seconde ligne (un peu en arrière des secondes lignes des ailes) : 6 escadrons de cavalerie :  Salis (demi-cuirassiers bavarois, 1 escadron), Jung-Kolb (arquebusiers bavarois, 2 escadrons), Gil de Haas (cuirassiers impériaux, 1 escadron), et compagnies franches bavaroises (2 escadrons).

Aile droite (Gleen) :

Première ligne : 10 escadrons de cavalerie et 2 bataillons d’infanterie : croates de Marcovich (impériaux, 1 escadron), Hollstein (cuirassiers impériaux, 2 escadrons), Hyller ou Heillen (2 escadrons), Gayling (cuirassiers bavarois, 2 escadrons), Cosalky (arquebusiers bavarois, 2 escadrons), Alt-Kolb (cuirassiers bavarois, 2 escadrons), régiments d’infanterie Plettenberg (impériaux, 1 bataillon) et Mandesloe (impériaux, 1 bataillon).

Seconde ligne : 6 escadrons de cavalerie : Hollstein (cuirassiers impériaux, 1 escadron), Hyller ou Heillen (1 escadron), Gayling (cuirassiers bavarois, 1 escadron), Stahl (cuirassiers bavarois, 2 escadrons), Alt-Kolb (cuirassiers bavarois, 1 escadron).

Les 28 canons se répartissent probablement en 4 demi-canons de 24, 6 demi-couleuvrines de 12, 12 faucons de 5 et 6 fauconneaux de 2-3 livres. Ils étaient déployés en 7 batteries : 1 de 6 pièces dans Allerheim, 1 de 5 sur le Weinberg, 1 de 3 dans le château, 1 de 4 pièces avec Werth, 1 de 3 pièces avec le centre d’infanterie et 2 batteries de 4 et 3 pièces avec la cavalerie de Gléen. Les 4 dernières étaient probablement les faucons et fauconneaux.

Pour LM Tercios, les 18 bataillons d’infanterie sont classic squadron modernised, musket only. Il est possible de passer les bataillons d’infanterie en large squadron afin de simuler la différence de taille moyenne entre bataillons bavaro-impériaux et franco-hessois mais cela risque de déséquilibrer la partie, l’infanterie de Mercy étant déjà bien retranchée. L’infanterie bavaroise est ainsi covered et protected et l’artillerie est fortified.

Les escadrons de cuirassiers sont cuirassiers, pistol, les escadrons de demi-cuirassés sont modern cavalry demi-cuirassiers (voir extension Kingdom) et les régiments d’arquebusiers à cheval sont mounted arquebusier, arquebus & pistol. Il est très probable que la distinction entre régiments de cuirassiers et d’arquebusiers montés ne soit plus qu’administrative et que l’ensemble des régiments soient équipé comme des demi-cuirassiers (déjà, dans les années 1630s, des régiments d’arquebusiers étaient mieux équipés que certains régiments de cuirassiers) : si vous convenez de cette hypothèse, passez tous les régiments en modern cavalry demi-cuirassiers. Les escadrons de croates sont light horse.

Les 28 pièces d’artillerie peuvent être simulées par 5 pièces d’artillerie : une heavy artillery, 3 medium artillery et une light artillery.

Bien sûr, au vu des effectifs, vous pouvez diviser les effectifs ou le nombre d’unités par 2 ou 3.

Pour les éléments du champ de bataille, je vous laisse vous inspirer des cartes ci-dessous.

 

Stéphane Thion

La bataille des Dunes (1658)

La bataille des Dunes (1658)

La bataille des Dunes, 14 juin 1658

(Article de S. Thion paru dans feu la revue « Histoires de France »).

Turenne à la bataille des Dunes, par Charles-Philippe Larivière (1837)

Le traité de Westphalie, signé le 24 octobre 1648, met fin à la guerre de Trente Ans mais pas au conflit opposant la France à l’Espagne. Il faudra encore onze années de guerre avant que le traité des Pyrénées y mette un terme.

En mars 1657 Cromwell, le « protecteur de l’Angleterre », avait promis de fournir 6 000 hommes au roi de France dans le but d’assiéger Dunkerque ou Gravelines. En échange, Mazarin promettait de lui livrer Dunkerque. Au mois de mai de cette même année, Turenne tente de surprendre Cambrai. Mais Condé, allié aux Espagnols, ne se laisse pas duper. Il force Turenne à lever le siège de la ville. Les Franco-Espagnols réunissent leurs forces pendant que les Anglais rejoignent l’armée royale à Saint-Quentin. Mazarin envoie le maréchal de la Ferté attaquer Arlon et Montmédy, aux confins du Luxembourg, pendant que le vicomte de Turenne et les Anglais couvrent l’opération sur la Sambre et la Meuse. Les Franco-Espagnols décident d’en profiter pour surprendre Calais, mais ils échouent. Montmédy capitule le 6 août 1657, ainsi que Saint-Venant trois semaines plus tard. Aussitôt, Turenne court au secours d’Ardres, forçant l’ennemi à lever le siège. La campagne se termine par la prise de Mardyck, fort important par sa proximité avec Dunkerque.

