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L’armée française en 1648

L’armée française en 1648

 

Voilà une présentation de l’armée française en 1648 selon un document d’époque.

Des Gardes du Roy 1648-1649

Encore que les gardes du Roy soient une dépendance de sa personne royale, elles ne laissent pas d’être employées au service de l’Etat.
Les gardes qui s’approchent le plus près de la personne du Roy sont les gardes écossaises, qu’on appelle gardes de la manche, qui sont sous la charge de monsieur de Chandenier, qui a été pourvu de cette charge depuis la mort du marquis de Gesvres. Sa compagnie est composée de cent archers sous un lieutenant et quatre exempts, qui sont comme les sergents et portent le bâton dans la maison du Roy de ces cent il n’y en a que seize qui portent le hoqueton à la marche, et la hallebarde frangée d ‘or et la lame dorée ; et il y en a toujours deux derrière la chaise du Roy quand il dîne ou qu’il se trouve quelque part en cérémonie. Les mêmes gardes de la même compagnie, aussi bien que ceux des trois autres compagnies commandées par le comte de Tresmes, monsieur de Villequier, gouverneur de Boulogne, et par le comte de Charraut, fils du comte de Béthune, gouverneur de Calais, font garde devant l’antichambre du Roy, les uns avec des hallebardes, les autres avec des carabines. Les capitaines de ces gardes servent, par quartier, et quand ils sont en service ils suivent le Roy immédiatement, quelque part qu’il aille, à table, en carrosse et partout ailleurs ; la nuit ils couchent sous la chambre du Roy et gardent les clefs de la maison sous leur chevet.
Les Cent-Suisses de la garde du Roy font garde dedans la cour, et marchent devant le Roy en allant par la ville ou allant dans la cour de la maison ; ils sont tous habillés des couleurs du Roy, avec des papillotes d’argent.
La charge de grand-prévôt de l’hôtel est très belle et vaut plus de soixante mille livres de rente. Sa juridiction est sur tous les marchands et cabaretiers suivants la cour, qui doivent tous prendre lettres de lui, et faire marquer leurs poids, et mesures par un de ses lieutenants. Cette charge est à présent possédée par le marquis de Seuches.
La première porte du Louvre ou du palais où le Roy loge a ses gardes particulières, qui sont appelées gardes de la porte, et sont tous sous la charge du comte de Nogent. Ils portent le hoqueton des couleurs du Roy, avec des papillotes d’or et une clef en broderie.
Outre ceux-ci, il y en a encore qui, bien qu’ils soient au nombre de deux cens, ne laissent pas d’être appelés les Cent-Gentilshommes, parce que, lors de leur première institution, on n’en fit que cent. Ceux-ci marchent devant le Roy les jours de cérémonie, deux à deux, et le bec de corbin ou faucon à la main.
Les mousquetaires à cheval de la garde du Roy ne font garde que quand le Roy sort ; alors ils marchent à cheval devant toutes les autres gardes, deux à deux. Ils ont tous la casaque bleue avec la croix d’argent ; leur capitaine est monsieur de Treville, que le défunt Roy a avancé à celte charge à cause de son grand courage. Ils sont au nombre de cent trente et ont quarante sols par jour.
Les deux régiments des gardes françaises et suisses font garde hors du Louvre et à toutes les avenues; chacun de ces deux régiments est composé de trente compagnies, qui doivent être de deux cens hommes chacune, quoique les françaises soient le plus souvent bien faibles. Le mestre de camp du régiment des gardes françaises est le maréchal de Grammont, qui a succédé à cette charge à défunt monsieur de Rambures, qui l’avait eue après le comte de Sault, fils du duc de Créquy. Le colonel général des Suisses est monsieur le maréchal de Schomberg, qui a succédé en cette charge à défunt monsieur le maréchal de Bassompierre.
Outre cela, il y a une compagnie de gens-d’armes et une compagnie de chevaux-légers, chacune de deux cents hommes, qui servent par quartier.

Les Armées du Roy 1648-1649

Le connétable (quand il y en a un) est généralissime des armées de France, et a pour lieutenants généraux les maréchaux de France, qui commandent en chef en l’absence du connétable.
Aujourd’hui, et depuis la mort du défunt Roy, monsieur le duc d’Orléans est lieutenant général du Roy mineur par tout le royaume et en toutes ses armées. Il a ci-devant commandé en personne l’armée de Flandres, en l’absence duquel monsieur de Rantzau et defunt monsieur de Gassion ont commandé la même armée en qualité de lieutenants généraux.
L’armée de Flandres a cette année été commandée par monsieur le prince de Condé, qui a eu pour lieutenants généraux le maréchal d’Erlach et monsieur de Villequières, et pour maréchaux de camp monsieur de la Ferté-Imbaut et autres.
L’armée de Catalogne est commandée par monsieur le maréchal de Schomberg, vice-roy de cette province, qui a pour maréchaux de camp monsieur de Saint-Aulnais, le marquis Saint-Maigrin et autres.
L’armée d’Italie a été cette année commandée par le duc de Modène et le prince Thomas, qui avaient pour maréchaux de camp le mareschal du Plessis-Praslin, le marquis Ville, qui a été tué devant Crémone, et marquis de Saint-André et autres.
L’armée d’Allemagne a esté commandée par le maréchal de Turenne ; pour maréchaux de camp il y avait monsieur Taupadel et autres.

Toutes ces armées sont composées de gens-d’armes; chevaux-légers et infanterie.
Le Roy, la Reyne, monsieur le duc d’Anjou, monsieur le duc d’Orléans, tous les princes du sang et les maréchaux de France, ont chacun leurs compagnies de gens-d’armes, qui sont compagnies franches, et dont les lieutenants vont du pair avec tous les capitaines et mestres-de-camp de la cavalerie légère, en sorte qu’un lieutenant de gens-d’armes se trouvant en l’occasion, s’il est plus vieux officier qu’un mestre-de-camp, il le commande. Ces gens-d’armes ont armes complètes et sont payez pour deux chevaux, et partant obligez d’avoir avec eux un homme de service.

Les chevaux-légers n’ont qu’une cuirasse. Ils étaient aussi divisez en compagnies franches, et n’étaient commandées en l’absence du colonel et du mestre-de-camp général que par le plus ancien capitaine ; mais depuis l’an 1636 on les a réduits en des régiments commandés par des mestres-de-camp. Les étrangers qui entrèrent alors au service du Roy furent cause de ce changement. Le colonel général de la cavalerie légère est le comte d’Alets, fils du duc d’Angoulême.

Le Roy tient à ses gages environ deux cens quarante cornettes de cavalerie, distribuées en cinquante-six régiments, outre les étrangers, qui sont au nombre de douze ; le baron de Degenfeld etait colonel de la cavalerie étrangère , mais depuis sa retraite il n’y en a point eu.

Le Roy a deux cens dix régiments d’infanterie, tous sous le commandement du duc d’Espernon, qui en est colonel général ; une bonne partie de ces régiments sont composez de trente compagnies, et chaque compagnie payée à quatre-vingt-dix hommes, excepté celui des gardes, dont les compagnies sont de deux cens hommes ; ce régiment a pour mestre-de-camp monsieur le maréchal de Grammont.

Outre cela le Roy a quelques régiments étrangers à son service, qui sont : Allemands, Ecossais, Irlandais, Italiens. Liégeois et autres, particulièrement des Suisses, dont il y a six à sept mille en France. Leur colonel général était ci-devant monsieur de Bassompierre qui est mort, et maintenant c’est monsieur le maréchal de Schomberg. Il y a aussi un colonel général des Corses, qui est le fils du défunt maréchal d’Ornano, quoiqu’il n’y ait point de Corses au service du Roy.
L’armée navale a été commandée par le duc de Richelieu. fils du baron de Pontcourlay, général des galères depuis la mort du duc de Fronsac, amiral de France. Elle est composée d’environ trente vaisseaux ronds et de vingt-cinq galères.

Pour payer cette soldatesque il y a plusieurs sortes de fonds : l’un pour celle qui est tous jours entretenue et est payée par les trésoriers de l’ordinaire des guerres, et l’autre pour celle qui est payée par les trésoriers de l’extraordinaire des guerres. Les gens-d’armes suisses et régiment des gardes ont chacun leurs trésoriers et payes particulières, qui en ont encore d’autres sous eux, qui payent le rôle que les commissaires et contrôleurs des guerres leur fournissent, signent et vérifient de leurs mains, et selon la revue qu’ils en ont faite. L’armée navale et l’équipement des vaisseaux, tant de ladite armée navale que des frégates garde-côtes, sont payées par les trésoriers de la marine.

Extrait de Estat de la France comme elle estoit gouvernée en l’an 1648 et 1649.
de Séguier, d’Aligre et Barillon

 

Les armées françaises de la guerre de Trente Ans (1610-1648)

Les armées françaises de la guerre de Trente Ans (1610-1648)

 

Henri IV, père de Louis XIII, avait utilisé toute son énergie à rétablir la paix à l’intérieur et à l’extérieur du royaume. Les conséquences s’en feront lourdement sentir : en 1600, la France est ruinée. Mais l’énergie conjuguée du Roi et de Sully, son surintendant des finances, va relever le pays. Depuis 1599, l’Europe est en paix, à l’exception de la guerre entre les Provinces-Unies et l’Espagne, mais celle-ci est fragile. En Allemagne et en France, l’équilibre entre catholiques et protestants est précaire. Alors que les Habsbourg règnent de Madrid à Vienne, les principautés protestantes tissent un réseau d’alliance, recherchant le soutien de la Hollande, de l’Angleterre ou de la France d’Henri IV.

C’est durant la première décennie du XVIIe siècle qu’entre en scène un jeune évêque, Armand-Jean du Plessis de Richelieu. Il a 25 ans en 1610, lorsque Henri IV est assassiné. C’est Concini, favori de Marie de Médicis qui le fait entrer au conseil du Roi, en 1616, comme ministre chargé des affaires étrangères. Luynes succède à Concini, assassiné le 24 avril 1617. À la mort de ce favori, le 15 décembre 1621, les entreprises espagnoles aux Provinces-Unies et l’occupation du Palatinat par les Impériaux en 1622 vont marquer le retour à une politique anti-Habsbourg de la France. Car Richelieu, voulant préserver les frontières du pays, va se révéler un ennemi implacable de l’Espagne et de l’Empire.

La bataille de Lützen, le 16 novembre 1632, voit la victoire de Gustave Adolphe sur le généralissime impérial. Cette seconde victoire sera chèrement payée puisque le « lion du nord » y trouve la mort. Poussés par la France et le chancelier suédois Oxenstierna, les généraux suédois Baner, Horn, Torstensson et l’allemand Bernard de Saxe Weimar continuent la guerre, malgré la lassitude des populations. Mais la défaite des Suédois à Nördlingen (1634) va redistribuer les cartes. Le 30 mai 1635, l’Empereur et l’Electeur de Saxe signent un traité de paix avec l’Empereur Ferdinand II  qui sera bientôt étendu à tous les princes allemands qui le souhaitent. La coalition montée par la Suède de Gustave Adolphe et la France de Richelieu mise à mal, l’Allemagne est maintenant sur le point de retrouver la paix, même si de nombreux princes protestants et villes libres d’Empire y restent hostiles. Mais le chancelier Oxenstierra n’a pas intérêt à une paix en Allemagne : son objectif est de prendre le contrôle de la côte continentale de la Baltique en instaurant un protectorat sur les états protestants d’Allemagne du nord. Le cardinal Richelieu, craignant que l’Espagne de Philippe IV puisse utiliser les troupes impériales ainsi libérées par la fin du conflit pour menacer les intérêts français, n’a pas plus d’intérêt à une fin des hostilités.

La situation est pourtant plus compliquée qu’elle n’y parait. L’Alsace était occupée depuis août 1632 par les suédois de Horn. Les cités Alsaciennes, lasses des déprédations, demandent alors l’aide de Louis XIII. Une convention négociée le 9 octobre 1634 entre Français et Suédois, suivie par un traité, autorise la France à occuper la région. Alors que les maréchaux Brézé et de La Force y affrontent les Impériaux, le Prince Thomas de Savoie, à la tête d’une armée espagnole, envahit l’Electorat de Trèves en mars 1635, faisant prisonnier l’Archevêque Electeur, protégé de Louis XIII. Les dés sont jetés. Le 8 février 1635, Richelieu, sentant la guerre inévitable, avait renforcé son alliance avec les Provinces Unies et avec la Suède. Le 19 mai, il déclare la guerre à l’Espagne. Cette entrée en guerre est suivie d’une première victoire française à Avins, en Wallonie, le lendemain même.

L’infanterie française avant 1635

A la mort d’Henri IV, la France est une des rares nations d’Europe à disposer d’une armée permanente. En 1613, l’infanterie française se constitue ainsi de cinq vieux régiments de 20 compagnies (Gardes Françaises, Picardie, Piémont, Champagne, Navarre) – Normandie ne sera créé qu’en 1616 – et deux petits-vieux, Bourg et Chappes (ancien Nerestang), de 10 compagnies chacun, le tout faisant 15 000 hommes.

De 1600 à 1615, les compagnies d’infanterie comptent, en temps de guerre, une centaine d’hommes, et la moitié en temps de paix. Les Gardes-françaises ont des compagnies plus importantes. Ses 20 compagnies sont à 300 hommes chacune en 1600, puis 120 hommes en 1606. Elles seront à 200 hommes en 1614 et enfin à 300 hommes en 1629. Les autres vieux corps sont à 20 compagnies de 100 hommes, ou 50 hommes les années de paix. En 1613, le régiment Bourg de l’Espinasse, envoyé pour secourir le duc de Mantoue contre le duc de Savoie, a ordre lui ai fait de faire recrue pour passer à 200 hommes par compagnie. L’effectif des compagnies des régiments étrangers au service de la France diffère notablement, 300 hommes pour les compagnies suisses et 200 hommes pour les compagnies liégeoises ou irlandaises. En pratique, les régiments français, autres que les vieux corps, dépasseront rarement 1 000 hommes, en dix compagnies de 100 hommes. Ainsi, des 14 régiments à la disposition de Lesdiguières, en Savoie, seulement deux ont 10 compagnies, les autres en ayant de 2 à 9.

Les troubles religieux reprennent en 1615. Les vieilles bandes qui forment les garnisons sont alors enrégimentées et des commissions sont données pour lever de nouveaux régiments. Mais pour différencier anciens et nouveaux régiments, le colonel général de l’infanterie ne possédera une compagnie colonelle, celle au drapeau blanc, que dans les anciens régiments. Début 1616, la régente à 16 régiments d’infanterie à son service, dont 3 étrangers : les Gardes françaises et Gardes suisses, les 4 vieux corps (Picardie, Piémont, Navarre et Champagne), les 5 petits-vieux (Nerestang, Rambures, Portes, Vaubecourt et Sault), Boniface, Ancre, Chastellier-Barlot, Ornano-Corse et Nesmond-Lorrain. Les Gardes-Suisses ont aussi été rétablis et resteront entretenues. En 1622, pour la campagne de Languedoc contre les rebelles protestants, les compagnies des petits vieux sont à 100 hommes, dont 36 piquiers. Mais  l’ordonnance royale du 14 août 1623 augmente dorénavant les compagnies des vieux régiments à 200 hommes. Ce sera le cas pour les régiments de Normandie, de Vaubecourt et de Coeuvres qui sont envoyés en Valteline.

Une compagnie d’infanterie française comprend vers 1600-1610, un capitaine, un commissaire, un lieutenant, un enseigne, deux sergents, des caporaux, ou cap d’escadre, des lanspessades et appointés pour soulager le camp d’escadre, et des soldats. Le caporal doit avoir un rôle (ou liste d’enrôlement) de ses soldats et il doit leur répartir les vivres, les balles, la mèche et la poudre. Le sergent doit savoir écrire, lire et compter, pour tenir compte de ses soldats, combien de piquiers & combien de mousquetaires, & mettre au premier rang les mieux armés, & les plus courageux. Au sein de sa compagnie, il doit faire observer la discipline aux soldats et les instruire à se tenir en rang et en file. C’est lui qui distribue la mèche & la poudre aux caporaux et qui pose postes de gardes et sentinelles. L’enseigne porte le drapeau de la compagnie partout où est son capitaine et il commande la compagnie en l’absence des deux autres officiers. Le lieutenant commande la compagnie en l’absence du capitaine. On trouve aussi, dans chaque compagnie, un ou deux tambours, un fourrier et un barbier, qui fait office de chirurgien.

L’état-major de chaque régiment compte un prévôt, un maréchal des logis et un sergent major. C’est ce dernier qui organise la marche du régiment, l’informe de sa place au sein du dispositif (à l’avant-garde, à la bataille ou à l’arrière-garde). C’est à lui que revient la tâche délicate d’ordonner le bataillon : former un bataillon parfait, est une préoccupation majeure des officiers du parti catholique. Et s’il se trouve des sergents majors qui ignorent la mathématique bien qu’elle leur soit du tout nécessaire – de nombreux traités possèdent des tables de racines carrées toutes prêtes ! Le sergent major doit aussi être équipé d’un bâton de trois pied qui lui permettra de former un bataillon carré de piques, pour lequel chaque soldat doit occuper un espace de trois pied par trois pieds.

Quant à l’apparence d’un régiment, voilà ce que nous dit Souvigny, de son régiment : Environ la fin de juin de l’année 1613, ledit régiment de Bourg (de l’Espinasse) partit de Sainte-Colombe en fort bon état : les mousquetaires armés de beaux mousquets avec des bandoulières de velours, moitié couvertes de clinquants ; les piquiers, de piques de Biscaye, fer doré et le bout de bâton, avec des corselets de Milan, bourguignotte, hausse-col, tassette et brassal. L’infanterie n’est pas encore, à cette époque, habillée d’uniformes. Mai en 1627, Louis XIII demandera à plusieurs villes de lui fournir une grande quantité d’habits complets pour vêtir tous les soldats de son armée. L’armée reçoit ainsi, le 11 janvier 1628, 5 329 habits et 5 198 paires de souliers envoyés par l’un des échevins de Paris dont 2 400 habits de bure grise (une étoffe grossière et de peu de prix, faite de laine), et 100 autres de serge (la serge est une étoffe de laine légère) rouge cramoisi. Déjà, le 27 octobre 1627, Louis XIII avait frappé les parisiens d’une réquisition d’habits pour les Gardes françaises. Ces habits consistent alors en un pourpoint, jupe à longues basques, haut & bas-de-chausses, de bure minime, teinte en laine. Les moines de l’ordre des Minimes portaient une bure de couleur noire mais l’habit est ici teint en laine donc probablement de couleur écru ou gris. Début décembre 1629, le cardinal de Richelieu aura soin de faire partir avec lui, en Italie, 20 000 habits que le roy a ordonné de faire faire pour vêtir les soldats de son armée cet hiver.