Début mai de l’année suivante, le roi amène 2 000 à 3 000 hommes commandés par Castelnau à Calais, puis à Mardyck. Turenne, à la tête de 7 000 à 8 000 hommes, progresse vers Dunkerque où il doit rejoindre les 6 000 Anglais de Lokard. Mais l’ennemi a inondé la plaine qui s’étend de Bergues à Furnes et il ne trouve aucun passage. La seule voie libre est barrée par une redoute. Turenne fait construire des ponts sur la Colme et combler des fossés pour passer. Il demande dans le même temps de l’aide à Castelnau pour prendre l’ennemi en tenaille. Débordés, les Espagnols se retirent dans Bergues et Dunkerque. Turenne place alors son armée dans les dunes près de l’estran.

Le vicomte de Turenne par Charles Le Brun

Le siège de Dunkerque débute le 15 mai 1658, la flotte anglaise en faisant le blocus côté mer. La place est commandée par un brave gouverneur, le marquis de Leyde, qui ordonne dès le quatrième jour une sortie. Celle-ci est repoussée après avoir semé le désordre, mais elle sera suivie de plusieurs autres les jours suivants. Don Juan d’Autriche et le prince de Condé apprennent la nouvelle avec surprise : Gravelines, Bergues et Furnes étant entre leurs mains, ils pensaient l’entreprise impossible. Réagissant rapidement, ils rassemblent l’armée pour se porter au secours de Dunkerque. Leur avant-garde atteint le 13 juin les tranchées de Turenne, suivie deux jours plus tard du reste de l’armée. Turenne met l’armée en bataille, laissant quelques troupes dans les tranchées. Il dispose ses troupes sur une hauteur, fait planter des pieux sur l’estran et bâtir en hâte quelques retranchements sur le haut des dunes.

L’armée espagnole s’arrête à une demi-lieue (1,6 km) des lignes françaises, sa droite appuyée à la mer, sa gauche au canal qui va de Furnes à Dunkerque, le centre dans les dunes qui s’avèrent « accessibles, mais inégales ». Dans la nuit, le prince de Condé fait construire un pont sur le canal qui tient son aile gauche. Turenne s’en aperçoit et, craignant que l’ennemi ne traverse pour marcher des deux côtés du canal, prend l’initiative du combat.

L’armée de Turenne compte 8 000 à 9 000 fantassins et 5 000 à 6 000 chevaux ; l’infanterie, 18 bataillons d’infanterie dont six anglais, est placée au centre sur deux lignes alors que la cavalerie, composée de 58 escadrons, est placée sur les ailes et en réserve. Cinq pièces d’artillerie sont positionnées sur chaque aile. Castelnau commande l’aile gauche de cavalerie, Créqui et d’Humières l’aile droite, Richelieu la réserve. Gadagne commande la première ligne d’infanterie et Bellefonds la seconde.

En face, l’armée franco-espagnole est retranchée sur une dune, couverte d’un « rempart de sable où il était difficile de monter ». Don Juan d’Autriche est à l’aile droite, avec le marquis de Caracène, le duc d’York, le duc de Gloucester et don Estevan de Gamare ; Condé est à l’aile gauche avec Coligny, Boutteville, Persan, Guitaut et le comte de Suze. Ses effectifs sont comparables aux Français : 6 000 fantassins en 15 bataillons et 8 000 chevaux en 62 escadrons. La cavalerie est disposée entre les dunes, sur deux lignes, derrière l’infanterie. L’artillerie espagnole n’a pas encore rejoint l’armée.

L’armée de Turenne marche au petit pas, les hommes s’attendant les uns les autres afin de garder l’alignement. Les pièces d’artillerie progressent devant les premiers escadrons, tirent un ou deux coups, puis sont attelées pour reprendre leur progression. Cinq tirs seront ainsi réalisés avant que les armées ne se joignent. En mer, des frégates anglaises s’approchent et ouvrent le feu sur le flanc espagnol. Sur l’aile gauche française, deux bataillons anglais gravissent la dune la plus avancée et croisent la pique avec les Espagnols, avec beaucoup de fierté et de courage. Les Espagnols « avaient la droite de tout », c’est-à-dire la place d’honneur. Un tercio, celui de Gaspard Boniface, est mis e fuite mais la cavalerie espagnole, placée en soutien de son infanterie, menace les Anglais. La cavalerie française accourt au grand trot : quelques escadrons ayant progressé le long de l’estran surgissent entre les deux lignes ennemies, semant la confusion. Plus à droite, l’infanterie française – gardes françaises et suisses, régiments de Picardie et de Turenne – soutenue par quatre escadrons de cavalerie, attaque l’infanterie wallonne, irlandaise et française qui lui est opposée. Celle-ci lâche aussitôt pied. La cavalerie française parvient de son côté à rompre les premiers escadrons du prince de Condé, mais celui-ci intervient en personne et rétablit la situation. La cavalerie de Turenne, ayant poussé trop avant, est « ramenée » par l’ennemi. Profitant de ce répit, toute la cavalerie de Condé avance en bon ordre. Mais les bataillons des gardes françaises et suisses, tournant légèrement à droite, et le régiment d’infanterie de Montgomery, situé à l’extrême droite, la reçoivent en lâchant une décharge meurtrière. Condé a un cheval blessé sous lui, Boutteville et Coligny sont faits prisonniers. La confusion se répand dans les rangs ennemis.