L’infanterie française à partir de 1635

En 1635, un régiment d’infanterie française nouvellement levé compte 10 à 12 compagnies de 120 hommes,  parfois 200 hommes pour quelques régiments étrangers. Les vieux corps, régiments permanents sont à 20 compagnies, voire 30 compagnies pour les Gardes françaises. Au sein de la compagnie, les hommes sont 60% de mousquets et 40% de piques. Ainsi, le 16 février 1635, une capitulation, équivalent aux commissions données pour la levée des régiments français, est signée avec le colonel Batilly pour la levée d’un régiment allemand à 8 enseignes, qu’il sera par la suite possible d’augmenter à 10 compagnies, de 100 hommes chacune. L’État-Major devra être composé d’un Colonel, d’un Lieutenant Colonel, d’un Commissaire, d’un Sergent-Major, d’un Adjudant ou Aide-Major, d’un Maréchal des Logis, d’un Secrétaire du régiment, d’un Aumônier, d’un Prévôt, d’un Chirurgien et d’un Tambour Major. Chaque compagnie devra compter un capitaine, un lieutenant, un enseigne, deux sergents, un capitaine d’armes, un caporal des appointés, un secrétaire, un fourrier, un chirurgien, un tambour et 89 hommes dont il y aura 3 caporaux, 3 anspessades, 36 piquiers armés de corselets, et 43 mousquetaires. L’ordonnance du 14 juillet 1636 oblige les gens de guerre à prendre leurs armes allants au combat savoir pour l’infanterie le corset. Ce n’est qu’à partir de 1642 que les ordonnances préciseront que les capitaines d’infanterie seront obligés d’avoir les deux tiers de leurs soldats armés de mousquets & le tiers de piques. Les piquiers, tout au moins ceux des vieux corps, garderont leurs cuirasses avec tassettes jusque vers 1641. C’est en tous cas ce que rapporte Puysegur dans ses Mémoires : En l’année 1636, l’armée du Roy venant de Hollande, débarqua à Calais dans le mois de mai. On la fit marcher dans des quartiers de rafraîchissement. Le régiment de Piémont qui était beau & fort, eut les deux Andilly dans la Généralité de Rouen, & était payé par les Èlections. Il n’y en avait point de compagnie au-dessous de 90 hommes, & j’en avais 130 dans la mienne. Ils étaient armés de bons mousquets & bandoulières de Hollande, les piquiers avaient des corselets de même que les Gardes, & dans tout le régiment, aussi bien que dans les autres vieux corps, on en a porté jusqu’après la bataille de Sedan. Mais dès juin 1639, le maréchal de Châtillon note que pour l’infanterie, il y a d’assez bons hommes, mais mal armés : car excepté le régiment des Gardes, tous les piquiers sont sans corselet. Par contre, les mousquetaires sont bien armés, ils ont de bons mousquets & de bonnes bandoulières.

L’équipement de cette infanterie s’use rapidement et Richelieu devra continuellement veiller à son remplacement. Nos Français sont tous nuds, il y a un an qu’ils roulent ; ils ne peuvent (vu leur nécessité) s’habiller, écrit le duc de Rohan à Servien, en octobre 1635. Si on les veut conserver, il faudrait envoyer quatre mille paires d’habits pour habiller les plus mal vêtus. Servien lui répond alors qu’il a donné ordre de délivrer à Lyon tous les habits qui y sont, pour être distribués dans votre armée. Cette pratique semble être courante. Ainsi, en 1644, alors qu’il prenait en charge le commandement de  l’armée d’Allemagne, le vicomte de Turenne fit remonter à ses dépends 5 000 cavaliers & habiller 4 000 fantassins (Histoire du Vicomte de Turenne par Ramsay).

En 1635, Louis XIII et Richelieu ont 118 régiments d’infanterie à leur service, dont 16 étrangers, pour un effectif supposé de 156 000 hommes. Mais Richelieu doute de ce chiffre lorsqu’il écrit à son intendant Servien, le 23 mars 1635 : Quand je considère les troupes que le Roy doit avoir sur le papier j’en trouve plus qu’il ne faut pour composer les armées qu’il fait état de mettre en campagne dans un mois ; mais tant plus je pense à ce qu’il a d’effectif, et ce qu’il  aura sur pied dans un mois, je ne vois point comme de tout cela on peut composer 25 000 hommes pour l’Allemagne, 25 000 pour la Flandre, 6 000 auprès du Roy, 10 000 pour la Lorraine, 8 000 pour la Valteline et 12 000 pour l’Italie. D’ailleurs, il écrit un mois plus tard à ce même Servien que le régiment de La Bloquerie, qui devait avoir 2 400 hommes, n’en ayant que 700, il ne faut plus faire état, à mon avis, de compter les compagnies qu’à 100 hommes chacune, tant parce que nous ne le donnons que pour cela, que par ce aussi je ne crois pas qu’il en puisse avoir davantage. Dans ses hypothèses, Richelieu ne compte donc pas systématiquement les compagnies au chiffre théorique de 120 hommes par compagnie, comme il le fait en janvier 1636 : 86 compagnies faisant 80 hommes à quoi je les réduis, y compris les 10 pour 100, 6 880 hommes. Mais il s’efforcera, entre deux campagnes, à porter ces compagnies à 100 hommes. Dans les années 1640, l’effectif théorique de la compagnie passera à des chiffres compris entre 50 et 70 hommes, selon l’année.

À côté des six prestigieux vieux corps que sont les Gardes françaises, Piémont, Picardie, Champagne, Navarre, Normandie puis, à partir de 1636, La Marine, sept régiments permanents appelés petits vieux, bénéficient aussi du drapeau blanc de la compagnie colonelle : Rambure, Maugiron, Nerestang, Sault, Vaubecourt, Chamblay et Bellenave. Les régiments à drapeau blanc sont alors tenus de compter 20 compagnies. Mais le Roi propose par ailleurs, le 11 juillet 1636, que l’on donne le drapeau blanc à tous les régiments qui ont 20 compagnies, augmentant de ce fait le nombre des régiments permanents. Ce sera par exemple le cas du régiment Hebron, régiment écossais ayant combattu sous Gustave Adolphe. Quelques mois plutôt (décembre 1635), Louis XIII avait souhaité que cinq des vieux régiments soient transformés en régiments de provinces : Nettancourt, Turenne, Rebé, Tonneins et Castelmoron deviennent les régiments des Trois-Évêchés, de Quercy, de Foix, de Vivarais et d’Armagnac. Puis, en janvier 1636, le Cardinal demande la création des régiments de Guyenne, de Béarn, de Bourbonnais, de Poitou, de Beauce, de Bourgogne, du Maine, et de Berry à partir de ceux de la Valette, Toulonjon, La Baume, Chastelier-Barlot, Aluye, Chalancé, Lavardin et Courtenay, ainsi que celui de Bretagne. Puis les régiments de Maugiron, de Chamblay, d’Alincourt, de Montausier et de Saint-Ossange sont transformés en régiments d’Auvergne, de Lorraine, de Lyonnais, d’Angoumois et de Touraine. Enfin, le 10 juillet 1636, le duc d’Halluin reçoit commission pour lever le régiment de Languedoc et, le 27 novembre de cette même année, Richelieu demande à la Valette de lever le régiment de Guyenne.

Lorsque Louis XIII disparaît, le 14 mai 1643, l’infanterie française compte 166 régiments dont 25 étrangers pour un total de 192 860 hommes, hors garnisons : les Gardes françaises sont à 30 compagnies de 200 hommes, 16 vieux régiments sont à 30 compagnies de 50 hommes, et 106 régiments sont à 20 compagnies de 50 hommes. Mais on compte aussi un régiment à 18 compagnies de 50 hommes, un régiment à 15 compagnies et 6 régiments à 12 compagnies de 80 hommes, 10 régiments à 10 compagnies de 80 hommes. L’infanterie étrangère comprend 7 régiments suisses en 83 compagnies de 200 hommes, 4 régiments irlandais en 50 compagnies de 100 hommes, 4 régiments écossais en 62 compagnies de 100 hommes, 8 régiments allemands en 107 compagnies de 100 hommes, un régiment liégeois à 20 compagnies de 100 hommes, et un régiment italien à 10 compagnies de 50 hommes. Sur le champ de bataille, chaque régiment à 30 compagnies forme 2 bataillons de 8 à 900 hommes et chaque régiment de 20 compagnies forme un bataillon de 1 000 à 1 200 hommes. Les régiments de 10 et 12 compagnies sont réunis ensemble pour former un bataillon.

Au début des années 1630, selon le duc de Rohan, les bataillons sont sur 10 rangs de profondeur et les escadrons sur 5 de profondeur. Selon Gamaliel de la Tour, qui écrit à la même époque, le bataillon ordinaire doit être sur 10 ou 12 rangs, les demi-files en auront 5 ou 6. Les bataillons ne doivent plus surpasser 400 ou 600 hommes, et rarement viennent jusqu’à 800 ou 1 000 hommes. Chaque homme tient environ 2 pieds de front en largeur et un pied et demi d’épaisseur. En réalité, en 1635, le bataillon français ne se déploie plus que sur 8 rangs, et ce probablement depuis 1632 ou 1633. En 1638, Louis XIII demandera à son régiment des Gardes, dans un règlement du mois d’avril, que les bataillons se forment sur 6 ou 8 de hauteur, car s’ils sont davantage, il y a la moitié des hommes inutiles, et le roi affectionne le plus la hauteur de 6. La Vallière, qui écrit vers 1644-45, prescrit des bataillons de 1 000 hommes à 6 de hauteur pour toute l’infanterie, mais les vieux corps avaient suivis les pratiques des Gardes françaises bien avant, tout au moins lorsque l’effectif du bataillon était réduit à moins de 1 000 hommes. C’est ce que témoigne Henri Campion, évoquant des files de 6 hommes au régiment de Normandie, lors de cette terrible attaque des lignes espagnoles, en 1639, du côté de Salces : Notre bataillon était de huit cents bons soldats et de trente-cinq officiers, desquels on commanda les deux capitaines, lieutenants et enseignes de tour pour la garde de fatigue de se tenir à la queue de la troupe pour empêcher que nul soldat se débandât. L’on détacha deux capitaines, deux lieutenants et deux enseignes, pour donner à notre gauche et à notre droite un peu avant nous, avec chacun cent hommes. En cet ordre nous descendîmes la montagne, et les autres régiments à peu-près de même. (…) Sitôt que nous fûmes au bas de la montagne, les Espagnols commencèrent à tirer et nous à marcher droit à eux, dans un terrain uni comme une salle. Ils nous tuèrent quelques soldats pendant cette marche, que nous exécutâmes, ainsi que le virent et le dirent après le Prince et toute l’armée, avec le même calme que s’il eût été question de faire l’exercice, observant les distances des rangs des files, enfin d’une manière qui marquait la résolution de tout le corps, quoiqu’il tombât toujours du monde. Quand nous fûmes au milieu de la plaine, quasi à la portée du pistolet, les ennemis tirèrent tous leurs canons chargés à balles, et firent en même temps une salve du premier rang de leurs mousquetaires. Un de leurs boulets donna dans le milieu de notre bataillon, et le coup, joint aux mousquetades, nous emporta six files ou trente-six hommes. Les autres régiments reçurent aussi un grand échec, et prirent tellement l’épouvante, qu’ils firent demi-tour à droite, et regagnèrent la montagne, malgré les efforts des officiers, dont la plupart de ceux qui combattaient près de notre régiment se vinrent mettre avec nous.

De 1629 à 1645, les ordonnances s’enchaînent pour réglementer le comportement des gens de guerre. Il y eut le code Michau de 1629, très complet mais qui ne suffira pas. Le règlement du cardinal de la Valette, datant d’avril 1638, codifie pour sa part les intervalles entre bataillons et escadrons lorsqu’ils marchent, ainsi que la place des officiers. Il précise aussi la taille des camps, chaque compagnie devant occuper une rangée de huttes et sera séparée par une rue de la compagnie voisine, ou encore que chaque régiment doit avoir son bagage réuni et indiqué par une banderole à sa couleur. Une ordonnance de mai 1639 ordonne que les capitaines d’infanterie qui n’ont amené à l’armée que des compagnies de trente hommes seront cassés à la tête de leur régiment, dégradés des armes et poursuivis en restitution des sommes qu’ils ont reçues pour faire les recrues. Les capitaines qui n’ont amené que des compagnies de quarante hommes devront compléter à leurs dépens leur compagnie pour la campagne prochaine. Chaque année, une ordonnance publiée au mois d’octobre ou de novembre précise les dispositions des quartiers d’hivers, comme celle du 24 novembre 1639 qui précise que les officiers et soldats seront logés avec place au feu et à la chandelle. Celle du 18 octobre 1640 demande que les régiments de 20 compagnies seront payés, pendant l’hiver, sur le pied de 600 hommes et que les anciens régiments, qui ont plus de 20 compagnies, seront payés pour tous leurs soldats effectifs. Cette ordonnance prescrit par ailleurs une augmentation de l’effectif de l’infanterie, pour la campagne de 1641 en portant toutes compagnies de 50 à 60 hommes.  Au mois d’octobre 1641 apparaît un nouveau règlement sur les étapes : On cherchera dans chaque localité dix ou douze granges, halles ou autres lieux couverts pouvant loger un régiment de 1 000 hommes. Il faudra que l’on puisse y faire du feu, et l’entrepreneur fournira deux fagots et six bûches par feu, du 1er novembre au 1er avril. On fournira la paille pour coucher les soldats qui ne pourront loger ailleurs qu’aux halles et bâtiments où il seront distribués compagnie par compagnie. (…) L’entrepreneur fournira la viande cuite. Le vin sera mis dans des seaux. Il donnera par quatre soldats une écuelle en bois pour manger et un pot en bois pour boire. Cette ordonnance sera bien sûr suivie par une sur les quartiers d’hivers. Celle d’octobre 1642 ordonne que les compagnies complètes des régiments d’infanterie seront payées à la première montre sur le pied de 56 hommes chacune, et que les capitaines d’infanterie seront obligés d’avoir les deux tiers de leurs soldats armés de mousquets & le tiers de piques.

Le 15 janvier 1643, le roi écrit à Le Tellier, alors intendant de l’armée d’Italie : Ayant considéré que la plupart des régiments d’infanterie que j’ai mis à 30 compagnies ne sont guère plus forts qu’ils n’étaient quand ils en avaient moins, j’ai décidé de les réduire à 20 compagnies, sauf les vieux corps, les petits vieux et ceux considérés comme tels. Dans chaque régiment, on ne conservera que les 20 compagnies les plus fortes et on y incorporera les soldats des compagnies supprimées. Comme je trouve que les enseignes sont inutiles dans l’infanterie, je ne conserve par régiment que deux enseignes, un à la compagnie mestre de camp, et un à celle du premier capitaine. On licenciera de suite les enseignes des régiments de 20 compagnies. Dans les vieux régiments qui restent à 30 compagnies, les enseignes qui existent seront conservés, mais on ne remplira pas les vacantes jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus que deux par régiment. L’ordonnance du 18 octobre 1643, sur les quartiers d’hiver, prescrit de licencier les compagnies ayant moins de 20 hommes à la fin de la campagne et que les compagnies complètes seront de 70 hommes chacune, l’infanterie étant armée pour les deux tiers de mousquets & le tiers de piques. Puis celle du 10 novembre 1644 ordonne que les compagnies soient payées pendant l’hiver à 30 hommes, alors qu’elles seront à 60 hommes en campagne. L’ordonnance du 6 avril 1645 évoque une gratification de 300 livres au capitaine qui aurait une compagnie de 60 hommes, y compris les officiers, et 600 livres à celui qui aurait 70 hommes. Les capitaines qui ne présenteraient que les 30 hommes entretenus durant l’hiver devaient être cassés, leurs soldats répartis entre les autres compagnies du régiment. Les ordonnances de novembre 1645 et 1646 ne modifient pas les précédentes sur les quartiers d’hiver, et laissent la compagnie à 60 hommes. Enfin de nombreuses ordonnances, comme celle du 20 janvier 1641, rappellent et ordonnent que les appointements des officiers majors des régiments tant de cavalerie que d’infanterie français & étrangers ne seront payés tant aux monstres qu’aux prêts, qu’à proportion de la force desdits régiments, & des compagnies dont ils seront composés.

Ci-dessus : Étendards et infanterie française (Aquarelles de K.A Wilke)

 

La cavalerie

Il existe encore, en France, comme en Espagne ou en Savoie, des compagnies de gendarmes. Mais il ne s’agit plus des anciennes compagnies d’ordonnance, qui disparaissent dans les années 1590. Au début du XVIIe siècle, selon Du Praissac, les compagnies de gendarmes ou d’hommes d’armes, sont divisées en compagnies de cent hommes d’armes, au moins celles du Roy, des Princes, du Connétable & des Maréchaux de France. Louis de Montgommery nous décrit des compagnies de gendarmerie plus fortes sous Henri IV (vers 1603) : nous laisserons les compagnies de gendarmes complètes de 200 maîtres pour les princes, officiers de la couronne et gouverneurs de provinces ; et les autres de 100 pour les seigneurs, et ceux auxquels il plaira au roi d’entretenir, effectif confirmé par l’ordonnance du 29 avril 1611.

Les chevaux légers sont plus légèrement armés que les gendarmes : une cuirasse, un pistolet à l’arçon et leur casque ou chapeau. Avant 1635, la seule unité permanente, en France, reste la compagnie franche d’une centaine de chevaux. En 1621, les troupes de carabins sont séparées des compagnies de chevaux légers, et forment un corps particulier sous un mestre de camp des carabins, Arnaud de Corbeville.

En 1634, alors que Louis XIII et le cardinal-duc de Richelieu préparent leur entrée en guerre, celui-ci ne cache pas son admiration pour la cavalerie étrangère : J’ai pensé cette nuit qu’il valait mieux lever de la cavalerie étrangère que française, parce que, bien que la dernière soit plus excellente pour les combats, elle est moins bonne pour les fatigues, qui est ce dont on a à faire. Cette cavalerie, principalement allemande et liégeoise, est équipée plus légèrement que nos chevaux légers, à tel point que le Roi les assimile à des carabins.  Jusqu’en 1636, les carabins seront la véritable cavalerie légère de Louis XIII, équipée uniquement d’une cuirasse et d’une bourguignotte, comme le répond Louis XIII au sieur de Ferron qui en veut lever un régiment de 500 chevaux : il faut des carabins bien montés avec cuirasses. En plus des compagnies de carabins, il existe alors quelques compagnies de mousquetaires à cheval. La première – la plus célèbre puisqu’il s’agit des mousquetaires du Roi – est apparue en 1622, après la prise de Montpellier. Mais en mars 1635, dans un de ses mémoires au Roi, Richelieu se prononce contre la levée de nouvelles compagnies de ces mousquetaires montés, craignant que cela porte préjudice à l’infanterie, dont on a besoin. En pratique, rien ne distingue le mousquetaire à cheval du dragon et le cardinal Richelieu changera d’avis lorsque le Roi lui donnera, en mai 1635, commission de lever son propre régiment de mousquetaires à cheval, dits dragons. Six régiments de dragons seront ensuite levés à partir de compagnies de carabins que le Cardinal fait dissoudre : Cardinal-duc, Alègre, Bruslon, Bernieult, Mahé et Saint-Rémy, régiments qui seront prêt le 30 juillet.

Il faudra attendre la fin de l’été 1635 pour que l’on voit la cavalerie française, c’est à dire les chevau-légers qui forment le corps de cette cavalerie, réellement alléger son équipement, comme nous le montre cette lettre du 11 août 1635, de Richelieu au cardinal de la Valette : nous levons 20 régiments & 4 000 chevaux, comme je vous ai mandé, & outre cela nous allons maintenant faire 2 000 chevaux de la nouvelle cavalerie, dont vous m’avez écrit, qui n’aura que la cuirasse, une bourguignotte qui couvre les joues, & une barre sur le nez, une carabine & un pistolet. Louis XIII et Richelieu donneront alors le nom de hongroise à ce type de cavalerie. Car jusqu’en 1636, la majorité de la cavalerie française est composée de chevaux légers qui sont, comme l’écrit Puysegur dans ses mémoires, tous gens bien armés de bonnes cuirasses, de bonnes tassettes, & le casque en tête. Dès 1636, les cavaliers semblent ne plus vouloir porter la cuirasse. L’ordonnance du 14 juillet 1636 insiste donc pour que les gens de cheval aient la cuirasse pour le moins. Et cette habitude va se poursuivre puisque l’ordonnance du 27 mars 1639, enjoint à tous mestres de camp, colonels, & capitaines de cavalerie, tant française qu’étrangère, de faire armer leurs cavaliers de la cuirasse devant et derrière, du pot, de deux pistolets, et de l’épée. Quant à la tenue, seuls les Gardes, tels que les mousquetaires du Roi ou les Gardes du Cardinal, portaient un semblant d’uniforme, sous la forme d’une casaque.  En voici un exemple, évoqué par Henri Campion dans ces mémoires : en 1635, le Maréchal (de la Force) reçut un renfort de quinze cents gentilshommes de Normandie bien montés et fort dorés, de deux mille dragons, tous vêtus de casaques aux couleurs du cardinal de Richelieu.

La cavalerie française ne sera formée en esquadres qu’en juillet 1635. Toute la cavalerie se forme jusqu’alors en compagnies. Mais, face à la résistance de la noblesse, le cardinal de Richelieu doit abandonner son concept d’esquadre dès 1636. Il n’abandonne cependant pas son idée et ordonne, en janvier 1638, la formation de 36 régiments de cavalerie française. Ces régiments sont tous à 9 compagnies, 8 de chevau-légers et une de mousquetaires. S’ajoutent à ce total 25 régiments étrangers, dont 10 régiments weimariens à 8 compagnies. Comme pour l’infanterie, le nombre de régiments de cavalerie augmentera d’année en année. Il reste quelques compagnies dites franches, aux côtés de ces régiments : il s’agit des compagnies de gendarmes et de gardes des maréchaux. La Maison du roi en compte quatre : les compagnies des gardes du corps, des gendarmes de la garde, des chevau-légers de la garde et des mousquetaires du roi.

Les compagnies de carabins sont théoriquement, en 1635, de 80 maîtres, celles de chevaux légers de 90, celles de gendarmes de 100 maîtres et 200 pour les compagnies du roi et des princes. Comme pour l’infanterie, l’effectif théorique des compagnies diminuera avec les années. En 1642, une nouvelle ordonnance rappelle que les capitaines de cavalerie seront obligés d’avoir leurs soldats armés chacun d’une cuirasse, d’un pot, & deux pistolets, le tout en bon état, et que les compagnies de gendarmes & chevaux-légers seront payées à la première montre sur le pied de 60 hommes chacune, & celles de carabins pour 50 chacune, le tout officiers compris. Puis l’ordonnance du 20 décembre 1643 prescrit des compagnies à 70 hommes et que chaque cavalier soit armé du pot, de la cuirasse devant & derrière & de deux pistolets. (…) Chaque compagnie de cavalerie qui aura moins de 30 hommes ne pourra avoir de cornette.

Selon Gamaliel de la Tour (1634), chaque cornette de cavalerie se dispose sur 5 rangs et les escadrons sont de 200, 300 ou 400 chevaux au plus haut, lesquels coutumièrement doivent être quadruples de front, comme de 20 à 5 pour être presque carrés de terrain. Dix ans plus tard, La Vallière prescrit des escadrons de 120 chevaux, 40 de front sur 3 de hauteur. Puysegur confirme que les escadrons se déploient alors sur 3 de hauteur. Héritière des « meuniers » huguenots, La cavalerie française semble avoir abandonnée relativement tôt le combat à la caracole. Ainsi à Leucate, en 1637, le duc d’Halluin suivi de Boissac & de Sainte-Croix donna sur cette cavalerie avec tant de vigueur qu’il la renversa & la contraignit de se retirer en désordre au galop. La cavalerie de l’armée d’Allemagne, sous Guébriant puis Turenne, privilégiera aussi clairement le choc à la caracole, suivant l’exemple des régiments de Saxe-Weimar. Face à des escadrons tenant fermes, la majorité des escadrons privilégie donc le choc à l’épée précédé une salve des pistolets, comme en témoigne cet exemple lors de la bataille de Lens, le 20 août 1648 : « Le prince de Salm s’avance au trot, avec sa première ligne de Wallons et de Lorrains contre celle de Condé, qui marche au pas pour le recevoir. Les deux lignes se joignent tête contre tête de cheval, bouche contre bouche de pistolet, et demeurent en cette posture assez longtemps, attendant, sans branler des deux côtés, qui tirerait le premier. Les ennemis plus impatients commencent la décharge ; on dirait que l’Enfer s’ouvre ! Tous nos officiers du premier rang sont tués, blessés ou démontés. Condé donne alors le signal du feu puis, l’épée haute, à la tête du régiment de Gassion, il enfonce l’escadron qui lui est opposé. Ses six autres escadrons le suivent et, à son exemple, chargent si rudement la première ligne ennemie qu’ils la renversent. »

Ci-dessus : Etat-Major et cavalerie française ; ci-dessous : Artillerie (Aquarelles de K.A Wilke)

Stéphane Thion

Armée du Maréchal de Châtillon, 1639-1641

Armée du Maréchal de Châtillon, 1639-1641

 

Le maréchal de Châtillon ne fut pas un grand général. Mais, selon Tallemant des Réaux, le cardinal de Richelieu lui a donné de l’emploi faute d’autre, car je ne crois pas qu’il trouvât trop bon que le maréchal fût le seul qui ne l’appelât que Monsieur, et il n’était pas persuadé qu’il fût à lui. Ainsi, Châtillon fut nommé à la tête de l’armée de Picardie avant de prendre l’armée de Champagne.

 

L’armée de Picardie en mai et juin 1639

Voici deux états de l’armée de Picardie du maréchal de Châtillon, en mai et juin 1639. Le second est tout particulièrement intéressant puisqu’il éclaire sur l’état d’équipement des compagnies de cavalerie (armées du pot et de la cuirasse ou non armées).
État de l’Armée du Roy commandée par Monsieur le Maréchal de Châtillon, du vingt-septième May mil six cent trente neuf.
INFANTERIE
 – Gardes, 10 compagnies.
 – Maréchal de Brezé, 20 compagnies.
 – Genlis.
 – Roncheroles.
 – La Saludie.
 – Verveins.
 – Mignieux.
 – Le Vidame.
 – Aubeterre.
 – Biscaras.
 – Longueval.
CAVALERIE
– Gendarmes de Monsieur.
– Gendarmes de Guiche.
 – Régiment de chevaux-légers du Comte d’Alais (11 compagnies). Compagnies Colonelle, Lauriere, Saint-Germain Beaupré, La Force, Angoulême, Francieres, La Pierre, La Courbe, Châtillon, Vieupont, Naucourt (Mousquetaires).
 – Régiment de chevaux-légers de Guiche (9 compagnies) : Compagnies de Guiche, Saint-Megrin, Hailly, Roquelaure, Linville, Ayen, Dorthe, Recy (Mousquetaires), Beaufort (Mousquetaires).
 – Régiment de chevaux-légers de la Ferté-Imbaut (8 compagnies) : Compagnies Ferté-Imbaut, Marainville, La Sale, Mosny, Choiseul, De Fontaine, Du Flos (Mousquetaires), Monchaton (Mousquetaires).
–  Régiment de chevaux-légers de Brouilly (9) : Compagnies Brouilly, Potiniere, Esclamviliers, Grand-pré, Baron de Brouilly, Chevrieres, Buqueville, et deux compagnies de mousquetaires (nom des capitaine manquant).
 – Régiment de chevaux-légers de Gesvres (8 compagnies) : Compagnies Gesvres, Bourry, Bazoche, Bouflers, Querieux (ou Curieux), Langtot, Du-Val (Mousquetaires), La-Pierre (Mousquetaires).
 – Régiment de chevaux-légers de Cursol (6 compagnies) : Compagnies Cursol, La Coste, La Fare, Puizol, Roquefou, Verdié.
 – Régiment de cavalerie étrangère Baron d’Egenfeld.
 – Régiment de cavalerie étrangère de Fittingost.
 – Régiment de cavalerie étrangère de l’Eschelle.
 – Régiment de cavalerie étrangère de Rucon.
 – Régiment de cavalerie étrangère de Sirot (3 compagnies).
 – Compagnies de carabins Recy et Monsou.
Extrait de la revue des troupes, tant de cavalerie que d’infanterie de l’Armée du Roy, commandée par Monsieur le Maréchal de Châtillon.
INFANTERIE
 – Gardes 10 compagnies : 1200 hommes, compris 100 mousquetaires envoyés à Rocroy.
 – Maréchal de Brezé, 20 compagnies, 1100 hommes.
 – La Saludie, 11 compagnies, 600 hommes.
 – Le Vidame, 19 compagnies, 700 hommes.
 – Longueval, 18 compagnies, 750 hommes.
–  Mignieux, 17 compagnies, 700 compris les 50 envoyés à Rocroy.
 – Monmège, 250 hommes.
 – Verveins, 20 compagnies, 900 compris 200 à Cateau et 50 à Rocroy.
–  Roncheroles, 19 compagnies, 800 hommes.
 – Genlis, 19 compagnies, 700 hommes.
 – Suisses, 3 compagnies, 400 hommes ; On attend pour joindre à ce corps la compagnies du colonel Molondin de 150 hommes.
Les régiments de Biscaras, d’Aubeterre et de Saint-Aubin sont absents.
Total de l’infanterie 8100 hommes. C’est sans comprendre les officiers.
CAVALERIE
– Gendarmes de Monsieur, 166 (maîtres).
– Gendarmes de Guiche ne sont arrivés.
– Régiment de chevaux-légers Colonel (Comte d’Alais, 12 compagnies) : Compagnies Colonelle (78 armés), Châtillon (50 attend recrue non armés), La Force (60 armés), Saint-Germain Beaupré (69 armés), Angoulême (67 armés), La Pierre (60 non armés), La Courbe (24 non armés), Francieres (58 non armés), Laurieres (44 non armés), Vieupont (64 arrivent aujourd’hui), Viantais (63 partie armés), Mousquetaires (de Naucourt, 61 de sac d’épée). Total du régiment : 699.
– Régiment de chevaux-légers de la Ferté-Imbaut (8 compagnies) : Compagnies Maître de Camp (65), Marainville (67), La Salle (65), Mosny (66 armés), Choiseul (71), Des Fontaines (71), Du Flos (Mousquetaires 60), Monchaton (Mousquetaires 68). Total du régiment : 533.
– Régiment de chevaux-légers de Guiche (8 compagnies) : Compagnies Maître de Camp (80), Saint-Megrin (48 non armés), Roquelaure (73), Dorthe (67 armés), Linville (absents), Ayen (absents), Heilly (36 n’ayant point eu de recrue à cause du capitaine), Mousquetaires (66). Total du régiment : 370.
– Régiment de chevaux-légers de Cursol : En tout 200 Maîtres non armés, les recrues ne sont arrivées.
– Régiment de chevaux-légers de Brouilly (7) : Compagnies Brouilly père (70), Brouilly fils (33), La Potiniere (55 armés), Esclamviliers (51), Grand-pré (58), Chevrieres (absents), Buqueville (absents). Total du régiment : 267 maîtres.
– Régiment de chevaux-légers de Gesvres (8 compagnies) : Compagnies Maître de Camp (57 armés), Bourry (70), Bazoche (63), Curieux (63 non armés), Langtot (63 non armés), Bouflers (68), Mousquetaires La-Pierre (absents), Mousquetaires Du Val (54). Total du régiment : 438 maîtres.
– Carabins : Compagnies de Recy (50) et Monsou (55). Total : 105 carabins.
Total de la cavalerie française : 2778.
CAVALERIE ETRANGERE
– Régiment d’Egenfeld : 2 compagnies (148 armés), Boucy compes (60 non armés).
– Régiment de Bussy-Helmoru (5 compagnies) : Compagnies Colonelle (56), Buy (54), Raucourt (63), De Guerre (69), Balensac (52). Total du régiment : 294.
– Régiment de L’Eschelle : 6 compagnies (250 maîtres non armés, n’ont point eu de recrue).
– Régiment de Sirot (3 compagnies) : Compagnies Colonelle (60 non armés), Mommenet (32 armés), Major (7 armés). Total du régiment : 162 maîtres.
– Régiment de Fittingost : 6 compagnies (400 maîtres non armés).
Total de la cavalerie étrangère : 1314.
Total de la cavalerie tant française qu’étrangère : 4092 chevaux.
Fait à Vervins le 9 juin 1639.

Signé Châtillon.

L’armée de Picardie le 24 avril 1640

INFANTERIE

Gardes Françaises, 10 compagnies, 1500 hommes

Gardes Suisses, 5 compagnies, 800 hommes

Piémont, 20 compagnies, 1200 hommes

Bourdonné, 20 compagnies, 1200 hommes

Maréchal de Brézé, 20 compagnies, 1200 hommes

Bausse (ou Beausse), 20 compagnies, 1200 hommes

Le Vidame, 20 compagnies, 1200 hommes

Mesdavid, 20 compagnies, 1200 hommes

Canisy, 20 compagnies, 1000 hommes

Longueval, 20 compagnies, 1000 hommes

Vervins, 20 compagnies, 1000 hommes

La Feuillade, 20 compagnies, 1000 hommes

Espagny, 20 compagnies, 1000 hommes

Migene, 20 compagnies, 1000 hommes

Du Tot, 20 compagnies, 1000 hommes

Watteville Suisses, 20 compagnies, 1000 hommes

Total : 17 500 hommes (NDR: les effectif sont bien sûr théoriques)

CAVALERIE LEGERE

Régiment Colonel avec les compagnies Colonelle (60h), Angoulême (60h), Laurieres (60h), Viantez (60h), La Force (60h), Francieres (60h), Saint-Germain-Beaupré (60h), La-Pierre (60h), Vieux-Pont (60h) et Châtillon (60h)

Régiment de Praslin avec les compagnies Praslin (60h), Maître de Camp (60h), La Rente (60h), Chambort (60h), Le Moine (60h), D’Arnicourt (60h) et Brizon (60h)

Régiment de Dosmont avec les compagnies Dosmont (60h), Villequier (60h), Lannoy (60h), Fourrilles (60h), Vaudremont (60h) et Grandmont (60h)

Régiment de la Ferté-Imbaut avec les compagnies La Ferté-Imbaut (60h), Rochefort (60h), Mosny (60h), Choiseul (60h), Des Fontaines (60h) et La Salle (60h).

Régiment de la Clavière avec les compagnies La Clavière (60h), Rochefort (60h), Edouville (60h), D’Andresy (60h), Bourry (60h), et Richemont (60h)

Régiment d’Aubay avec les compagnies d’Aubay (60h), Vignoles (60h), Gueilar (60h), Ornezon (60h) et Aviargues (60h).

Total : 2400 h (NDR: effectifs tous théoriques encore !)

REGIMENTS ETRANGERS

Régiment d’Egenfeld avec les compagnies Egenfeld (60h), Mazot (60h), Ferdinand (60h), Valence (60h), Lieutenant-Colonel (60h) et Caltoff (60h)

Régiment de Seillart avec les compagnies Seillart (60h), Lieutenant-Colonel (60h), Le Major (60h), Lestoff (60h), Valentin (60h) et Flich (60h)

Régiment de Hums avec les compagnies Colonelle (60h), Lieutenant-Colonel (60h), Abraham (60h), Frederic (60h), Iambron (60h) et Depuis (60h)

Régiment de Bouillon avec les compagnies Colonelle (60h), Lieutenant-Colonel (60h), Major (60h), Bouillon (60h), Aubinei (60h) et Chaumont (60h)

Régiment Notaff avec la compagnie Notaff (60h), et 3 autres compagnies de 60h.

Total : 1620 h

Total de la cavalerie de l’armée : 4020 h (NDR: effectifs tous théoriques encore !)

 

L’armée de Champagne en mai 1641

Etat des troupes tant d’infanterie que de cavalerie dont sera composée l’armée du Roy en Champagne, commandée par monsieur le Maréchal de Châtillon

 

INFANTERIE

Régiment de Saint-Luc, 20 compagnies, 1200 hommes

Régiment de La Feuillade, 20 compagnies, 1200 hommes

Régiment de Bussy-Lamet, 20 compagnies, 1200 hommes

Régiment d’Uxelles, 20 compagnies, 1200 hommes

Régiment de Beausse (ou Bausse), 30 compagnies, 1700 hommes

Régiment de Bourgogne, 20 compagnies, 1000 hommes

Régiment de Roussillon, 20 compagnies, 1200 hommes

Régiment de Bussy-Rabutin, 20 compagnies, 1200 hommes

Régiment de Nettancourt, 20 compagnies, 1000 hommes

Régiment de Lesdiguières, 20 compagnies, 1000 hommes

Régiment de Lusignan, 20 compagnies, 1200 hommes

Total infanterie : 13 100 hommes

Régiments d’infanterie étrangers dont il manque l’effectif :

Régiment de Douglas, 23 compagnies

Régiment de Dowal, 10 compagnies

Régiment de Belins, 15 compagnies

Régiment de Fisvillian, 10 compagnies

CAVALERIE

Compagnies de gendarmes :

Gendarmes de la Reine, 150 chevaux

Gendarmes de Monsieur, 150 chevaux

Gendarmes Ecossais, 50 chevaux

Gendarmes d’Angoulême, 80 chevaux

Gendarmes d’Hallincourt, 70 chevaux

Chevaux-légers :

Compagnie de la Reine, 70 chevaux

Compagnie de Monsieur, 70 chevaux

Compagnie de Monsieur le Prince, 70 chevaux

Régiment de Praslin, 6 compagnies, 420 chevaux

Régiment de Terrail, 6 compagnies, 420 chevaux

Régiment de Brouilly, 4 compagnies, 280 chevaux

Régiment de Lignon, 3 compagnies, 210 chevaux

Régiment de Linars, 4 compagnies, 280 chevaux

Carabins :

Régiment de carabins d’Arnaud, 12 compagnies, 720 chevaux

 

Cette armée va être rejoint par les régiments d’infanterie de Piémont (1400 hommes), d’Andelot (1000 hommes espérés), le régiment de cavalerie de Roquelaure.

Il s’agit bien sûr d’effectifs théoriques.

 

L’armée de Champagne le 3 juin 1641

Extrait de la revue générale des troupes emporté par Monsieur des Touches, s’en retournant à la Cour.