Ses deux ailes ébranlées, toute l’armée franco-espagnole tente de se replier en bon ordre. Mais l’exercice va s’avérer délicat : près de 1 000 tués et blessés restent sur le champ de bataille et 3 000 à 4 000 ennemis sont faits prisonniers. Les pertes de Turenne sont insignifiantes. L’armée étant mobilisée sur le siège de Dunkerque, il n’est cependant pas possible de poursuivre longtemps l’ennemi. Don Juan d’Autriche, le marquis de Caracène, le duc d’York et le duc de Gloucester parviennent à s’échapper.

Bataille des Dunes, lithographie en couleurs de Maurice Leloir (1904)

Dunkerque capitulera le 25 juin et sera remise entre les mains des Anglais le soir même. La place redeviendra française en 1662, lorsque Charles II la revendra à Louis XIV. Quatre jours plus tard, Turenne prend Bergues, puis Furnes. Le traité des Pyrénées mettra définitivement fin au conflit, un an et demi après, le 7 novembre 1659.

Stéphane Thion

 

L’armée française à Fribourg (août 1644)

L’armée française à Fribourg (août 1644)

 

L’armée française en 1644

Au commencement de la campagne de 1644, l’infanterie royale se compose de 166 régiments, dont 31 sont étrangers. Les régiments français comptent alors généralement 20 compagnies de 70 hommes (à l’exception des gardes françaises dont les 30 compagnies sont à 200 hommes). Quinze régiments comptent 30 compagnies alors que 43 régiments comptent entre 4 et 15 compagnies. L’effectif théorique de 1400 hommes pour 20 compagnies ne sera pratiquement jamais atteint. Il est en effet rare de voir des bataillons compter plus de 800 hommes une fois la campagne commencée.

L’ordonnance du 18 octobre 1643 sur les quartiers d’hiver prescrit donc que les régiments ayant moins de 20 hommes par compagnie devront, à la fin de la campagne, être licenciés. C’est ainsi que les régiments de Nangis, de Souvigny, du Ferron, de Roqueservière, de Clermont-Vertillac, de Sivron, de l’Église, de la Mezangère, de Grammont, de Croissy et de Thorigny disparaissent. Les vieux corps[1] pourront conserver toutes leurs compagnies mais, pour les autres, on ne devra maintenir sur pied que les compagnies suffisamment fortes. Les officiers concernés par ces suppressions se verront notifier leur congés alors que sergents et soldats seront incorporés dans les anciens régiments ou dans les compagnies maintenues. Enfin, durant l’hiver, les capitaines devront rétablir l’effectif de leur compagnie à 70 hommes, qu’elles soient d’infanterie ou de cavalerie. Ainsi, l’ordonnance du 20 décembre 1643 prescrit que les Maîtres de camp, Capitaines et Officiers s’obligeront de « rendre leurs compagnies complètes de soixante dix hommes chacune, armés pour l’infanterie les deux tiers de mousquetaires, et le tiers de piques ; et pour la cavalerie chaque cavalier du pot[2], de cuirasse devant et derrière, et de deux pistolets ». Tous les officiers devront être présent avant la campagne de 1644, c’est à dire au 15 février.

Le 19 juillet 1644, Le Tellier écrira à Turenne que son infanterie « se trouve faible par la mauvaise foi du colonel et l’avarice des officiers français ». Il ajoute : « Il faut que je vous avoue ingénument qu’il est tout à fait difficile de vous fortifier de nouveaux corps, puisque la dépense que nous avons faite pendant l’hiver pour y parvenir, se trouve si mal employée ; si vous ne vous résolvez, monsieur, à faire quelque démonstration de sévérité contre les officiers, commençant par ceux de vos régiments, et celui de monsieur votre neveu, comme ayant été les mieux traités, ce sera encore pis à l’avenir ».

L’encadrement d’une compagnie d’infanterie comprend un capitaine, un lieutenant, un enseigne ou sous-lieutenant, deux sergents armés de hallebardes, trois caporaux, trois anspessade[3] et un tambour. Les caporaux et les anspessades ont l’armement des soldats qu’ils commandent.

La cavalerie se forme théoriquement, depuis janvier 1638, en régiments de 8 compagnies de chevau-légers et une compagnie de mousquetaires. En réalité, les régiments sont plus souvent à de 5 à 6 compagnies de 70 hommes, rarement 8. La réalité et la théorie font rarement bon ménage. Ainsi, en 1639, le régiment d’Alais compte 11 compagnies dont une de mousquetaires, les régiments de la Ferté-Imbaut et de Gesvres, 8 compagnies dont deux de mousquetaires, les régiments de Guiche et de Brouilly, 9 compagnies dont deux de mousquetaires, le régiment de Cursol, seulement 6 compagnies.