INFANTERIE

Piémont, 27 compagnies, 1293 h

Saint-Luc Persan, 20 compagnies, 666 h

Bussy-Lamet, 20 compagnies, 746 h

Bausse d’Andelot (ou Beausse d’Andelot), 28 compagnies, 964 h

Du-Glas, 23 compagnies, 646 h

Cargret, 19 compagnies, 672 h

Nettancourt, 7 compagnies, 296 hommes

Uxelles, 20 compagnies, 385 hommes

Bussy-Rabutin, 19 compagnies, 636 hommes

Chalancey, 20 compagnies, 559 hommes

La Feuillade, 20 compagnies, 186 hommes

Lusignan, 17 compagnies, 96 hommes

Total : 7145 hommes

CAVALERIE

Gendarmes de la Reyne, 136 h

Gendarmes de Monsieur, 123 h

Gendarmes Ecossais, 34 hommes

Gendarmes d’Angoulême, 66 hommes

Sous-total Gendarmes : 359 h

Chevaux légers de la Reyne, 39 hommes

Chevaux légers de Monsieur, 42 hommes

Chevaux légers de Monsieur le Prince

Sous-total Chevaux légers garde : 151 h

CAVALERIE LEGERE

Régiment de Praslin avec compagnies Praslin (59), Maître de Camp (52), Chambort (56), Arnicourt (64), Le Moine (56), Radois (31) et des Reaux (59) pour un total de 374 h

Régiment de Brouilly avec compagnies Brouilly père (56), Brouilly fils (64), Esclaincullières (63) et Grand-Pré (53) pour un total de 236 h

Régiment de Lignon avec compagnies Lignon (61), du Hamel (56) et La Renouillere (61) pour un total de 178 h

Régiment de Linars avec compagnies Linars (58), Montagnac (32), Champagnac (36) et Savignac (31) pour un total de 157 h

Régiment de Roquelaure avec compagnies de Roquelaure (58), du Hamel (65), Biran (42) et Daussy (37) pour un total de 202 h

Régiment du Terrail avec compagnies du Terrail (46), Torigny (66), Chambaut (50), Ternes (14), Guron (26) et Saint-Vincent (48) pour un total de 250 h

Régiment d’Ergenfeld avec compagnies d’Ergenfeld (85), D’Ergenfeld fils (41), Calthoffe (77), Bouc (55), Lesguille (45) et Grotviet (36) pour un total de 319 h

Carabins d’Arnault avec compagnies Arnault (52), Maubuisson (41), du Pré (44), Recy (48), du Pin (39), du Clau (48), Bonnières (50), Monsou (39) et Clerget (41) pour un total de 403 h

Total de la cavalerie : 2313 h

Total de toute la cavalerie : 2632 h

C’est sans comprendre les Officiers, tant à la cavalerie qu’à l’infanterie, sinon qu’à la cavalerie, les petits Officiers sont compris.

(NDR : Il s’agit là d’effectifs réels au bout de 2 mois de campagne).

Source : Histoire de la maison de Coligny

Stéphane Thion

L’armée française à la bataille d’Avins (mai 1635)

L’armée française à la bataille d’Avins (mai 1635)

Infanterie française (Aquarelle de K.A. Wilke)

L’infanterie française en 1635

L’infanterie française était composée de régiments dit entretenus et de régiments temporaires, plus nombreux et levés pour
le temps d’une campagne. Les régiments d’infanterie permanents sont à 20 compagnies de 100 à 120 hommes alors que les régiments temporaires sont à 10 ou 12 compagnies de 100 à 120 hommes. Certains régiments étrangers sont plutôt à 10-12 enseignes de 200 hommes. Richelieu écrit ainsi à Servien, le 21 avril 1635 que le régiment liégeois de La Bloquerie, qui devait avoir 2 400 hommes, n’en ayant que 700, il ne faut plus faire état, à mon avis, de compter les compagnies qu’à 100 hommes chacune, tant parce que nous ne le donnons que pour cela, que par ce aussi je ne crois pas qu’il en puisse avoir davantage.

Au sein des régiments entretenus, les six vieux corps étaient les plus prestigieux : Gardes-Françaises, Picardie, Champagne, Navarre, Normandie puis, à partir de 1636, La Marine. Ces régiments furent créés, en dehors du dernier, durant les Guerres de Religion de la seconde moitié du XVIe siècle. Ils bénéficiaient du meilleur encadrement possible et chaque maréchal essayait d’en obtenir au moins un pour son armée. Certains vieux corps sont à 30 compagnies de, théoriquement, 100 hommes et même 200 hommes pour les Gardes-Françaises.

L’effectif théorique d’un régiment pouvait être atteint lors de sa levée, avant de fondre rapidement une fois la campagne commencée. Le 30 juin 1635, Richelieu écrit à Bouthillier que les six régiments que Bellefonds amenés à Mr de La Force, qui faisaient plus de 6 000 hommes avant de partir, maintenant n’en font que 3 000. Il plaira au Roy écrire une lettre qui porte : Mon cousin, voyant que les troupes diminuent, et que les régiments qui partent du rendez-vous avec 1 000 hommes n’en ont plus 6 ou 700 huit jours après, ce qui est arrivé à ceux de Bellefonds, je vous fais ce mot pour vous dire qu’il faut faire des levées pour nous rafraîchir à la fin d’août. Régulièrement, Louis XIII témoigne de sa mauvaise satisfaction sur ce sujet : il en avait déjà fait part au maréchal de Châtillon le 9 avril
1635. Celui-ci lui annonçait qu’il croyait pouvoir faire état qu’il se trouvera dans les treize régiments que j’ai ici 10 000 hommes
de pied effectifs, sans comprendre les officiers. Servien estimait donc, le 20 avril, qu’il fallait pour l’infanterie, que les 13 régiments qui ont été jusqu’ici près de vous, fassent pour le moins 12 000 hommes effectifs.

La compagnie de 100 hommes comprend théoriquement 60% de mousquetaires et 40% de piquiers. Ainsi le régiment écossais d’Hebron, levé en mars 1633, en 12 compagnies de 100 hommes, doit compter 40 piques et 60 mousquets par compagnie. Le régiment allemand de Batilly, levé par capitulation, est formé de 10 compagnies de 100 hommes dont 89 soldats, dont il y aura 3 caporaux, 3 anspessades, 36 piquiers armés de corselets, et 43 mousquetaires. Souvigny nous dit aussi, dans ses Mémoires, que les compagnies du régiment d’Estissac sont, en 1622, à 100 hommes dont 36 piquiers. L’encadrement d’une compagnie comprend un capitaine, un lieutenant, un enseigne, deux sergents, trois caporaux et cinq anspessades.

Le bataillon d’infanterie se range, au début des années 1630, sur 10 rangs (selon Rohan et Gamaliel de la Tour), piques au centre et mousquets sur les ailes. Belhomme, dans son Histoire de l’infanterie en France, affirme que c’est en 1633 que le bataillon se range définitivement sur 8 rangs. Ce n’est que vers 1638 que l’infanterie française passera de 8 à 6 rangs de hauteur, comme le prouve le règlement du Roi pour son régiment des Gardes, d’avril 1638 : en rase campagne, on formera un bataillon sur 6 ou 8 de hauteur, car s’ils sont davantage, il y a la moitié des hommes inutiles, et le roi affectionne le plus la hauteur de 6.

Au début des années 1630, l’infanterie était équipée, selon le duc Henri de Rohan, de la façon suivante : Les armes plus ordinaires de l’Infanterie du temps présent, sont pour la défensive le pot, la cuirasse et les tassettes ; et pour l’offensive l’épée, la pique et le mousquet. (…) Si bien que le corps de bataille consiste aux piques, qui est une arme très propre pour résister à la cavalerie, pour ce que plusieurs jointes ensemble font un corps fort solide et très difficile à rompre par la tête à cause de leur longueur, desquelles il s’en trouve cinq ou six rangs, dont les fers outrepassent le front des soldats, et tiennent toujours les escadrons de cavalerie éloignés d’eux, de douze ou quinze pieds (Le parfait capitaine, Henri de Rohan, vers 1636). Gamaliel de la Tour, qui écrit à la même époque, fait une description analogue de
l’infanterie : Communément les soldats des compagnies de pied sont armés à présent les uns de mousquets, et les autres de corselets,
spécialement aux Pays-Bas, avec les rondachers en front. Et ainsi aux pays qui les imitent. Ou bien, en plusieurs autres pays, ils arment les piquiers de corselets, et en partie de piques sèches, et le reste d’hallebardes (Abrégé de la discipline militaire, Gamaliel de la Tour. Genève, 1634). Les rondachers avaient disparus des armées françaises bien avant 1630.

Les piques provenaient de Biscaye, et les mousquets d’Abbeville ou de Sedan. Mais pour équiper son infanterie, la France se fournissait aussi en Hollande, dont le travail des ouvriers était tout particulièrement apprécié : à moins que de connaître les marques des villes, on croirait que les armes seraient toutes faites par un même ouvrier, nous dit Puysegur ; la poudre avec laquelle j’avais fait l’épreuve, était toute la meilleure, les bandoulières bien larges, avec douze charges, et le poulverin, les bourses où l’on met les balles, fort bonnes. Puysegur ira ainsi acheter en Hollande, au mois de juin 1632, six mille paires d’armes pour le régiment des Gardes Françaises.

 

La cavalerie française en 1635

Gamaliel de la Tour, dans son Abrégé de la discipline militaire, paru en 1634, nous décrit la cavalerie française telle qu’elle se
présentait à la fin des années 1620s : Des cavaliers, les uns sont de chevaux légers, les autres carabins, arquebusiers, dragons soit mousquetaires à cheval, autres sont gendarmes, soit cuirassiers ou lanciers. (…) Pour les gendarmes, ils sont à présent pour l’ordinaire bien armés, avec leur harnois et cuirasses à l’épreuve du pistolet, et même de la carabine, aucuns aussi résistent au mousquet, ayant les tassettes, genouillères, hausse-col, brassals et gantelets, avec la salade, dont la visière se lève en haut, et fait belle montre. Outre cela, ils ont chacun leur paire de pistolets bien assurez à bon ressort, et encore qu’ils sont courts, ayant un bon calibre, ils en vaudront mieux. (…) Les carabins auront la cuirasse à l’épreuve et un pot en tête, ou salade, sans autres armes défensives, et pour armes offensives, une bonne carabine (soit arquebuse à rouet, ou à fusil, de trois pieds ou peu plus) ayant gros calibre. Puis aussi une bonne épée ou coutelas au côté, et un bon pistolet court et bien assuré. Or l’invention de faire porter la courte carabine fort loin (comme se peut faire aux courts pistolets et courts mousquets) leur sera bien convenable et nécessaire, ayant sa culasse vidée en coquillon, où c’est que la poudre se ramasse et renforce. Ils peuvent porter des casaques, et des ganaches au lieu de bottes, pour mettre pied à terre, et combattre aussi à pied au besoin. Car étant ainsi montés, ils peuvent combattre à pied ou à cheval, et se mêler avec la cavalerie comme a été dit.

Ci-dessus : chevaux-légers français (Aquarelle de Wilke)

Mais Gamaliel de la Tour néglige de nous décrire le principal type de cavalerie, par son nombre : le chevau-léger. Et cette
cavalerie, encore fortement cuirassée dans les années 1620, va s’alléger, suivant l’exemple de la cavalerie étrangère. En 1634, alors que Louis XIII et le cardinal-duc de Richelieu préparent leur entrée en guerre, celui-ci ne cache pas son admiration pour la cavalerie étrangère : J’ai pensé cette nuit qu’il valait mieux lever de la cavalerie étrangère que française, parce que, bien que la dernière soit plus excellente pour les combats, elle est moins bonne pour les fatigues, qui est ce dont on a à faire (Mémoire de Richelieu au Roy, du 12 septembre 1634).
Cette cavalerie étrangère, notamment allemande, est équipée plus légèrement que nos chevau-légers. La réponse du Roi au mémoire de Richelieu ci-dessus est à ce titre édifiante : Il est très à propos, et crois qu’il faut qu’ils soient tous carabins, comme ceux de Miche ; tant parce que la cavalerie étrangère n’est pas meilleure que la nôtre, dès qu’elle a fait un voyage elle jette toutes les hautes et basses armes et ne lui reste plus que la cuirasse, qui est l’arme du carabin ; et pour Mr de Bulion, elle ne coûte pas tant, et me semble qu’il faut lever en Allemagne et Liège, parce qu’on tirera le tout de l’armée d’Espagne, qui, par conséquent, s’affaiblira. Richelieu fait lever dans la foulée cinq
compagnies de carabins, mais veille à ce que la distinction entre ceux-ci et les chevau-légers demeure : on a différé jusqu’ici à donner les deux compagnies de carabins que le Roy a permises à Coucy, parce qu’on craignait qu’il prétendit les tenir toujours joints à ses chevaux légers, et ainsi y fourrer tous les valets de ses dits chevaux légers ; mais ne trouvant personne qui puisse faire des levées, et le dit Coucy consentant que lesdites compagnies soient séparées comme on voudrait, je crois qu’il sera bon de les lui donner. Et Louis XIII répond alors à son ministre : je le trouve bon, pourvu qu’il ne soient logés avec sa compagnie. Jusqu’en 1636, les carabins seront la véritable cavalerie légère de Louis XIII, équipée uniquement d’une cuirasse et d’une bourguignotte, comme le répond le Roi au sieur de Ferron qui en veut lever un régiment de 500 chevaux : il faut des carabins bien montés avec cuirasses.

Ci-dessus : Gendarmes et chevau-léger (Aquarelle de K.A. Wilke)

Il faudra attendre la fin de l’été 1635 pour que l’on voit la cavalerie française, c’est à dire les chevau-légers qui forment le corps de cette cavalerie, réellement alléger son équipement, comme nous le montre cette lettre du 11 août 1635, écrite par le cardinal de Richelieu et destinée au cardinal de la Valette : nous levons 20 régiments & 4 000 chevaux, comme je vous ai mandé, & outre cela nous allons maintenant faire 2 000 chevaux de la nouvelle cavalerie, dont vous m’avez écrit, qui n’aura que la cuirasse, une bourguignotte qui couvre les joues, & une barre sur le nez, une carabine & un pistolet. Je crois qu’on appellera cette cavalerie, cavalerie hongroise ; si ce n’est que Monsieur Hebron nous voulut mander un nom qui fût plus idoine, pour parler selon son langage ordinaire. Cette dénomination de cavalerie hongroise, qui ne désigne pas l’origine des cavaliers, sera régulièrement utilisée. Ainsi cette demande de Richelieu à Servien, datant de septembre 1635, d’envoyer diligemment les 8 commissions de cavalerie hongroise pour Mr de la Moussaye, chez Mr du Chastelet, qui les enverra aussitôt en Bretagne. Vous donnerez aussi une commission de compagnie hongroise au sieur de la Baume. Si les chevau-légers, ne sont pas encore équipés à la hongroise, en ce mois de mai 1635, à quoi ressemblent t-ils ? Heureusement, dans ses Mémoires, Puysegur nous décrit ces cavaliers tels qu’ils se présentaient alors : Nous avions 6 000 chevaux, sans y comprendre aussi les officiers & les valets, tous gens bien armés de bonnes cuirasses, de bonnes tassettes, & le casque en tête. En plus des compagnies de carabins, il existe alors quelques compagnies de mousquetaires à cheval, bien distinctes. La première – la plus célèbre – est apparue en 1622, après la prise de Montpellier : le roi marcha droit à Avignon et pendant sa marche il ôta les carabines à la compagnie de carabins, et leur fit bailler des mousquets, et donna la compagnie vacante par la mort du capitaine au Sieur deMontalet, la Lieutenance au Sieur de la Vergne et la Cornette au Sieur de Montalet, qui portait le même nom. (…) Sa majesté demanda à M. d’Espernon six de ses Gardes, pour mettre dans ladite compagnie ; elle voulut et je puis même dire qu’elle me força de prendre une casaque de mousquetaire. Mais en mars 1635, dans un de ses mémoires au Roi, Richelieu se rallie à l’opinion de ses conseillers, contre la levée de nouvelles compagnies de mousquetaires à cheval : beaucoup estiment qu’il vaut mieux ne faire point du tout présentement de compagnies de mousquetaires à cheval que d’en faire, vu qu’on se mettrait au hasard de bien préjudicier à l’infanterie, dont on a besoin. J’avoue que je suis de cet avis en l’occasion présente. Et Louis XIII abonde en son sens. Il n’y aura donc aucune compagnie de mousquetaires à cheval à la bataille d’Avins. En pratique, rien ne distingue le mousquetaire à cheval du dragon et le cardinal Richelieu changera d’avis lorsque le Roi lui donnera, en mai 1635, commission de lever son propre régiment de mousquetaires à cheval, dits dragons. Six régiments de dragons seront ensuite levés à partir de compagnies de carabins que le Cardinal fait dissoudre : Cardinal-duc, Alègre, Bruslon, Bernieult, Mahé et Saint-Rémy, régiments
qui seront prêts le 30 juillet.

Ci-dessus : Mousquetaires à cheval et Mousquetaires du Roi (Aquarelle de K.A. Wilke)

Enfin, il y aura une compagnie de gendarmes dans l’armée de Châtillon et Brézé : la compagnie de gendarmes de Monsieur qui sera placée au centre de la seconde ligne, formant un escadron avec ses chevaux légers. Cette compagnie, dont le capitaine est Puylaurent, a été créée le 1er octobre 1634. Le 25 février 1635, Louis XIII accepte que son effectif passe de 100 à 200 maîtres.

Gendarmes français (Aquarelle de K.A. Wilke)

La cavalerie française ne sera formée en esquadres, à la demande de Richelieu, que le mois suivant : jusqu’au mois de juin 1635, elle n’est organisée qu’en compagnies franches. On compte ainsi 64 compagnies de chevau-légers et 7 compagnies de carabins en octobre 1634 puis 84 compagnies en mai 1635. Les compagnies de carabins sont théoriquement de 80 maîtres, celles de chevaux légers de 90, celles de gendarmes de 100 maîtres et 200 pour les compagnies du Roi et des princes.

 

L’armée des maréchaux Châtillon et Brézé à la bataille d’Avins

L’armée française des maréchaux Châtillon et Brézé compte plus de 20 000 fantassins et 6 à 7 000 chevaux selon Pontis, 22 000 fantassins & 6 000 chevaux hors officiers et valets, en deux brigades de 11 000 fantassins et 3 000 cavaliers, et 24 canons selon Puysegur. Le sieur de Brasset, dans une lettre datant du 26 avril 1635, estime qu’il y a, à l’armée, 20 000 hommes de pied & 5 000 chevaux. Le 20 avril, Servien écrit à Châtillon que Sa Majesté ne désire pas que vous conduisiez avec vous plus de 23 000 hommes de pied effectifs, & 5 000 chevaux, en les comptant en la forme que vous dira ledit sieur d’Espenan. Enfin, une lettre de Châtillon au Roy, datant du 1er juin indique que par une monstre ordinaire qui a été faite, il se trouve plus de 22 000 hommes de pied & 4 500 chevaux. Dans une lettre du 21 avril à Servien, Richelieu compte 13 régiments d’infanterie pour Châtillon (il évalue leur effectif entre 12 500 et 16 000 hommes de pied), auquel il envoie 10 régiments en renfort, une compagnie de gendarmes, 51 compagnies de chevaux-légers et carabins et 400 chevaux liégeois de Miche. Il présuppose cette cavalerie à 5 130 chevaux, en les comptant pour leur nombre effectif. Richelieu compte donc ici les compagnies à 100 chevaux, alors que Servien conviendra, le 20 avril, qu’il faut compter les compagnies sur le pied de guerre de 90 maîtres. Mais Puysegur affirme que les escadrons comptaient 100 chevaux, ce qui sous-entend que la majorité des com- pagnie ne comptaient que 50 maîtres. Dans ce même courrier, Richelieu évoque six compagnies de cavalerie en réserve dont trois seront envoyées en garnison dans des places de la région.