Les compagnies de Gendarmes, sont dites « franches », c’est à dire qu’elles ne sont pas enrégimentées.

Les compagnies, à l’exception des gendarmes, sont de 70 maîtres, qui doivent être équipés, début 1644, « chaque cavalier du pot, de cuirasse devant et derrière, et de deux pistolets ». Il s’agit là bien sûr d’un vœu pieu, régulièrement invoqué par les ordonnances royales. L’ordonnance du 14 juillet 1636 insistait déjà pour que « les gens de cheval aient la cuirasse pour le moins ». Cette mauvaise habitude d’alléger l’équipement va se poursuivre puisque l’ordonnance d’octobre 1642 rappelle une fois de plus que « les capitaines de cavalerie seront obligés d’avoir leurs soldats armés chacun d’une cuirasse, d’un pot, et deux pistolets, le tout en bon état ». À cette époque, c’est l’état qui fournit cet équipement, comme le souligne Sirot en 1642 : « Les recrues se firent en moins d’un mois, et les cavaliers se trouvant du nombre qu’on le désirait, le maréchal de Guiche me fit délivrer les armes pour les armer, que je distribuai à tous les régiments ; mais il ne s’y trouva que pour armer 2 000 chevaux, et il en restait encore 1 000 qui étaient sans armes ». L’écart entre la théorie et la pratique n’est pas anecdotique. Ainsi, fin 1639, sur les onze compagnies de chevau-légers du régiment Colonel, quatre sont armées[4], une en partie armée et six non armées. Sur les six compagnies de chevau-légers du régiment de Gesvres, deux sont non armées. Le régiment de la Ferté-Imbaut, plus épargné, n’a qu’une compagnie de chevau-légers non armée sur les six. La situation est encore plus « critique» pour les régiments étrangers : Les régiments de L’Eschelle et de Fittingost ont tous les deux six compagnies, toutes non armées.

Depuis Sully, l’artillerie comprend six modèles : le canon avec boulet de 33 livres, qui peut tirer jusqu’à 1500 pas[5], la grande couleuvrine avec boulet de 16 livres, la bâtarde avec boulet de 7 livres et demi, la moyenne avec boulet de 2 livres et demi, le faucon avec boulet d’1 livre et demi et le fauconneau avec son boulet de trois-quarts de livre. Dès 1635, l’artillerie française va bénéficier des enseignements de ses alliés suédois. L’infanterie utilisera les canons légers de type fauconneaux en plus grand nombre. À Fribourg, l’armée de Champagne compte ainsi deux demi-canons et quinze fauconneaux alors que l’armée d’Allemagne compte six demi-canons et quatorze fauconneaux. Les fauconneaux, pièces maniables, ont l’avantage de pouvoir progresser au même rythme que l’infanterie, la précédant d’un feu destructeur. Cette arme, bien que fragile, a l’intérêt d’être manœuvrable par un seul cheval tout en ayant une portée de 1000 pas. Depuis 1634, le maréchal de La Meilleraye est grand maître de l’artillerie. Le marquis de Chouppes sera son lieutenant-général à l’armée de Champagne.

Le 8 novembre 1643, les commissaires et contrôleurs des guerres reçurent l’ordre de faire prêter serment de « bien et fidèlement servir Sa Majesté et la Reine Régente sa mère, sous la charge et autorité de Monseigneur le duc d’Orléans, lieutenant-général représentant la personne de Sa Majesté et en son absence de ceux qui commanderont lesdits gens de guerre. »

Les troupes du duc d’Enghien forment le cœur de l’armée de Champagne. Elles comprennent à l’origine le régiment d’Enghien, 20 compagnies levées en 1635, puis le régiment de Conti et le régiment de Persan. S’y ajoutent les régiments de cavalerie : le régiment d’Enghien, quatre compagnies de gendarmes et une compagnie de chevau-légers levées entre 1634 et 1636. D’autres unités seront ajoutées en 1643 et 1644 à l’armée de Champagne : les régiments d’infanterie Mazarin-français[6], Bussy, Le Havre, Fabert, Guiche et Desmarets (ces derniers étant liégeois) ; les régiments de cavalerie Mazarin, Guiche, Beauveau et L’Eschelle, les deux derniers étant liégeois.

Le cœur de l’armée d’Allemagne de Turenne est composée de troupes weimariennes de feu Bernard de Saxe-Weimar, passées au service de la France en 1635. Elles sont formées de trois régiments d’infanterie (Hattstein, Bernhold et Schmidtberg), sans compter les unités en garnison, et onze régiments de cavalerie (Baden, Berg, Erlach, Fleckenstein, Kanoffsky, Alt-Rosen, Neu-Rosen, Russwurm, Sharfenstein, Taupadel et Wittgenstein). À ces troupes allemandes vont s’ajouter sept régiments d’infanterie française (Aubeterre, Du Tot, La Couronne, Mazarin-italien, Melun et Montausier) et trois régiments de cavalerie (Guebriant, Tracy et Turenne).

L’armée française à Fribourg

L’armée française qui va affronter son adversaire bavarois à Fribourg n’a rien de prestigieuse : aucun vieux corps parmi les régiments d’infanterie, ni gardes françaises ni gardes suisses. Mais elle est constituée d’unités de vétérans. La plupart des régiments  sont cependant des régiments permanents, ayant plusieurs campagnes à leur actif. Il en est de même des régiments de cavalerie. Et surtout, l’armée de Turenne est constituée de ce qui se fait de mieux en Allemagne : les régiments weimariens de feu Bernard de Saxe-Weimar.

En 1644, alors qu’il prend en charge le commandement de l’armée d’Allemagne, le vicomte de Turenne fait « remonter à ses dépends 5 000 cavaliers et habiller 4 000 fantassins ». Il lui faut en effet remettre sur pied cette armée qui avait beaucoup souffert l’année précédente. Il la réorganise à sa main, comme il l’écrit à Mazarin le 29 février : « Je ne veux pas de tous ces maréchaux de camp servant par jour, l’un défaisant ce que l’autre a fait, mais quatre généraux majors, deux attachés à la cavalerie, deux à l’infanterie ». Il prend comme lieutenant-général, « pour commander sous le maréchal de Turenne en la manière que M. de Guébriant commandait sous le duc Bernard », d’Aumont, au détriment de Taupadel.

Pour la campagne qui s’annonce, son armée s’établira en réalité à 10 000 hommes dont 5 000 gens de pied, 5 000 chevaux et une vingtaine de pièces d’artillerie. L’armée du duc d’Enghien présente un effectif comparable : 10 000 hommes dont 6 000 gens de pied, 4 000 chevaux, et 17 canons.

L’infanterie du duc d’Enghien compte neuf régiments – Persan, Enghien, Conti, Mazarin-français, Le Havre, Bussy, Fabert, Guiche, Desmarets, ces deux derniers liégeois – alors que l’infanterie de Turenne compte six régiments français – Montauzier, Melun, la Couronne, Mazarin-italien, Aubeterre, du Tot – et trois régiments weimariens – Hattstein, Bernhold et Schmidtberg.

La cavalerie du duc d’Enghien comprend ses gardes, les compagnies de gendarmerie Enghien, Condé, Conti et Guiche, les régiments de cavalerie Enghien, Guiche, Cardinal Mazarin, Mazarin français, L’Eschelle, Beauveau (tous deux liégeois) et des compagnies de chevau-légers franches. La cavalerie de Turenne comprend les régiments français de Turenne, de Guébriant, et de Tracy ainsi que onze régiments weimariens – Rosen (Alt-Rosen et Neu-Rosen c’est à dire l’ancien et le nouveau régiment de Rosen), Fleckenstein, Berg, Baden, Wittgenstein, Russwurm, Scharfenstein, Erlach, Taupadel et Kanoffsky.

Le marquis de Chouppes commande l’artillerie du duc d’Enghien en tant que lieutenant général. Ayant pris ses fonctions, il commence par ordonner une revue des officiers et chariots de l’artillerie. Il obtient à la mi-juillet, grâce au soutien de Mazarin contre le duc d’Enghien, la préséance des commandants de l’artillerie sur les sergents de bataille. L’artillerie des armées réunies comporte alors près de 40 pièces d’artillerie bien fournies en munitions diverses.

Au sein de l’armée de Champagne, d’Espenan, le comte de Tournon et Palluau sont maréchaux de camp[7]. Le maréchal de Castelnau-Mauvissière et Mauvilliers (ou Mauvilly), lieutenant des chevau-légers d’Enghien, sont maréchaux de bataille[8].

[1] Les vieux corps désignaient les six plus anciens régiments français, formés dans la seconde moitié du XVIe siècle : Picardie, Piémont, Champagne, Gardes françaises, Navarre, Normandie, ce dernier formé en 1616.

[2] C’est à dire d’un casque de cavalerie appelé aussi capeline.

[3] Anspessade ou lancepessade : terme provenant de l’italien lancia spezzata, signifiant « lance brisée ». En France, ce grade fut créé en janvier 1508 : Louis XII institua ainsi douze places de lancepessades dans les bandes du Piémont. Ces places étaient réservées à la noblesse dans le but de l’attirer dans les rangs de l’infanterie. C’est ainsi que des cadets de Gascogne ou des gens d’armes ruinés acceptèrent de servir à pied.

[4] C’est à dire que les cavaliers sont équipés du pot et de la cuirasse.

[5] Le pas est une unité de longueur datant des Romains. Un pas mesurait alors 2,5 pieds soit environ 75 centimètres.

[6] En plus de son régiment de cavalerie, le cardinal Mazarin leva plusieurs régiments d’infanterie, dont deux, Mazarin-français et Mazarin-italien étaient présents à Fribourg.

[7] Les maréchaux de camp organisaient le campement et le logement de l’armée, en concertation avec le général de l’armée. Pendant la bataille, les maréchaux de camp commandaient un des corps de l’armée ‘une des ailes ou la réserve).

[8] Le maréchal de bataille est une fonction créée à la fin du règne de Louis XIII (vers 1643). Sa principale fonction est de mettre l’armée en bataille en fonction du plan décidé. En pratique, il était secondé par des sergents de bataille.