Chaque brigade compte 11 000 fantassins et 3000 chevaux selon Puysegur (mais lorsqu’il déploie son armée, il ne compte
plus que 14 escadrons de 100 chevaux). La carte de Melchior Tavernier recense, pour l’infanterie, 22 régiments faisant chacun un bataillon, et 30 escadrons de cavalerie composés chacun – le plus souvent – de deux compagnies de cavalerie, ce qui confirme l’évaluation de Puységur. Cette carte représente l’infanterie et la cavalerie française sur trois lignes, la troisième ligne constituée par la réserve de Chastelier-Barlot. L’infanterie, au centre, est composée en première ligne des bataillons de Champagne, Plessis-Praslin, Longueval, Genlis, Lusignan, Maréchal Brézé, La Mothe-Houdencourt, La Meilleraye, Saucourt et Piémont, et en seconde ligne des bataillons de Sy, Chuin, Coursan, Calonge, Bellebrune, Castelnau, Polignac et Migneux. La réserve d’infanterie, en troisième ligne, comprend les bataillons de Grancey, de Menilserran, de Monmège (ouMontmège) et du marquis de Brézé, soit de l’ordre de 4 000 hommes.

L’aile gauche de cavalerie est composée de deux lignes de cinq escadrons chacune, alors que l’aile droite compte 11 escadrons. Un escadron de cavalerie, composé des gendarmes et chevaux-légers de Monsieur est au centre de la seconde ligne, alors que la réserve comporte 8 escadrons supplémentaires faisant 800 à 1 000 chevaux. Enfin, seulement 7 pièces d’artillerie sont représentées sur le plan de Tavernier, placées devant la brigade Brézé, alors que le Mercure Français en annonce 12.

Il est difficile de retrouver la composition exacte de chacune des deux brigades. L’armée de Châtillon comprenait à l’origine, avant de devenir la brigade de Champagne, les régiments maréchal de Brézé, Plessis-Praslin, Longueval, Genlis, Lusignan, Cy (ou Sy), Bellebrune, Polignac, Monmege, Calonge, Saucourt, Medavy (Grancey) et Hauregard (liégeois). Ces deux derniers régiments n’apparaissent pas sur la représentation de Tavernier. Le 5 avril, Châtillon écrit à Servien que des treize régiments, il n’y en a que deux qui soient faibles, la plus grande partie des autres sont complets. Le régiment de monsieur le maréchal de Brézé est parfaitement beau : je l’ai vu & considéré à loisir. Celui du marquis son fils est aussi en très-bon état, il y a 200 super-numéraires. Celui de Genlis, de Bellebrune, de Polignac & de Mommeige, que j’ai vus, sont fort bons aussi. Medavy, Calonges & Lusignan sont entièrement complets, & remplis de fort bons hommes. Le régiment de Longueval est bon, à ce que l’on m’a dit, mais je ne l’ai pas vu. Plessis-Praslin, Socourt & le régiment Liegeois sont les plus
faibles, particulièrement le dernier est en assez mauvais état. Les restes de ce régiment liégeois ont probablement été absorbé dans un autre bataillon ou laissés en garnison.

La composition du corps de Brézé, ou brigade de Piémont, nous est partiellement donnée par Servien, dans une lettre du 21
avril 1635 : Je présuppose comme chose infaillible que les treize régiments qui sont avec M. le maréchal de Châtillon, les quatre vieux qui viennent d’Allemagne, Vardembourg, Orelio, Migneux, Mesnilmeran, Baradat et Castelnau, composeront l’armée de Flandres. Les quatre vieux régiments évoqués par Châtillon, le 9 avril, lorsqu’il se réjouit de ce que Monsieur le Maréchal de Brézé se trouvera à même rendez-vous que moi, vers Mézières, avec une partie des vieux régiments, sont Piémont, Champagne (qui sera transféré à la brigade de Châtillon), La Meilleraye, et marquis de Brézé. On retrouve deux de ces quatre régiments sur l’ordre de bataille de Tavernier, ainsi que les régiments de Migneux, de Castelnau et de Mesnil-Serran. Les régiments de Vardembourg, Orelio et Baradat (ces deux régiments envoyés depuis en Lorraine) n’apparaissent pas alors que sont listés ceux de Chuin, et de Coursen. Coursen est celui de Coursan évoqué dans une lettre de Châtillon. En fin de compte, si l’on en croit le plan de Tavernier, la brigade Piémont serait constituée des régiments Piémont, Saucourt, La Meilleraye, La Mothe-Houdencourt, maréchal Brézé, Migneux, Polignac, Castelnau, Bellebrune, et probablement Calonge. Puysegur évo-
que bien 10 bataillons, en deux lignes de 5, lors de la bataille d’Avins. La brigade Champagne serait composée des régiments Champagne, Plessis-Praslin, Longueval, Genlis, Lusignan, Sy, Chuin, Coursen (ou Coursan), Grancey, Mesnilserran, Monmège et marquis de Brézé, soit 12 régiments ou bataillons. Les quatre derniers faisant partie du corps de Chastellier-Barlot.

Un régiment d’infanterie, qui n’est pas un vieux corps compte théoriquement 1 200 hommes. Mais d’après Châtillon, ses régiments comptent en moyenne 7 à 800 hommes : selon que je peux juger à peu près (avant la monstre générale), je crois qu’on peut faire état qu’il se trouvera dans les treize régiments que j’ai ici 10 000 hommes de pied effectifs, sans comprendre les officiers, écrit-il le 1er avril. Et Servien lui répond, le 20 avril, qu’il faut que les 13 régiments qui ont été jusqu’ici près de vous, fassent pour le moins 12 000 hommes effectifs. Aussi est-ce le nombre pour lequel on désire que vous le receviez dans le Corps d’armée, que vous de- vez mettre en campagne. Et vous ne sauriez, ce me semble, Monsieur, vous en plaindre, d’autant que si nous voulions le faire passer pour complets, ils devraient faire près de 15 000 hommes.

La cavalerie est formée de 52 compagnies formant 30 escadrons, dont une compagnie de gendarmes, les gendarmes de Monsieur, et 4 compagnies de carabins (Arnaud, Bideran, Montbuisson et Villars). Dans sa lettre du 5 avril, Châtillon écrit que pour ce qui est de la cavalerie, ce sont les meilleurs hommes que je vis jamais, & les mieux montés, & toutes les compagnies complètes, & des officiers très-bien choisis & soigneux de leur devoir. Servien écrit le 20 avril à Châtillon que, pour la cavalerie, ledit sieur d’Espernon vous fera voir, que comptant les compagnies sur le pied de guerre 90 maîtres, comme elles doivent être & comme il faut obliger les capitaines de les y mettre, le nombre que nous vous fournissons, doit faire plus de 5 000 chevaux.

La réserve de Chastelier-Barlot (4 000 fantassins en 4 bataillons et 1 000 cavaliers en 8 escadrons), faisant partie de la brigade Châtillon, n’ayant eu le temps d’arriver sur le champs de bataille, ce sont donc moins de 18 000 fantassins et 4 000 cavaliers qui combattront réellement.

Enfin, dans sa lettre datée du 9 avril, Châtillon demandait à Servien une compagnie de cent bons Pionniers, commandés par un homme laborieux & diligent. Car de se fier qu’on a des pelles & des pics pour faire prendre aux soldats quand on veut, ou qu’on se peut servir des paysans, cela est bon pour un lieu arrêté, quand on entreprend un siège ; mais lorsque l’armée marche, la compagnie de Pionniers est du tout nécessaire, tant pour faire le chemin du canon, que pour couper les haies, & remplir proprement les fossés, quand il se rencontre occasion de mettre l’armée en bataille ; ce qui arrive assez souvent, lorsque l’on est en pays de l’ennemi. On a aussi besoin d’un bon Capitaine des Guides, à qui l’on donne bon appointement. Servien lui répond le 20 avril que l’on fait lever des Pionniers, que vous avez marqué très à propos nécessaires pour une dans une armée, lorsqu’elle marche.

 

Stéphane Thion (extrait de La bataille d’Avins, 1635)

 

 

Planches Drapeaux 1600/1702

Planches Drapeaux 1600/1702

Le fichier joint à cet article contient une série de planches à mettre en couleur et issues des recherches de Pierre Fouré, parues dans les années 70 dans notre cercle de joueurs à la Sabretache à Paris.
Il concerne différents régiments levés de 1600 à 1702 dont certains sont mal connus car disparus très tôt.
La qualité du tirage est liée à l’époque et vous voudrez bien l’excuser. C’est un document assez rare.
Bonne lecture !

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L’armée française à Fribourg (août 1644)

L’armée française à Fribourg (août 1644)

 

L’armée française en 1644

Au commencement de la campagne de 1644, l’infanterie royale se compose de 166 régiments, dont 31 sont étrangers. Les régiments français comptent alors généralement 20 compagnies de 70 hommes (à l’exception des gardes françaises dont les 30 compagnies sont à 200 hommes). Quinze régiments comptent 30 compagnies alors que 43 régiments comptent entre 4 et 15 compagnies. L’effectif théorique de 1400 hommes pour 20 compagnies ne sera pratiquement jamais atteint. Il est en effet rare de voir des bataillons compter plus de 800 hommes une fois la campagne commencée.

L’ordonnance du 18 octobre 1643 sur les quartiers d’hiver prescrit donc que les régiments ayant moins de 20 hommes par compagnie devront, à la fin de la campagne, être licenciés. C’est ainsi que les régiments de Nangis, de Souvigny, du Ferron, de Roqueservière, de Clermont-Vertillac, de Sivron, de l’Église, de la Mezangère, de Grammont, de Croissy et de Thorigny disparaissent. Les vieux corps[1] pourront conserver toutes leurs compagnies mais, pour les autres, on ne devra maintenir sur pied que les compagnies suffisamment fortes. Les officiers concernés par ces suppressions se verront notifier leur congés alors que sergents et soldats seront incorporés dans les anciens régiments ou dans les compagnies maintenues. Enfin, durant l’hiver, les capitaines devront rétablir l’effectif de leur compagnie à 70 hommes, qu’elles soient d’infanterie ou de cavalerie. Ainsi, l’ordonnance du 20 décembre 1643 prescrit que les Maîtres de camp, Capitaines et Officiers s’obligeront de « rendre leurs compagnies complètes de soixante dix hommes chacune, armés pour l’infanterie les deux tiers de mousquetaires, et le tiers de piques ; et pour la cavalerie chaque cavalier du pot[2], de cuirasse devant et derrière, et de deux pistolets ». Tous les officiers devront être présent avant la campagne de 1644, c’est à dire au 15 février.

Le 19 juillet 1644, Le Tellier écrira à Turenne que son infanterie « se trouve faible par la mauvaise foi du colonel et l’avarice des officiers français ». Il ajoute : « Il faut que je vous avoue ingénument qu’il est tout à fait difficile de vous fortifier de nouveaux corps, puisque la dépense que nous avons faite pendant l’hiver pour y parvenir, se trouve si mal employée ; si vous ne vous résolvez, monsieur, à faire quelque démonstration de sévérité contre les officiers, commençant par ceux de vos régiments, et celui de monsieur votre neveu, comme ayant été les mieux traités, ce sera encore pis à l’avenir ».

L’encadrement d’une compagnie d’infanterie comprend un capitaine, un lieutenant, un enseigne ou sous-lieutenant, deux sergents armés de hallebardes, trois caporaux, trois anspessade[3] et un tambour. Les caporaux et les anspessades ont l’armement des soldats qu’ils commandent.

La cavalerie se forme théoriquement, depuis janvier 1638, en régiments de 8 compagnies de chevau-légers et une compagnie de mousquetaires. En réalité, les régiments sont plus souvent à de 5 à 6 compagnies de 70 hommes, rarement 8. La réalité et la théorie font rarement bon ménage. Ainsi, en 1639, le régiment d’Alais compte 11 compagnies dont une de mousquetaires, les régiments de la Ferté-Imbaut et de Gesvres, 8 compagnies dont deux de mousquetaires, les régiments de Guiche et de Brouilly, 9 compagnies dont deux de mousquetaires, le régiment de Cursol, seulement 6 compagnies.

Les compagnies de Gendarmes, sont dites « franches », c’est à dire qu’elles ne sont pas enrégimentées.

Les compagnies, à l’exception des gendarmes, sont de 70 maîtres, qui doivent être équipés, début 1644, « chaque cavalier du pot, de cuirasse devant et derrière, et de deux pistolets ». Il s’agit là bien sûr d’un vœu pieu, régulièrement invoqué par les ordonnances royales. L’ordonnance du 14 juillet 1636 insistait déjà pour que « les gens de cheval aient la cuirasse pour le moins ». Cette mauvaise habitude d’alléger l’équipement va se poursuivre puisque l’ordonnance d’octobre 1642 rappelle une fois de plus que « les capitaines de cavalerie seront obligés d’avoir leurs soldats armés chacun d’une cuirasse, d’un pot, et deux pistolets, le tout en bon état ». À cette époque, c’est l’état qui fournit cet équipement, comme le souligne Sirot en 1642 : « Les recrues se firent en moins d’un mois, et les cavaliers se trouvant du nombre qu’on le désirait, le maréchal de Guiche me fit délivrer les armes pour les armer, que je distribuai à tous les régiments ; mais il ne s’y trouva que pour armer 2 000 chevaux, et il en restait encore 1 000 qui étaient sans armes ». L’écart entre la théorie et la pratique n’est pas anecdotique. Ainsi, fin 1639, sur les onze compagnies de chevau-légers du régiment Colonel, quatre sont armées[4], une en partie armée et six non armées. Sur les six compagnies de chevau-légers du régiment de Gesvres, deux sont non armées. Le régiment de la Ferté-Imbaut, plus épargné, n’a qu’une compagnie de chevau-légers non armée sur les six. La situation est encore plus « critique» pour les régiments étrangers : Les régiments de L’Eschelle et de Fittingost ont tous les deux six compagnies, toutes non armées.

Depuis Sully, l’artillerie comprend six modèles : le canon avec boulet de 33 livres, qui peut tirer jusqu’à 1500 pas[5], la grande couleuvrine avec boulet de 16 livres, la bâtarde avec boulet de 7 livres et demi, la moyenne avec boulet de 2 livres et demi, le faucon avec boulet d’1 livre et demi et le fauconneau avec son boulet de trois-quarts de livre. Dès 1635, l’artillerie française va bénéficier des enseignements de ses alliés suédois. L’infanterie utilisera les canons légers de type fauconneaux en plus grand nombre. À Fribourg, l’armée de Champagne compte ainsi deux demi-canons et quinze fauconneaux alors que l’armée d’Allemagne compte six demi-canons et quatorze fauconneaux. Les fauconneaux, pièces maniables, ont l’avantage de pouvoir progresser au même rythme que l’infanterie, la précédant d’un feu destructeur. Cette arme, bien que fragile, a l’intérêt d’être manœuvrable par un seul cheval tout en ayant une portée de 1000 pas. Depuis 1634, le maréchal de La Meilleraye est grand maître de l’artillerie. Le marquis de Chouppes sera son lieutenant-général à l’armée de Champagne.

Le 8 novembre 1643, les commissaires et contrôleurs des guerres reçurent l’ordre de faire prêter serment de « bien et fidèlement servir Sa Majesté et la Reine Régente sa mère, sous la charge et autorité de Monseigneur le duc d’Orléans, lieutenant-général représentant la personne de Sa Majesté et en son absence de ceux qui commanderont lesdits gens de guerre. »

Les troupes du duc d’Enghien forment le cœur de l’armée de Champagne. Elles comprennent à l’origine le régiment d’Enghien, 20 compagnies levées en 1635, puis le régiment de Conti et le régiment de Persan. S’y ajoutent les régiments de cavalerie : le régiment d’Enghien, quatre compagnies de gendarmes et une compagnie de chevau-légers levées entre 1634 et 1636. D’autres unités seront ajoutées en 1643 et 1644 à l’armée de Champagne : les régiments d’infanterie Mazarin-français[6], Bussy, Le Havre, Fabert, Guiche et Desmarets (ces derniers étant liégeois) ; les régiments de cavalerie Mazarin, Guiche, Beauveau et L’Eschelle, les deux derniers étant liégeois.

Le cœur de l’armée d’Allemagne de Turenne est composée de troupes weimariennes de feu Bernard de Saxe-Weimar, passées au service de la France en 1635. Elles sont formées de trois régiments d’infanterie (Hattstein, Bernhold et Schmidtberg), sans compter les unités en garnison, et onze régiments de cavalerie (Baden, Berg, Erlach, Fleckenstein, Kanoffsky, Alt-Rosen, Neu-Rosen, Russwurm, Sharfenstein, Taupadel et Wittgenstein). À ces troupes allemandes vont s’ajouter sept régiments d’infanterie française (Aubeterre, Du Tot, La Couronne, Mazarin-italien, Melun et Montausier) et trois régiments de cavalerie (Guebriant, Tracy et Turenne).

L’armée française à Fribourg

L’armée française qui va affronter son adversaire bavarois à Fribourg n’a rien de prestigieuse : aucun vieux corps parmi les régiments d’infanterie, ni gardes françaises ni gardes suisses. Mais elle est constituée d’unités de vétérans. La plupart des régiments  sont cependant des régiments permanents, ayant plusieurs campagnes à leur actif. Il en est de même des régiments de cavalerie. Et surtout, l’armée de Turenne est constituée de ce qui se fait de mieux en Allemagne : les régiments weimariens de feu Bernard de Saxe-Weimar.

En 1644, alors qu’il prend en charge le commandement de l’armée d’Allemagne, le vicomte de Turenne fait « remonter à ses dépends 5 000 cavaliers et habiller 4 000 fantassins ». Il lui faut en effet remettre sur pied cette armée qui avait beaucoup souffert l’année précédente. Il la réorganise à sa main, comme il l’écrit à Mazarin le 29 février : « Je ne veux pas de tous ces maréchaux de camp servant par jour, l’un défaisant ce que l’autre a fait, mais quatre généraux majors, deux attachés à la cavalerie, deux à l’infanterie ». Il prend comme lieutenant-général, « pour commander sous le maréchal de Turenne en la manière que M. de Guébriant commandait sous le duc Bernard », d’Aumont, au détriment de Taupadel.

Pour la campagne qui s’annonce, son armée s’établira en réalité à 10 000 hommes dont 5 000 gens de pied, 5 000 chevaux et une vingtaine de pièces d’artillerie. L’armée du duc d’Enghien présente un effectif comparable : 10 000 hommes dont 6 000 gens de pied, 4 000 chevaux, et 17 canons.