 

L’apparition d’une nouvelle formation : la brigade

La première moitié du XVIIe siècle est emblématique de l’évolution de l’organisation tactique de l’infanterie. C’est effectivement au début du siècle qu’apparaît la brigade en tant que formation tactique.

Durant le XVIe siècle, l’infanterie se groupe en gros bataillons de 3 à 6 000 hommes qui prennent la forme de carrés : carrés d’hommes, c’est à dire présentant autant d’hommes de front que de côté (50 files sur 50 rangs pour un bataillon de 2500 hommes) ou carrés de terrain, c’est à dire que les hommes occuperont une surface au sol carrée, (150 par 150 pieds par exemple). Le commandement reste relativement centralisé et, malgré l’apparition dans les armées françaises de lanspessades en 1508, puis de caps d’escadres – ancêtres des caporaux – sous François Ier, les chefs d’armée ne prennent pas le risque de diviser ces formations en unités autonomes plus manœuvrables. Il faut attendre Condé et Coligny pour voir apparaître, comme à la bataille de Saint-Denis en 1567, des petites formations indépendantes de 500 hommes. Henri IV reprendra cette vision tactique et la poussera encore plus loin. En 1590, pour la bataille d’Ivry, il aligne son infanterie par petites unités de 500 hommes, mais chaque bataillon de 500 piquiers suisses ou lansquenets est encadré par deux bataillons de 500 arquebusiers français. Et la tactique inter-arme est poussée encore plus loin : entre chacune de ces formations de trois bataillons est intercalée un escadron de cavalerie. Ni Jacques-Auguste de Thou[1], dans son Histoire Universelle, ni les autres historiens ne donnent de nom particulier à ces formations d’infanterie. « Chaque escadron avait sur ses flancs un corps d’infanterie pour le couvrir, et était précédé par quelques aventuriers », écrit simplement de Thou. Davila[2], dans son Histoire des guerres civiles en France, est encore plus laconique sur le sujet : « A chaque escadron il joignit un bataillon, qui par une grêle d’arquebusades, devait soutenir la cavalerie, éclaircir les rangs ennemis ».

À l’initiative de Maurice Nassau, les guerres de Hollande voient l’utilisation de petits bataillons de 400 à 600 hommes résolument inter-armes. À la différence de ceux d’Henri IV, les bataillons de Maurice de Nassau mêlent piquiers et mousquetaires. Le terme de brigade n’est pas encore utilisé mais on observe que les bataillons sont regroupés principalement par paires. Le déploiement de l’armée du prince d’Orange, à Juliers[3] en 1610, montre bien que les bataillons sont groupés par deux. Les Danois imiteront quinze ans plus tard ces dispositions en déployant leur armée, en 1625, sur le même modèle : les bataillons sont groupés deux par deux et placés en losange.

Avec le retour de la paix, les vingt premières années du XVIIe siècle voient la publication de traités militaires s’appuyant sur les expériences des guerres de religion française et hollandaise : « L’art militaire pour l’infanterie » de Jean-Jacques Walhausen[4], publié en 1615 ; « Les principes de l’art militaire » de Jérémie de Billon[5], écrit en 1608, et les « Discours militaires » du sieur du Praissac publié en 1614 en sont quelques exemples. Ces trois auteurs prônent l’utilisation de petits bataillons de moins de 1000 hommes alignés sur un maximum de 10 rangs. Pour Billon, ces bataillons seront groupés par trois : « L’on fera trois bataillons, dont il y en aura deux en face qui sembleront n’être qu’un corps, et un autre derrière ces deux là. (…) Ou bien on mettra un bataillon seul en front et deux autres derrière ». Walhausen et Du Praissac présentent comment un régiment, qui reste une unité administrative, peut être décomposé en plusieurs bataillons. Mais aucun de ces auteurs n’emploient encore le terme de brigade. Cette nécessité ne s’impose pas encore puisque en pratique, il s’agira de scinder un régiment en deux ou trois bataillons.

Cette désignation va apparaître une dizaine d’années plus tard chez les Suédois et les Français. Les premiers vont tout d’abord, entre 1617 à 1621, organiser leurs régiments en escadrons, terme équivalent au bataillon français. Puis, en 1627, Gustave Adolphe va regrouper ces escadrons en brigades, une brigade pouvant rassembler des escadrons provenant de plusieurs régiments. Ces brigades réuniront trois escadrons entre 1627 et 1628, puis quatre escadrons, avant de revenir à trois entre 1631 et 1634. La taille de ses brigades va rapidement se réduire puisqu’en 1642 une brigade ne compte plus qu’un régiment, soit 8 à 16 compagnies d’infanterie.