L’infanterie du duc d’Enghien compte neuf régiments – Persan, Enghien, Conti, Mazarin-français, Le Havre, Bussy, Fabert, Guiche, Desmarets, ces deux derniers liégeois – alors que l’infanterie de Turenne compte six régiments français – Montauzier, Melun, la Couronne, Mazarin-italien, Aubeterre, du Tot – et trois régiments weimariens – Hattstein, Bernhold et Schmidtberg.

La cavalerie du duc d’Enghien comprend ses gardes, les compagnies de gendarmerie Enghien, Condé, Conti et Guiche, les régiments de cavalerie Enghien, Guiche, Cardinal Mazarin, Mazarin français, L’Eschelle, Beauveau (tous deux liégeois) et des compagnies de chevau-légers franches. La cavalerie de Turenne comprend les régiments français de Turenne, de Guébriant, et de Tracy ainsi que onze régiments weimariens – Rosen (Alt-Rosen et Neu-Rosen c’est à dire l’ancien et le nouveau régiment de Rosen), Fleckenstein, Berg, Baden, Wittgenstein, Russwurm, Scharfenstein, Erlach, Taupadel et Kanoffsky.

Le marquis de Chouppes commande l’artillerie du duc d’Enghien en tant que lieutenant général. Ayant pris ses fonctions, il commence par ordonner une revue des officiers et chariots de l’artillerie. Il obtient à la mi-juillet, grâce au soutien de Mazarin contre le duc d’Enghien, la préséance des commandants de l’artillerie sur les sergents de bataille. L’artillerie des armées réunies comporte alors près de 40 pièces d’artillerie bien fournies en munitions diverses.

Au sein de l’armée de Champagne, d’Espenan, le comte de Tournon et Palluau sont maréchaux de camp[7]. Le maréchal de Castelnau-Mauvissière et Mauvilliers (ou Mauvilly), lieutenant des chevau-légers d’Enghien, sont maréchaux de bataille[8].

[1] Les vieux corps désignaient les six plus anciens régiments français, formés dans la seconde moitié du XVIe siècle : Picardie, Piémont, Champagne, Gardes françaises, Navarre, Normandie, ce dernier formé en 1616.

[2] C’est à dire d’un casque de cavalerie appelé aussi capeline.

[3] Anspessade ou lancepessade : terme provenant de l’italien lancia spezzata, signifiant « lance brisée ». En France, ce grade fut créé en janvier 1508 : Louis XII institua ainsi douze places de lancepessades dans les bandes du Piémont. Ces places étaient réservées à la noblesse dans le but de l’attirer dans les rangs de l’infanterie. C’est ainsi que des cadets de Gascogne ou des gens d’armes ruinés acceptèrent de servir à pied.

[4] C’est à dire que les cavaliers sont équipés du pot et de la cuirasse.

[5] Le pas est une unité de longueur datant des Romains. Un pas mesurait alors 2,5 pieds soit environ 75 centimètres.

[6] En plus de son régiment de cavalerie, le cardinal Mazarin leva plusieurs régiments d’infanterie, dont deux, Mazarin-français et Mazarin-italien étaient présents à Fribourg.

[7] Les maréchaux de camp organisaient le campement et le logement de l’armée, en concertation avec le général de l’armée. Pendant la bataille, les maréchaux de camp commandaient un des corps de l’armée ‘une des ailes ou la réserve).

[8] Le maréchal de bataille est une fonction créée à la fin du règne de Louis XIII (vers 1643). Sa principale fonction est de mettre l’armée en bataille en fonction du plan décidé. En pratique, il était secondé par des sergents de bataille.

 

L’apparition d’une nouvelle formation : la brigade

La première moitié du XVIIe siècle est emblématique de l’évolution de l’organisation tactique de l’infanterie. C’est effectivement au début du siècle qu’apparaît la brigade en tant que formation tactique.

Durant le XVIe siècle, l’infanterie se groupe en gros bataillons de 3 à 6 000 hommes qui prennent la forme de carrés : carrés d’hommes, c’est à dire présentant autant d’hommes de front que de côté (50 files sur 50 rangs pour un bataillon de 2500 hommes) ou carrés de terrain, c’est à dire que les hommes occuperont une surface au sol carrée, (150 par 150 pieds par exemple). Le commandement reste relativement centralisé et, malgré l’apparition dans les armées françaises de lanspessades en 1508, puis de caps d’escadres – ancêtres des caporaux – sous François Ier, les chefs d’armée ne prennent pas le risque de diviser ces formations en unités autonomes plus manœuvrables. Il faut attendre Condé et Coligny pour voir apparaître, comme à la bataille de Saint-Denis en 1567, des petites formations indépendantes de 500 hommes. Henri IV reprendra cette vision tactique et la poussera encore plus loin. En 1590, pour la bataille d’Ivry, il aligne son infanterie par petites unités de 500 hommes, mais chaque bataillon de 500 piquiers suisses ou lansquenets est encadré par deux bataillons de 500 arquebusiers français. Et la tactique inter-arme est poussée encore plus loin : entre chacune de ces formations de trois bataillons est intercalée un escadron de cavalerie. Ni Jacques-Auguste de Thou[1], dans son Histoire Universelle, ni les autres historiens ne donnent de nom particulier à ces formations d’infanterie. « Chaque escadron avait sur ses flancs un corps d’infanterie pour le couvrir, et était précédé par quelques aventuriers », écrit simplement de Thou. Davila[2], dans son Histoire des guerres civiles en France, est encore plus laconique sur le sujet : « A chaque escadron il joignit un bataillon, qui par une grêle d’arquebusades, devait soutenir la cavalerie, éclaircir les rangs ennemis ».

À l’initiative de Maurice Nassau, les guerres de Hollande voient l’utilisation de petits bataillons de 400 à 600 hommes résolument inter-armes. À la différence de ceux d’Henri IV, les bataillons de Maurice de Nassau mêlent piquiers et mousquetaires. Le terme de brigade n’est pas encore utilisé mais on observe que les bataillons sont regroupés principalement par paires. Le déploiement de l’armée du prince d’Orange, à Juliers[3] en 1610, montre bien que les bataillons sont groupés par deux. Les Danois imiteront quinze ans plus tard ces dispositions en déployant leur armée, en 1625, sur le même modèle : les bataillons sont groupés deux par deux et placés en losange.

Avec le retour de la paix, les vingt premières années du XVIIe siècle voient la publication de traités militaires s’appuyant sur les expériences des guerres de religion française et hollandaise : « L’art militaire pour l’infanterie » de Jean-Jacques Walhausen[4], publié en 1615 ; « Les principes de l’art militaire » de Jérémie de Billon[5], écrit en 1608, et les « Discours militaires » du sieur du Praissac publié en 1614 en sont quelques exemples. Ces trois auteurs prônent l’utilisation de petits bataillons de moins de 1000 hommes alignés sur un maximum de 10 rangs. Pour Billon, ces bataillons seront groupés par trois : « L’on fera trois bataillons, dont il y en aura deux en face qui sembleront n’être qu’un corps, et un autre derrière ces deux là. (…) Ou bien on mettra un bataillon seul en front et deux autres derrière ». Walhausen et Du Praissac présentent comment un régiment, qui reste une unité administrative, peut être décomposé en plusieurs bataillons. Mais aucun de ces auteurs n’emploient encore le terme de brigade. Cette nécessité ne s’impose pas encore puisque en pratique, il s’agira de scinder un régiment en deux ou trois bataillons.

Cette désignation va apparaître une dizaine d’années plus tard chez les Suédois et les Français. Les premiers vont tout d’abord, entre 1617 à 1621, organiser leurs régiments en escadrons, terme équivalent au bataillon français. Puis, en 1627, Gustave Adolphe va regrouper ces escadrons en brigades, une brigade pouvant rassembler des escadrons provenant de plusieurs régiments. Ces brigades réuniront trois escadrons entre 1627 et 1628, puis quatre escadrons, avant de revenir à trois entre 1631 et 1634. La taille de ses brigades va rapidement se réduire puisqu’en 1642 une brigade ne compte plus qu’un régiment, soit 8 à 16 compagnies d’infanterie.

Sous l’impulsion de Wallenstein, les Impériaux vont suivre l’exemple puisqu’ils formeront, en 1633, six brigaden réunissant chacune trois ou quatre régiments, soit 23 à 37 compagnies par brigade. En ce sens, les pratiques impériales diffèrent de celles des Suédois car, comme l’écrira plus tard Montecuccoli[6], « de plusieurs escadrons et bataillons, se forment les corps ou les grands membres de l’armée qu’on appelle Brigades. Des brigades ont fait, l’avant-garde, le corps de bataille, l’arrière-garde qui marchent devant, au milieu, derrière ». Pourtant, à l’image des pratiques suédoises, ou par nécessité, la taille des brigades impériales va se réduire avec le temps. À la seconde bataille de Breitenfeld, en 1642, les brigades d’infanterie impériales ne compteront plus que 10 à 12 compagnies d’infanterie soit l’équivalent d’un régiment.

L’armée française adoptera la brigade probablement un peu avant 1628. Jacques Callot[7] nous a laissé une représentation de l’armée royale devant La Rochelle, cette année là : l’infanterie est formée en losanges dont chaque sommet est formé de groupes de deux bataillons. Il s’agit là de la formation utilisée par les Hollandais en 1610 et par les Danois en 1625. En France, le terme de brigade, pour désigner ces groupes de bataillons, apparaît au plus tard en 1629. Ainsi, cette année là, au siège de Privas, Champagne et Piémont forment brigade. Une brigade ne sera pas formée systématiquement de deux bataillons puisqu’à la bataille de Thionville, en 1639, une brigade est constituée de trois bataillons, deux provenant du régiment de Navarre et le troisième du régiment de Beauce. Cette notion de brigade n’est pourtant pas encore claire pour tout le monde. Ainsi le terme brigade a été utilisé, notamment par Louis XIII, pour désigner les deux divisions formées en 1635 par les maréchaux Châtillon et Brézé au sein de l’armée de Picardie. Il s’agira là d’un excès de langage pour désigner ce partage, non souhaité par le Roi, de l’armée en deux parties. Chacune de ces deux brigades est alors composée d’un nombre important de régiments et de compagnies de cavalerie : 10 à 12 régiments d’infanterie faisant chacun un bataillon et 26 compagnies de cavalerie formant 15 escadrons. Chacune des deux brigades est désignée soit par le nom du maréchal qui la commande, soit par le nom du vieux corps autour duquel elle a été formée. Au sein de cette armée, et avant l’année 1641, apparaît alors le grade de sergent-major de brigade d’infanterie.

L’année 1644 se distingue par l’utilisation systématique de la brigade d’infanterie au sein de l’armée française. Cette année là, les sources écrites nous listent les brigades de deux ou trois bataillons formées pour la bataille de Fribourg : la brigade d’Espenan composée des régiments Enghien et Persan ; la brigade Tournon composée des régiments Conti et Mazarin-français ; la brigade Marsin composée des régiments Le Havre et Bussy ; une quatrième brigade composée des régiments Guiche, Desmarets et Fabert ; la première brigade française de Turenne composée des régiments de Tot et d’Aubeterre ; la seconde brigade de Turenne composée des régiments La Couronne et Montausier ; la troisième brigade de Turenne composée des régiments Mazarin-italien et Melun ; enfin, les régiments weimariens d’Hattstein, de Bernhold et de Schmidtberg (ou Schönbeck) forment, si l’on en croit une lettre de Turenne à d’Erlach (datée du 30 juillet), deux brigades. Ils n’en formeront plus qu’une par la suite. La cavalerie, pour sa part, n’utilise pas encore la formation en brigades.

La brigade ne deviendra une formation permanente, et non plus un groupement temporaire, qu’en 1668. Par l’ordonnance du 27 mars de cette année seront créés les brigadiers d’infanterie dont le rôle est de commander les brigades.

[1] Jacques-Auguste de Thou (1553-1617), historien, écrivain et homme politique, auteur d’une Histoire universelle depuis 1543 jusqu’en 1607.

[2] Enrico Caterino Davila (1576-1631) était un italien au service d’Henri IV. Il est l’auteur d’une Histoire des guerres civiles de France depuis la mort de Henri II jusqu’à la paix de Ferrois (1598).

[3] Juliers, ou Jülich en Allemand, est une ville située en Rhénanie-du-Nord (Allemagne). La mort de Jean-Guillaume, duc de Juliers, Clèves et Berg, en 1609, donna lieu à un conflit armé. La Guerre de Succession de Juliers pris fin en 1614 par la signature du traité de Xanten.

[4] Johann Jacob von Walhausen (c. 1580-1627) était un écrivain militaire allemand. Il avait prévu de publier un recueil sur l’art militaire en six parties, traitant de l’infanterie, la cavalerie, l’artillerie, les tactiques, les fortifications et les guerres navales. Il mourra avant d’achever son oeuvre.

[5] J. de Billon, seigneur de Prugne. Il entre à l’armée en 1594. Trois ans plus tard, Henri IV le nomme lieutenant du régiment de Chappes, régiment qui prendra le nom de Nerestang à partir de 1631. Ses Principes de l’Art Militaire étaient destinés à tous les jeunes écoliers d’armes du royaume.

[6] Raimondo, comte de Montecuccoli (1609-1680), né à Modène, fut un des grands capitaines du XVIIe siècle. Il sera général des troupes impériales, et adversaire de Turenne entre 1673 et 1675. Il est l’auteur des Memorie della guerra.

[7] Jacques Callot (1592-1635) était un dessinateur et graveur lorrain. On lui doit notamment les Grandes Misères de la guerre, tableaux saisissant de la guerre de Trente Ans.

 

L’armée de Champagne et l’armée d’Allemagne

Armée de Champagne (Enghien et de Guiche) :

Régiments d’infanterie :                                                               Effectif estimé

Enghien                       30 compagnies de 70 hommes             800 hommes

Persan                          30 compagnies de 70 hommes             800 hommes

Conti                             30 compagnies de 70 hommes             800 hommes

Mazarin                        30 compagnies de 70 hommes             800 hommes

Le Havre                       20 compagnies de 70 hommes             800 hommes

Bussy -Lameth             20 compagnies de 70 hommes             800 hommes

Guiche (liégeois*)       20 compagnies de 70 hommes             400 hommes

Desmarets (liégeois*) 10 compagnies de 100 hommes           400 hommes

Fabert                             20 compagnies de 70 hommes             400 hommes

Total estimé                                                                                  6000 hommes

 

Régiments de Cavalerie :

Gardes d’Enghien                                                                       200 chevaux

Gendarmes d’Enghien                          4 compagnies            600 chevaux

Chevau-légers d’Enghien                      1 compagnie              150 chevaux

Gendarmes de la Reine**                     1 compagnie               150 chevaux

Régiment de cavalerie Enghien             6 compagnies (?)    400 chevaux

Régiment de cavalerie Mazarin             6 compagnies (?)    600 chevaux

Régiment de Guiche                             10 compagnies          600 chevaux

Régiment liégeois de L’Eschelle*                                           600 chevaux

Régiment liégeois de Beauveau*                                            600 chevaux

Compagnies franches de chevau-légers                                     ?

Total estimé :                                                                              4000 chevaux

 

* Les fantassins et cavaliers de Marsin n’apparaissent pas distinctement à Fribourg. Il semble que ces hommes, 1200 cavaliers et 800 fantassins, aient formés les régiments de cavalerie L’Eschelle, et Beauveau, et d’infanterie Guiche et Demarets. Mais rien n’est plus sûr, la Gazette de France listant le régiment d’infanterie de Guiche et les régiments de cavalerie de L’Eschelle et de Beauveau parmi ceux envoyés à la rencontre de Marsin, en pays liégeois.

** Lettre de Mazarin au duc d’Enghien, du 11 juin 1644

Artillerie : 2 demi-canons et 15 fauconneaux

Armée d’Allemagne (Turenne et Rosen)

Infanterie :                                                                                   Effectif estimé

Aubeterre                  20 compagnies de 70 hommes             500 hommes

La Couronne             20 compagnies de 70 hommes             500 hommes

Mazarin-italien        12 compagnies de 100 hommes            500 hommes

Montausier               20 compagnies de 70 hommes             500 hommes

Melun                        20 compagnies de 70 hommes             500 hommes

Du Tot                       20 compagnies de 70 hommes             500 hommes

Schmidtberg           5 ou 6 compagnies de 100 hommes      500 hommes (weimariens)

Hattstein                5 ou 6 compagnies de 100 hommes      500 hommes (weimariens)

Bernhold                5 ou 6 compagnies de 100 hommes      500 hommes (weimariens)

Total estimé                                                                           5 000 hommes

 

Le reste de l’infanterie weimarienne est à Brisach, avec d’Erlach

Une source (une version de l’Histoire du vicomte de Turenne de Ramsay), cite le régiment de Mézières, en brigade avec le régiment de Montausier. Ce régiment n’apparait dans aucune source et n’a en réalité jamais existé. Par contre, lors de sa jonction avec Marsin, en pays liégeois, Enghien avait emmené avec lui « 400 hommes commandés des garnisons de Sedan, Mézières et Charleville », d’où la confusion possible. La brigade Montausier était donc uniquement composée des régiments Montausier et La Couronne.

 

Cavalerie :                                                                                       Effectif estimé

Régiment de Turenne                                                               400 chevaux

Régiment de Guébriant                                                            250 chevaux

Régiment de Tracy                                                                    300 chevaux

Régiment Alt-Rosen (weimarien)                                          400 chevaux

Régiment Neu-Rosen (weimarien)                                        350 chevaux

Régiment de Baden (weimarien)                                           400 chevaux

Régiment de Berg (weimarien)                                              350 chevaux

Régiment d’Erlach (weimarien)                                             400 chevaux

Régiment de Fleckenstein (weimarien)                                350 chevaux

Régiment de Kanoffsky (weimarien)                                     350 chevaux

Régiment de Russwurm (weimarien)                                    350 chevaux

Régiment de Scharfenstein (weimarien)                              350 chevaux

Régiment de Taupadel (weimarien)                                      400 chevaux

Régiment de Witgenstein (weimarien)                                 350 chevaux

Total estimé                                                                            5 000 chevaux

Artillerie : 6 demi-canons et 14 fauconneaux

 

Ci-dessus : Cavalerie (et infanterie) weimarienne (Aquarelle de K.A. Wilke)

 

 

 

Stéphane Thion

 

La cavalerie à l’aube du XVIIe siècle

La cavalerie à l’aube du XVIIe siècle

Lance contre pistolet

Depuis le début des guerres de religion, les folles charges de cavalerie ont marqué les esprits. Dreux, Saint-Denis, Moncontour, La Roche l’Abeille, Coutras… autant de champs de bataille dont la terre raisonne encore du galop des chevaux. Mais en cette fin de siècle, la question de l’armement du cavalier lourd est sujet à débat.