Sous l’impulsion de Wallenstein, les Impériaux vont suivre l’exemple puisqu’ils formeront, en 1633, six brigaden réunissant chacune trois ou quatre régiments, soit 23 à 37 compagnies par brigade. En ce sens, les pratiques impériales diffèrent de celles des Suédois car, comme l’écrira plus tard Montecuccoli[6], « de plusieurs escadrons et bataillons, se forment les corps ou les grands membres de l’armée qu’on appelle Brigades. Des brigades ont fait, l’avant-garde, le corps de bataille, l’arrière-garde qui marchent devant, au milieu, derrière ». Pourtant, à l’image des pratiques suédoises, ou par nécessité, la taille des brigades impériales va se réduire avec le temps. À la seconde bataille de Breitenfeld, en 1642, les brigades d’infanterie impériales ne compteront plus que 10 à 12 compagnies d’infanterie soit l’équivalent d’un régiment.

L’armée française adoptera la brigade probablement un peu avant 1628. Jacques Callot[7] nous a laissé une représentation de l’armée royale devant La Rochelle, cette année là : l’infanterie est formée en losanges dont chaque sommet est formé de groupes de deux bataillons. Il s’agit là de la formation utilisée par les Hollandais en 1610 et par les Danois en 1625. En France, le terme de brigade, pour désigner ces groupes de bataillons, apparaît au plus tard en 1629. Ainsi, cette année là, au siège de Privas, Champagne et Piémont forment brigade. Une brigade ne sera pas formée systématiquement de deux bataillons puisqu’à la bataille de Thionville, en 1639, une brigade est constituée de trois bataillons, deux provenant du régiment de Navarre et le troisième du régiment de Beauce. Cette notion de brigade n’est pourtant pas encore claire pour tout le monde. Ainsi le terme brigade a été utilisé, notamment par Louis XIII, pour désigner les deux divisions formées en 1635 par les maréchaux Châtillon et Brézé au sein de l’armée de Picardie. Il s’agira là d’un excès de langage pour désigner ce partage, non souhaité par le Roi, de l’armée en deux parties. Chacune de ces deux brigades est alors composée d’un nombre important de régiments et de compagnies de cavalerie : 10 à 12 régiments d’infanterie faisant chacun un bataillon et 26 compagnies de cavalerie formant 15 escadrons. Chacune des deux brigades est désignée soit par le nom du maréchal qui la commande, soit par le nom du vieux corps autour duquel elle a été formée. Au sein de cette armée, et avant l’année 1641, apparaît alors le grade de sergent-major de brigade d’infanterie.

L’année 1644 se distingue par l’utilisation systématique de la brigade d’infanterie au sein de l’armée française. Cette année là, les sources écrites nous listent les brigades de deux ou trois bataillons formées pour la bataille de Fribourg : la brigade d’Espenan composée des régiments Enghien et Persan ; la brigade Tournon composée des régiments Conti et Mazarin-français ; la brigade Marsin composée des régiments Le Havre et Bussy ; une quatrième brigade composée des régiments Guiche, Desmarets et Fabert ; la première brigade française de Turenne composée des régiments de Tot et d’Aubeterre ; la seconde brigade de Turenne composée des régiments La Couronne et Montausier ; la troisième brigade de Turenne composée des régiments Mazarin-italien et Melun ; enfin, les régiments weimariens d’Hattstein, de Bernhold et de Schmidtberg (ou Schönbeck) forment, si l’on en croit une lettre de Turenne à d’Erlach (datée du 30 juillet), deux brigades. Ils n’en formeront plus qu’une par la suite. La cavalerie, pour sa part, n’utilise pas encore la formation en brigades.

La brigade ne deviendra une formation permanente, et non plus un groupement temporaire, qu’en 1668. Par l’ordonnance du 27 mars de cette année seront créés les brigadiers d’infanterie dont le rôle est de commander les brigades.

[1] Jacques-Auguste de Thou (1553-1617), historien, écrivain et homme politique, auteur d’une Histoire universelle depuis 1543 jusqu’en 1607.

[2] Enrico Caterino Davila (1576-1631) était un italien au service d’Henri IV. Il est l’auteur d’une Histoire des guerres civiles de France depuis la mort de Henri II jusqu’à la paix de Ferrois (1598).

[3] Juliers, ou Jülich en Allemand, est une ville située en Rhénanie-du-Nord (Allemagne). La mort de Jean-Guillaume, duc de Juliers, Clèves et Berg, en 1609, donna lieu à un conflit armé. La Guerre de Succession de Juliers pris fin en 1614 par la signature du traité de Xanten.

[4] Johann Jacob von Walhausen (c. 1580-1627) était un écrivain militaire allemand. Il avait prévu de publier un recueil sur l’art militaire en six parties, traitant de l’infanterie, la cavalerie, l’artillerie, les tactiques, les fortifications et les guerres navales. Il mourra avant d’achever son oeuvre.

[5] J. de Billon, seigneur de Prugne. Il entre à l’armée en 1594. Trois ans plus tard, Henri IV le nomme lieutenant du régiment de Chappes, régiment qui prendra le nom de Nerestang à partir de 1631. Ses Principes de l’Art Militaire étaient destinés à tous les jeunes écoliers d’armes du royaume.

[6] Raimondo, comte de Montecuccoli (1609-1680), né à Modène, fut un des grands capitaines du XVIIe siècle. Il sera général des troupes impériales, et adversaire de Turenne entre 1673 et 1675. Il est l’auteur des Memorie della guerra.

[7] Jacques Callot (1592-1635) était un dessinateur et graveur lorrain. On lui doit notamment les Grandes Misères de la guerre, tableaux saisissant de la guerre de Trente Ans.

 

L’armée de Champagne et l’armée d’Allemagne

Armée de Champagne (Enghien et de Guiche) :

Régiments d’infanterie :                                                               Effectif estimé

Enghien                       30 compagnies de 70 hommes             800 hommes

Persan                          30 compagnies de 70 hommes             800 hommes

Conti                             30 compagnies de 70 hommes             800 hommes

Mazarin                        30 compagnies de 70 hommes             800 hommes

Le Havre                       20 compagnies de 70 hommes             800 hommes

Bussy -Lameth             20 compagnies de 70 hommes             800 hommes

Guiche (liégeois*)       20 compagnies de 70 hommes             400 hommes

Desmarets (liégeois*) 10 compagnies de 100 hommes           400 hommes

Fabert                             20 compagnies de 70 hommes             400 hommes

Total estimé                                                                                  6000 hommes

 

Régiments de Cavalerie :

Gardes d’Enghien                                                                       200 chevaux

Gendarmes d’Enghien                          4 compagnies            600 chevaux

Chevau-légers d’Enghien                      1 compagnie              150 chevaux

Gendarmes de la Reine**                     1 compagnie               150 chevaux

Régiment de cavalerie Enghien             6 compagnies (?)    400 chevaux

Régiment de cavalerie Mazarin             6 compagnies (?)    600 chevaux

Régiment de Guiche                             10 compagnies          600 chevaux

Régiment liégeois de L’Eschelle*                                           600 chevaux

Régiment liégeois de Beauveau*                                            600 chevaux

Compagnies franches de chevau-légers                                     ?

Total estimé :                                                                              4000 chevaux

 

* Les fantassins et cavaliers de Marsin n’apparaissent pas distinctement à Fribourg. Il semble que ces hommes, 1200 cavaliers et 800 fantassins, aient formés les régiments de cavalerie L’Eschelle, et Beauveau, et d’infanterie Guiche et Demarets. Mais rien n’est plus sûr, la Gazette de France listant le régiment d’infanterie de Guiche et les régiments de cavalerie de L’Eschelle et de Beauveau parmi ceux envoyés à la rencontre de Marsin, en pays liégeois.

** Lettre de Mazarin au duc d’Enghien, du 11 juin 1644

Artillerie : 2 demi-canons et 15 fauconneaux

Armée d’Allemagne (Turenne et Rosen)

Infanterie :                                                                                   Effectif estimé

Aubeterre                  20 compagnies de 70 hommes             500 hommes

La Couronne             20 compagnies de 70 hommes             500 hommes

Mazarin-italien        12 compagnies de 100 hommes            500 hommes

Montausier               20 compagnies de 70 hommes             500 hommes

Melun                        20 compagnies de 70 hommes             500 hommes

Du Tot                       20 compagnies de 70 hommes             500 hommes

Schmidtberg           5 ou 6 compagnies de 100 hommes      500 hommes (weimariens)

Hattstein                5 ou 6 compagnies de 100 hommes      500 hommes (weimariens)

Bernhold                5 ou 6 compagnies de 100 hommes      500 hommes (weimariens)

Total estimé                                                                           5 000 hommes

 

Le reste de l’infanterie weimarienne est à Brisach, avec d’Erlach

Une source (une version de l’Histoire du vicomte de Turenne de Ramsay), cite le régiment de Mézières, en brigade avec le régiment de Montausier. Ce régiment n’apparait dans aucune source et n’a en réalité jamais existé. Par contre, lors de sa jonction avec Marsin, en pays liégeois, Enghien avait emmené avec lui « 400 hommes commandés des garnisons de Sedan, Mézières et Charleville », d’où la confusion possible. La brigade Montausier était donc uniquement composée des régiments Montausier et La Couronne.

 

Cavalerie :                                                                                       Effectif estimé

Régiment de Turenne                                                               400 chevaux

Régiment de Guébriant                                                            250 chevaux

Régiment de Tracy                                                                    300 chevaux

Régiment Alt-Rosen (weimarien)                                          400 chevaux

Régiment Neu-Rosen (weimarien)                                        350 chevaux

Régiment de Baden (weimarien)                                           400 chevaux

Régiment de Berg (weimarien)                                              350 chevaux

Régiment d’Erlach (weimarien)                                             400 chevaux

Régiment de Fleckenstein (weimarien)                                350 chevaux

Régiment de Kanoffsky (weimarien)                                     350 chevaux

Régiment de Russwurm (weimarien)                                    350 chevaux

Régiment de Scharfenstein (weimarien)                              350 chevaux

Régiment de Taupadel (weimarien)                                      400 chevaux

Régiment de Witgenstein (weimarien)                                 350 chevaux

Total estimé                                                                            5 000 chevaux

Artillerie : 6 demi-canons et 14 fauconneaux

 

Ci-dessus : Cavalerie (et infanterie) weimarienne (Aquarelle de K.A. Wilke)

 

 

 

Stéphane Thion

 

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