A l’aube du XVIIe siècle, pour la majorité des théoriciens militaires (Basta, Walhausen, Melzo) il n’existe plus que trois catégories de cavaliers : les lanciers, les cuirassiers (qui englobe les reîtres allemands, les herreruelos espagnols et les chevaux légers huguenots) et les arquebusiers à cheval ou carabins. Walhausen y ajoute les dragons. Alors que l’arquebusier à cheval et le carabin sont des cavaliers qui démontent, le dragon apparaît tout d’abord comme une infanterie montée. Mendoza, qui écrit quelques années auparavant, puis Montgommery et Billon utilisent pour leur part une autre classification : plutôt que de distinguer les cavaliers par leur armement, ils le font par leur façon de combattre : gendarmes (hombres de armas), chevaux légers (cavalleria ligera) et arquebusiers à cheval ou carabins (arcabuzeros a cavallo), Mendoza évoquant encore les reîtres (herreruelos). La raison en est simple : avec l’avènement d’Henri IV, la lance a été abandonnée par la noblesse française. Gendarmes et chevaux-légers utilisent maintenant le même armement, les seconds plus légèrement armés et protégés, alors que les arquebusiers à cheval et carabins sont pour leur part armés d’une arquebuse. Mais en Espagne, le débat sur l’intérêt de la lance fait rage.

Bernardin de Mendoza, dans sa Théorie pratique de la guerre, écrite en 1596, affirme que les lances sont plus efficaces que les reîtres ou herreruelos. Les escadrons de lances n’ont pas besoin d’être plus nombreux que 100 ou 120 au plus, alors qu’il faut 400 ou 500 herreruelos dans un escadron. Les succès des chevaux légers huguenots des guerres de religion, armés de pistolets, et des cuirassiers de Nassau ne feront pas changer d’avis les principaux théoriciens militaires du début du XVIIe. Comme le dit George Basta, comte du Saint-Empire Romain germanique et gouverneur Général de Hongrie et Transylvanie sous Rodolphe II, l’introduction des cuirasses en la France, avec un total bannissement des lances a donné l’occasion de discourir quelle armure serait la  meilleure. Lui aussi était convaincu du pouvoir de la lance : la lance inventée pour percer & diviser un escadron, demande vélocité & force pour le choc. Mais il ajoute que, pour obtenir l’impact escompté, l’utilisation de la lance nécessite quatre conditions : un bon cheval, un terrain plat, un cavalier parfaitement entraîné à son maniement et enfin, qu’elle soit répartie en petits, & non pas en gros escadrons, qu’il nomme escadronceaux, les établissant à vingt & cinq ou trente chevaux. La même année, Jean-Jacques Walhausen consacre le premier chapitre de son ouvrage « De l’instruction et gouvernement de la cavalerie» au lancier. Son opinion rejoint celle de Basta, et il propose que les lanciers soient réunis en petites compagnies de 40 à 60 chevaux, et celle de l’Espagnol Ludovic Melzo, qui écrit en 1619 un ouvrage sur le service de la cavalerie. Enfin, tous ces auteurs se rejoignent lorsqu’ils affirment que le cuirassé est plus facile à recruter et à former que le lancier.

L’historien Davila illustre bien ces débats lorsqu’il relate les combats de cavalerie prenant place devant Amiens en 1597 : durant les différentes escarmouches qu’on livra continuellement dans la plaine, plusieurs remarquèrent que quand le combat se passait entre cuirassiers ou carabins de part et d’autre, l’avantage demeurait pour l’ordinaire aux Français, mais que lorsque les gendarmes flamands ou franc-comtois entraient en lice, la cavalerie française ne pouvait soutenir le choc de leurs lances. Pour obvier à cet inconvénient qui causait beaucoup de perte et de chagrin à la noblesse, le Roi s’avança à la tête de ses escadrons, ordonnant de ne point se serrer en escarmouchant, mais de laisser beaucoup de vide entre eux. On en fit l’essai plusieurs fois, et l’on vit que le choc des lances ne rencontrant rien de solide, demeurait presqu’entièrement inutile. Cette manœuvre produisit un grand avantage, tant parce qu’on escarmouchait par pelotons dans une vaste plaine, où il était aisé de s’étendre, que parce que les lances des Espagnols étaient en très-petit nombre, en comparaison de la cavalerie française.

La cavalerie hollandaise va suivre l’exemple français en abandonnant la lance au cours des années quatre-vingt-dix. En 1591, à Knodsenbourg, le prince Maurice de Nassau dispose de quatre cornettes de lanciers et deux cornettes de carabins alors qu’en 1597, la cavalerie hollandaise n’est plus composée que de cuirassiers : à la bataille de Tielsche-Heyd, près de Turnhout, en 1597, la cavalerie portant des grandes pistoles avait l’avant-garde, et était divisée en six troupes (Les lauriers de Nassau, par Jean Orlers et Henry de Haestens, 1612). À Nieuport, en 1600, la cavalerie est uniquement formée de cornettes de cuirassiers, accompagnées de quelques-unes de carabins alors que les Espagnols possèdent plusieurs cornettes de lanciers. L’armée du Cardinal Albert qui se porte au secours de la ville d’Amiens, en 1597, compte ainsi 1 500 lanciers, soit la moitié de la cavalerie espagnole. Les Espagnols seront les derniers à aligner des escadrons de lances, ne les abandonnant que vers 1633.

 

Officier et lancier espagnols vers 1620-1630 (Aquarelle de K.A. Wilke)

Gendarmes, chevaux légers et carabins

Il existe encore, en France, comme en Espagne ou en Savoie, des compagnies de gendarmes. Mais il ne s’agit plus des anciennes compagnies d’ordonnance, qui disparaissent dans les années 1590. Au début du XVIIe siècle, selon Du Praissac, les compagnies de gendarmes ou d’hommes d’armes, sont divisées en compagnies de cent hommes d’armes, au moins celles du Roy, des Princes, du Connétable & des Maréchaux de France, les autres ne sont pas si fortes. Louis de Montgommery nous décrit des compagnies de gendarmerie plus fortes sous Henri IV (vers 1603) : nous laisserons les compagnies de gendarmes complètes de 200 maîtres pour les princes, officiers de la couronne et gouverneurs de provinces ; et les autres de 100 pour les seigneurs, et ceux auxquels il plaira au roi d’entretenir, effectif confirmé par l’ordonnance du 29 avril 1611. Et il décrit en détail leur équipement : leurs armes seront complètes, et useront de grèves et genouillères, dedans ou dessus la botte ; la cuirasse à l’épreuve de l’arquebuse devant et derrière ; ils porteront au lieu de la lance une escopette de celles que l’on fait maintenant, lesquelles tirent à 500 pas, car elles ne sont guère plus longues ni plus empêchantes que les pistolets de l’autre côté de l’arçon, ils y mettront un pistolet chargé d’un carreau d’acier, d’une flèche acérée.  (…) Pour l’ordre de combattre, chaque brigade (une compagnie se décompose en quatre brigades) se mettra cinq à cinq, qui fera pour la compagnie de 200 hommes d’armes 20 de front et 10 rangs, au troisième rang le guidon, et l’enseigne au cinquième. (…) Pour entrer au combat, ils doivent allé au pas, jusqu’à 100 pas de l’ennemi, puis au trot jusqu’à 25 ou 30, cela se juge à l’oeil, gardant toujours soigneusement leurs rangs, l’escopette sur la cuisse et le pistolet avec le chien couché dans le fourreau : lors les trompettes sonneront la charge, et les enfants perdus feront leur salut (feront feu), et eux tenant à demi bride, tireront leurs escopettes, les appuieras sur le poing de la bride au moins des premiers rangs, et lors chargeront à toute bride le pistolet à la main lequel ils ne tireront point qu’appuyé dans le ventre de l’adversaire, au dessous du bord de la cuirasse dans la première ou seconde lame de la tassette (s’il est possible).

Concernant les chevaux légers, Montgommery les décrit comme des gendarmes plus légèrement armés : quant aux chevaux légers, les troupes seront toutes de 100 maîtres, feront 3 quadrilles, et en useront comme nous avons dit des gendarmes ; ils s’armeront d’armes complètes, ayant une cuirasse à preuve et le reste léger ; ils auront un pistolet à l’arçon sous la main de la bride, et à l’autre leur salade ou habillement de tête. Leur apparence ne se modifie guère entre les années 1590 et 1620 comme nous le montre cette description des chevaux légers du Roi en 1614 : suivaient les chevaux légers de la compagnie (du Roy), armés & cuirassés le casque en tête, les guidons en main, avec les écharpes & livrées de sa Majesté.

Mais si Montgommery prescrit que la cavalerie combatte sur 10 rangs, le sieur Du Praissac, qui écrit dix ans plus tard et est plus imprégné des théories de Maurice de Nassau,  préconise que des compagnies de 108 chevaux se déploient sur 6 rangs.

Montgommery donne la paternité des carabins aux Espagnols et les décrit ainsi : les carabins sont institués pour entamer le combat, pour suivre la victoire, pour les retraites, et pour les escarmouches : ils sont nommés carabins par les Espagnols qui en ont été les auteurs. Melzo affirme pour sa part que les arquebusiers à cheval furent inventés par les Français, lors des dernières guerres du Piémont qui les appelèrent dragons, nom qu’ils gardent encore. (…) Les Arquebusiers à cheval sont de grand profit si on les emploie avec raison : parce qu’ils sont bien utiles pour les gardes des quartiers, pour les escortes (surtout lorsqu’on escorte des voitures) pour battre l’estrade et pour aller prendre langue. Il décrit plus loin les carabins et la manière de combattre qu’ils doivent adopter : leurs armes doivent être, une cuirasse échancrée à l’épaule droite, afin de mieux coucher en joue, un gantelet à coude pour la main de la bride, un cabasset en tête, et pour armes offensives une longue escopette de 3 pieds et demi pour le moins ; les plus longues se porteront mieux en écharpe. Il doit porter aussi un pistolet comme les autres. Les carabins doivent être prompts à recharger, et pour cet effet porter des cartouches à la reître, et quantité de poudre et de plomb sur eux, chacun un bon cheval et vif, mais non pas des petits bidets. Pour leur manière de combattre étant dans l’ordre que j’ai dit ci-devant, seront 15 de front et 7 à 8 rangs ; les 2 quadrilles de carabins à main gauche, trois à trois, celle du maréchal des logis s’avancera la première conduise par son caporal, lequel aura une longue arquebuse au poing. Jérémie de Billon nous dit, vers 1610, que la compagnie de carabins serait de soixante hommes (…). Ils auraient la cuirasse à l’épreuve et un pot ou salade sans autres armes défensives. Et pour armes offensives, une grosse arquebuse à rouet de trois pieds ou un peu plus, ayant fort gros calibre, et l’épée au côté, et un pistolet court, c’est comme le roi les a lui-même institué.

Ces carabins, armés, selon Davila, pour la plupart de plastrons & de casques, & montés sur de petits chevaux vifs & exercés à toutes les évolutions, sont redoutés de l’ennemi.

Gendarme/Cuirassier vers 1630 (Aquarelle de K.A. Wilke)

 

De la compagnie au régiment de cavalerie

Au début du XVIIe siècle, les impériaux lèvent déjà des régiments de cavalerie comptant de 5 à 10 compagnies de 100 chevaux. Beaucoup de ces régiments  joignent compagnies de cuirassiers et d’arquebusiers. Ainsi les trois régiments wallons, de 500 chevaux chacun, envoyés au Palatinat en 1620, comptent 3 compagnies de cuirassiers et 2 compagnies d’arquebusiers chacun. Cette même année, plusieurs régiments de la Ligue catholique comptent 600 cuirassiers et 400 arquebusiers. Une compagnie comprend le plus souvent un capitaine (Rittmeister), un lieutenant, un cornette, un fourrier, 3 caporaux, 3 trompettes, un maréchal-ferrant, parfois un secrétaire (mustershreiber), un armurier (plattner), un maréchal des logis, un quartier-maître et un prévôt. Walhausen propose que les compagnies de cuirasses soient de 100 hommes pour le moins, les compagnies d’arquebusiers, qu’il appelle aussi carabins ou bandeliers à cheval, de 50 à 60 chevaux et les compagnies de dragons de 200 hommes.

La cavalerie danoise du roi Christian IV, qui combat pour la cause protestante de 1625 à 1629, est aussi organisée en régiments. Chaque régiment compte 6 compagnies de 106 chevaux. Une compagnie se divise en quatre troupes, trois de 27 cuirassiers et une de 25 arquebusiers.

La seule unité permanente, en France, en Hollande et en Espagne, reste la compagnie franche d’une centaine de chevaux. Louis de Montgommery propose, à l’aube du XVIIe siècle, que chaque compagnie de chevaux légers ait une troupe de 50 carabins avec elle, en deux quadrilles de 25, sous la charge d’un lieutenant.  Mais, en 1621, les troupes de carabins seront séparées des compagnies de chevaux légers, et formeront un corps particulier sous un mestre de camp des carabins, Arnaud de Corbeville. Et il faudra attendre 1635 pour voir en France la première tentative de formation en régiments, que ce soit de carabins ou de chevaux légers. Hollandais et Espagnols font aussi combattre leurs compagnies d’arquebusiers à cheval de concert avec les cuirassiers. Ainsi, à Nieuport, le comte Louis-Günther de Nassau commande à 3 compagnies d’arquebusiers de s’avancer et faire leur décharge alors qu’il les suit de près avec 5 ou 6 compagnies de cuirassiers.

Quand à la manière de faire combattre, le cavalerie combat en escadrons de 200 à 700 chevaux sur une dizaine de rangs de profondeur. Certains généraux privilégient de gros escadrons, d’autres, comme le prescrit Montgommery, de petits escadrons, plus faciles à commander. C’est effectivement ce que fit Henri IV à Ivry, selon Palma de Cayet : le Roy, qui avait expérimenté en d’autres batailles et combats qu’il était plus avantageux de faire combattre la cavalerie en escadron qu’en haye. Le Roi juge donc, selon Davila, à propos de partager sa cavalerie en plusieurs escadrons, pour affaiblir le choc des lances, & afin que dès qu’elles auraient chargé, deux ou trois escadrons moins gros pussent les attaquer de toutes parts, & ne pas exposer toute sa cavalerie à essuyer de front la violence de leur première charge. Chacun de ces escadrons comptent 250 à 400 chevaux, à l’exception du sien qui en fait 600. Espagnols et Hollandais forment aussi des escadrons de 200 à 400 chevaux en regroupant 2 à 4 compagnies. Les Espagnols les appellent trozos, les Hollandais, troupes.

Au début de la guerre de Trente ans, les escadrons comptent en moyenne 400 chevaux, que ce soient ceux de Tilly ou ceux des protestants. Les catholiques forment leurs escadrons sur 10 rangs alors que les protestants adoptent des formations moins profondes, sur 6 rangs. Ces formations étaient bien adaptées à la tactique de la caracole, privilégiant le feu à la charge épée en main. Chaque rang de cavalier avance alors à 30 ou 50 pas de l’ennemi, fait feu puis se retire à l’arrière de l’escadron pour recharger. La caracole en «limaçon» est similaire, à la différence que le tir se fait par file : la file de gauche s’avance, tourne sur sa droite de façon à présenter son flanc gauche à l’ennemi, fait feu, fait le tour de l’escadron et vient se replacer à sa position d’origine pour recharger.

L’allègement de la cavalerie lui permet par ailleurs de démonter, comme c’était le cas durant la guerre de cent ans. Montgommery termine ainsi son ouvrage par les mots suivants : toutefois la cavalerie généreuse, pleine de noblesse, comme la nôtre, peut en partie intervenir à ces défauts, car elle est si volontaire & prompte au service de son Roy, & encline à l’honneur, que volontiers une partie, voire tous mettront pied à terre pour quelque grand effet, chose que nous avons vu souvent exercer durant nos dernières guerres civiles. Car quand nous mettrons dans chaque régiment français 200 gentilshommes & 100 carabins à pied, la pique à la main, & le pistolet en écharpe, il n’y a bataillon d’Espagnols ni même de Wallons, lesquels je crois être des meilleurs fantassins du monde qui n’en fut sauvé, témoin le convoi de Lan. Cet épisode est décrit en détail par Sully dans ses mémoires. Il s’agit de l’attaque, par le maréchal de Biron, d’un convoi espagnol défendu par 100 chevaux et 1 600 à 1 800 fantassins espagnols, wallons et allemands : le combat tirant en longueur, Biron ordonna donc pour dernière ressource, que les 100 gentilshommes missent pied à terre, qu’ils joignissent à leurs armes, qui étaient l’épée et le pistolet, la pique (il en avait fait apporter en quantité), et qu’ils remmenassent à la charge nos gens de pied français et suisses, qui n’avaient encore pu entamer les Espagnols. Les Espagnols cédèrent enfin et se sauvèrent dans les bois et sous les chariots, après avoir jeté leurs armes. Cette pratique n’est pas propre à la cavalerie française puisque Tilly, qui combat alors, en 1600, en Hongrie sous le comte de Mercoeur, fait aussi démonter ses cuirassiers au moins en une occasion, pour repousser une bande de 3 000 Tartares.

Stéphane Thion

L’armée du maréchal de La Force mobilisée contre le duc de Lorraine, septembre 1634

L’armée du maréchal de La Force mobilisée contre le duc de Lorraine, septembre 1634

Un petit bijou de document trouvé à la BNF, envoyé par le maréchal de la Force au roi. On y trouve la liste des compagnies et régiments ainsi que le nombre de chariots.
En 1634, une compagnie de cavalerie compte théoriquement 100 chevaux, moins de 50 dans la réalité. En 1628, Richelieu a voulu réunir les compagnies qui comptaient à peine 50 chevaux en escadrons d‘au moins 100 chevaux. Mais il ne réglementera réellement cette pratique que par l’ordonnance du 3 octobre 1634, constituant des “escadres” de 100 chevaux chacune.
Les vieux régiments d’infanterie comptent une vingtaine de compagnies et les régiments temporaires sont constitués de dix compagnies. La compagnie est théoriquement de 100 hommes, moins dans la pratique. L’année suivante Richelieu descendra la compagnie 3 officiers et 50 hommes.
Cette liste nous donne 40 compagnies de cavalerie et 25 régiments d’infanterie (dont 4 vieux).
40 compagnies totalisant 4,000 cavaliers soit plus de 95 chevaux par compagnie. Un chiffre élevé pour l’époque.
25 régiments d’infanterie totalisant 10,000 fantassins, soit 400 hommes par régiment. De l’ordre de 40 hommes par compagnie. Ce chiffre semble plus cohérent.
J’avais publié ce texte sur mon blog De Rohan à Turenne, mais il me parait utile de le partager à nouveau sur ce site.

L’ordre du départ et acheminement de l’armée du Roy, vers l’Allemagne, sous la conduite de Monsieur le Maréchal de La Force, de Vic le 17 de septembre 1634.

Avec le nombre des compagnies de cavalerie, et régiments d’infanterie de ladite armée.
A Lyon, 1634.

« Monsieur le maréchal de La Force, général de l’armée du roi, dans le duché de Lorraine, et frontière d’Allemagne, ayant (contre les forces du duc de Lorraine) pris et fait rendre les villes et nombres des places de ce duché, comme aussi les plus importantes de l’Alsace à l’obéissance de sa majesté, et notamment la ville de la Motte, contre l’opinion de plusieurs, attendu la situation et forteresse inexpugnable de cette place très importante. Après donc avoir mis de bonnes garnisons dans les villes, et places de Charmes, Remiremont, Haguenau, Saverne, Biches, Vaudemont, Ville-destin, Boar, et autres lieux de conséquence pour conserver lesdites places dans l’obéissance du roi, lesquelles garnisons ont été tirées de quelques régiments de ladite armée, ainsi qu’on a fait pour la garde de la ville de Nancy, deux compagnies de chaque vieux régiments. Ormis que pour la garnison de la ville de la Motte, le sieur de Perigord (que le roi a commis pour gouverneur) a levé des compagnies suivant le pouvoir que lui en a donné sa majesté pour la garnison de cette dite place.
Toutes choses étant bien assurée, d’un côté et d’autres, ledit sieur maréchal aurait donné avis au roi, et à messieurs les ministres d’état, de tout l’ordre des affaires, tant dudit duché, que frontières d’Allemagne, et ensuite de ce qu’il aurait reçu commandement de sa majesté de s’en venir dans la ville de S. Mihel (l’une des principales de la Lorraine) où il aurait séjourné quelques temps avec madame la marquise de La Force sa belle-fille, et tout le train de leur maison.
Durant ce séjour les compagnies de cavalerie et infanterie de l’armée ont été séparées en divers lieux, mais non pas tant éloignées qu’au premier boute-selle de la trompette, et bruit du tambour toutes les troupes pouvaient être dans peu de temps sur pied, tant que les choses avaient été bien ordonnées, et le tout sans fouler le peuple, sinon que des moindres incommodités de la guerre.
Ledit sieur maréchal étant, comme dit est, dans la ville de S. Mihel pour se rafraîchir du grand travail qu’il a eu continuellement jour et nuit pendant le siège de la Motte où il a force tout ce qui pu permettre son âge, (tant que le zèle qu’il a pour le service du roi, l’a obligé de ce faire). Il aurait reçu commandement de sa majesté, de partir de ladite ville de S. Mihel, pour cheminer vers les frontières d’Allemagne, il arriva en la ville de Mers, nonobstant toutes les injures du temps, le dimanche dix-septième de septembre.
pendant son séjour dans ladite ville il envoya visiter tous les quartiers de ladite armée, et faire commandement aux chefs et officiers de faire avancer les troupes, tant de cavalerie, qu’infanterie vers Vic, et Moyen-Vic, ce qu’ils firent suivant l’ordre qui leur avait été envoyé.
Toutes choses étant prêtes, et en état de se mettre en campagne, ledit sieur maréchal (l’infatigable dans ces peines, notamment quand elles sont pour le service du roi) se rend avec la compagnie de gendarmes, commandée par monsieur de Boësse son petit-fils dans la ville de Vic, le mercredi 27 ensuivant. Dans cette ville le conseil fut tenu entre les chefs, et l’ordre arrêté pour aller vers les villes de Haguenau et Saverne, et de là suivant le cours des affaires avancer à Fribourg avec les forces suivantes savoir :

Cavalerie pour l’Avant-garde de l’armée.
La compagnie colonelle, commandée par monsieur de Bouchavane.
La comp. du maître de camp.
La comp. écossaise.
La comp. de M. de Blagny colonel.
La comp. de M. de Lorriere.
La comp. de M. des Roches-bariteaut.
La comp. de M. de la Fraizeliere.

Avec ces sept compagnies de cavalerie l’on a aussi fait joindre sept compagnies de carabins, qui sont :
La compagnie de monsieur Arnault, maître de camp, de présent gouverneur pour le roi dans l’importante ville de Philisbourg en Allemagne.
La comp. de M. d’Arrancourt.
La comp. de M. du Pré.
La comp. de M. de Courval.
La comp. de M. le marquis de Villars.
La comp. de M. de Byderan.
La comp. de M. de la Motte.

Infanterie de l’avant-garde.
Le régiment de Picardie, commandé par M. le comte de Barraut.
Le régiment de Navarre, commandé par M. de S. Simon l’aîné.
Le régiment de Varenne.
Le régiment de Vaubecourt.
Le régiment de Rambure.
Le régiment d’Alincourt.
Le régiment de Villeroy.

Corps d’armée pour la cavalerie.
La comp. des chevaux légers du Roy, qui est de 200 maîtres, commandée par M. de Contenant.
La comp. de la Reine.
La comp. de M. le Prince.
La comp. de M. le Cardinal Duc de Richelieu, commandée par M. de Mouy.
La comp. de M. le maréchal de la Force, commandée par M. le marquis de Bosse son petit fils.
La comp. de M. le baron de la Cressonière.
La comp. de M. de la Ferté de Sainneterre.
La comp. du feu chevalier de Sainneterre.
La comp. de M. le marquis de Praslin.
La comp. de M. le comte de Vattimont.
La comp. de M. le comte de Vientail.
La comp. de M. le marquis de la Valette.
La comp. de M. le marquis du Terrail.
La comp. de M. la comte de Pouillé.
La comp. de M. comte de M. de Beauveau.
La comp. de M. le marquis de Fourille.
La comp. de M. le comte de Dampierre.

Infanterie du corps d’armée.
Le régiment de Normandie.
Le régiment de Piemont.
Le régiment de M. de Tonnains.
Le régiment de M. d’Auquincourt.
Le régiment de M. le marquis d’Effiat.
Le régiment de M. le marquis de Mailleraix.
Le régiment de M. de Aunay.
Le régiment de M. de Nettencourt.
Le régiment de M. du Plessis Joygny.
Le régiment de M. de S. Etienne.
Le régiment de M. de Castelmoron.
Le régiment de M. de Bettencourt.

Cavalerie de l’Arrière-garde de l’armée.
La comp. de M. de la Blocquerie Liégeois.
La comp. de M. de Miches Liégeois.
La comp. de M. le comte de Guiche.
La comp. de M. le marquis de S. Chaumont.
La comp. de M. le marquis de Villeroy.
La comp. de M. de Fequiere, de présent ambassadeur pour le roi en Allemagne.
La comp. de M. le Premier.
La comp. de M. le commandeur de la Porte.
La comp. de M. le marquis de la Maillerais.

Infanterie de l’arrière-garde.
Le régiment de M. le colonel Elbron Écossais.
Le régiment de M. de Chasteliers-Barlot.
Le régiment de M. le baron de Montozier.
Le régiment de M. le baron de S. Hilaire..
Le régiment de M. de la Boulley.
Le régiment de M. le vicomte de Turenne.

Le lecteur me pardonnera, si les compagnies de cavalerie et régiments d’infanterie ici contenues ne sont peut-être selon le vrai ordre qu’elles doivent être, mon intention n’est point de frustrer le rang à qui il appartient.

Outre les forces ci-dessus, ledit sieur maréchal fait aussi mener dans le corps de ladite armée 27 pièces de gros canons, et 34 moyennes, 800 tant chariots que charrettes chargées de munitions de guerre, 1600 tant chariots que charrettes chargées de vivres, et de toutes choses qui sont nécessaires pour subvenir à une puissante armée.
Par la grande prévoyance du sieur Coquet, général des vivres dans ladite armée, il a à la suite d’icelle des blés et farines plus qu’il ne faut pour fournir plus de deux mois de pain d’amunition, qui ne manque d’être délivré tous les jours aux soldats dont les contrôleurs doivent apporter deux fois la semaine les quittances des compagnies du conseil.
Et pour les payes des capitaines, lieutenants, officiers, gendarmes et soldats, qui est le seul nerf de la guerre, le sieur de Gobelin maître des requêtes ordinaires de l’hôtel du roi, et intendant de la justice et des finances de l’armée, y prend continuellement un tel soin, qu’à point nommé les montres sont payées par les officiers, en telle sorte qu’il n’y aucun suite de plaintes.
Cependant que ce généreux maréchal, vieux routier de la guerre, fait reconnaître quelles sont les forces des français, monsieur le marquis de la Force son fils aîné ci-devant premier maréchal de camp de ladite armée est de présent vers les Ardennes avec 14,000 hommes, savoir 4,000 de cavalerie, et 10,000 d’infanterie sous sa conduite, où il attend les commandements du roi.« 

Les formations d’infanterie à l’aube du XVIIe siècle

Les formations d’infanterie à l’aube du XVIIe siècle

À l’aube du XVIIe siècle, l’infanterie va se transformer. Les formations profondes espagnoles, suisses et allemandes, carré d’hommes ou carré de terrains, vont progressivement s’affiner.

L’infanterie de toutes les nations est maintenant organisée en régiments. Imitant le tercio espagnol, composé de 12 compagnies de 250 hommes, le régiment d’infanterie impérial est organisé en régiments de 10 compagnies de 250 ou 300 hommes soit, théoriquement, 2 500 ou 3 000 hommes. Le régiment wallon et bourguignon est aussi à 3 000 hommes, en 15 compagnies de 200 hommes. Ce sont ainsi 6 000 Wallons, en deux régiments, celui de Bucquoy et celui de Miraumont, que le Roi d’Espagne envoie à l’Empereur pour renforcer son armée, en 1619. Les régiments protestants des premières années de la guerre de Trente ans étaient de taille comparable, comptant 2 à 3 000 hommes. J.J. Walhausen, qui écrit son Art militaire pour l’infanterie vers 1606-1615, évoque, en parlant de la Haute-Allemagne, des régiments de 3 000 hommes à dix compagnies de 300 hommes, chaque compagnie comptant 150 mousquetaires et 120 piquiers plus l’encadrement : un capitaine, un lieutenant, un porte-enseigne, trois sergents, un capitaine des armes, un caporal des appointés, trois caporaux, trois lanspessades, les appointés, trois ou quatre tambours, un chirurgien et un prévôt.  Les vieux régiments français, comme on le verra plus loin, comptent plutôt 2 000 hommes en 20 compagnies de 100 hommes.

Pour combattre, l’infanterie se forme en bataillons ou escadrons. L’infanterie espagnole du Cardinal Albert, qui se porte au secours d’Amiens en 1597, compte quatre bataillons faisant de l’ordre de 4 000 hommes chacun, plus différentes manches d’arquebusiers : l’avant-garde était un bataillon carré, deux autres bataillons carrés formaient le centre, (…) et un corps d’infanterie d’élite fermait la marche, alors que 500 arquebusiers sont distribués dans les intervalles des charrettes. En pratique, un tercio de 3 000 hommes, composé de 1 324 corselets (coseletes en espagnol), 1 526 arquebusiers et 150 mousquetaires, se forme en un seul escadron, les corselets en formant le corps, disposés en 36 files de 36 hommes. Arquebusiers et mousquetaires forment alors les garnisons,  une à chaque angle du carré de piquiers. Martin Eguiluz, qui écrit en 1595, propose encore d’énormes escadrons de plus de 10 000 hommes et Lelio Brancacio qui écrit 30 à 40 ans plus tard, préconise de gros escadrons carré d’hommes, composés d’un ou plusieurs tercios. Un escadron composé d’un tercio complet sera de 2 500 hommes (1 000 piquiers, 1 050 arquebusiers et 450 mousquetaires), plusieurs tercios pourront composer un gros escadrons de plus de 6.000 hommes. Mais dès 1600, les escadrons espagnols, manches comprises, comptent moins de 2 000 hommes : 1 500 à 1 800 hommes pour chacun des quatre tercios aligné à la bataille de Nieuport, chaque tercio formant un escadron, et 1 300 hommes pour les escadrons alignés à Fleurus, en août 1622. Un mois plus tard, Gonzalvo de Cordova présentera son infanterie à l’Infante en 5 escadrons de 1 000 hommes

Durant la guerre de Trente ans, le bataillon impérial ou de la Ligue catholique dépasse rarement les 2 000 hommes : à la Montagne Blanche, cinq bataillons comptent 1 250 à 1 700 hommes, quatre font 2 000 à 2 500 hommes alors que les Wallons, vétérans des Flandres, forment un bataillon de 3 000 hommes. Le comte de Tilly est un adepte de l’escadron espagnol avec garnisons de mousquetaires. À la bataille de la Montagne Blanche, il dispose son aile droite, commandée par Bucquoy, en cinq gros d’infanterie avec leurs mousquetaires, aux pelotons des quatre coins et aux deux manches et les piquiers au milieu. Les quatre en forme carrée de pareille distance et le cinquième au milieu (Mémoires de Du  Cornet). Alors que les bataillons impériaux et liguistes se forment sur 20 à 30 rangs, en bataillon doublé, de façon à obtenir un bataillon deux fois plus large que profond, les bohémiens et les protestants scindent leurs régiments en bataillon de 800 à 1 000 hommes sur 10 rangs.

Selon le sieur du Praissac, ordinairement on fait cinq sortes de bataillons, à savoir carrés d’hommes, carrés de terrain, doublés – quand le front est au fond selon quelque proportion donnée, et de grand front. L’espace que quelque soldat occupe, marchant en bataille, est de 3 pieds en front, et 7 en fonds. (…) Les bataillons carrés d’hommes ou de terrain, sont faibles de front, et ceux de grand front sont fort faibles de fonds. Les Espagnols se servent le plus souvent des bataillons doublés, et les Hollandais de longs, car ils ne font leurs files que de 10 hommes. Walhausen propose de faire, avec un régiment de 3 000 hommes, de 3 à 12 escadrons, les formant en 50 files de 5 hommes, soit 250 hommes, ou en 100 files de 10 hommes, soit 1 000 hommes. Il s’inspire ainsi de Maurice de Nassau, qui scinde, à Nieuport, ses 9 régiments en 16 bataillons de 600 à 650 hommes chacun. Dans ses Principes de l’Art Militaire, Henry Hexham décrit le bataillon hollandais en files égales de 10 hommes. Pour lui, la meilleure façon de former une division est de réunir 500 piquiers et mousquetaires et d’en faire 25 files de chaque. Au début de la guerre de Trente Ans, de nombreux princes protestants s’inspireront de l’école hollandaise. Ainsi, l’armée du Margrave de Bade, qui affronte Tilly à Wimpfen les 5 et 6 mai 1622, est bien encadrée et bien entraînée, ses régiments organisés en 10 compagnies de 200 hommes. Chaque régiment est déployé en un bataillon de 1 400 hommes, le reliquat formant les enfants perdus, de 140 files sur 10 rangs, moitié mousquetaires, moitié piquiers. Les armées de Mansfeld et de Christian de Bunswick semblent être organisées en régiments d’une dizaine de compagnies de 200 hommes, effectif théorique bien sûr, combattant en bataillons de 1 000 hommes sur 10 rangs. L’infanterie danoise du roi Christian, qui combat de 1625 à 1629, s’inspire aussi de ce modèle, formant ses régiments à 12 compagnies de 200 hommes, en deux bataillons de 1 200 hommes, avec une proportion de deux mousquets pour une pique.

L’infanterie française, influencée par les pratiques des protestants, privilégie les bataillons faisant moins d’un millier d’hommes sur 10 rangs. Dès la bataille d’Ivry, Henri IV fait former de petits bataillons de 500 arquebusiers pour encadrer ses escadrons de cavalerie. Dans son sillage, Jérémie de Billon préconise, vers 1610, des bataillons de 500 hommes, disposés en 50 files sur 10 rangs, soit 300 piquiers flanqués de dix files de 10 mousquetaires de chaque côté. En cas de besoin, deux bataillons peuvent se réunir en un gros bataillon de 1 000 hommes. Mais cet auteur innove un peu plus en proposant de les déployer en brigades de trois bataillons : il y en aura deux en face qui ne sembleront n’être qu’un corps et un autre derrière ces deux là ; ou alors, on mettra un bataillon seul en front et deux autres derrière, et quand on en viendra aux mains avec l’ennemi, ils partiront et iront charger de flanc. Le sieur du Praissac, qui écrit à la même époque (vers 1610-1612), propose aussi de scinder les régiments en petits bataillons de 690 hommes comptant chacun cinq compagnies, moitié piquiers et moitié mousquetaires. Le maréchal de Créquy s’inspire sans doute des recommandations de ces deux auteurs, lorsqu’en 1620, au combat de Pont-de-Cé, il forme chacun de ses trois régiments (dix compagnies des Gardes-Françaises, Picardie et Champagne) en cinq bataillons de deux compagnies : cas régiments ayant détaché 100 à 150 enfants perdus, chaque bataillon ne compte guère plus de 300 hommes. Fin 1628, le régiment d’Estissac, qui compte alors 1 400 hommes, défile devant le Roi en deux bataillons.

La proportion de mousquetaires ou arquebusiers et de piquiers va rapidement passer d’une majorité de piques vers 1600 à deux tiers d’armes à feu dans les années 1620. En 1600, une compagnie wallonne de 200 hommes compte déjà 50 piquiers, 50 mousquetaires et 100 arquebusiers. En France, la proportion de piques, qui était de l’ordre de 7 piques pour 3 mousquets dans les vieux régiments, va diminuer à partir de 1610.  À cette époque, Jérémie de Billon rapporte que quelques étrangers observaient qu’ayant de vieux soldats, les deux tiers étaient piquiers et l’autre tiers mousquetaires. Et si c’étaient nouveaux soldats, les deux tiers étaient mousquetaires et l’autre tiers était piquiers. Dans le même temps, Du Praissac affirme que la force de l’infanterie à la campagne est la pique, & aux forteresses est la mousqueterie : afin donc de subvenir à l’un & à l’autre, la compagnie sera composée moitié piques, moitié  mousquetaires.

Vers 1615, une compagnie suisse de 300 hommes comptait 40 mousquetaires, 15 arquebusiers et 245 piquiers (dont 50 corselets). En 1624, une compagnie suisse de 200 hommes ne compte plus que 125 piques (dont 60 corselets) pour 60 mousquets, 15 arquebuses et 3 officiers, soit un peu plus de 60% de piques. Les compagnies françaises passeront à 40 piques pour 60 mousquets vers 1630.

Selon Montgommery, tout soldat piquier doit se styler et exercer à manier dextrement une pique, laquelle doit être de dix-huit pieds. Il la portera couchée sur l’épaule, la main contre le brassal, le bout regardant le jarret de celui  qui marche devant lui, et le faire trois pieds plus haut que la tête de celui de derrière ; il faut en marchand prendre la cadence du tambour, avec le plus de grâce, et de gravité, qu’il sera possible, car la pique est une arme honorable, et qui mérite d’être portée avec geste brave et audacieux : l’espagnol l’appelle reine des armes.

Les arquebusiers et mousquetaires servent comme manches d’un bataillon, sur les flancs et le front des piquiers, mais aussi comme enfants perdus, écran de tirailleur qui se déploie sur le front de l’armée. L’arquebuse se fait de plus en plus rare dans les années 1620. En France, elle disparaît complètement en 1627, pendant le blocus de la Rochelle.

Stéphane Thion

 

Infanterie de l’Union Protestante vers 1620 (Aquarelle de K.A. Wilke)

Drapeaux Français 15mm

Drapeaux Français 15mm

Ici une planche de drapeaux français en 300 dpi. Diverses sources dont Pierre Fouré, C. Terana, cotoyés dans les années 70 quand j’étais à la Sabretache et que nous jouions sur hexagones au « Kriegspiel »…(ça date un peu)
Pour la petite histoire Picardie avait la préséance sur tous les régiments et son mestre de camp devenait automatiquement le commandant des autres régiments dans une même garnison. C’est le seul régiment qui sera autorisé à arborer son drapeau colonel en présence du Roi, les autres n’arborant que leur couleur.